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genre: thriller (interdit aux - 16 ans)
année: 2000
durée: 1h40

l'histoire: Au cours des années Reagan, Patrick Bateman est un de ces golden boys qui triomphe à la bourse. Il accumule, avec une obsession maladive, les vêtements selects et les relations enviables. Mais derrière ce visage angélique, se cache un terrible psychopathe.

la critique d'Alice In Oliver:

A la base, American Psycho, réalisé par Mary Harron en 2000, est l'adaptation d'un roman homonyme de Brett Easton Ellis.
Il s'agit d'une adaptation ambitieuse et difficile. Les fans du livre attendent évidemment le film au tournant.
Au niveau du casting, American Psycho réunit Christian Bale, Justin Theroux, Chloë Sevigny, Reese Whiterspoon, Jared Leto, Willem Dafoe, Samantha Mathis et Matt Ross.

 "Tu aime Huey Lewis and the news?"

Dans un premier temps, c'est Leonardo DiCarprio qui sera pressenti pour jouer Patrick Bateman. Ensuite, le rôle sera proposé à Edward Norton.
Mais les deux acteurs déclineront l'invitation. Même remarque pour James Woods et Cameron Diaz, approchés pour participer au tournage.
Certes, American Psycho est un film choc et justement interdit aux moins de 16 ans.

 "Hey Paul!"

Néanmoins, malgré des qualités évidentes, ce thriller décevra probablement les fans du best seller de Brett Easton Sellis.
American Psychoreste avant tout une satire des années Reagan, donc, des années 80, qui voient triompher une Amérique décadente, obsédée par le fric, le pouvoir et l'apparence. Patrick Bateman (Christian Bale) est le parfait produit et/ou condensé d'un pays à la dérive.

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Christian Bale est la véritable révélation du film et tient ce thriller sur ses larges épaules. Mieux encore, l'acteur personnifie à merveille Patrick Bateman.
Ce dernier est la caricature du golden boy à qui tout réussit. Ce dernier vit dans un luxueux appartement et collectionne les jolies filles.
American Psycho se concentre alors sur le point de vue de ce personnage cynique, à la personnalité étrange et paradoxalement fascinante.

Patrick Bateman nous est décrit alors comme un prédateur, un homme capable d'arpenter les rues la nuit à la recherche d'une nouvelle proie, souvent choisie au hasard. Très vite, le psychopathe cède à ses pulsions les plus morbides et les plus criminelles.
Il tue parfois au hasard et maquille ses crimes avec une précision clinique et chirurgicale. Patrick Bateman fait donc partie de ces psychopathes qui vivent dans l'immédiateté et ne supportent pas la concurrence.
C'est aussi un homme solitaire, incapable de s'établir dans une société artificielle, dénuée de valeurs, de repères et qui semble se contrefoutre royalement des agissements de Bateman.

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Contre toute attente, ce psychopathe n'est jamais inquiété. Ses activités criminelles se déroulent dans l'indifférence générale.
Tel est le portrait d'une Amérique confortable qui se soucie davantage de son image et du regard de l'autre. Certes, American Psycho aborde des thématiques passionnantes. Malheureusement, tous ces thèmes auraient mérité un bien meilleur traitement. A la base, c'est David Cronenberg qui devrait réaliser cette adaptation. Nul doute que le cinéaste aurait apporté une touche personnelle à ce thriller ambitieux mais pas toujours convaincant.

La critique de Borat

Comme je l'évoquais hier, American Psycho de Bret Easton Ellis est purement inadaptable à la lettre, à la fois trop dégueulasse dans sa description de la violence et dans sa vision quasi-pornographique des coucheries de Patrick Bateman. Pourtant il y eu une adaptation et une autre aurait été évoqué il y a quelques mois pour la télévision mais vraisemblablement sans suite (pas un mal). Lionsgate, petit studio indépendant à la fin des années 90 (devenu plus ou moins une major suite aux succès des franchises Saw et Hunger Games), acquiert les droits du roman. Si Stuart Gordon (le réalisateur de Ré-animator, ce qui en fait un candidat crédible) et Johnny Depp sont avancés, le projet devient subitement intéressant quand David Cronenberg fut attaché à cette production hollywoodienne avec Brad Pitt en vue. Or, en dehors de La mouche qui est une production Fox, Crocro n'est pas du type hollywoodien et a refusé plus d'une fois des projets de studios allant de Top Gun (on imagine mal Val Kilmer et Tom Cruise faire des combats mentaux en espérant flinguer un avion soviétique!) à Flashdance (à moins que la Nouvelle Chair épouse l'érotisme avec Jennifer Beals entièrement nue quand l'eau lui tombe sur la tronche), en passant par Alien la résurrection (au vue des relations douteuses entre le clone de Ripley et l'alien cela aurait été plus fun avec Crocro qu'avec Jean-Pierre Jeunet). 

