(Attention cet article analyse des films en détails, possibles spoilers à la clé)

Parler des studios Disney est toujours particulier, que ce soit en évoquant son patriarche, son héritage, ses déboires, l'idéologie du chef...  Comme votre cher Borat le dit souvent, si vous dites que vous aimez les films des studios Disney ou plus généralement films d'animation, les moqueries fusent. Vous avez certainement déjà eu droit aux "tu es un peu trop vieux pour ces gamineries", "les dessin-animés c'est pour les enfants" ou encore ce regard douteux des parents débarquant avec leurs enfants dans la salle en vous voyant seul (Borat prédateur sexuel ? -NDB). Hé bien non, le film d'animation est suffisamment varié pour exister autrement que par la seule cible des enfants. Preuve en est chers parents, vous n'aurez certainement pas l'idée futile de montrer Akira (Katsuhiro Otomo, 1988) à votre enfant de cinq ans, sous prétexte que c'est un film d'animation. Si ? On ne peut donc plus rien pour vous. Mais revenons au sujet qui est le nôtre: Disney. Ce dossier va revenir sur la plupart des films d'animation du studio (on oublie donc des productions comme L'étrange noël de Mr Jack et James et la pêche géante d'Henry Selick) en se focalisant sur leurs côtés sombres, que ce soit dans la violence, l'épouvante ou des thématiques. Derrière l'aspect "film d'animation pour enfants", les studios Disney ont toujours montré la violence et ce dès leur premier long-métrage Blanche-Neige et les sept nains (David Hand, 1937).

Le sujet est assez éloquent: une femme décide de tuer sa belle-fille pour être la plus belle. Un meurtre avec préméditation donc. Dans quel but? Atteindre l'immortalité. Une certaine idée du sacrifice où une femme est prête à tuer une innocente pour être la plus représentée et trouver le Graal. La scène de la forêt est certainement l'une des scènes les plus marquantes du cinéma de Disney, alignant les ombres menaçantes, le tout sur la musique trépidante de Leigh Harline et Paul J Smith. La forêt est montrée comme un lieu sombre et inquiétant (arbres révèlant leur aspects perturbants, morceaux de bois se transformant en alligators, toiles d'araignées, chauve-souris...), là où la maison des nains est éclairée par le soleil, comme si Blanche Neige passait de l'Enfer au Paradis. Une scène qui avait particulièrement remué les bambins de l'époque. Effet garanti donc. Le final ne manque pas de mordant non plus, la musique s'entrechoque avec le tonnerre, les nains poursuivent la reine transformée en vieille femme. La reine court à sa propre perte en continuant à monter sur la falaise. C'est là où David Hand se révèle particulièrement vicieux: il montre la reine prise à son propre jeu, électrocutée en voulant tuer les nains par une grande pierre, cette dernière finissant par l'écraser hors champ. Les vautours attendront patiemment le moment du festin. La scène est brutale, violente et ne laisse aucune échappatoire à la reine hurlant à la mort. La laideur d'esprit et de beauté a perdu.

Pinocchio (Luske, Sharpsteen, 1940) ira encore plus loin en abordant des thèmes plus graves vus à travers les yeux d'un enfant sous forme de pantin. L'air de rien, le second long-métrage des studios parle d'aliénation, kidnapping, exploitation d'enfants et transformation physique. Ainsi, Stromboli exploite Pinocchio pour son show quand Grand Coquin le renard (soit la fourberie à l'état pur) l'incite à aller voir le fou-furieux cocher. Pour ce qui est de l'alienation, tout le passage dans le parc d'attraction montre des enfants jugés désobéissants devenir des ânes. Une uniformisation des ratés pourrait-on dire, le raté devenant signe de moquerie, mais aussi de bétail qu'on envoie au travail sans autre solution de survie. Avec le recul, on peut presque y voir un rapport avec les camps de concentration avec ces enfants envoyés par un bourreau à un avenir néfaste. Un des petits crie qu'il veut retrouver sa maman, il ne la reverra probablement jamais, si ce n'est avec la tête d'un bourico qui servira peut être pour les champs de sa mère. Les réalisateurs pourraient en rester là au niveau de la cruauté, pourtant ils enfoncent le clou avec une séquence de transformation absolument perturbante. Après avoir montrer Pinocchio et son ami Crapule fumer et boire de l'alcool, la métamorphose commence. Pinocchio est un pantin, sa transformation est plus lente, mais ce n'est pas le cas de Crapule. Pour cela, les réalisateurs jouent habillement sur la transformation latente en zommant sur des parties du corps. 

