Harry Tasker est un représentant de commerce tout ce qu'il y a de plus banal aux yeux de sa femme et de sa fille. Sauf qu'Harry est en réalité un agent-secret...

True Lies : Affiche

Quand La totale ! (Claude Zidi) sort en 1991, il n'est pas un immense succès avec un peu plus d'1 million d'entrées. Le film n'est pas non plus un chef d'oeuvre, ni une comédie automatiquement attachante comme pouvait en faire son réalisateur (Les Sous doués ou Le grand bazar par exemple). Il reste toutefois assez sympathique (au détriment d'être mémorable) et part d'un concept assez amusant: celui de l'espion confronté au fait que sa femme puisse aller voir ailleurs et passe au final à côté de sa vie de famille. Bobby Shriver finit par parler de ce film à son beau-frère, un certain Arnold Schwarzenegger. Arnie finit par le voir, puis James Cameron qu'il a contacté pour possiblement réaliser un remake. Les deux sont convaincus et en plus, Big Jim peut jouer sur son mirobolant contrat avec la Fox. A une époque où son projet d'adapter Spider-man commence déjà à sentir le roussi, le réalisateur voit son nouveau film à travers ce remake de La totale ! Si Schwarzy n'est pas très enthousiaste à l'idée d'avoir Jamie Lee Curtis comme femme à l'écran, les deux acteurs s'entendront comme larrons en foire lors du tournage. Cameron tourne beaucoup, même plus qu'il ne devait initialement et dépasse son budget initial. Au final, le film naviguera dans les 115 millions de dollars de budget et en engendra près de 380 millions au box-office total lors de l'été 1994. True Lies est un vrai remake de La totale !

TL

(attention spoilers) Il reprend l'ensemble de l'intrigue du film, à savoir l'homme qui fait découvrir de manière cocasse à sa femme qu'il est un espion et devra en même temps terminer sa mission. Arnold Schwarzenegger remplace Thierry Lhermitte, Jamie Lee Curtis Miou Miou, Eddy Mitchell laisse sa place à Tom Arnold dans le rôle du collègue bon copain, Art Malik sera le terroriste remplaçant le trafiquant d'armes Jean Benguigui, et Bill Paxton est l'équivalent de Michel Boujenah. De même, certaines lignes de dialogues et gags (le passage de la mitraillette et des escaliers) sont quasiment conservées. Mais Big Jim ne le fait pas de la même manière que Zidi. Le budget aidant, il voit les choses en grand, fait exploser le concept en allant beaucoup plus loin que le français. La totale ! était avant tout une comédie franchouillarde, True Lies est en revanche un gros film d'action avec des touches comiques bien remarquées. Ce qui en fait non seulement un excellent remake (ce qui est déjà rare quand les USA adaptent un film étranger à leur public), mais surtout l'un des rares cas où le remake dépasse l'original. Cameron a explosé le concept, au point de lui donner davantage d'ampleurs. Il n'y a qu'à prendre l'ouverture pour s'en convaincre. Avant que Gibson (Arnold) ne parle de sa situation, le spectateur ne sait pas qu'Harry Tasker (Schwarzy) cet espion en infiltration qui danse le tango avec une belle demoiselle (Tia Carrere), parle français et arabe et liquide tout sur son passage est un père de famille.

Résultat de recherche d'images pour "true lies"

Cameron montre ainsi un héros au tempérament de feu, aussi efficace que l'ami James Bond (au point que True Lies est souvent considéré comme un des meilleurs films d'espionnage hors 007), mais incapable d'avoir une vie de famille. Son collègue lui fera comprendre quand Harry apprendra l'existence de Simon (Paxton): en n'étant jamais là, sa femme (Curtis) peut avoir envie de voir ailleurs. Une des scènes non retenues au montage (*) montrait d'ailleurs l'héroïne échouant à raviver la flamme de son mari, assoupi à peine sur le lit. Sans compter qu'Harry est tellement lisse dans sa vie privée qu'il pourrait réciter le botin, ce serait identique ("on a l'impression qu'il guérit le cancer!") Il faudra bien une danse lascive (rajout de Cameron qui en a émoustillé plus d'un/e) pour montre à Harry que sa femme a plus d'un tour dans son sac, chose qu'il avait visiblement oublier. Cette aventure commune permettra à ce couple de raviver la flamme un temps éteinte. Par la même occasion, Harry semble avoir perdu de vue sa fille, jeune adolescente qui se demande qui est son père (Eliza Dushku). D'autres scènes coupées ou disons-le un arc entier du film (*) renvoyait à leur relation, même que Schwarzy trouvait que c'était sa meilleure prestation. Cameron reprenait tout un passage de La totale ! où le fils (Sagamore Stévenin) séchait les cours pour jouer dans un groupe. 

