Speed est un jeune pilote fougueux ayant perdu son frère. Mais il va se rendre compte, que ses nouveaux investisseurs le corrompent et va contre-attaquer sur la route...

Speed Racer : Affiche Andy Wachowski, Lana Wachowski

Ah les Wachowski (on ne dit plus frère, étant donné que Larry est devenue Lana au cours de la production du film), de drôles de cocos. Ils ont fait exploser le box office avec Matrix, en ont rajouté une couche avec deux autres au destin controversé, se sont plus ou moins occupés de l'adaptation de V pour Vendetta d'Alan Moore et David Lloyd... Des films, qui montrent leurs inspirations dans la pop culture et un style visuel très renforcé par des effets spéciaux. En 2008; Speed Racer était certainement une des plus grosses attentes de votre cher Borat. Soit l'adaptation d'un manga à succès, plus connu grâce à la série animée. L'idée est venu aux Wachowski en pensant à leurs neveux et de pouvoir leur montrer un de leurs films. Il faut dire que montrer Bound à des gosses, cela aurait risquer d'être spectaculaire. En sachant que le projet était en route depuis très longtemps à Hollywood. La Warner a acquis les droits dès 1992 avec Joel Silver à la production, Julien Temple à la réalisation et Johnny Depp devant la caméra. Depp quitte le projet, rejoint par Temple, JJ Abrams réécrit le script, Alfonso Cuaron est annoncé en 1997 avant de partir au début des 2000's, le clippeur Hype Williams de même, Vince Vaughn se dit intéressé pour le rôle de Racer X dès 2004 avant de s'en aller aussi. Les Wachowski sauvent définitivement la situation.

Speed Racer : Photo Andy Wachowski, Lana Wachowski

Le casting est assez conséquent en têtes connues: Emile Hirsch (rôdé à la sauce hollywoodienne depuis début 2000's), Christina Ricci, Susan Sarandon, John Goodman, Matthew Fox (espérant en vain faire carrière en dehors de Lost, bien mal lui en aura pris), Hiroyuki Sanada, Richard Roundtree, le chanteur Rain (qui rempilera chez les Wachowski avec leur production bien nanardesque Ninja Assassin), Benno Fürmann et Roger Allam (déjà présent dans V pour Vendetta). Malheureusement, le film fera un bide commercial retentissant. Peut être à cause de l'univers ou/et sûrement à cause du mauvais public visé, et en grande partie à cause d'une promotion qui n'a clairement rien fait pour attirer l'oeil. Si les cinéastes parlent de film pour enfants, la bande annonce ne montrait absolument pas ça et donnait plus envie à des adolescents et autres. Un gros problème de promotion qui a coûté cher à Speed Racer.

SpeedRacer

Un des plans qui a du mal à passer.

L'autre problème imminent est la qualité du film en lui-même. Pour faire simple, c'est loin du niveau attendu. Mais étonnant, on ne peut pas vraiment parler de mauvais film, mais de petit plaisir coupable. C'est oubliable, mais malgré ses défauts, le qualifier de nanar ou navet serait particulièrement excessif. Malgré la bonne volonté, il faut avouer que le script est faiblard et sert plus à introduire des courses ou des gags. En même temps, les Matrix n'avaient pas des scénarios très élaborés non plus (notamment le dyptique qui a coulé la franchise à lui seul à coup de recettes décevantes et de résultats en dessous des attentes), en dehors du premier peut être qui avait au moins apporté du sang neuf fin des 90's.

Speed Racer : Photo Andy Wachowski, Emile Hirsch, Lana Wachowski, Matthew Fox, Rain

Par gags, on parle surtout des actions consternantes du jeune Speed (pas Hirsh, l'autre) et son singe. Ainsi, on aura droit aux bonbons dévalisés dans un vaisseau. C'est débile et ce genre de choses reviendra plus d'une fois au cours du film. Sans compter un univers ultra coloré, au point d'en faire une overdose. D'autres fois ce sera le mal de crâne qui marquera le spectateur. L'univers se trouve être beaucoup trop enfantin et le film peine donc à accrocher. C'est également très gentillet. Les courses sont le gros point fort du film, étant assez prenantes et bien foutues. Pour les acteurs, c'est la même chose: Hirsch, Fox et Goodman sont pas mals; Ricci passe pour une godiche et les autres ne sont que de vulgaires guests.

speed-racer-high-resolution-wallpaper-download-speed-racer-images-free

Un cru très mitigé mais avec de bonnes intentions.