La musique est particulièrement renforcée pour provoquer l'effroi et à cela se rajoute la peur du personnage qui en vient à hurler. Le tout à un rythme survitaminé, le but étant de destabiliser le spectateur. C'est certainement la scène la plus horrible du cinéma de Disney, imposant Pinocchio comme l'un des crus les plus sombres du studio. Dans Fantasia (1940), on peut voir également quelques séquences violentes comme le segment des dinosaures où l'un d'entre eux se fait froidement tué par un t-rex, auquel se rajoute leur extinction brutale sous un soleil de plomb. On pense aussi au dernier segment qui sera probablement une inspiration pour Taram et le chaudron magique (Rich, Berman, 1985) avec son mythique seigneur des ténèbres Tchernobog. Dumbo (Ben Sharpsteen, 1941) aura droit également à une séquence digne de ce nom avec la mère du petit éléphanteau le défendant. Pour cela, elle n'hésite pas à agresser un marmot qui tripotait les oreilles de son fils. S'en suit une folie furieuse où les dresseurs en prennent pour leur grade, presque incapables face à une situation qui les dépasse avant de la maîtriser avec perte et fracas. Encore une séquence où la musique et les sons sont prédominants pour intensifier le tout (musique trépidante à renfort de cuivres et violence des coups de fouets). De même, le petit subira les humiliations de ses congénères (ce qui se retournera contre elles), quand ce n'est pas du monde du cirque.

Evidemment, dans un article sur la violence chez Disney, ne pas parler de Bambi (Hand, 1942) serait un blasphème. Comment ne pas parler de la mort de la mère du faon le plus célèbre du cinéma ? L'Homme n'est jamais représenté autrement que par le brouillard et le son de son fusil. Une technique qui sera également reprise pour l'ouverture de Rox et Rouky (Berman, Rich, Stevens, 1981) quasiment à l'identique. La mère de Rox met son petit à couvert et sa mort sera symbolisée par un coup de feu hors champ. On peut aussi y voir une allusion dans Le roi lion (Allers, Minkoff, 1994), puisque dans les deux films, la figure du parent part en fumée en plein milieu de film, provoquant un choc à la fois pour le personnage principal et le spectateur pas forcément habitué à ce type de situation. Idem pour ce qui est de montrer la mort à travers les yeux de l'enfant (même si cela est plus explicite dans le film de 1994). Ici, Bambi court jusqu'à-ce qu'il remarque la non-présence de sa mère et quand il voit pour la première fois son père, le prince de la forêt ne lui fait aucun cadeau. Sa mère est partie, c'est lui qui va l'éduquer dorénavant. Le cycle de la vie diront certains. La scène du duel est pas mal également. On y voit Bambi âgé et un autre cerf en train de se battre. Chaque coup de cornes est surdimensionné par un grand coup de musique. Une sorte de tempête ambulante. Il faudra attendre Mélodie Cocktail (1948) pour que la violence revienne chez Disney. 

Cette fois-ci, ce n'est que pour un sketch, Bumble Boogie. Une mouche vient sur une fleur, mais les pétales commencent à se transformer en notes de piano et s'en prennent à notre ami insecte. Les notes se veulent à chaque attaque toujours plus menaçantes et bruyantes et prennent formes au fur et à mesure que le court-métrage s'étend, notamment sous la forme d'un serpent. D'autant que la musique se veut rapide et stressante, intensifiant le sentiment d'oppression du personnage. On croit alors qu'il n'y aura pas d'échappatoire pour l'insecte mais heureusement pour lui et le spectateur mis sous tension, elles finiront par s'arrêter. Le film d'animation suivant Le crapaud et le maître d'école (1949) offre un affrontement pour le moins dantesque entre le pauvre Ichabod Crane et le Cavalier sans tête (voir https://www.youtube.com/watch?v=-SsCHYW_I3s). Ce second sketch reprend bien évidemment l'histoire qui inspira le majestueux Sleepy Hollow (Tim Burton, 1999). Ichabod est un être qui a peur de tout et peu avant, on avait pu le voir pétrifier par les dires du gros dur du coin (séquence hilarante d'ailleurs où le personnage joue avec les peurs de ce héros distingué). En revenant à la maison, il tombe sur la forêt et le moindre bruit donne lieu à une peur immense au point qu'Ichabod atteint presque la folie. Arrive alors le Cavalier sans tête. Le rythme s'accélère amenant à une course-poursuite mouvementée où le Cavalier peut décapiter le héros à tout moment. 

