Jack Dawson et Rose DeWitt Bukater ne viennent pas du même monde et pourtant ils vont s'aimer le temps d'une nuit. C'était le 15 avril 1912 sur le Titanic...

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James Cameron est un réalisateur de la démesure, allant toujours dans des directions où les gens ne l'attendent pas, quitte à leur donner une bonne claque. C'est ce qu'il a fait à nouveau en décembre 1997 (janvier 1998 pour la France). Son projet après True Lies (1994) aurait dû être l'adaptation de Spider-man, mais il s'arrêtera à cause de problèmes de droits. Le réalisateur se concentre alors sur un film sur le Titanic et opte même pour une visite de l'épave. Il sera question un temps d'utiliser les archives de cette expédition pour le film qu'il compte réaliser, mais il ira davantage sur une reconstitution (notamment pour la scène finale). Comme le furent ses précédents films, Titanic sera le film de tous les excès, Big Jim faisant comme très souvent dans le tournage commando et alignant les dépassements de budget (on parle d'entre 200 et 300 millions de dollars de budget). Pour un aspect plus cohérent, le réalisateur fera construire un paquebot grandeur nature, à peine plus petit que le Titanic et tournera dans un immense bassin. Des frais gargantuesques mais nécessaires. Le réalisateur en viendra même à rendre son salaire à la Fox (chose qui lui sera rendu suite au succès du film) et à laisser la Fox négocier avec Paramount pour la distribution du film. Le réalisateur demande à décaler la sortie de l'été à l'hiver 1997 pour pouvoir mener à bien son film, alors que le succès du film aurait peut être été plus fort en période estivale. 

Titanic : Photo James Cameron

La presse s'amuse de voir Big Jim s'attaquer à un drame historique et ironise en évoquant qu'il en fera certainement un vulgaire film d'action. Elle pense même que le film va se planter à l'image d'un Waterworld (Kevin Reynolds, 1995). Pourtant, Cameron a déjà mis un pas dans ce type de récit. Malgré son insuccès à l'époque, Abyss (1989) était tout sauf un film d'action (en dehors du premier climax, aucune scène de ce type) et reposait globalement sur l'amour d'un homme (Ed Harris) pour sa femme (Mary Elizabeth Mastrantonio). Par la même occasion, le cinéma de Cameron repose sur l'amour d'un être pour un autre, que ce soit un parent pour un autre (les Terminator, Aliens True Lies) ou un couple (Strange days et Point Break qu'il a écrit et produit pour Kathryn Bigelow). Ce type de déclaration était déjà à l'époque un stéréotype pour dire que Cameron n'était qu'un gros bourrin qui fait tout exploser (Michael Bay l'a largement battu depuis). Titanic cassera définitivement le mythe en alignant les records. Il est toujours dans les trois premiers films à avoir le plus gros box-office aux USA, en France et dans le monde et c'est d'autant plus fort avec l'inflation et le fait que le film n'est pas sorti directement en 3D. La 3D pour la ressortie de 2012 était d'ailleurs assez concluante, permettant de beaux effets de profondeur et même des sensations de flottements. Il y a des chances que la conversion de Terminator 2 (1991) prévue pour la rentrée soit d'un niveau aussi intéressant. De quoi permettre dans les deux cas de faire redécouvrir deux chefs d'oeuvre aux jeunes générations qui les ont découvert en vidéo ou à la télévision. 

Titanic : Photo James Cameron, Kate Winslet, Leonardo DiCaprio

De même, le casting aussi prestigieux et irréprochable soit-il n'est pas bankable. Leonardo Dicaprio et Kate Winslet ont été remarqué dans divers films, mais c'est Titanic qui les propulsera stars du jour au lendemain. Titanic est un raz de marée commercial encore impressionnant aujourd'hui et les onze Oscars qui l'ont couronné donne encore plus d'impact à ce succès plus que mérité. Titanic est certainement le dernier grand mélodrame hollywoodien. Michael Bay essayera bien de faire pareil avec Pearl Harbor (2001), il se cassera la figure. Avec son gros bateau pour tourner son film, Titanic gagne sans cesse en authenticité (d'autant que la reconstitution du lieu est somptueuse et fortement détaillée) et se révèle assez représentatif d'une époque cloisonnée dans ce microcosme. (Attention spoilers) On pourrait caricaturer ce film à "les riches sont en haut, les pauvres en bas" que ce ne serait pas faux. Derrière la catastrophe que montre le film, Cameron ne cesse de confronter un monde qui s'écroule sur sa propre bêtise, faisant jouer le système des castes au moment où il n'a pas lieu d'être. L'exemple les plus frappant (et en soi le plus glauque) du film est le personnage de Jenette Goldstein (Vasquez dans Aliens). On la voit avec ses enfants attendre pour atteindre l'escalier central menant au pont du paquebot. L'un de ses enfants lui demande alors pourquoi ils ne peuvent pas monter et elle lui répond que les femmes et les enfants de première et seconde classes doivent passer avant eux.

