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genre: drame
année: 2008
durée: 2h40

l'histoire: Daniel Plainview, prospecteur à la recherche de pétrole, apprend que le sous-sol californien en regorgerait. Il s'y rend, accompagné du fils orphelin de son associé, et achète les terres à des fermiers de la région, à commencer par celle de la famille Sunday, dont le fils, Eli, se prétend inspiré par Dieu. Rapidement, le pétrole jaillit. Mais les relations deviennent de plus en plus tendues entre Plainview et Eli.

la critique d'Alice In Oliver:

A la base, There Will Be Blood, réalisé par Paul Thomas Anderson en 2008, est l'adaptation d'un roman, Pétrole !, écrit par Upton Sinclair.
Avec ce nouveau film, Paul Thomas Anderson passe un nouveau cap et s'impose définitivement parmi les meilleurs réalisateurs du moment.
En résumé, There Will Be Blood peut se targuer d'appartenir aux meilleurs films sortis lors de la dernière décennie.

There Will Be Blood : Photo Daniel Day-Lewis, Dillon Freasier

Il serait dommage également de caricaturer ce drame à un petit film sur le pétrole. L'air de rien, Paul Thomas Anderson signe un drame plus complexe qu'il n'y paraît, en focalisant sa caméra sur la détermination d'un homme, Daniel Plainview (Daniel Day-Lewis), prêt à tout pour trouver de l'or noir dans le sous-sol californien.
La chance ne tarde pas à lui sourire et Daniel achète la terre de la famille Sunday, à qui il promet monts et merveilles, surtout à leur fils aîné, Eli (Paul Dano), nouvel élu de Dieu. Tout du moins, aux yeux de sa petite communauté.

Ce qui a le don de provoquer l'hilarité de Daniel, bien plus soucieux de son nouveau capital. Car c'est bien de cela dont il s'agit.
En vérité, Daniel pourrait s'apparenter à un clone du héros de Citizen Kane, soit un homme soucieux de faire triompher sa richesse au détriment des autres et de sa propre vie. A partir du portrait peu élogieux de ce prospecteur, déjà capitaliste dans l'âme, Paul Thomas Anderson nous présente un personnage atypique, méprisant, égocentrique, fier, mégalomane mais terriblement humain.

There Will Be Blood : Photo Daniel Day-Lewis, Dillon Freasier

Plus que jamais, le portrait de Daniel Plainview ressemble à s'y méprendre aux futurs grands capitalistes de notre monde moderne: calculateur, manipulateur, menteur, féroce, dur en affaire et prêt à assassiner son voisin pour parvenir à ses fins.
Paul Thomas Anderson peut alors s'appuyer sur d'excellents acteurs. Par exemple, Daniel Day-Lewis livre une composition troublante, qui frise la fascination pour cet être abject et terriblement antipathique.

Pourtant, ce personnage symbolise déjà l'avenir d'une société américaine à la dérive et déjà obsédée par l'argent.
A cette thématique capitaliste, Paul Thomas Anderson aborde également les thèmes de la famille et de la religion.
Le film a une vraie dimension biblique. Ce côté spirituel est symbolisé ici par le personnage d'Eli.

There Will Be Blood : Photo Paul Dano

Sur ce dernier point, Paul Dano est la grande révélation du film. Il incarne un adversaire de taille et prédit des temps maudits pour ce capitaliste pécheur.
La colère de dieu finira-t-elle par s'abattre sur Daniel Plainview ? Au final, ce dernier est à l'image du pétrole qu'il fait jaillir du sous-sol californien: terne, sale, grisâtre mais également révélateur de la noirceur de l'âme humaine.
Telle est la thématique de ce drame fort, troublant et intelligent. Le chef d'oeuvre de Paul Thomas Anderson, point barre.

