Suite au crash d'un sous-marin en profondeur, l'armée américaine engage des foreurs pour retrouver les têtes nucléaires de l'engin. Mais ils vont découvrir tout autre chose...

A

Après Aliens (1986), James Cameron fait un petit break. Il rédige quelques ébauches et traitements (dont ceux de Strange days, Avatar et même du pilote de Dark Angel), tourne un clip fort sympathique pour le groupe de Bill Paxton Martini Ranch (Reach, 1988), western post-moderne où le camarade Paxton était traqué par des chasseuses de prime (dont la réalisatrice Kathryn Bigelow). Puis comme souvent, Big Jim se lance dans un gros défi. Probablement trop gros pour lui. Cameron est verni par les succès successifs de Terminator (1984), Aliens et en soi de Rambo 2 (George Pan Cosmatos, 1985) qu'il a scénarisé. Grand amateur de plongée et autres défis aquatiques (il n'y a qu'à voir ses différents documentaires des 2000's pour s'en rendre compte), le réalisateur veut faire le 2001 des films aquatiques. Des caméras et autres véhicules sous-marins seront construits pour pouvoir tourner dans la cuve d'une ancienne centrale nucléaire devenu un gigantesque bassin pour le film. Une manière comme une autre de s'entraîner avant Titanic (1997). Le réalisateur doit se résigner sur un grand nombre de plans à effets-spéciaux pour pouvoir réaliser le film déjà jugé trop cher. Ceux qui voyaient le tournage d'Aliens comme un champ de bataille ne sont pas au bout de leur peine. Les acteurs peinent à s'extasier face au temps de préparation et de réalisation de plans à effets-spéciaux.

Big Jim sort de ses gonds plusieurs fois avec des exécutifs de la Fox, manque de mourir noyé à cause d'un manque d'oxygène et Abyss (1989) commence à accumuler les dépassements à cause d'incidents (un tuyau qu'il faut remplacé, des plans difficiles à réaliser...). Le film ne fonctionne pas très bien au box-office et sort à la fin de l'été, en plus d'être raillé par la presse à cause de ses problèmes de tournage. Big Jim doit également couper tout ce qui concerne la vague géante pour arriver à une durée raisonnable. Des plans qui reviendront comme d'autres dans la version longue, aujourd'hui privilégiée par les chaînes de télévision. Au final, Abyss est peut être plus long et en soi plus radical (2h51 tout de même), mais plus complet et gagne de meilleurs effets-spéciaux. Normalement, Abyss doit enfin sortir en haute définition cette année, le spectateur devant se contenter du DVD au format 4/3 depuis dix-sept ans. Histoire aussi de réhabiliter un film souvent un peu éclipsé par les gros succès cameroniens. (attention spoilers) L'apparition des extraterrestres se veut particulièrement rapide, puisque ce sont eux qui font crasher le sous-marin, omnubilé par la lumière avant de voir qu'il allait dans les rochers. Cameron ne nous cache pas ces êtres énigmatiques et particulièrement beaux, reste à savoir s'ils sont positifs ou négatifs. En dehors du passage du sous-marin (que l'on peut voir comme un mauvais concours de circonstances), les extraterrestres ne sont pas hostile et c'est davantage l'Homme qui le devient pour l'étranger ou pour lui-même.

Abyss : Photo Ed Harris, Michael Biehn

Pour cela, le réalisateur s'amuse des militaires, véritable menace du film. S'ils disent s'être déjà entraîné, Hiram Coffey (Michael Biehn) sera le premier à subir la syndrome des hautes pressions. Cameron s'attarde sur les différents stades de ce syndrome dangereux aussi bien pour lui-même que pour ses coéquipiers. Tremblements, mutilations, troubles du comportement, paranoïa, il est aussi le seul à avoir accès à des armes à feu ou nucléaires. Un cowboy qui disjoncte, ce n'est jamais bon à avoir autour de soi. Voyant les extraterrestres une menace et sans contact avec sa direction, le personnage devient une véritable menace, manquant de faire exploser les têtes nucléaires et ainsi de tuer tout le monde. Le dérapage de Coffey servira à un climax, probablement le seul moment violent du film. Pas de sang à l'horizon, un seul mort... Abyss est le film le moins violent de son réalisateur et cela lui va bien. Big Jim n'a pas besoin d'un traitement bourrin pour une histoire pareille, se concentrant sur la science et les rapports entre les hommes présents dans la plate-forme. C'est d'ailleurs ces rapports humains qui sauvent les Hommes aux yeux des extraterrestres. Alors que Big Jim a jusqu'à présent fait dans le pessimisme le plus total (la guerre nucléaire de Terminator, le massacre d'Aliens), Abyss est certainement son film le plus optimiste. Il remet en selle un couple qui s'était quitté (Ed Harris et Mary Elizabeth Mastrantonio) grâce à l'expédition et ce sera le motif des extraterrestres pour stopper leurs avertissements.