TL 2

A la différence que la fille d'Harry était en plus amoureuse d'un des membres, en plus d'en être la chanteuse (on a raté les talents de chanteuse de l'incontournable Faith). Une manière pour le personnage de renouer le contact avant le grand final. Si Big Jim l'a coupé c'est certainement pour une question de rythme et de longueur, car comme évoqué c'était plus ou moins un arc entier du film (le film dure déjà 2h24). Comme quoi, on évoque souvent que Big Jim est un grand bourrin, qui plus est un vrai général sur un tournage, mais ses films ont souvent plus de coeur que ce que beaucoup croient. Pas toujours besoin d'un paquebot qui coule pour montrer de l'émotion. True Lies a beau être un énorme film d'action, il n'en reste pas moins que sur l'aspect comique, le film aligne les punchlines comme jamais. Schwarzy semble même particulièrement à l'aise, qui plus est dans un rôle avec un peu plus de répliques que d'habitude. Rien à voir avec le T-800 (positif ou négatif) où il imposait en priorité une présence physique et avait finalement peu de réplique à dire. Ici, il semble s'éclater comme un beau diable, bien aidé par des partenaires qui lui donnent bien le change (Curtis comme Arnold). Mais alors le roi c'est certainement le regretté Bill Paxton, alignant les vannes salaces devant un Schwarzy rageux tel une mitraillette inarrêtable.

Arnold

Morceaux choisis au hasard tellement il y en a: "elle est comme toutes ces bobonnes, si vous leur appuyez sur le starter, elle vous sucerait un pot d'échappement!", "Un corps à faire dresser les morts pour réclamer leur faveur... un cul de môme de dix ans!", "comme une fleur mourante qui veut qu'on l'arrose". Un personnage merveilleusement pathétique et un Bill Paxton absolument hilarant dans pareil contexte. Pour ce qui est de l'aspect terroriste, il est malheureusement encore plus crédible aujourd'hui, n'en déplaise aux critiques de l'époque et aux associations évoquant un film raciste, car montre des "arabes américains comme des terroristes" ou ont "une haine de l'Amérique, ce qui est un stéréotype des musulmans" (**). Pourtant, dans le film, les terroristes ne sont évoqués QUE comme des fanatiques, participant aussi bien aux trafics d'oeuvres d'art que d'armes et menaçant de bombarder l'Amérique pour venger leurs frères morts. Il n'est jamais dit qu'ils soient musulmans et encore moins qu'ils soient américains. Au final l'amalgame vient davantage des critiques que du film lui-même. Pour ce qui est de l'action, Big Jim s'est fait plaisir. Il reprend l'idée du lance-flamme à l'essence à sa production Point Break (Kathryn Bigelow, 1991). Il déclenche une poursuite délirante entre un cheval et une moto en plein Washington. Il fait également dégommer un pont dans une poursuite démentielle et ne parlons même pas du dernier climax totalement dingue ("T'es viré" ou quand Schwarzy s'entraînait pour l'émission The Apprentice). (fin des spoilers)

Arnold Schwarzenegger. Collection Christophe L.

En faisant un remake de La totale ! , Big Jim a dynamité un concept qui ne demandait qu'à avoir plus d'ambitions. Frappadingue.


Article initialement publié le 29 octobre 2009.

* Pour plus d'informations: http://www.hdvision-mag.fr/2012/01/true-lies-edition-speciale.html

** Propos extraits de James Cameron: l'odyssée d'un cinéaste (David Fakrikian, 2017).