 

Article publié le 6 février 2011.


La révision de Borat #4

Bienvenue dans ce nouveau numéro de la Révision de Borat. Pour les retardataires, il s'agit de revenir sur un film en ayant un nouveau point de vue par rapport à la précédente critique publiée ci-dessus. Donc après Miami Vice de Michael Mann, Prometheus de Ridley Scott et John Carter d'Andrew Stanton, c'est au tour de Speed Racer des Wachowski de passer à la révision. Au cours de ses deux premiers visionnages (au cinéma, puis à la télévision), votre cher Borat n'avait pas vraiment apprécié le film post-Matrix de ce duo atypique de réalisateurs, regrettant un film trop gamin et bouffé par une colorimétrie de l'image souvent spectaculaire pour les yeux. Souhaitant se refaire un avis, votre cher Borat a désiré revoir le film dans de bonnes conditions en le commandant en Blu-Ray. Quitte à revoir le film, autant le voir dans des conditions dignes de ce nom. D'autant que depuis Speed Racer, les Wachowski ont su revenir en force avec le brillant Cloud Atlas (2012), le sympathique Jupiter Ascending (2015) et l'ambitieuse série Sense8 (renouvellée pour une seconde saison). Dans un premier temps, Speed Racer  fait un peu peur dans son début. Pour preuve, des flashbacks dont les décors idylliques faits à partir de fonds verts sonnent terriblement faux.

Speed-Racer-Movie-Stills-speed-racer-1134451_1920_810

On ne croit pas aux décors, on dirait presque même des cinématiques d'un autre temps que l'on n'aurait pas terminé. Pareil pour cette scène chez Royalton, où l'on voit bien que les enfants dans le véhicule ne sont pas vraiment dans un décor. On les voit au premier plan, mais leurs mouvements dans le champ comme les protagonistes autour ne semblent pas raccords avec eux. Mais cela change heureusement sur le reste du film. L'un des principaux reproches à l'époque concernait la colorimétrie des plans très poussée. Si les couleurs restent pétaradantes voire légèrement criardes, elles s'avèrent bien plus charmantes à voir sur un BR (soit le top visionnage vidéo, bien mieux que le DVD dans ce cas précis) et participent à un délire cartoonesque ne se prenant jamais au sérieux et s'assumant comme tel. Rappelons que les Wachowski voulaient réaliser ce film pour leurs neveux. Une intention louable qui se renforce par l'utilisation du petit frère et son chimpanzé. Les deux forment un duo atypique et foutraque, permettant aux enfants de s'attacher à ces personnages en priorité. Ce n'est pas toujours très finaux, mais le duo fonctionnent à sa manière, donnant même lieu très souvent à des délires pop (on aura droit notamment à une séquence digne des animés japonais).

Speed Racer : Photo Andy Wachowski, Lana Wachowski

Mais là où Speed Racer est pleinement intéressant est dans son récit. Le contexte est purement naïf, voire universel. Le héros se bat envers et contre tous pour être le plus grand pilote de courses de tous les temps. Un thème qui n'est pas nouveau, en sachant que le film est adapté d'un manga. Sur ce point, il est assez incroyable de voir un film hollywoodien aussi réussi adapté d'un manga. Rappelons nous par exemple du merveilleux Dragon Ball Evolution de James Wong (2009) et ayant fait couler beaucoup d'encre. On espère toujours aussi que des projets comme le Akira live de la Warner ou Robotech de Sony ne voient jamais le jour. Speed Racer est donc en soi un miracle à l'américaine, reprenant pleinement le concept initial afin que les Wachowski signent une oeuvre très personnelle. (attention spoilers) Speed vit en soi dans un monde idyllique où le ciel est bleu, mais le personnage est pris dans un secret familial qui le ronge. La première scène en est la preuve irréfutable. Enorme maelstrom de plans qui s'alignent les uns à la suite des autres dans un plan-séquence totalement improbable (la prouesse technique est impressionnante, alignant les visages comme les actions de droite à gauche et vice versa avec une subtilité rare), tout en étant forte émotionnellement.

