Seth Brundle tient une invention qui pourrait lui donner une certaine notoriété. Ainsi via deux cabines, il peut se téléporter d'une à l'autre. Malheureusement lors de l'opération, une mouche se glisse dans la cabine de Seth et leurs corps fusionnent physiquement et mentalement...

A l'origine, il y a une trilogie avec Vincent Price notamment: La Mouche noire, Le retour de la Mouche et La malédiction de la Mouche. En 1986, la Fox décide de produire un remake du premier film. Pour cela, ils prennent David Cronenberg dont c'est le premier blockbuster (bien que le bonhomme avait déjà une sacrée réputation grâce à Vidéodrome ou Dead Zone); après avoir pensé à Tim Burton (surtout connu pour ses courts métrages à l'époque). Le réalisateur choisit un vrai couple pour que leur relation ait l'air plus vrai: Jeff Goldblum (Michael Keaton était pressenti mais refusa) et Geena Davis. On retrouve également John Getz. La mouche sera un très grand succès; sera récompensé du Prix spécial du Jury à Avoriaz (on lui préférera Blue Velvet pour le Grand prix, alors qu'il n'a strictement rien d'horrifique, ni fantastique!) et de l'Oscar des meilleurs maquillages.

Geena Davis et Jeff Goldblum. Collection Christophe L. L'amour avant la haine.

Il est considéré en général comme supérieur à son original, tout comme une certain The Thing, autre grand remake horrifique de l'époque. Il aura malheureusement droit à une suite par le directeur des effets spécaux en 1990 avec Eric Stoltz, qui n'aura pas le même triomphe et dit comme une grosse daube assez datée. Cronenberg en fera également un opéra en 2008, avec toujours Howard Shore à la musique. Le personnage principal Seth Brundle croit beaucoup à son invention et est très prétentieux. C'est d'ailleurs sa trop grosse ambition qui causera sa perte. Après une expérience malheureuse (le singe a fini broyer, séquence glauque prémice de la suite), il décide de faire l'expérience sur lui même. Mais il a omit un détail: une mouche s'est installée dans sa cabine.

Jeff Goldblum. Collection Christophe L.

Si au départ, l'expérience le rend plus fort (bête de sexe, sportif de haut niveau, certaine rapidité, peut casser un bras); la suite sera beaucoup moins belle. Il commence à perdre ses dents et ses ongles jusqu'à ne plus en avoir; devient sale (ne se lave plus, crache de l'acide); peut grimper au mur... il devient une véritable mouche. Cronenberg parvient à montrer les dérives de la science, signant un véritable chef d'oeuvre de l'horreur. Surtout, il parvient à nous garder en haleine jusqu'au bouquet final, où l'apprenti sorcier va faire face à sa propre condition. Autant dire que le dernier quart d'heure est particulièrement insoutenable. Brundle est devenu la Mouche dans toute sa splendeur. Une véritable merde en puissance, ne pensant qu'à une chose: manger. Un triste sort qui se montre par la brutalité des images.

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Sa mâchoire part en sucette; son crâne augmente; ses bras s'allongent; des morceaux de sa chair tombent... La transformation est aussi impressionnante que terrifiante. Les âmes sensibles peuvent partir tout de suite. On a certainement une des scènes les plus tétanisantes des années 80 et encore maintenant. Surtout que les maquillages n'ont pas du tout vieillit. Sans compter que la bave de Brundle est comme de l'acide (peut être une référence à Alien, dont la suite sortait la même année) et Brundle s'attaquera à Getz, jaloux du scientifique et ex petit copain de la petite amie de ce dernier ou de cette dernière tout dépend. Les dernières minutes sont assez poignantes, Davis devant finir le travail. Goldblum et Davis sont tout simplement fantastiques.

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Un film d'horreur terrifiant, où l'Humain devient l'Animal de la pire des manières.

