Dix ans déjà...
Il arrive des jours où la mort n'y va pas de mains mortes, prenant tout sur son passage. Il y a tout juste dix ans, la télévision explosait avec des images cauchemardesques au possible. Avec mes yeux d'enfant déjà frappé par le deuil, je découvrais le World Trade Center en flamme avant qu'il ne s'effondre définitivement, condamnant une bonne partie des travailleurs et autres sauveteurs. Probablement le plus grand drame de ce début du XXIème siècle et la première fois que les USA étaient attaqués sur leur propre terrain. Une nouvelle menace plane alors sur le monde en la personne d'Ousamma Ben Laden et son agence Al QuaÏda. Sa traque atteindra son final avec la mort du coco en mai dernier, mais l'agence est toujours présente. Il y a eu des tas de documentaires (et il y en aura encore) sur cet événement ayant donné la mort à 2995 personnes, sans compter ceux qui n'ont pas survécu aux poussières; mais aujourd'hui, je parlerais des deux gros films sur le sujet. A savoir Vol 93 de Paul Greengrass et World Trade Center d'Oliver Stone. Deux films sorti la même année (2006) et à deux mois d'intervalle (je précise l'abus de "deux" est à consommer avec modération).
Vol 93
Si Paul Greengrass s'est fait connaître du grand public avec le second épisode de la trilogie Jason Bourne initiale (je précise car une "suite" sans Matt Damon va se faire avec Jeremy Renner), il s'était fait remarqué en 2002 avec Bloody sunday, film engagé sur la tuerie irlandaise ayant donné lieu à l'une des meilleures chansons du groupe U2. De plus, le réalisateur est anglais ce qui évite toute propagande larmoyante sur un sujet pareil (quoique Roland Emmerich est allemand, ce qu'il ne l'empêche pas de faire de la propagande dans ses films). Greengrass était tout désigné pour signer un grand film et c'est bel et bien le cas. Là où World Trade Center se cassera la gueule en beauté, Vol 93 l'évite totalement (oui je sais...). Déjà, le réalisateur emploie des acteurs inconnus, à la limite reconnaissable ou alors de véritables témoins des événements (notamment le chef de la direction des avions). Il a aussi le mérite de nous montrer les événements en temps réel (tel un épisode de 24 heures chrono en plus crédible) tel un véritable documentaire.
Ce qui donne un malaise d'autant plus puissant. Et puis, il y a la caméra à l'épaule typique d'un film de Greengrass qui n'a jamais été aussi bien utilisé par l'ami. Le film suit le trajet du Vol 93, pris d'assaut par des terroristes islamistes voulant faire sauter la Maison Blanche tel Independence Day mais réellement et sans alien. Malheureusement pour eux, les passagers, informés du choc dans les deux tours par téléphone (le réalisateur s'en est largement inspiré), ne les laisseront pas faire, faisant écraser l'avion en pleine campagne de Pittsburgh. Voilà par un seul fait comment les gens peuvent se rassembler face à un adverssaire qui se croit plus puissant mais n'arrivera jamais à son but. Quasiment en même temps, on suit le centre contrôlant les avions découvrant l'explosion du World Trade Center en direct. J'imagine que cela a été fait en post production, mais c'est totalement saisissant.
On est véritablement touché au coeur par ce drame malheureusement vrai et bénéficiant d'acteurs corrects. La reconstitution est évidemment le gros du film. Indéniablement, Greengrass est fidèle au maximum aux événements. En à peine 1h41, le réalisateur prend tout en compte avec l'attente avec préparation des terroristes, le vol et le crash symbolisé par le simple rentre dedans avec la terre. Une conclusion percutante mais plus crédible qu'autre chose surtout que le budget n'est pas digne d'un blockbuster. Le réalisateur évite également le patho, évitant ainsi de rendre le film chiant à en mourir (voir le cas ci-dessous) et donne lieu à un résultat terriblement humain. Une personne qui ne connait pas ce qui s'est passé peut encore croire au miracle et ainsi pouf. Comme quoi, on peut prendre un sujet tout récent et pouvoir l'utiliser de la meilleure des manières. C'est ce que fera Greengrass également avec le terrible Green Zone.
Un drame terriblement humain et intéressant de bout en bout. A voir absolument.
World Trade Center
Après le Vol 93, Oliver Stone décide de s'attaquer à l'histoire de deux pompiers, John McLoughlin et Will Jimeno, ayant survécu de la chute des deux tours. On est loin du film de Paul Greengrass. Budgeté à 65 millions de $ (contre 15 millions), stars ou têtes connues à l'écran (Nicolas Cage, Michael Pena, Maggie Gyllenhaal, Jay Hernandez, Maria Bello, Stephen Dorff et Michael Shannon) et la Paramount derrière. Sauf que comme Alexandre, la chute sera haute, preuve que le réalisateur anti-Vietnam et critiqueur d'une certaine Amérique s'est complètement perdu dans les années 2000. Ou comment passer des sommets au vide total. S'il reste quelque chose d'intéressant dans ce film, c'est tout ce qui concerne avant effondrement. On suit les pompiers dans le WTC et paf tout s'effondre dans un déchaînement impressionnant. Et après c'est fini, vous pouvez zapper, avancer avec votre télécommande, enlever le DVD ou le BR, jouer au frisbee avec. Mais surtout ne regardez pas la suite car c'est véritablement sans intérêt.