Dans cette scène, Speed poursuit ni plus, ni moins que le fantôme de son frère dans une course folle et impossible. Le héros cherche à tout prix à battre le record et les Wachowski montrent alors de la manière la plus folle et métaphorique: à l'écran on ne voit pas que Speed mais aussi le véhicule de son frère en mode fantômatique. La poursuite impossible où le jeune essaye de battre son aîné pour un simple record de vitesse. Le trauma est évident: Speed aimait son frère et c'est un moyen de lui faire honneur. Un autre aurait râler mais lui sourit. Personne ne peut battre son frère, pas même lui. Ce trauma concernant aussi le père, qui s'en est toujours voulu d'avoir laissé partir son fils sur une dispute. Le pauvre Speed laisse même passer l'occasion de retrouver son frère, en se fixant uniquement sur un visage. Pourtant, le spectateur aura largement anticipé le fait que le pilote Racer X n'aide pas plus d'une fois Speed pour rien. Une simple réplique suffit à faire comprendre que l'on est face à une seule et même personne et les Wachowski de revenir sur le personnage dans une nouveau plan-séquence à 360°. Racer X était déjà un personnage génial, car purement minimaliste: le justicier de la course automobile et s'en prenant aux salauds ruinant les courses automobiles de leur sens premier, le plaisir.

Avec cette double identité, sa destinée n'en devient que plus tragique et beau à la fois. La musique de Michael Giacchino (alors loin des propositions à la pelle qu'il a désormais) en rajoute à ce propos, renforçant un côté mélo-dramatique fascinant. Racer X est peut être un héros secondaire durant les trois quarts du film, il devient à la fin un pur héros principal, admirant son frère prenant sa place. Avec ce personnage, Lana Wachowski parle également d'elle-même: elle aussi a changé son identité initiale afin d'épouser celle qu'elle a désormais. Lors de la production de Speed Racer, ce processus se mettait en place (ce qui avait malheureusement renvoyé à un buzz improbable lors de la promotion du film) et le personnage de Racer X permit d'aborder le thème du changement de manière subliminale, rendant le film terriblement beau et personnel. Le discours des Wachowski à travers l'affrontement entre Speed et le surpuissant Royalton a lui aussi un sous-contexte détonnant. Après avoir tutoyer la dystopie par excellence avec l'adaptation de V pour Vendetta confiée à James McTeigue, les Wachowski s'attaquent directement aux studios hollywoodiens. Si les réalisateurs ont toujours eu de la chance avec la Warner (qui a sorti tous leurs films, y compris les productions), il se trouve que dès Speed Racer, des difficultés leur sont apparus.

Même si Speed Racer a été réalisé de manière adéquate (quoique quand on voit comment il a été vendu par la Warner), il annonce en soi les ennuis à venir des Wachowski quant à leur créativité flouée par les studios (Jupiter Ascending en est la preuve). Le sous-texte concernant Royalton n'en devient que plus logique. Speed représente les Wachowski, à savoir la créativité et l'envie artistique, Royalton le studio capitaliste cherchant à flouer la créativité par un déluge d'argent souvent sale. Il n'y a qu'à voir le discours de Royalton devenant subitement réalité dans une séquence mélangeant avec force présent et futur. Le combat final de Speed dans la grande course n'en devient que plus impressionnant: seul contre tous, la corruption et où le talent essaye de primer sur un monde de rapaces. Tous les coups sont permis: triche, carambolages... Pour donner ce grain de folie, les Wachowski y ont été franco, signant un film explosif où le spectateur est scotché par ce qu'il voit. Speed Racer entraîne le spectateur dans ses courses foldingues et superbes visuellement (celle de la montagne est un sommet en la matière), toujours plus déjantés les unes que les autres jusqu'à un chant du cygne final pétaradant, auquel Giacchino y apose une patte musicale fantastique. Un maelstrom de couleurs certes, de décors virtuels aussi mais curieusement on y croit. D'autant que certains plans sont d'un ravissement total. (fin des spoilers)

Au final, Speed Racer est un film fun où les courses sont aussi vivantes et folles que celles de Redline de Takeshi Koike; et où les Wachowski signent un film bien plus personnel qu'on ne le croit.