Le Cavalier se révèle être un homme fou n'ayant pour seul but que de couper des têtes. Le final se révèle assez complexe, les réalisateurs laissant en suspens ce qu'il est advenu d'Ichabod. Est-il mort comme toutes les victimes du Cavalier? Dans ce cas, est-il la fameuse tête brandie par le Cavalier? Le passage où il est à table montre t-il qu'il a survécu? Le suspense reste intact, malgré le pessimisme ambiant. Un sketch qui mériterait d'être un peu plus mis en valeur par le studio, souvent peu convaincu au sujet des films à sketchs en dehors des FantasiaAlice au pays des merveilles (1951) remettra les pendules à l'heure et fut renié par Walt Disney, non seulement à cause de son échec commercial, mais aussi du résultat qu'il jugeait indigne des intentions initiales. Une époque où le grand manitou était aussi plus préoccupé par le crucial Disneyland. Alice apparaît encore aujourd'hui comme un cru assez adulte et à double sens, certains aspects ayant parfois une connotation bien moins enfantine. On pense à l'aspect hippie avant l'heure (la chenille fume la pipe à eau, Alice change de taille en buvant certaines substances) et à la bestialité de ce monde. Comme Pinocchio, Alice part dans des directions évoquant différentes étapes de l'Histoire. La Reine de Coeur est le symbole même de la dictature. Un mot de travers et votre tête sera tranchée. Même si les livres de Lewis Carroll ont été écrit au XIXème siècle, les événements relayés dans le film ne sont pas sans évoquer les procès de Moscou, solution de Joseph Staline pour exécuter un grand nombre de ses généraux et membres de l'armée. 

Que dire également de cette séance de gloutonnerie entre le morse et les huîtres, évoquant la sinistre âme bestiale qu'il y a en nous? Alice n'est pas en reste non plus, puisque les différentes substances qu'elle prend la font évoluer physiquement, synonyme de l'adolescence et des transformations qu'elle engendre. Au contraire, dans Peter Pan (1953), c'est plutôt le refoulement qui prédomine. On ne peut pas parler de violence dans le cas présent, plutôt de psychologie des personnages. Le refoulement est partout dans ce film. Pour Peter c'est la peur de perdre sa jeunesse; pour Wendy l'innocence de l'enfance. Crochet est présenté comme quelqu'un d'autoritaire alors qu'il est pétrifié à chaque apparition du crocodile. Clochette est extrêmement jalouse. Enfin, le père des enfants a peur de perdre son âme d'enfant et en revient à une sévérité qui ne lui correspond pas. Au final, certains ne changeront pas (Crochet cupide jusqu'au bout, Peter toujours un garçon perdu), d'autres si (Wendy prête à entrer à l'adolescence, le père prêt à être un peu moins laxiste et plus rêveur). La belle au bois dormant (Clyde Geronimi, 1959) se dévoile dans un univers plus fantasy, assez éloigné du conte classique comme l'était Blanche Neige. Dès les premiers instants, l'aspect fantasy prend tout son sens avec les fées et la sorcière Maléfique. Cela s'accentuera dans les dernières minutes, climax majestueux où le Prince Philippe devra affronter les foudres de la sorcière. 