Une véritable torture de rester durant 2h09 devant du néant à base de patho et d'ennui. Pas que cette histoire ne soit pas intéressante bien au contraire. Car il faut bien le dire, sans certaines personnes, jamais ce qui rester comme survivants ne seraient vivants. Mais Stone fait tellement chier le spectateur qu'il est impossible de rester devant sans pioncer ou bailler. Le réalisateur préfère rester dans l'academisme totale avec des hommes survivants tant qu'ils le peuvent (certains passeront à la casserole), des familles en détresse et ininteressantes juste présentes pour bouleversifier le spectateur qui n'en demandait pas tant (on critique Titanic mais celui là est encore pire). Surtout qu'on les voit durant de (trop) nombreuses minutes et c'est bien dommage. Voilà tout ce qu'on ne voulait pas voir sur le 11/09. Un drame qui se révèle finalement assez prétentieux, où Stone joue les Spielberg de pacotille. Mais là où le coco blesse c'est qu'il n'y a jamais sa rage qui apparaît à l'écran.
Et c'est le cas de tous ses films depuis au moins L'enfer du dimanche (qui ne m'a pas déplu, ce qui n'est pas le cas de beaucoup) voire Tueurs nés. Aucune critique de l'institution ayant faillit oublier ces pauvres sauveteurs qui ne faisaient que leur boulot. Sans compter les autres. Rien. Stone fait du pro-ricain par excellence, là où il dénonçait durant les années 80 l'oublie des soldats revenants du Vietnam par son gouvernement. Pourtant comme je l'ai déjà dit, il y avait clairement de la matière. Du blockbuster américain par excellence et surtout sans cervelle. Comme quoi, pas besoin d'employer les grands moyens pour bouffer le petit (en l'occurence Vol 93) quand on n'est pas foutu de faire mieux. Les acteurs sont pas mal aussi dans le genre mauvais. On a eu les cheveux longs, bouclés, barbe et déjà moustachu (Arizona Junior des Coen), maintenant Cage nous fait la combinaison coupe au bol-moustache (!). Bah oui, avec le casque, la coupe au bol c'est mieux. Sinon l'acteur cabotine comme il le fait tout le temps quand il cachetonne. Quant à Pena, c'est du même niveau.
Un échec total et indigne du talent d'Oliver Stone. A éviter.
la critique d'Alice In Oliver:
Oliver Stone est connu pour des films souvent engagés et donc, polémiques, qu'ils soient bons ou mauvais.
Indéniablement, son JFK a fait couler beaucoup d'encre. Même chose pour Alexandre, dans un tout autre registre.
Certes, Alexandre n'est pas forcément le film le plus réussi de Stone (certaines critiques parleront même d'un très gros navet), mais le long-métrage ne laissera pas totalement indifférent, engendrant un certain débat sur la Toile et parmi les cinéphiles.
Mais traiter du 11 septembre 2001 reste un pari difficile. World Trade Center est donc le tout premier film sur le sujet.
Le drame est encore très présent dans les esprits. C'est un événement traumatique qui a servi de mauvaise excuse à Bush et son administration pour justifier une guerre en Irak. On attendait donc Oliver Stone au tournant.
Bush également. Le président américain sait qu'Oliver Stone n'est pas un réalisateur de la veine d'un Roland Emmerich ou d'un Michael Bay, ardents défenseurs de la propagande USA dans toute sa splendeur.
Pourtant, peu avant sa sortie, World Trade Center fera l'objet de toutes les attentions et le film sera salué par Bush et consors, fiers d'avoir fait plier Oliver Stone à certaines exigences impérialistes.
Oui, World Trade Center est un drame hautement méprisable tant par ce qu'il montre, tant par ce qu'il dénonce.
Au-delà de son scénario, qui s'évertue à expliquer l'enfer de deux pompiers prisonniers dans les tours jumelles, World Trade Center est avant tout un film de propagande, les valeurs de l'Oncle Sam étant la trame principale de ce drame nauséabond. Pour Oliver Stone, il s'agit de mettre en valeur le héros américain dans toute sa splendeur.
Les notions de la famille et de la religion sont évidemment au rendez-vous, l'Amérique triomphante étant le point central de ce drame profondément manichéen.
Oui, World Trade Center est sans aucun doute le plus mauvais film d'Oliver Stone. Mais s'agit-il réellement d'un film ?
Parlons plutôt d'une oeuvre de propagande, fière de ses certitudes et venant justifier les intentions d'une administration à la dérive et en guerre contre le terrorisme. Après, certains esprits naïfs y verront peut-être un film neutre montrant tout simplement la journée peu ordinaire de deux pompiers courageux.
Encore une fois, c'est franchement naïf, voire même, de l'aveuglement !
Commentaires sur Dix ans déjà...
- En ayant revu le doc sur la seule caserne de pompiers qui n'a pas comptée de décès (un "bleu" rejoint l'équipe de pompiers où il y a déjà son frère et filme son début de carrière lorsque la 1ère tour est atteinte) j'ai repensé au film de Stone = un début de journée normale, la 1ère collision, les gens abasourdis, les arrivées de pompiers et puis l'éffondrement qui enseveli tout.
Je trouve que cela n'a pas du tout été romancé de sa part, au contraire, Stone a fait une sorte d'état des lieux avec des personnages, leurs proches (collègues ou familles) et s'est ensuite concentré sur le sort de 2 pompiers pris au piège. Après comment filmer les heures d'attente à être sauvé ou les familles qui attendent des nouvelles, ça s'était plus risqué car il n'y avait "plus d'action" étant donné que cela devenait psychologique...
