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La dernière fois que nous verrons cette femme et ses enfants sera dans leur chambre, attendant sagement la mort. Avec ces personnages, Cameron dézingue le fameux adage "les femmes et les enfants d'abord" en montrant que même eux ne sont pas tous à la même enseigne. Titanic est un film particulièrement violent et critique quand il se met à dézinguer le système des classes, mais encore plus quand il s'en prend aux responsables du drame. Le Titanic a été tué trois fois. La première quand l'homme d'affaire Joseph Bruce Ismay (Jonathan Hyde) a imposé au capitaine (Bernard Hill) d'aller plus vite pour faire les gros titres des journaux. Le premier sera un des premiers à fuir, Cameron le montrant comme un être lâche jusqu'au bout. La seconde fois, on informe le capitaine le risque d'iceberg, il laisse le paquebot tourner à plein régime. De cette décision entraînera la non-anticipation du drame à venir. En allant trop vite et en ralentissant à peine avant l'impact, il était impossible que le paquebot puisse dévier aussi rapidement sa trajectoire, de par son gouvernail trop petit. La troisième sera quand l'architecte Thomas Andrews (Victor Garber) évoque qu'il n'y a pas assez de canaux de sauvetage, car il fallait plus de place pour passer. D'autant plus lorsque des canaux ne contiennent que quelques passagers au lieu d'une soixantaine comme tester. 

Titanic : Photo James Cameron

Cameron montre bien que le naufrage du Titanic est autant la défaite d'une certaine arrogance (le Titanic fera bien la une des journaux pour une toute autre raison...) que d'erreurs humaines qui ont coûté la mort de plus de 1500 personnes. Les différences entre classes sociales se manifestent également dans l'histoire d'amour de Jack (Dicaprio) et Rose (Winslet). Jack est peut être un garçon de la troisième classe, mais Rose n'est pas loin de le rejoindre. On peut d'ailleurs voir cela comme un rebondissement, puisque les origines sociales de l'héroïne ne sont évoquées qu'après une heure de film. Avant cela, le spectateur voyait avant tout une jeune riche en couple avec un homme peu aimable (Billy Zane). Son père est mort en léguant des dettes à sa mère (Frances Fisher) et elle, entraînant le mariage quasi-imminent de la fille avec l'héritier d'un millionnaire. La mère croit encore qu'elle est riche et s'accroche à sa fille en pensant le rester. Sauf que la fille n'aime pas son fiancé, manque même de se suicider et finira par accepter son destin avec son sauveur, car elle n'appartient déjà plus à ce monde. Un monde qui préfère boire ou fumer des cigares alors que la fin est proche. Son passage dans le Titanic sera pour elle une renaissance. Nous avons également deux regards différents de gens riches sur Jack. La mère de Rose voit en lui un "insecte" dixit sa fille, car il représente ce qu'elle risque de devenir. 

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En revanche, Molly Brown (Kathy Bates) s'attache à lui car non seulement elle voit son fils en Jack, mais surtout elle n'a pas oublié qu'elle est devenue riche du jour au lendemain. Quant à Rose, elle est perçue comme un objet ou un désir selon les humeurs de son fiancé, au point que son obsession pour l'héroïne devient de plus en plus glauque dans le dernier acte. Une partie du film en rapport fut d'ailleurs coupée au montage, car trop longue. Elle montrait la fuite des héros face au garde du corps (David Warner) les pourchassant et la scène donnait une ambiance de thriller, où le garde du corps devenait le tueur qu'il faut arrêter. C'est aussi pour cela que l'on ne verra plus le personnage avant sa mort par électrocution. La relation entre Rose et Jack est l'exemple typique de l'amour tragique, l'amour interdit qui devient le récit d'une vieille dame racontant l'un des pires, mais aussi un des plus beaux moments de sa vie. James Horner donne sens à cette magnifique romance à travers une ost passant du majestueux à la tristesse totale, agrémentée d'une chanson qui fonctionne encore plutôt bien. Le film a beau être un PG-13, Big Jim n'épargne personne pas même des personnages attachants vus par ci, par là durant le film. On a beau connaître la tragédie, le réalisateur parvient quand même à surprendre et à émouvoir le spectateur à travers des âmes en peine. La dernière scène abritant les fantômes de cette nuit n'en devient que plus mélancolique et terrible à la fois. (fin des spoilers)

