la fin de freddy

 

Genre : horreur, épouvante, slasher (interdit aux - 12 ans)
Année : 1992

Durée : 1h36

Synopsis : Après avoir tué tous les enfants de sa ville natale, il cherche à aller dans un nouveau territoire pour y trouver de nouvelles proies... 

La critique d'Alice In Oliver :

Dès le quatrième chapitre, à savoir Le Cauchemar de Freddy (Renny Harlin, 1988), la saga avait déjà montré de sérieux signes d'essoufflement. Certes, par d'habiles subterfuges, Renny Harlin tentait de pallier à l'inanité scénaristique via une jeune héroïne affublée de pouvoirs télékinésiques. Néanmoins, la presse cinéma ne manque pas de tancer et d'admonester une pellicule qu'elle juge obsolète et moribonde. Impression corroborée par le cinquième volet consacré aux supplices du croquemitaine griffu. A l'instar de son devancier, L'Enfant du Cauchemar (Stephen Hopkins, 1990) n'illusionne guère les critiques qui fustigent derechef ce cinquième épisode. 
A contrario, le public répond toujours à l'appel et se précipite en masse dans les salles obscures.

En l'espace d'une quinzaine d'années, Freddy Krueger s'est inscrit dans la culture populaire aux Etats-Unis. Bien consciente du maigre potentiel de la saga et de ses sempiternelles redondances, la firme New Line Cinema produit un sixième opus, intitulé Freddy - Chapitre 6 : La Fin de Freddy - L'Ultime Cauchemar, un titre prolongateur. Pour ce nouvel avatar, changement à nouveau de réalisateur en la personne de Rachel Talalay, qui a surtout sévi dans l'univers étriqué des séries télévisées, notamment Ally McBeal (1999), Cold Case : affaires classées (2003), FBI : Portés Disparus (2002), ou encore Supernatural (2007). En outre, La Fin de Freddy - L'Ultime Cauchemar constitue le tout premier long-métrage de la cinéaste. Wes Craven, le créateur originel de la franchise, est aussi le grand absent de ce sixième chapitre. Plus question de saborder une franchise déjà en déliquescence !

freddy63

Dépité par les directions spinescentes de cette saga transmutée en entreprise capitalistique, le maître de l'épouvante a depuis longtemps abandonné son croquemitaine d'infortune, au grand dam des fans de Freddy Krueger. Si La Fin de Freddy - L'Ultime Cauchemar est nanti d'un budget plutôt conséquent (onze millions de dollars tout de même), il se pare d'une réalisatrice peu coutumière du genre horrifique. Pourtant, Rachel Talalay s'attelle à la tâche et a bien l'intention d'apporter sa modeste pierre à l'édifice. En l'occurrence, les résultats au box-office lui donneront raison puisque le film se solde par un succès commercial. Hélas, le coeur n'y est plus. A l'instar du précédent chapitre, La Fin de Freddy est unanimement répudié par les critiques et la presse cinéma. Pis, L'Ultime Cauchemar est carrément affublé du titre peu glorieux du pire volet de la franchise.

Reste à savoir si le long-métrage est bel et bien la déconvenue annoncée. Réponse dans les lignes à venir... Mais la réponse est hélas positive... La distribution de ce sixième épisode, qui se doit de conclure la saga en apothéose, réunit Robert Englund, Lisa Zane, Shon Greenblatt, Lezlie Deane, Ricky Dean Logan, Breckin Meyer, Yaphet Kotto et Alice Cooper. A noter aussi le caméo de Johnny Depp, une façon comme une autre de rendre hommage au premier chapitre, Les Griffes de la Nuit (Wes Craven, 1984). En outre, Les Griffes de la Nuit se sont transmutés en "les griffes de l'ennui". 
Attention, SPOILERS ! (1) L'abominable Freddy Krueger réussit finalement à tuer tous les enfants de sa ville natale. John Doe, le dernier adolescent de Springwood subit un accident et ne se rappelle plus de rien. 

image003

Après avoir été retrouvé inanimé sur la route par le psychiatre pour enfants Maggie Burroughs, il est placé dans un hôpital psychiatrique où il se plaint de cauchemars répétés et de sa mémoire défaillante. Convaincu qu'il est le fils caché de l'horrible tueur d'enfants Freddy Krueger, John retourne à Springwood avec Maggie et trois autres adolescents. Bientôt, le groupe se rend compte qu'il ne peut plus quitter la ville et qu'ils sont la nouvelle proie de Freddy Krueger (1). 
Indubitablement, Freddy Krueger s'est depuis longtemps fourvoyé en pur produit marketing. C'est probablement pour cette raison que La Fin de Freddy - L'Ultime Cauchemar se voit affubler de la mention "3D", un gadget comme un autre pour leurrer le grand public. Le croquemitaine au visage hideux et carbonisé ne préfigure plus cette terreur de naguère qui masssacrait des étudiants d'infortune dans Elm Street.

D'ailleurs, Rachel Talalay se charge bien d'éloigner le sociopathe onirique de sa genèse meurtrière, pour finalement se retrouver dans Springwood. Par certaines accointances, les habitants de cette ville ne sont pas sans rappeler la communauté extravagante du film The Wicker Man (Robin Hardy, 1973). Malheureusement, la comparaison s'arrête bien là. Ainsi, La Fin de Freddy - L'Ultime Cauchemar propose une nouvelle variation onirique sur fond de meurtre et de généalogie familiale, si bien que le spectateur et même les personnages du film ne feront plus la distinction entre la réalité et certaines fantasmagories déviantes. 
Visiblement, Rachel Talalay n'en a cure et se languit de cette dissonance. Hélas, La Fin de Freddy nage invariablement dans le vide. 

la_fin_de_freddy-5

Il faudra donc s'armer de patience avant de percevoir les griffes affûtées de Freddy sectionner l'oreille d'un jeune éphèbe qui souffre par ailleurs de surdité. C'est par ailleurs la seule séquence un tant soit peu ingénieuse du film. Le reste du long-métrage se résume à toute une série de séquences amphigouriques qui peinent lamentablement à raconter une histoire crédible. A aucun moment, Rachel Talalay ne parvient à transcender son récit et les rarissimes bonnes idées qui ponctuent partiellement ce sixième chapitre. De surcroît, La Fin de Freddy prodigue de nombreuses informations sur le passé du croquemitaine. Dans ce sixième volet, la créature onirique doit se colleter avec sa propre fille. 
Dans ce carcan scénaristique, impossible de sursauter ni de frémir. A la rigueur, seules les facéties de Robert Englund, qui cabotine à merveille sous le chapeau de Krueger, maintiennent encore parfois l'illusion. Pour le spectateur aguerri, il faudra supporter de longues séquences outrageantes et d'une incroyable cancrerie, à l'image de cette victime téléportée dans un jeu vidéo et massacrée à coup de joystick. On comprend mieux pourquoi Wes Craven fulminera devant la vision de ce gros navet indigeste et décidera de reprendre en main une saga atone et exsangue, avec Freddy Sort de la Nuit (1994), un septième chapitre un peu plus éloquent.