Max est un simple chauffeur de taxi de Los Angeles. En prenant pour passager Vincent, il va vivre une soirée infernale...

United International Pictures (UIP) 

Ressortant de deux biopics aussi différents soient-ils (The Insider transformant l'exercice en véritable portrait de l'investigation et ses risques; et Ali qui était impeccable mais n'allait pas assez loin dans son traitement biographique), Michael Mann accepte pourtant une commande autrefois proposé à Mimi Leder et Janusz Kaminski. Un choix qui peut étonner compte tenu qu'il est scénariste de tous ses films. Collateral sera la seule exception. Pour Mann c'est l'occasion d'expérimenter encore un peu plus le cinéma haute-définition qu'il expérimente depuis Ali et notamment pour les combats de boxe. Si le réalisateur ne pourra pas utiliser la caméra qu'il veut (en l'occurrence la Viper qu'il aura plus de mal à utiliser sur Miami Vice, en raison du très grand nombre de scènes en plein jour), il n'en reste pas moins qu'il trouve des parades à cette expérimentation comme des panneaux de lumière à l'intérieur des voitures pour que les spots de Los Angeles se reflètent sur les personnages. Jamie Foxx (déjà présent sur Ali), Tom Cruise, Jada Pinkett Smith (idem), Mark Ruffalo, Peter Berg, Javier Bardem, Barry Shabaka Henley (idem), Emilio Rivera et Bruce McGill forment le casting de cette production Paramount arrivant à la toute fin de l'été 2004.

Tom Cruise et Jamie Foxx. United International Pictures (UIP)

Le film part d'un postulat banal: un homme arrive dans un aéroport de Los Angeles, lunettes de soleil sur le pif, bien habillé (probablement du sur-mesure) et un attaché-case. Il percute un homme (Jason Statham en plus), lui parle et s'en va avec la mauvaise valise. Tout sonne faux et Mann le montre bien. Qui est donc ce fameux bonhomme qui vient de débarquer? On ne le saura que bien plus tard puisque Mann va désormais prendre le point de vue d'un chauffeur de taxi. Un homme banal comme on en croise plein, cordial mais faisant face à des difficultés l'empêchant de rêver. Il y a une malheureuse coïncidence dans le fait que Max ne répond pas la première fois que Vincent, l'homme de l'aéroport. Il aurait très bien pu éviter un engrenage qui va le tenir durant au moins 1h30 de métrage. Mais il est cordial et ce sera probablement son dernier client de la soirée. L'erreur inévitable. Partant d'un postulat simple (un tueur met en joue un chauffeur pour qu'il puisse tuer diverses cibles dans les temps), Mann fait comme il l'a fait sur Heat: une étude de cas et particulièrement deux opposés. D'un côté l'homme bon face à une situation extraordinaire qui fera de lui un involontaire héros du quotidien; de l'autre une armoire à glace qui a un avis sur tout mais aucune réelle émotion.

Tom Cruise. United International Pictures (UIP)

C'est sans compter ce loup solitaire passant devant la voiture alors qu'ils sont au feu rouge. Il symbolise à la fois Vincent et Max. Max par le fait qu'il accumule les rêves sans jamais les faire, errant dans la ville en espérant que cela arrive un jour. Vincent, déjà par sa teinture grise, parce qu'il erre de ville en ville, accumulant les cadavres sans lendemain et apparaît comme ce loup, un étranger de passage. De plus, Vincent a beau dire à Max que tout finira bien pour lui, le policier incarné par Mark Ruffalo donne une tout autre issue: un cas similaire s'est trouvé il y a quelques temps et le chauffeur est mort. Le spectateur sait d'ores et déjà que si Max ne fait rien, ses heures sont comptées. Il suffit parfois d'un dialogue pour qu'un enjeu devient majeur. Collateral s'apparente donc à une course-poursuite infernale pour la survie. Jamie Foxx est parfait car il apparaît comme le monsieur-tout-le-monde et plus particulièrement ici. Il n'est pas la montagne de muscles issue de L'enfer du dimanche ou plutôt il n'est plus. En revanche, le plus grand étonnement vient de Tom Cruise. Acteur casse-couille et particulièrement sur les gros films (enfin surtout autrefois, depuis cela se calme un peu), mais souvent investi quoique ses détracteurs puissent dire, Cruise pouvait être un poids ou non dans le film surtout qu'il incarne rarement des personnages fourbes.

Jamie Foxx. United International Pictures (UIP)

On retiendra Lestat dans Entretien avec un vampire ou son personnage de gourou dans Magnolia, mais dans Collateral il apparaît vraiment comme un psychopathe à toute épreuve, classe à l'extérieur et sauvage à l'intérieur. Mann montre bel et bien cela le temps d'une scène. En apparence sobre, le loup sort de sa cage afin de tuer une de ses victimes dans un night-club. Il prend Max à partie quand les flics le prennent pour responsable des crimes de Vincent et que les employeurs de Vincent le prennent aussi comme tel. Un engrenage implacable permettant à Vincent de faire sa besogne et de se faufiler dans une foule ahurissante. Mann prend alors bien soin de montrer le tueur dans toute sa sauvagerie violente, savatant du bonhomme à mains nues à une vitesse foudroyante et tirant comme son ombre. Un déluge de violence reflétant à elle seule l'état d'esprit du personnage. Une scène qui marque directement la rétine et les oreilles, ces dernières étant malmené par la techno, le bruit des coups et celui des tirs. Le récit prend également une tournure impayable faisant d'une simple rencontre un enjeu majeur. Quant à la réalisation, la HD sied totalement à la vision de Mann et particulièrement sa vision de Los Angeles la nuit. Un archétype désormais pour le réalisateur et un plaisir pour nos yeux.

Tom Cruise. United International Pictures (UIP)

Plongée ahurissante et meurtrière de deux loups errants dans une Los Angeles nocturne sublimée par Michael Mann.