En 2071, Spike Spiegel et Jet Black sont deux chasseurs de prime voyageant à bord du Bebop. La criminalité ayant augmentée depuis que les Hommes sont partis de la Terre, les primes augmentent toujours plus...

Cowboy-Bebop-Header

On évoque souvent les séries télévisées lives comme majeures, on oublie parfois que les séries animées ont tout autant à dire. On pourrait citer Les Simpson (1989-) ou South Park (1997-), mais en général on retient surtout l'influence des séries animées japonaises. S'imposant dans le quotidien des jeunes français depuis la fin des 70's via des émissions comme Récré A2 (1978-1988) ou le Club Dorothée (1987-1997), les séries japonaises ont fini par exploser (au grand désarroi de Ségolène Royal), alimentant largement le téléchargement et les ventes vidéos dorénavant. Outre les émissions suscitées, la chaîne Canal + s'est beaucoup intéressé à l'animation japonaise des 80's aux 2000's, que ce soit en diffusant des films d'Hayao Miyazaki en salles (Porco Rosso et Mon voisin Totoro notamment), mais aussi des séries. Parmi elles se trouvait Cowboy Bebop (1998). A la différence de beaucoup de séries diffusées à la même époque, il s'agit d'une série originale, ne se basant donc sur aucun manga. Un pari risqué d'autant que la genèse de la série est particulière. Si vous regardez bien le générique, il n'est jamais fait mention du studio Bones. Même si ce n'était pas le cas à cette époque, la plupart des gens ayant travaillé sur Cowboy Bebop ont fondé Bones par la suite, minimisant la part de Sunrise dans l'entreprise. Pour cause, le studio misait à cette époque sur une série type Gundam qui finalement n'a pas trouvé son public. De même, la série a eu du mal à être diffusée.

asteroid_blues

Des épisodes furent d'abord montrés dans le désordre sur la célèbre chaîne TV Tokyo, avant de finir intégralement sur WOWOW durant l'année 1998, et rediffusée sur Animax où elle gagne en popularité. D'où parfois des épisodes moins importants que d'autres dans la chronologie ou une impression que l'arc narratif global avance peu. En France, elle débarquera au cours de l'été 2000 sur Canal + et aux USA dans la célèbre émission nocturne Adult Swim (devenue aujourd'hui une chaîne de télévision à part entière) dès 2001. Un film animé sera réalisé en 2001 et sera distribué dans nos contrées en octobre 2003 par Sony. Suite à la sortie du coffret DVD de Dybex en 2007, la série a gagné d'autant plus en réputation, s'imposant comme un joyau de l'animation souvent cité au même titre que des long-métrages. Une adaptation live américaine a longtemps été évoqué avec Keanu Reeves, mais jamais rien ne s'est fait. Il faut dire qu'après le ratage de Dragon Ball Evolution (James Wong, 2009), la Fox n'a certainement pas voulu continuer dans cette voie. La série se déroule en sessions (d'où les vinyles du coffret de Dybex), certains titres faisant directement référence à des films ou chansons. Au hasard: Sympathy for the devil (session 6), Toys in the attic (session 11), Black dog serenade (session 16), Speak like a child (session 18), Pierrot le fou (session 20) ou le film nommé Knockin' on heaven's door. De même, la bande-originale dans son ensemble est un pur bijou de jazz signé Yoko Kanno et comme pour continuer dans l'influence américaine, la plupart des chansons sont interprétées en anglais. 

Ballad of fallen angels

N'ayons pas peur de le dire, la série est particulièrement influencée par les USA que ce soit dans sa musique ou dans son univers. Bien que les personnages ont les fameux yeux carrés chers au style japonais, le style de la réalisation renvoit davantage aux USA et à ses stéréotypes. Une manière comme une autre de trouver un public à l'étranger, mais aussi de montrer l'héritage du cinéma américain sur la culture nippone. En soi, Cowboy Bebop est un véritable maelstrom, alignant buddy movie, fantastique, science-fiction, histoire de yakuzas ou encore film noir. Beaucoup se seraient plantés avec un mélange aussi éclectique et pourtant Schinichiro Watanabe maîtrise tous les codes des genres évoqués, citant même plusieurs films en particuliers. (attention spoilers) Dans Toys in the attic, la trilogie Alien (Scott, Cameron, Fincher, 1979-1992) est constamment cité. Tout d'abord par sa créature (en fait du homard avarié ayant muté!) se déplaçant en plan subjectif, tout comme le xénomorphe dans Alien 3 ou plus généralement, on peut aussi évoquer le requin de Jaws (Steven Spielberg, 1975). De même, comme Ripley dans le film original, Spike Spiegel se retrouve rapidement seul pour lutter contre la créature au sein du Bebop. Le climax se trouve même identique à celui d'Aliens, puisque le chasseur de prime en vient à virer la bestiole par le vide ordure direction l'Espace! Le premier épisode Asteroid blues n'est pas sans rappeler Bonnie and Clyde (Arthur Penn, 1967), avec son duo de criminels fuyant les autorités et finissant exécutés en pleine poursuite.

