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genre: comédie dramatique
année: 1996
durée: 2h20

l'histoire: Jerry Maguire est un agent des stars du sport américain. Mais sa vie mondaine lui pèse. Une nuit, il rédige une note où il tente de définir le sens qu'il voudrait donner à sa vie. Cette note provoque son licenciement. Seule Dorothy, son assistante, et Rod, un footballeur, vont lui rester fidèles. 

la critique d'Alice In Oliver:

En vérité, Jerry Maguire, réalisé par Cameron Crowe en 1996, appartient à la catégorie des "feelgood movies", soit les comédies dramatiques dans la pure tradition américaine. D'ailleurs, certaines critiques lui reprocheront d'être un peu trop niais, voire naïfs et bourrés de bons sentiments.
Ce n'est pas totalement faux. Toutefois, nous serons moins lapidaires.

Franchement, Jerry Maguire reste un bon film de genre, qui a le merite de se concentrer sur des personnages attachants.
Attention, SPOILERS ! Jerry Maguire (Tom Cruise) est la parfaite caricature du golden boy. Tout lui sourit. Il travaille comme agent pour les stars du football américain. Il gagne beaucoup d'argent et couche régulièrement avec une lobbyste.

Show me the money

Ensuite, Jerry Maguire est un homme respecté et apprécié dans son entreprise. Pourtant, un jour, Jerry finit par se lasser de cette vie facile et sans surprise.
Un soir, il décide d'écrire une note, une sorte de confession, clamant sa volonté de changer une profession dictée par les requins et la loi du plus fort.
Dans un premier temps, cette note lui vaut un tonnerre d'applaudissements. Toutefois, cette confession reste terriblement utopiste.

En résumé, Jerry prône le côté humain au profit du pognon. Le lendemain, il est renvoyé sur le champ. C'est alors le retour à la case départ.
Par chance, il réussit à convaincre un joueur de football américain, Rod Tiwell (Cuba Gooding Jr) et sa nouvelle secrétaire (Renée Zelleweger), secrètement amoureuse de lui. Jerry doit rapidement se refaire une santé et s'imposer comme une nouvelle référence dans son domaine.

jerry et cuba

Les premiers temps sont extrêmement difficiles. Tout seul, il doit mener une lutte acharnée contre un système corrompu, implaccable et parfaitement huilé.
A partir de ces différents éléments, le film de Cameron Crowe égratigne un milieu sans pitié, où l'amitié et la confiance sont des valeurs particulièrement friables.
Au final, Jerry ne pourra compter que sur sa secrétaire, devenue sa femme, et sur le soutien indéfectible de Rod Tiwell.

Certes, l'intrigue reste archi prévisible et la fin est connue de tous. Pour faire vite, et au risque de casser tout suspense, le film finit bien.
Evidemment, Jerry parvient à se sortir de cette mauvaise passe et à gagner une nouvelle réputation. Mieux encore, il arrive à sauver un mariage à la dérive.
Donc, peu ou prou de surprises au tableau de bord.

jerry-maguire

Toutefois, le film peut s'appuyer sur d'excellents acteurs. En dehors de Tom Cruise, Cuba Gooding Jr et Renée Zellweger, on retrouve Bonnie Hunt, Kelly Preston, Jonathan Lipnicki, Eric Stoltz et Lucy Liu.
Ensuite, cette comédie dramatique teintée de romantisme peut compter sur une bande originale de qualité et justement appropriée aux différentes séquences du film. Enfin, Cameron Crowe parvient à rendre son personnage principal attachant.
Ce qui n'était pas forcément gagné au regard de sa personnalité. Même chose pour les seconds rôles, avec un mention particulière pour Renée Zellweger, Bonnie Hunt et Cuba Gooding Jr.