D'abord par divers obstacles contrées par les fées, puis une nuée de ronces et enfin la sorcière se transformant en dragon. Ici les éclairs sont remplacés par les coups d'épée successifs de Philippe à la fois réguliers et rapides. A elle seule, Maléfique délivre une certaine vision du cauchemar, de la créature que l'on parvient à tuer que difficilement, qui plus est avec un talon d'achille merveilleux: le coeur. Une version totalement piratée par le récent Maléfique (Robert Stromberg, 2014), relecture partant dans tous les sens et nuançant beaucoup trop le personnage de méchante. La belle et le clochard (1955) a beau être un film typiquement romantique comme La petite sirène (Clements, Musker, 1989) ou La belle et la bête (Wise, Trousdale, 1991), il n'empêche qu'il propose une séquence de climax assez particulière. Le rat est montré ici comme un parasite sombre et vicieux, dont seul les yeux montrent de la lumière (rouge). Le but étant de contaminer le petit (c'est un animal connu pour avoir donné la peste durant le Moyen-Age). Son affrontement avec Clochard est montré par des ombres, la scène se déroulant en pleine nuit et sous une pluie battante. Pareil pour le sauvetage de Clochard qui manquera de tuer un des chiens. Pour La Belle et la Bête, la chose est différente. La Bête est une créature hideuse, victime de sa vanité, finissant par tomber amoureuse de Belle, une jolie jeune femme qu'il a emprisonné à la place de son père. 

Néanmoins, les réalisateurs iront peut être un peu vite dans le ravalement de façade de la Bête, la faisant rapidement passer d'arrogante et solitaire (aucune parole aimable, pas même à ses sujets réduits à l'état d'objets) à éprise de remords et amoureuse. La transition apparaît principalement quand la Bête sauve Belle d'une meute de loups. Le Bête n'est pas une mauvaise personne, juste un prince victime de ses erreurs et devenant méchant non pas à cause de son corps, mais par la haine que le personnage a envers lui-même. De l'autre côté, nous avons le bellâtre mais clairement abruti Gaston. Jaloux, il est convaincu que la Bête est un danger et ne tardera pas à l'affronter sur le toit du château dans un combat déloyal encore une fois orageux. La haine amène à la mort, symbolisée à nouveau par un orage comme dans Blanche Neige. La violence chez Disney se trouve également plusieurs fois dans la morale. Ainsi, pour Les 101 dalmatiens (1961), nous avons droit à une méchante prête à tout pour avoir son manteau. On parle bien sûr de Cruella d'Enfer voulant un manteau à partir de chiots. La poursuite finale est ainsi jusqu'au boutiste, Cruella montrant toute l'étendu de sa sauvagerie par un regard foudroyant. Idem pour les deux aventures de Bernard et Bianca (1977, 1990). Les studios Disney nous parlent d'enlèvements d'enfants, sujet qui peut toucher à peu près tout le monde et qui n'est pas du genre commercial. D'ailleurs, le second épisode sera un beau bide et peut être dû à son sujet.

Le premier film se veut un peu plus gentillet, surtout triste au vue du destin de l'enfant (elle veut des parents, on lui met dans les pattes des chercheurs de diamants l'exploitant). Le second se révèle plus brutal, de par la photo plus sombre, le sujet même (un braconnier enlève un enfant pour attraper un oiseau rare) et certaines scènes comme la mort du méchant, raccord à son sadisme. A l'aube des années 80 et suite à un grand arrivage de jeunes animateurs, les studios Disney changent de registre (beaucoup de films sortis dans les 60's-70's étaient plus tournés vers la comédie comme Robin des bois ou Les aristochats) et ciblent plus un public adolescent. Un registre qui n'a pas convaincu commercialement, avec des films souvent décriés et pourtant ces travaux sont audacieux et très ambitieux. Revenons donc à Rox et Rouky évoqué plus haut. Un film qui n'est pas irréprochable, jouant beaucoup sur un registre mignon et guimauve. Sauf à deux endroits: l'ouverture suscitée et ses dernières minutes. On peut repprocher beaucoup de choses à ce film mais pas à ces deux éléments précis, qui sont de vrais sommets disneyen par excellence. Auparavant, le chien le plus vieux du chasseur avait manqué de mourir suite à sa chute d'un pont. Les dernières minutes servant de climax en rajoute une couche dans un festival de sauvagerie, où les personnages principaux se réunissent face à un adversaire inattendu. Nous suivons la traque de Rox par Rouky et son maître depuis plusieurs minutes quand apparaît un grizzli. Le chien défend son maître, ce dernier se prend les pieds dans son propre piège et n'arrive pas à se défendre, le renard se rajoutera pour sauver son ancien ami.