sympathy for the devil

Jamming with Edward (session 9) montre une intelligence artificielle sujette aux émotions et symbolisé par un néon rouge, ce qui fait directement penser au célèbre HAL 9000 de 2001 (Stanley Kubrick, 1968). Toutefois, là où HAL tue pour installer sa suprémacie, notre satellite fait des figures sur une Terre quasiment abandonnée car il s'ennuie. Une parfaite anti-thèse. Les terroristes de Gateway shuffle (session 4) ne sont pas non plus sans rappeler les pirates du Château dans le ciel (Hayao Miyazaki, 1986), eux aussi très attachés à leur mère. Outre son méchant qui ne veut pas vieillir (pensée au Tambour de Volker Schlöndorff), Sympathy for the devil cite encore James Cameron à travers ce personnage sortant des flammes après l'explosion de son véhicule. De là à voir un hommage à Terminator (1984), il n'y a qu'un pas. Outre les références à des films et aux genres, Cowboy Bebop a une véritable identité lui permettant de naviguer entre tout ces genres sans jamais s'égarer. A cause d'un rythme de diffusion pour le moins chaotique, la série s'est rapidement tenue à des épisodes mythologiques et des stand-alone. En général, certains de ces derniers sont moins bons car moins importants. Ganymede Elegy (session 11) permet de découvrir un peu du passé de Jet Black (et son ancienne compagne), mais on préféra davantage Black dog serenade revenant sur le moment où Jet a perdu son bras gauche.

Toys in the attic

En cause, des passages en noir et blanc dignes de films noirs, aspect que l'on peut rattacher aux flashbacks de Spike servant d'introduction à la série. Mushroom samba (session 17) n'avance pas à grand chose si ce n'est quelques gags avec le personnage d'Ed. Wild horses (session 19) est l'occasion de rappeler la conquête de l'Espace, bien loin des années 2070 et confronter nos héros d'aujourd'hui aux vestiges du passé. Cowboy funk (session 22) est l'occasion d'une pure comédie avec un cowboy plus vrai que nature en pleine quête identitaire et se frottant à Spike. Ce qui donnera lieu à un duel délirant symbolisé par la destruction du toit d'un immeuble. Le terroriste à arrêter? Rien à faire! Le duel sera idéologique entre le cowboy d'aujourd'hui (les chasseurs de prime sont appelés ainsi) et celui d'autrefois. L'occasion à nouveau pour Watanabe de citer le cinéma américain et ses fiers cowboys (et aussi se payer les films de samouraïs par la même occasion). Un épisode qui permet aussi de compenser la dureté des épisodes diffusés peu avant ou qui vont suivre. Pierrot le fou est quant à lui peut être l'épisode le plus violent de la série, avec le final The real falk blues (sessions 25 et 26) et le film. Ce dernier aurait pu servir de conclusion supplémentaire, mais cela n'aurait eu strictement aucune logique au vue du final. Faire une histoire se déroulant peu avant paraissait plus logique, permettant de garder le plus de personnages historiques. 

cowboy funk

Y compris les petits vieux, le chef indien ou les présentateurs de l'émission Big shots (représentés par un cowboy de couleur et une cowgirl blonde et décolleté ouvert !). Ce qui en fait peut être un simple épisode de deux heures, mais un épisode fun, où Watanabe peut expérimenter bien plus dans sa mise en scène et se montrer plus ambitieux. On remarque d'ailleurs que comme dans ces épisodes (et en général ceux avec Vicious), Spike est en position d'échec, se faisant attaquer violemment avant de réussir à battre son adversaire, parfois de peu. Pierrot le fou est l'occasion de montrer un homme conditionné par des scientifiques et devenant un véritable psychopathe quasi-indestructible. Un aspect que l'on retrouvera dans le film avec le personnage de Vincent. Ce dernier tout comme Gren dans Jupiter jazz (sessions 12 et 13) a survécu à la guerre sur Titan, auquel a participé également Vicious l'antagoniste de Spike. Une guerre évoquée avant tout du point de vue des vétérans, devenus des tueurs ou des êtres génétiquement modifiés. On s'amusera également des épisodes Gateway shuffle et Brain scratch (session 23), deux épisodes particulièrement lié à la société d'aujourd'hui. Le premier aborde les dérives de l'activisme écologique (Greenpeace est à peine visé), prêt à tout pour imposer leur loi quitte à devenir des terroristes pires que ceux qu'ils dénoncent. On peut aussi noter que le macguffin ne sera pas révélé, laissant les causes de la chasse à la prime mystérieuse. 