Titanic : Photo James Cameron

Avec Titanic, James Cameron a tourné son Autant en emporte le vent. Tragique, violent et terriblement beau.

La critique d'Alice In Oliver:

Inutile de revenir sur le succès de Titanic, réalisé par James Cameron en 1997. Toujours est-il que ce blockbuster constituera un véritable raz-de-marée (jeu de mot !) à travers le monde entier.
Titanic est l'un des plus grands succès du cinéma, maintes fois récompensé (meilleur réalisateur, meilleur montage, meilleur film, meilleure musique... et j'en passe !) et oscarisé.

Il sera dépassé par Avatar, toujours réalisé par James Cameron en 2010. Comment expliquer un tel succès à travers le monde ?
En vérité, James Cameron varie les plaisirs et propose un divertissement qui s'adresse à tous les publics en mélangeant romance, historique, histoire vraie, aventure et catastrophe.

Ensuite, le budget et les gros moyens sont évidemment au rendez-vous puisque Titanic a coûté plus de 200 millions de dollars.
A sa sortie, c'est le blockbuster le plus cher de l'histoire du cinéma. Par la suite, il sera dépassé par Spiderman 3 et le même Avatar.
Au niveau des acteurs, le film réunit Leonardo DiCaprio, Kate Winslet, Kathy Bates, Billy Zane et Bill Paxton.

Au niveau de la réalisation et de la mise en scène, le projet Titanic a mis des années à voir le jour. Cela faisait déjà un petit bout de temps que James Cameron travaillait sur la reconstitution réelle du Titanic.
Certaines séquences seront tournées sur une maquette réduite, d'autres sont tournées en images numériques, avec l'utilisation de personnages réels.

Titanic constitue donc un travail colossal et acharné. Ce blockbuster s'appuie donc sur un cadre historique et minutieux.
C'est d'ailleurs la première partie du film qui nous présente à la fois l'histoire de Jack Dawson (Leonardo DiCaprio) et la conception du paquebot, réputé insubmersible. En un sens, la construction de ce bateau constitue la nouvelle merveille technologique de l'époque (l'histoire se situe dans les années 1910), l'homme étant désormais capable de défier dame nature.

Hélas, c'est l'inverse qui va se produire. Avec Titanic, James Cameron s'approprie l'un des plus grands mythes contemporains et signe une fresque épique.
Certes, toute la publicité autour du film entraînera une vague (c'est le cas de le dire) anti-Titanic. Toutefois, avec les années, force est de constater que ce blockbuster appartient aux grands classiques de ces 15 dernières années.

D'ailleurs, ce n'est pas un hasard, suite à la sortie du film, de nombreux ouvrages et documentaires seront réalisés sur le sujet, preuve d'un regain d'intérêt pour le paquebot et les différents thématiques qui l'entourent.
Toutefois, si le film de James Cameron fonctionne aussi bien, c'est surtout grâce à l'histoire d'amour entre Jack Dawson et Rose Dewitt (Kate Winslet).

Voilà une romance tragique qui n'est pas sans rappeler Roméo et Juliette. Le film confronte donc la bourgeoisie de l'époque au prolétariat dans une histoire d'amour impossible et condamnée à l'avance.
Pourtant, la magie opère, même si la fin est connue de tous. Enfin, lors de la séquence du naufrage, James Cameron délivre largement la marchandise et offre de nombreuses scènes spectaculaires.

En l'état, impossible de détester Titanic, à moins d'y voir un blockbuster surestimé (après tout, c'est peut-être le cas). Toujours est-il que Cameron a accompli un travail considérable. Personnellement, je ne suis pas un grand fan de ce genre d'histoire. Quitte à regarder une fresque, je préfère largement Ben-Hur.
Toutefois, les deux films n'ont strictement rien à voir.


Article initialement publié le 29 août 2011.