La scène est violente, même saignante par moments, le grizzly ne faisant aucun cadeau face à ses adversaires impuissants. Une séquence pleine de suspense, où la musique est alerte entre les grognements des différents animaux et les hurlements du chasseur. A ce moment là, Rox et Rouky n'est plus un film pour enfants ou tout du moins une gentille histoire, c'est un véritable survival qui se joue devant les yeux du spectateur. Les personnages ne combattent pas un adversaire, ils essayent de survivre par tous les moyens possibles et imaginables. Les plans de la chute auraient dû être plus vertigineux, mais faute de moyens (le film coûtait déjà trop cher à cause de ses multiples reports) ils furent simplifiés. La scène pourrait s'arrêter là mais chasser le naturel, il revient au galop. A moitié mort, le renard se voit presque affublé une balle dans la tête par le chasseur rancunier, si son chien ne se mettait pas en travers. L'affaire en restera là mais l'intention y était, rendant la scène glauque et terrible. Taram et le chaudron magique va plus loin que La belle au bois dormant en adoptant pleinement les codes de la fantasy. Une tendance de l'époque engendrée par le succès de Conan le barbare et ses suites (Milius, Fleischer, 1981-1985), souvent synonyme d'échecs commerciaux. L'une des tentatives les plus audacieuses du studio, soldé par une bérézina commerciale qu'il ne vaut mieux pas évoquer à un cadre du studio encore aujourd'hui. N'en déplaise à certaines rédactions encore prêtes à le descendre (n'est-ce pas Studio Ciné Live ?), Taram est un bon film et ses sorties vhs et dvd lui ont permis de toucher un nouveau public, au même titre que d'autres flops de l'époque (Legend de Ridley Scott, Willow de Ron Howard). 

 

Le retour fulgurant de la fantasy grâce au Seigneur des anneaux (Peter Jackson, 2001-03) a aussi permis à ces oeuvres désaimés de trouver le public qu'elle recherchait à leur sortie. Si Taram n'a pas encore la réputation qu'il devrait avoir en comparaison d'autres disney plus connus, elle est toutefois bien meilleure qu'au début des 90's. Un film sombre de bout en bout, où des créatures sont envoyées pour chercher une truie pouvant retrouver un chaudron. Ce chaudron mènerait le seigneur des ténèbres à ramener à la vie des morts-vivants. Un méchant au look précédant celui de Skeletor en bien plus charismatique. De même, la quête de Taram ne se fait pas sans embuche, manquant de se faire tuer plusieurs fois avant d'arriver à ses fins. Même les fées sont montrées comme particulièrement coquines envers un des protagonistes ! Basil, détective privé (1986) continuera dans cette mouvance sombre (avec un peu plus d'humour quand même) en faisant une relecture parfaite des aventures de Sherlock Holmes et son ami Watson. Le méchant est tout trouvé, puisqu'il s'agit d'un rat n'hésitant pas à faire manger des souris blessantes à son égard à un chat. Certains détails s'avèrent amusants, voire particulièrement cocasses comme cette petite virée dans un bar pour trouver des informations. Ainsi, Dawson (équivalent de Watson) se met à boire comme un trou (comme bien d'autres), avant de danser avec une chanteuse de cabaret en petite tenue ! Même la chanson paraît délirante, jouant de sous-entendus coquins pour le moins atypiques ("pour sortir du brouillard, j'ai un truc, tu n'imagine pas, tu vas voir", "vous allez vous régaler, laissez moi vous gâter!").

