Emprisonné depuis les violences survenues dans une petite villes des Etats-Unis, John Rambo est libéré par le colonel Trautman pour retrouver des soldats prisonniers au Vietnam...

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Initialement, le vétéran de la Guerre du Vietnam John Rambo devait se suicider dans le scénario du film First Blood (Ted Kotcheff, 1982). Sylvester Stallone avait fini par ne pas le faire, souhaitant donner un peu d'espoir à un personnage qui n'en a plus. Ce qui amene les producteurs Mario Kassar et Andrew G Vajna à produire une suite. Ils mettent le grappin sur un certain James Cameron, dont le scénario de Terminator a tourné un peu partout. Bloqué par le tournage de Conan le destructeur (Schwarzy devait le tourner à cause de son contrat avec Dino de Laurentiis), Big Jim s'engage à scénariser la suite de Rambo et George Pan Cosmatos (Cobra) le réalisera. Après quatre traitements, le scénariste laisse sa place comme prévu à Stallone. "La politique c'est de Stallone, l'action est de moi" dira Cameron (*), comme pour confirmer que l'aspect finalement très politisé de cette suite venait de Sly. Au vue de ce à quoi tournait Stallone à l'époque, cela n'a rien d'étonnant notamment ses tendances reaganiennes (Rocky IV sortira la même année). Ce qui ironiquement n'a rien à voir avec Cameron qui était un détracteur du président en place. Il semblerait d'ailleurs que le traitement final n'a parfois rien à voir avec les écrits de Cameron. Le début devait commencer dans un hôpital psychiatrique et non une carrière, comme pour confirmer que Rambo avait besoin de soin suite au traumatisme.

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De même, il n'y avait pas de sidekick féminin mais masculin, probable inspiration du personnage de Bill Paxton dans Aliens (Cameron a écrit les deux à peu près en même temps). Stallone aurait d'ailleurs confié depuis que le scénario de Cameron était plus convainquant que le film lui-même et en soi, on ne va pas trop le dédire. Rambo 2 : La mission (1985) n'en reste pas moins un gros succès, la preuve du star power total de son acteur dans les 80's et faisant de Rambo son second personnage fétiche. Si Rambo 2 a des défauts, il n'en reste pas moins une bonne suite dans la mesure où il ne fait pas encore n'importe quoi avec la mythologie installé dans le film de Kotcheff. Le troisième (Peter MacDonald, 1988) fera bien pire en allant dans le nanar de compétition. Toutefois, l'ambiance est quand même assez différente. Kotcheff signait un film assez intime, faisant la part belle à la tristesse d'un vétéran persécuté alors qu'il revenait de l'enfer. Avec Rambo 2, Trautman (Richard Crenna) le renvoie là-bas car comme il le dit si bien: "ce que vous appelez l'enfer, il appelle ça chez lui." On peut voir cette réplique comme une énième punchline de film d'action bourrin, pourtant elle caractérise parfaitement le personnage, véritable machine de guerre capable de créer une guerre civile à lui tout seul.

Sylvester Stallone. Carolco Pictures

Rambo 2 est un retour aux sources explosif, où le personnage redeviendra définitivement ce qu'il était: une machine de guerre instoppable. Les vietnamiens et les soviétiques (joies de la Guerre Froide) peuvent déjà frémir, ils finiront avec une flèche dans le corps, une gorge tranchée, criblés de balle ou mieux encore dégommés à l'explosif. L'action de Rambo 2 est particulièrement délirante, parfois à la limite du cartoon, Cosmatos y allant franco dans le second climax (Rambo en hélicoptère dégommant un camp au missile et liquidant le chef au bazooka!). Par la même occasion, Rambo ne cessera de redire au cours du film qu'il est là pour gagner la guerre que beaucoup d'américains ont perdu. C'est même son unique moteur et ce pourquoi il a accepté la mission. Ironiquement, Cameron reprendra le principe pour le retour de Ripley (Sigourney Weaver) dans Aliens (1986), cette dernière repartant au front afin d'exterminer les xénomorphes. Dans les deux cas, les héros des deux films doivent faire face à la traîtrise, les bureaucrates cachant des choses à ceux qu'ils envoient au front. Notre cher Rambo est envoyé dans le vide, juste pour la reconnaissance car ces personnes ne veulent pas libérer les prisonniers américains. Tout simplement car ils ne veulent pas payer les vietnamiens en indemnités de guerre.