Brain_scratch

Le second s'attaque au sujet des sectes avec Brain scratch, une nouvelle secte qui connecte les esprits à un casque pour conserver l'aura de la personne même morte. Inutile de dire que son fondateur n'est autre qu'un hacker ayant réussi à expulser son esprit de son corps malade. L'occasion d'aborder l'emprise psychologique que peut avoir ce type d'organisation (que ce soit par des télévisions ou des capteurs), tout en abordant également leur emprise médiatique. Ainsi, l'introduction de l'épisode est assez amusante puisqu'il montre les chaînes télévisées racontant toutes la même chose au fil du zappage de l'ami Spike. Toutes reviennent au même: promouvoir la secte ou évoquer ses dangers. En parler en revient à lui donner de l'importance et à l'imposer dans le quotidien. La mythologie de la série, quant à elle, se développe selon deux points de vue. Si Jet et Ed ont leurs histoires propres, l'accent est davantage donné à Spike et Faye Valentine. Spike est dévoilé assez rapidement comme un ancien membre de Red Dragons, clan de yakuzas auquel il était associé à Vicious avant de vouloir raccroché. Durant la plupart des épisodes, les deux hommes s'affrontent jusqu'au grand final, signe de point de non-retour. Spike avait sa Julia, il n'a désormais plus rien à perdre quitte à partir du Bebop. Faye essayera bien de l'empêcher de partir (montrant peut être des sentiments amoureux refoulés), rien n'y fera.Quasiment synchrone avec l'air célèbre du générique de fin, le soldat Spiegel dégommera un par un, étage par étage les ennemis sur son chemin. 

The real folk blues 2

On pense autant au jeu-vidéo consistant à aller de niveau en niveau, avant de s'attaquer au boss de fin; qu'aux célèbres films de John Woo The Killer (1989) et Hard Boiled (1992), remplis de gunfights saignants comme d'une répartition en niveau (final dans l'église dans le premier, final dans l'hôpital dans le second). L'aspect yakuza est également bien représenté avec ses guerres internes et les gros bonnets tombant un par un de la manière la plus crade, Vicious ne faisant pas dans la dentelle. Sans compter l'utilisation du Jeet Kune Do, art-martial de Bruce Lee, permettant souvent des combats impressionnants et précis. Le final est en soi un monumental crève-coeur, terminant la série sur une vraie fin et laissant tomber toute sorte de fin ouverte. Spike partira tel le Samouraï incarné par Alain Delon sous un faiseau lumineux. Sa mission est finie, il peut partir vers les étoiles... Quant à Faye Valentine, on nous la présente souvent comme une pin-up agaçante et attirant les ennuis, mais c'est un être plus complexe qu'il n'y paraît. C'est avant tout une jeune femme malheureuse cherchant un but à sa vie, au contraire de retrouver sa mémoire. Elle est un fantôme errant dans l'Espace avec des dettes impossibles à rembourser, manipulée depuis qu"elle est réveillée" et définitivement seule. Si elle reste auprès du Bebop, c'est avant tout car c'est sa seule famille. C'est aussi pour cela qu'elle ne veut pas que Spike part voué à une mort certaine. Watanabe introduit même le found footage ("vidéo retrouvée" initialement) avec Speak like a child avec la vidéo de Faye adolescente et retrouvée par Spike et Jet. On était encore loin du boom engendré par Le projet Blair Witch (Sanchez, Myrick, 1999). Faye est en soi un personnage terriblement mélancolique et beau, se cachant derrière un air de femme fatale pour éviter de montrer sa fragilité. Ce qui en fait un personnage féminin majeur de la science-fiction. (fin des spoilers)

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Cowboy Bebop est un parfait maelstrom de différents genres, alignant les personnages attachants et une réalisation du tonnerre.


Article initialement publié le 9 septembre 2010.