Le final se révèle assez percutant, s'enfonçant dans les rouages de Big Ben en images de synthèse. Basil n'arrive pas vraiment à s'en sortir face à Ratigan plus imposant et de plus en plus enragé, sa montée dans la pendule est même d'une folie furieuse incroyable. Il faudra bien une pirouette pour que Basil s'en sorte, pas si éloigné d'un affrontement mythique entre Moriarty et Sherlock Holmes non loin d'une cascade. A ce lot se rajoute Oliver et compagnie (George Scribner, 1988), plutôt gentillet au détriment d'un contexte social intéressant. L'adaptation d'Oliver Twist (Charles Dickens, 1846) est particulièrement lissée, au point de faire de Fagin un gentil homme, pas loin du SDF et faisant tout pour sauver sa peau face à un mafieux prêt à kidnapper, voire tuer une gamine pour son profit. Du genre à prendre un train en fin de film avec ses dobermans. On peut également signaler la présence d'une autre adaptation basée sur Dickens, le court-métrage Le Noël de Mickey (Burny Mattinson, 1983). Les studios Disney marquent au fer rouge l'ami Mickey en le mettant dans le rôle de Bob Cratchit, le pauvre employé de l'Oncle Picsou / Scrooge. Soit le rôle le plus émouvant de l'histoire de Dickens, le père de famille ne pouvant subvenir au besoin de son fils handicapé et dont le souvenir du futur le montrera entre deux tombes. Un court-métrage dur et triste à l'image de cette scène particulière. Le début des 90's se veut plus discret (Ursula éventrée par un bateau dans La petite sirène, un malfrat avalé dès les premières minutes d'Aladdin) et il faudra attendre Le roi lion pour revoir un peu de violence graphique.

Outre la scène suscitée, Le Roi Lion est un film abordant la rédemption (Simba se sent coupable de la mort de son père et ne reviendra qu'une fois adulte), la trahison (Scar probablement un des meilleurs méchants du studio, à la fois sournois et menteur invétéré) ou la guerre (certains critiques ont mis en avant que le défilé de Soyez prêtes renvoie directement aux défilés fascistes, Scar devenant un leader politique auprès des hyènes). Le film est aussi une adaptation libre / plagiat du Roi Léo (Osamu Tezuka, 1950-54) dont il reprend les grandes lignes (le père assassiné, le fils prenant sa succession), mais aussi d'Hamlet (1603). Une oeuvre de William Shakespeare où le fils en vient à affronter celui qui a tué son père, son oncle. Le Roi Lion multiplie régulièrement les scènes marquantes: Timon et Pumba manquant de se faire manger par une Nala affamée, le passage chez les hyènes où Hans Zimmer crée un vrai sentiment de frisson, la vision du royaume sous Scar (un dépotoir où les lionnes sont affamées tant que le roi Scar n'a pas à manger) ou ce climax bestial ayant pour point d'orgue des hyènes gourmandes et croquantes se faisant un festin au coin du feu. Un an après, Mickey perdait la boule dans le court-métrage Runaway brain (Chris Bailey, 1995) en avant-programme de Dingo et Max (Kevin Lima, 1995) sur le marché international, film souvent sous-estimé et probablement un des teen-movies des 90's se rapprochant le plus du cinéma de John Hughes (notamment par une ouverture sous forme de cauchemar, où Max s'imagine devenir son père).

Pour revenir à Mickey perd la tête, ce court a le mérite de changer radicalement de ce que l'on voit du cartoon avec Mickey Mouse, puisqu'il s'agit d'une révision de Frankenstein (Mary Shelley, 1818) ! L'introduction prévient avec une main de Mickey diabolique arrachant le titre du film, avant de passer au personnage jouant à un jeu-vidéo de combat (Simplet affronte la reine de Blanche Neige !) un soir d'orage (décidément). Avant même de montrer le personnage en mode négatif, Mickey apparaît comme un véritable addict dans son regard. Le laboratoire du docteur Frankenollie n'est pas sans rappeler celui servant au final de Brazil (Terry Gilliam, 1985) et la créature servant de transfert au cerveau de Mickey n'est autre qu'une version Boris Karloff de Pat Hibulaire. Dès lors, Mickey devra essayer de retrouver son corps perverti par Pat et ce malgré la mort du professeur. Un court-métrage particulièrement délirant, n'étant pas sans rappeler l'aspect frappadingue des concurrents Looney Tunes et Tex Avery et une proposition fantastique marchant pleinement sur sept bonnes minutes. Là où Pocahontas (Gabriel, Goldberg, 1995) n'est pas forcément un cru graphique (on retiendra avant tout le tir effectué sur Kocoum, puis sur John Smith), la violence est là où on ne l'attend pas: les chansons et particulièrement Des sauvages. En plus d'être une histoire d'amour impossible et donc tragique, Pocahontas prend en grande partie le partie des Indiens et cette chanson de Stephen Schwartz et Alan Menken le confirme. Le Blanc européen est montré comme un véritable tueur, prêt à tout pour assouvir sa pulsion de meurtre engendrée par la folie de l'or.