La critique de Borat

L'air de rien, il a fallu attendre Inherent Vice (2016) pour que votre cher Borat puisse voir un film de Paul Thomas Anderson sur un grand écran. Le destin diront certains, d'autres que ses films même avec un casting irréprochable ne sont malheureusement pas partout. C'était le cas en ce qui concerne votre interlocuteur dès qu'il a commencé à s'intéresser au réalisateur avec There Will Be Blood (2007). Un film réalisé après plusieurs années d'absence (Punch Drunk Love date de 2001) et adapté du roman Oil (Upton Sinclair, 1927). On retrouve Daniel Day Lewis, Paul Dano dans un rôle double, Kevin J O'Connor (vous devez bien vous souvenir du Benny dans La Momie), Ciaran Hinds, Dillon Freasier et Russell Harvard. Outre l'Oscar et le Golden Globe de l'acteur principal, There Will Be Blood sera récompensé à Berlin par l'Ours d'argent du meilleur réalisateur. 

Il n'en faudra pas beaucoup pour que le cinquième film de PTA devienne une référence de ce début de XXIème siècle. Dans une certaine mesure, Anderson veut réaliser le successeur de Géant (George Stevens, 1956), film culte avec James Dean et Elizabeth Taylor. Un défi de taille d'autant que l'on parle d'un classique et d'une des rares références notables de film ayant pour sujet le pétrôle (à moins que vous ne parliez de la série Dallas, mais ça c'est une autre histoire). Dès les premières minutes, on est happé par la photographie de Robert Elswit (chef opérateur régulier de PTA), à la fois lumineuse grâce au désert américain et obscur à cause du trou. Day Lewis incarne Daniel Plainview, homme conscient qu'il y a du pétrôle en Amérique et compte bien en faire son gagne-pain. Au fur et à mesure de ses voyages, il rameute de plus en plus d'hommes et ses puits deviennent de plus en plus rentables. Suite à un accident, il finira par prendre sous son aile le bébé d'un de ses hommes décédés.

Si au départ, Anderson nous montre un homme un minimum sympathique bien qu'un brin roublard, le portrait s'assombrit petit à petit pour dévoiler un visage plus narcissique et destructeur. Plainview devient de plus en plus cinglé et comme l'avait annoncé le titre, il va y avoir du sang. Il tue, tabasse, délaisse son fils désormais handicapé car il est un poids... Si Plainview devient un type peu fréquentable, l'entourage n'est franchement pas mieux. Au delà de ses collègues, le pire vient surtout du pasteur incarné par Paul Dano. Pour le pasteur, Plainview est le coupable idéal, une sorte de Diable présent dans son coin et pervertissant son assemblée. D'autant que c'est son frère qui a mené le roi du pétrole sur les terres familiales pour y puiser l'or noir. En sachant qu'il déteste aussi son père, coupable d'avoir laisser Plainview faire ses manipulations (ce qui engendre une scène d'étranglement d'une rare folie furieuse). Un pasteur qui se sent voué d'une puissance divine incroyable alors qu'il est profondément fou.

Outre sa violence refoulée qui explose durant des moments clés, le coco est aussi vicieux que son homologue pétrolier. Son but est de faire croire à ses pécheurs en un fanatisme pompeux, que l'on pourrait prendre pour une plaisanterie si les croyants ne pensaient pas à des miracles. Dano donne lieu à une performance hallucinée, en imposant face à un Day Lewis absolument percutant. Quand on sait que l'acteur se fait très rare, ce genre de performance mystique s'avère incontournable. Anderson signe un film d'une rare tension entre deux personnalités fortes qui veulent à tout prix leur part du gâteau. Le désert ricain n'a jamais été aussi hostile et le pétrole porte bien son nom d'or noir de par sa manière de broyer les personnes qui le touche. Si le film s'avère passionnant, on peut toutefois le trouver un brin lent, là où Boogie Nights (1997) et Magnolia (1999) s'imposaient par un rythme entraînant. Ici, il faudra prendre un peu son mal en patience pour rester jusq'au bout. 

Un duel au sommet entre un acteur définitivement confirmé et un jeunôt à la prestation hallucinante.

 
CINE. There will be blood: la bande-annonce