La critique de Borat

Au cours des années 90, Tom Cruise s'impose petit à petit comme une institution de l'entertainment hollywoodien. Devenu une star suite à Top gun (Tony Scott, 1986), l'acteur a su bien s'entourer, attire les réalisateurs prestigieux (Oliver Stone, Barry Levinson, Rob Reiner ou Sydney Pollack) et devient producteur de ses films avec Mission Impossible (Brian De Palma, 1996). Alors quand l'acteur se paye un véritable véhicule, il cherche le bon sujet. Ici cela tombera sur un agent seul contre tous. Pour réaliser et écrire le film, l'acteur va chercher Cameron Crowe, ancien journaliste devenu réalisateur et dont le principal fait d'armes à l'époque est Un monde pour nous (1989), aka le film où John Cusack lève une radiocassette devant la maison de sa copine. Jerry Maguire (1996) n'est pas un film indépendant mais un film du milieu (50 millions de dollars de budget) encadré par un studio (Tristar), ce qui à l'époque se faisait encore beaucoup à Hollywood. Le fait que le film a eu un énorme succès (quasiment du 50/50 entre les USA et l'international avec plus de 270 millions de dollars de recettes) n'a rien d'étonnant. C'est une époque où les spectateurs se déplaçaient massivement autour d'une star, quitte à ce que le budget soit moins fort. D'autant que plus que les 80's où il émergeait, les 90's sont les années Cruise, celles qui installeront son star power

jerry

Rien d'étonnant à ce que l'acteur se retrouve avec un rôle où le pouvoir est roi. Jerry Maguire n'est pas vraiment un film sur la NFL, il a un pied dedans sans que cela soit le vrai sujet. Au départ, la NFL est un moyen comme un autre pour Jerry de gagner sa vie (son boulot comprend initialement des vedettes de tous bords), quand par la suite ce sera sa dernière roue du carosse. Son unique client sera un footballeur américain de couleur (Cuba Gooding Jr) essayant de percer lui aussi dans un monde carnassier où le sport n'est qu'une façade. Deux outsiders se liguant contre un establishment sournois qui ne pense qu'à casser l'autre pour se faire le plus d'argent possible. La NFL devient le sujet au fur et à mesure du film à travers Rod Tiwell. Jerry est la victime d'un système qu'il a fait prospéré et qu'il a critiqué. Qu'importe que les gens pensent comme lui, en dénonçant le système il est devenu un paria. Le milieu n'a pas envie d'être remis en question et encore moins par un de ses plus prestigieux agents. D'un autre côté, Tiwell n'a pas le succès qu'il devrait avoir à cause du système privilégiant souvent des joueurs sortant de l'école et faisant ainsi monter leur côte. Le fait que Jerry en fasse son seul client permettra à Rod d'acquérir le statut qu'il n'a jamais eu autrefois, car son agent était trop dispercé. 

L'image est reine pour pouvoir avancer et cela passe plus par les sponsors et les publicités que par les performances. Jerry et Rod forment un drôle de duo, pas celui des buddy movies mais deux personnes qui se complètent et s'aident mutuellement. Puis les deux personnages permettent la fameuse scène du téléphone où le "Show me the money. I love black people", moment délirant s'il en est des 90's. A cela se rajoute une romcom pour sauver tout cela du drame ambiant. Même là, Cameron Crowe ne rend pas la romance entre le patron et son employée / associée (Renée Zellweger) si facile, multipliant les petits rebondissements. Crowe réussit à rendre attachant son duo, bien aidé par l'interprétation des acteurs. Cruise fait le show, court, danse, mais se révèle un peu plus vulnérable que d'habitude ou tout du moins sort de son image virile. Zellweger trouve là un des ses premiers rôles marquants, mère beaucoup trop jeune, amoureuse de son patron qui s'en rendra compte un peu tard et sa seule aide. L'actrice y est touchante, tout comme Bonnie Hunt en grande soeur protectrice ("Si tu foire je te tue"). Comme souvent dans ses films, Cameron Crowe sort un jukebox porteur de chansons faisant sens. Secret garden (Bruce Springsteen, 1996) pour la première soirée entre amoureux; Free Fallin (Tom Petty, 1989) pour le passage où il a réussi à négocier un contrat juteux; Horses (Ricky Lee Jones, 1989) pour montrer la relation entre Jerry et le petit (Jonathan Lipnicky). Les morceaux ne sont pas là pour faire joli, ils font parties intégrante des émotions des personnages.

Jerry Maguire est une success story forte et positive dans un milieu sans pitié et pas sûr que cela a changé depuis. C'est dire si son culte n'est finalement pas si anodin.


Article initialement publié le 5 février 2012.