Mickey Perd la Tête (1995) - Court metrage Disney par hitekfr

La chanson est principalement chantée par le personnage de Ratcliffe, conquistador sanguinaire et ses paroles sont d'une crudité incroyable même en français. "La vermine je l'extermine", "une race de vipères", "il faut tuer cette bête d'une balle dans la tête", "puisqu'ils ne sont pas blancs, ils sont forcéments méchants"... Même le discours des Indiens est moins radical, peuple envahi voyant que leur territoire est de plus en plus profané. Le tout devant un ciel rouge et enflammé. C'est peut être à ce moment que les studios Disney prennent le parti des Indiens, évoquant le racisme et plus généralement l'extermination d'un peuple. Pocahontas sera le dernier rempart pour éviter un carnage qui aura finalement lieu bien plus tard ("détruisons cette race, qu'il n'en reste aucune trace")... En tant qu'adaptation du roman emblématique de Victor Hugo, Le Bossu de Notre Dame (Wise, Trousdale, 1996) se devait de délivrer la marchandise, reflet d'une époque violente et déchirée. Si le film prend énormément de libertés notamment sur le devenir des personnages (Esmeralda ne meurt pas, Quasimodo non plus), les réalisateurs gardent l'esprit révolté du roman d'Hugo, évoquant le racisme (Frollo devient juge et cherche à exterminer les gitans) dans une ville de Paris qui ne demande qu'à exploser. Les réalisateurs s'attardent également beaucoup sur Quasimodo, être meurtri par sa difformité et la peur des autres, son passage à la fête des fous confirmant ses craintes. A cela se rajoute la mort de sa mère en ouverture, montrant Frollo comme un véritable meurtrier.

Si quelques épreuves d'Hercule le mette dans une position inconfortable (le travaux de l'Hydre ou l'affrontement avec les titans), Mulan (Bancroft, Cook, 1998) montre une héroïne prête à tout pour sauver son père et devenant par la même occasion le sauveur de l'Empire Chinois. Si la violence n'est pas forcément au rendez-vous, le passage du camp abandonné peut s'avérer brutal, d'autant plus après une chanson gentillette. Un camp en flamme, le ciel rouge, les morts brûlés où seuls restent les casques. Tarzan (Lima, Buck, 1999) montrera hors champ quelques morts dans son ouverture (celle du petit de Kala, puis celles des parents de Tarzan), avant de donner lieu à des affrontements musclés. Le premier avec le léopard Sabor responsable des morts précitées, puis avec Jack Clayton mourant par pendaison... sous un orage. Par un nouveau changement radical et ranimés par plusieurs gros succès, les studios Disney se plantent dans les 2000's, ne parvenant plus vraiment à retrouver la formule du succès ou expérimentent sans trouver le box-office. La violence est parfois au rendez-vous mais plutôt dans les thématiques et moins graphiquement. Initialement, Dinosaure (Zondag, Leighton, 2000) était un projet de Paul Verhoeven et le rendu final du studio sans lui est radicalement différent, voire très propre sur lui. On retiendra toutefois l'apparition du carnotaure dans l'ombre et dégoulinant de bave, son arrivée dans la caverne ou la destruction de l'île engendrant un carnage sur la faune et la flore présentes.  

Atlantide l'empire perdu (Trousdale, Wise, 2001) et La planète au trésor (Clements, Musker, 2002) ont essayé sans grand succès de viser un public plus adolescent. Si le second ne fonctionne pas (il manque une ton à trouver et des thématiques fortes), le premier réussit à être un véritable film d'aventure, n'hésitant pas à mettre en scène des personnages de marginaux et mercenaires. Une manière comme une autre de chercher un public plus adulte, celui qui aime autant Jules Verne qu'Indiana Jones. D'ailleurs, le final n'est pas sans évoquer Les aventuriers de l'arche perdue (Steven Spielberg, 1981), puisque Rourke se fait avoir par l'objet qu'il convoitait (le pouvoir atlante) et meurt d'une chute vertigineuse. Le pouvoir atlante justement se fait grâce à un sacrifice, de préférence celui d'une femme (c'est le cas de la mère de l'héroïne). Lilo et Stitch (Sanders, DeBlois, 2002) s'avère également assez subtil, évoquant la rencontre entre deux freaks. D'un côté Lilo, enfant essayant de se faire des amis malgré un tempérament volcanique. De l'autre Stitch, extraterrestre créé uniquement pour tuer et découvrant ce qu'est l'amour. L'eau et le feu en quelques sortes. La rédemption est au centre de tout le récit, allant de Jumba, le créateur voulant réparer ses erreurs et évidemment Stitch trouvant une fonction nouvelle en faisant partie d'une famille. Comme l'a suggérait le camarade blogueur Ecran Miroir à votre cher Borat, la plupart des personnages ont également une violence contenue en eux et ne demandant qu'à être expulser. 