Ellis fait un premier script selon des directives aussi improbables qu'impensables de la part de Crocro et vis à vis du livre: "Il ne voulait tourner aucune séquence dans un restaurant, ni dans un club (impensable quand on sait que Bateman ne cesse d'en fréquenter -NDB). Non seulement ces choses sont trop difficiles à tourner, mais elles sont ennuyeuses à mourir, les personnages sont à table, et on ne peut pas en tirer grand chose d'intéressant à l'écran (ironique quand on sait que son Cosmopolis aligne les dialogues à rallonge au point d'endormir -NDB). Il a ajouté qu'il ne voulait montrer aucune violence (!), et que le script devait faire 65 ou 70 pages tout au plus, parce qu'il prend deux minutes pour tourner une seule page, et non une minute comme le font les autres réalisateurs." Au vue de l'avant-dernier argument, on se demande bien ce que Crocro aurait bien pu faire du roman car s'il n'y a pas de violence, pas de meurtres et probablement pas de sexe. Or, Crocro aurait pu signer une oeuvre bien plus digne de son travail sur la "Nouvelle Chair" que sur le lamentable eXistenZ qu'il signera au final. Ellis rajoute qu'il avait inventé "une scène de comédie-musicale très élaborée pour le grand final, et un épilogue au sommet du World Trade Center."*. Crocro finit par laisser tomber et voici donc venir Mary Harron qui embauche Christian Bale. Le film marche mais les critiques s'avèrent mitigés en ce qui concerne l'adaptation. Les producteurs iront même jusqu'à faire une sequelle avec Mila Kunis pour le marché DVD! 

American Psycho reste un bon film si l'on n'a pas lu le roman, on lui reprochera peut être un manque de rythme symptomatique du cinéma indépendant. En revanche, pour ce qui est de l'adaptation elle déçoit. On a l'impression que la réalisatrice a voulu mixer le plus possible le roman histoire que l'adaptation ne dure pas trop longtemps. Ainsi certaines scènes de meurtres sont réécrites comme celle qui mènent l'ancienne connaissance de Bateman avec la prostituée précédemment vue à coucher avec Bateman. C'est un passage du livre mais l'épilogue n'a strictement rien à voir. Néanmoins, ce qu'en fait Harron reste correct évitant la censure par des hurlements alors que Bateman est en train de tronçonner son amie sous la couette (ce qu'on ne voit que par des flaques de sang) avant de poursuivre la prostituée apeurée dans l'appartement de Paul Owen tronçonneuse en main (!) et enfin de lui balancer l'engin en pleine poire du dernier étage! Une séquence fun et en soi inédite qui permet de garder un tant soit peu la folie furieuse de Patrick Bateman. Reste néanmoins que le film ne va pas assez loin dans le gore victime d'une certaine autocensure, compte tenu du caractère cru du roman. Même s'il n'est pas à proprement parler violent, Les lois de l'attraction de Roger Avary, autre adaptation d'un roman d'Ellis, se révèle bien plus trash à mon humble avis.

Pour ce qui est de l'érotisme, il n'est présent que dans une séquence assez désopilante il est vrai. Pour ce qui est de la musique, les passages musicaux du roman où Bateman décripte les albums de Huey Lewis and the News, Genesis et Whitney Houston sont bien incorporés mais inséré avant des élans de folie de Bateman. On regrettera que les passages avec Carruthers ne sont pas plus présents (on n'a que le fameux passage des toilettes), car c'est un personnage terriblement drôle de par son insistance (son passage dans la boutique dans le roman est à se pisser dessus). Mais ce film serait indéniablement moins bon sans la prestation de Christian Bale. A cette époque, l'acteur était surtout connu pour son rôle d'enfant emprisonné dans Empire du soleil de Steven Spielberg. Néanmoins il avait continué à se forger une réputation notamment en tournant dans Velvet Goldmine de Todd Haynes, mais indéniablement c'est le rôle de Patrick Bateman qui relancera complètement sa carrière. Prestation folle furieuse, Bateman permet à Bale de signer un rôle de psychopathe. Il est l'incarnation rêvée pour un tel personnage. On ne s'étonne pas que sa prestation est souvent louée comme le principal point fort. On s'amusera également de voir Reese Whitherspoon dans le rôle de sa fiancée Evelyn, parvenant naïvement à rendre son personnage aussi antipathique que dans le roman. 

Une adaptation assez décevante réhaussée en grande partie par l'interprétation bluffante de Christian Bale.

American Psycho (2000) - Trailer #1 [VF-HQ]


 

* Propos issus de MovieLine.com repris dans Mad Movies numéro 275 (juin 2014).