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On sent dans le personnage Marshall Murdock (Charles Napier) les prémices du Burke d'Aliens (Paul Reiser), menteur comme un arracheur de dents se planquant avec une malette pleine d'argent pendant que les autres se font trucider à sa place. Si Murdock n'aura pas le sort de Burke, il aura droit à une correction de l'ami Rambo qu'il aurait préféré éviter. Comme évoqué plus haut, le discours de Rambo n'a également pas changé, évoquant dans les dernières minutes qu'il veut que les USA reconnaissent le sacrifice de ses soldats au Vietnam. De même, il évoquera être remplaçable au même titre que ces soldats encore emprisonnés. Une verve patriotique de plus, mais qui va encore une fois dans le sens du premier opus, là où le troisième opus sera totalement hors-sujet. Même si moins réussi que son aîné, Rambo 2 continue les revendications exercées dans le film de Kotcheff. Le film va d'ailleurs quelques fois dans un effet miroir avec toute une partie infiltration dans la jungle se terminant devant une cascade ou encore les sévices quasiment identiques à ceux des flashbacks de l'original. Rien n'a changé depuis qu'il est parti. On a connu Stallone plus inspiré niveau interprétation, mais il tient encore bien son personnage. Le film se plante en revanche lorsqu'il essaye de montrer une romance entre Rambo et sa camarade vietnamienne (Julia Nickson-Soul). Non seulement cela ne fonctionne pas, mais en plus à peine un bisou donné, elle se fait tuer! Pour la subtilité, on repassera. (fin des spoilers)

Rambo II : la mission : Photo George Pan Cosmatos, Steven Berkoff, Sylvester Stallone

Une suite moins bonne que l'original car moins subtile, mais restant dans les sabots de son aîné pour ce qui est des revendications post-Vietnam.


La critique d'Alice In Oliver:

Suite à l'énorme succès du premier opus, les producteurs décident logiquement de porter une suite aux aventures de John Rambo.
Bienvenue dans Rambo 2: la Mission, réalisé par George Pan Cosmatos en 1985. A la base, James Cameron avait écrit un scénario, mais le script sera largement remanié par Sylvester Stallone au grand regret du cinéaste.

Pour l'anecdote, Dolph Lundgren devait participer à cette suite, mais l'acteur était déjà sur le tournage de Rocky 4.
Pour le reste, Rambo 2 reste une suite décevante, mal aimée par la presse et les fans de la saga. D'ailleurs, le film de George Pan Cosmatos recevra plusieurs récompenses aux Razzie Awards: pire film, pire acteur pour Sylvester Stallone et pire scénario.

Concrètement, Rambo 2 est-il aussi catastrophique sa mauvaise réputation ? Franchement non. En vérité, Rambo 2: la mission a surtout le malheur se succèder au premier volet, qui lui est largement supérieur.
Avec Rambo 2, George Pan Cosmatos délaisse totalement la psychologie de son personnage pour réaliser un film bourrin, décomplexé et résolument tourné vers l'action.

Ici, vous pouvez oublier les flashbacks, les souvenirs douloureux et toute critique de la Guerre du Vietnam. Oui, Rambo 2 est un film profondément idiot.
Tout du moins, le scénario est de facture classique et tient sur deux ou trois lignes en écrivant au marqueur.
Attention, SPOILERS !

Suite aux événements du premier, John Rambo purge une peine de prison. Le Colonel Trautman parvient à le faire libérer.
En contre partie, l'ancien bérêt vert devra se rendre à nouveau au Vietnam pour prendre quelques photos: il semblerait qu'il y ait encore quelques prisonniers américains dans ce pays. Une fois sur place, John Rambo désobéit aux ordres.

La mission prend alors une tournure dramatique. Rambo est fait prisonnier. Pire encore, les vietnamiens sont soutenus par des méchants russes.
Au passage, ces derniers ont un accent à coucher dehors. Le communisme contre la force brutale américaine. Dans cet exercice, Sylvester Stallone remplit son office et massacre toute une armée à lui tout seul !

Seul contre tous, armé de quelques flêches explosives, Stallone donne une leçon à plus d'une centaine d'hommes sans être jamais inquiété... ou presque !
Il sera fait prisonnier et subira les tortures des communistes, qui sont évidemment des sadiques en puissance.
A cela, rajoutez une histoire d'amour indigente entre Rambo et une jeune vietnamienne, et vous obtenez le gros film d'action bourrin typique des années 80.

Dans cette suite, aucune surprise au programme. C'est vraiment un second chapitre inutile qui n'apporte rien à son modèle.
Reste quelques séquences tellement grotesques que cette suite en devient étrangement géniale et jouissive. Par contre, merci de mettre votre cerveau de côté !


Article initialement publié le 9 novembre 2011.

* Propos et anecdotes tirés de James Cameron: l'odyssée d'un cinéaste (David Fakrikian, 2017).