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Atlantis et Lilo et Stitch, deux crus moins innocents qu'ils n'y paraissent.

La soeur de Lilo fait face à un quotidien difficile depuis la mort de leurs parents (événement évoqué, jamais montré et peut être pas plus mal); Cobra Bubbles se révélera être un ancien agent de la CIA et bénéficie d'un physique de bulldozer; Stitch est une machine de guerre; Lilo se bagarre sans cesse. Lilo et Stitch préfigure le futur film des réalisateurs Dragons (2010), autre grand récit sur des outsiders changeant le point de vue de leur entourage sur un sujet précis (Stitch autrefois, les dragons ici). Frères des ours (Walker, Blaise, 2003) contiendra son lot de séquences tragiques à l'image de deux morts, la dernière étant évoquée hors champ aussi bien par l'image que par les paroles. Un récit où la vengeance fait rage, d'abord sous le visage de Kenai, puis de son frère Denahi. Deux frères ravagés à l'idée de perdre leur aîné et se retrouvant finalement à se traquer au cours du récit. Par la suite, on aura bien du mal à s'y retrouver chez Disney et il faudra au moins attendre sur Les mondes de Ralph (Rich Moore, 2012) et Frozen (Lee, Buck, 2013) pour revenir à un ton plus adulte. Le premier avec son méchant n'acceptant pas qu'on ne veuille plus jouer avec lui, ses héros outsiders contraints à n'être que des faires-valoirs, et le jeu de guerre ressemblant à un mix de Call of duty, Halo et Metroid. Pas étonnant pour ce dernier, l'héroïne du jeu étant également une femme.

Les développeurs lui ont même rajouté un background sordide histoire de rendre le personnage plus dur (son mari a été mangé par des aliens le jour de leur mariage). A cela se rajoute Ralph, méchant dans un jeu type Super Mario Bros, découvrant les jeux plus récents et majoritairement plus violents. Frozen est avant tout un récit d'émancipation, où la fameuse reine des neiges se découvre enfin après avoir été régie par des règles toute sa vie. Certains évoquent même une possible homosexualité d'Elsa, élément jamais évoqué par Disney mais jamais démenti non plus. Une forme d'évolution des moeurs, preuve que Disney reste dans son temps. Sans compter qu'Elsa est une héroïne n'hésitant pas à se défendre face à ceux voulant la tuer. L'autre héroïne du film Anna en viendra à se sacrifier pour sauver sa soeur, alors à deux doigts de mourir sous les coups d'un salaud. Par ailleurs, la mort de leurs parents est traîtée de manière sobre, à travers un bateau disparaissant en pleine tempête. Pas besoin de long discours, le plan parle de lui-même. Big Hero 6 (Hall, Williams, 2014) reviendra à la question du deuil (le héros perd son frère dans le premier quart d'heure du film, idem pour le méchant du film) et de la vengeance (Hiro devient un héros pour venger son frère). Baymax devient à la fois un instrument de vengeance (Hiro essayera en vain de calmer sa peine en en faisant un robot tueur) et le symbole que le frère d'Hiro n'est pas mort en vain.

Enfin, Zootopie (Howard, 2016) abordera la question de la tolérance dans un univers un peu trop lisse, où la violence se base sur un retour à la prédation et où l'enfer de l'enfance est concentré en un flashback. Les films d'animation des studios Disney n'ont jamais eu à cacher leurs thèmes sombres et leurs images violentes, leurs auteurs ont toujours su les faire comprendre tôt ou tard au public. Pour paraphraser un célèbre singe d'Afrique, il faut parfois voir au delà de ce que nous voyons.


Article initialement publié le 26 mars 2012.