Ed Harris et Mary Elizabeth Mastrantonio. Fox

Le premier sera l'ouragan qui s'abat sur la base militaire depuis le début du film. Le second sera diverses vagues géantes allant vers différentes villes clés, rappelant en soi le terrible final de La dernière vague (Peter Weir, 1977) ou plus récemment Deep Impact (Mimi Leder, 1998). Le but est de confronter l'Homme à ses contradictions, véhiculant aussi bien de l'amour que les pires violences envers lui-même ou l'environnement. C'est d'ailleurs eux qui sauvent Ed Harris d'une mort certaine, manquant de mourir faute d'oxygène, preuve de leur bienveillance. Des extraterrestres lumineux et encore de toutes beautés comme leur vaisseau géant, renforcés par la merveilleuse ost d'Alan Silvestri. Sans compter l'alien aqueux monumental et précurseur du T-1000 de Terminator 2 (1991) que ce soit pour le morphing ou l'aspect liquide. Ce qui fait aussi d'Abyss un film particulièrement pacifique dans la lignée d'un Rencontres du troisième type (Steven Spielberg, 1977) et porteur d'espoir. Inutile de dire que l'Homme n'a pas changé depuis... Par la même occasion, Big Jim utilise un procédé génial et véridique: un fluide s'installant dans les poumons, permettant ainsi plus d'oxygène dans des profondeurs fortes. La communication se fait alors par un clavier. Pour le réalisateur il s'agit encore une fois de montrer son travail de pointe, notamment en misant sur une science exacte et possible. Les scènes sous-marines sont d'ailleurs splendides, raccords à l'ambition folle du réalisateur. Le travail paye toujours. (fin des spoilers)

A 2

James Cameron signe un film rempli d'optimisme et de prouesses technologiques, probablement son plus beau film.


La critique d'Alice In Oliver:

Ce n'est pas une grande nouvelle: James Cameron est un passionné de plongée sous-marine. Avec Abyss, réalisé en 1989, le cinéaste signe encore une fois un nouveau bijou du fantastique. Le film nous transporte alors dans des territoires inconnus et dans les plus grandes profondeurs des océans, à plusieurs milliers de kilomètres sous l'eau. Pour l'anecdote, la technique du fluide respiratoire, utilisée pour plonger en grande profondeur, existe réellement. La séquence du rat respirant ce fameux fluide n'est donc pas truquée. Ce qui déclechera les foudres des associations de protection des animaux.
D'ailleurs, cette scène sera retirée de la version sortie en Grande-Bretagne.

Les fans de James Cameron considèrent souvent Abyss comme son meilleur film, son chef d'oeuvre absolu. Difficile de répondre, mais Abyss peut se ranger parmi les trois meilleures réalisations du cinéaste, avec Aliens le Retour et Terminator.
La mise en scène est tout simplement stupéfiante. Les séquences sous-marines sont absolument grandioses.
James Cameron parvient à nous plonger dans un thriller sous-marin à la fois beau, mélancolique et oppressant.

Les profondeurs et les mystères des océans ont une influence sur le comportement humain, semble nous dire James Cameron.
D'ailleurs, ils auront une grande répercussion sur l'esprit malade du lieutenant Coffey (Michael Biehn), le grand méchant de service, et totalement paranoïaque. Car Abyss ne propose pas seulement une aventure extraordinaire au fond de l'eau, le film se concentre également sur ses personnages.

A ce sujet, Ed Harris et Mary Elizabeth Mastraontonio forment un couple qui bat de l'aile. Toutefois, certains événements inattendus vont mettre leur amour à rude épreuve. Dans les bas fonds des océans, se tapit une autre forme de vie.
A aucun moment, James Cameron évoque le mot extraterrestre. A partir de là, le film laisse le spectateur dans sa propre interprétation.
Visiblement, cette civilisation intelligente vit dans les abysses depuis très longtemps.

On peut donc les voir comme des extrêmophiles, soit des organismes capables de se développer dans des endroits extrêmes.
Voilà une idée totalement novatrice pour l'époque. Avec un tel scénario, James Cameron nous dit que la vie pourrait se trouver dans des endroits inattendus.
Une réflexion récemment confirmée par les recherches en astronomie.

Dans Abyss, cette civilisation a pris la forme de fluide. Ce qui n'est pas sans rappeler la technique du morphing, qui sera utilisée dans Terminator 2, à travers les effets spéciaux du T-1000. Toujours est-il que ce peuple, surgi du fond des eaux, nous observe depuis des siècles avec une certaine incompréhension.
Pour James Cameron, c'est une façon comme une autre de critiquer une humanité en péril et courant à sa propre perte: la pollution, la déforestation, les deux guerres mondiales... Autant d'avertissements pour l'homme et sa capacité à s'autodétruire et à se renier lui-même. Bref, Abyss est un authentique monument du film fantastique, un chef d'oeuvre incontournable, un de plus pour James Cameron.

 

 


 

Article initialement publié le 21 septembre 2011.

Source: James Cameron: l'odyssée d'un cinéaste (David Fakrikian, 2017).