La critique d'Alice In Oliver:

La Mouche, réalisée par David Cronenberg en 1986, fait partie des rares remakes qui peuvent se targuer de surpasser l'oeuvre originale.
La Mouche est donc un remake de La Mouche Noire, réalisée par Kurt Neumann en 1959 et avec Vincent Price.
Passionné par les effets de la transformation du corps sur le psychisme humain, David Cronenberg tient un sujet en or et a bien l'intention d'exploiter cette thématique à sa juste valeur.

Ensuite, il faut bien le reconnaître, la première version a bien vieilli. Ce film d'horreur a donc besoin d'un peu de sang neuf.
Et le fait que David Cronenberg ait envie de réaliser un remake, n'a rien du hasard. Le but est d'apporter sa vision personnelle.
La Mouche remportera un vif succès et obtiendra plusieurs récompenses: le prix spécial du jury au festival fantastique d'Avoriaz en 1987, le prix du meilleur film d'horreur, du meilleur acteur pour Jeff Goldblum et des meilleurs maquillages lors de l'Acédémie des films de science fiction, fantastiques et d'horreur la même année.

Pour l'anecdote, ce remake sera proposé à Tim Burton, mais le réalisateur déclinera le script, trop occupé à l'écriture d'autres films.
Le rôle du scientifique Seth Brundle sera confié à Michael Keaton dans un premier temps, mais l'acteur refusera.
Au niveau des maquillages, on retrouve Chris Walas, qui signera la suite, donc, La Mouche 2, quelques années plus tard.

Beaucoup de fans du film de David Cronenberg considèrent La Mouche comme une métaphore sur le Sida. Personnellement, j'y vois plutôt la transformation d'un homme condamné à mourir et à devenir un insecte monstrueux.
Encore une fois, on retrouve ici la dynamique de la malédiction de Frankenstein, un savant obnibulé par la science et la quête de savoir.
Seth Brundle (Jeff Goldblum) est atteint du même syndrome.

Lui aussi cherche à jouer avec le Créateur. Il invente une machine révolutionnaire: le télépode qui permet de téléporter un objet ou un individu d'un endroit à un autre. En quelque sorte, Seth Brundle vient de dépasser Einstein et sa loi de la relativité générale, qui semble s'appliquer partout dans notre vaste cosmos.
Il fait profiter de sa découverte à une belle journaliste, Veronica (Geena Davis), en quête d'un nouvel article sensationnel pour la presse.

Mais un jour, Seth teste l'appareil sur lui-même. Dans un premier temps, l'expérience est une véritable réussite.
Seth a réussi à se téléporter. Mais très vite, le scientifique développe des facultés hors du commun. Désormais, Seth est un athlète complet, investi d'une force quasi surhumaine.

Bientôt, ces changements commencent à l'inquièter, notamment lorsqu'il commence à perdre ses dents. Seth décide d'interroger l'ordinateur.
La révélation est paticulièrement horrible: lors de la téléportation, une mouche s'est glissée dans le télépode.
Et l'appareil n'a pas été programmé pour transférer deux êtres à la fois. De ce fait, l'ordinateur a fusionné les deux corps.

Seth est en train de se transformer en mouche. On retrouve donc ici la fascination du cinéaste pour la transformation de la chair et ses conséquences sur la psychologie de l'individu. A partir de là, Seth se met de plus en plus à penser comme une mouche. Le film de David Cronenberg se transforme alors en un huis clos oppressant, et tournant autour d'un triangle amoureux (Seth, Veronica et Statis Boran, l'ex petit ami de cette dernière).

A cette mutation, David Cronenberg y associe la mort, l'amour et la tragédie. La conclusion finale, absolument terrible, n'est pas sans rappeler la romance impossible entre la Belle et la Bête. Enfin, le réalisateur n'hésite pas à délivrer quelques séquences gores peu ragoûtantes à la matière.
La Mouche est donc à réserver à un public averti. C'est sans aucun doute l'un des meilleurs films d'horreur des années 80, et aussi, l'un des meilleurs crus de David Cronenberg.