2089. Elizabeth Shaw et son compagnon Charlie Holloway découvrent dans différents endroits un même géant avec sept points. Quatre ans plus tard, ils sont sur le Prometheus financé par Weyland Yutani et vont faire face à une découverte pour le moins sordide sur la planète LV-223...

Prometheus : affiche

Cela faisait depuis la sortie du film de Jean-Pierre Jeunet que la Fox cherchait à ressuciter justement la saga Alien. D'abord avec les erreurs d'Alien vs Predator mais surtout d'un Alien 5. On connait bien les méthodes de la Fox pour persuader quelqu'un. Ce fut évidemment le cas avec l'ami Ridley Scott. Initialement prévu pour être réalisé par son gendre Carl Erik Rinsch (remarqué par une pub pour Phillips), la Fox tapera du poing pour que Scott ne soit non pas uniquement producteur mais surtout réalisateur. A partir de ce moment, Scott commence à développer non pas une suite mais une préquelle au mythe qu'il a crée plus de trente ans auparavant. A partir de ce moment, des tonnes de rumeurs ont lieu à la fois au sujet du casting (on a longtemps parlé de Natalie Portman ou Gemma Arterton) mais surtout de l'histoire (Ripley sera dedans? Est-ce que l'on verra un xénomorphe?). Sans compter le tournage produit dans le plus grand secret (rien n'a filtré ou si peu), la promotion très surveillée (première photo l'été dernier, premier teaser en décembre puis images continues à partir de février) et un casting pour le moins prometteur. Naomi Rapace fait ses classes définitives à Hollywood (si c'est comme pour Sigourney Weaver, ça risque d'aller très vite) en incarnant le rôle principal.

Prometheus : photo

Michael Fassbender, Charlize Theron, Idris Elba, Logan Marshall-Green, Sean Harris, Rafe Spall, Benedict Wong, Emun Elliott, Kate Dickie, Guy Pearce et Patrick Wilson le temps d'un caméo complètent la distribution. Scott sait très bien que s'il rate son coup, les fans d'Alien vont lui faire très mal aux valseuses. La saga Alien est probablement l'une des plus appréciées des fans de science-fiction et d'horreur et Alien Resurrection et les AVP ont déjà fait beaucoup de mal. Evidemment, Prometheus ne vaut pas les trois premiers volets qui restent vraiment des incontournables et à vrai dire, on s'en doutait un peu. Franchement difficile de passer après des classiques pareils. Mais contrairement à son prédécesseur français, Scott réussi à faire un nouvel opus indispensable à sa saga. S'il ne répond pas à toutes les questions demandées (notamment ce que fout ce Space Jockey mort dans Alien) et qui pourrait être développé dans une possible suite (le réalisateur a toujours voulu faire un dyptique mais tout dépendra du succès de Prometheus), Scott donne plusieurs réponses. (Attention spoilers) Les Space Jockey sont des entités nous ayant créer mais par un malheureux hasard, ont décidé de nous exterminer. On ne saura pas pourquoi, c'est d'ailleurs ce qui motive notre héroïne. Ils apparaissent comme des génies technologiques mais aussi comme des exterminateurs. Un peu comme Dieu lorsqu'il a décidé de faire le déluge.

Prometheus : photo

Bref, des personnages loin d'être gentillets et qui ne laisseront aucun échapatoire à la plupart des personnages. Les humains contaminés ne deviennent pas des Aliens contrairement à ce que je pouvais croire, mais en Space Jokey justement et ce n'est pas beau à voir. Clairement ils ont un problème avec les hommes et se prouve par leurs excès de violence envers eux. L'attaque brutale d'Harris (probablement le moment le plus saignant du métrage) est pour le moins destructrice et d'une rare violence. Finalement, l'ami Alien ne fera son apparition qu'à la toute fin du métrage et cela dans une séquence purement iconoclaste. Nous savons également qui sont ses géniteurs et cela dans un combat fratricide. L'aspect de l'Alien est légèrement différent mais fidèle à l'original. Autant de réponses fascinantes sont dans ce film. (Fin du gros spoiler) Scott ajoute également une vraie ambiguité au niveau des personnages. David tout comme Ash se révèle assez fourbe et sera responsable de bons nombres d'erreurs qui se passeront durant l'excursion et notamment les événements concernant Charlie. Sa filiation avec Peter Weyland s'avère fort intéressante. En effet, Weyland semble parler de David comme un véritable fils, au point d'oublier qu'il a déjà un enfant. Comme la sinistre réputation qu'entretient son entreprise depuis le début de la saga (à savoir le profit à la place de la survie), son créateur ne déroge pas à la règle en voulant atteindre l'immortalité.

Prometheus : photo

Dans sa chute, il prendra tout le monde. Meredith Vickers est un personnage particulièrement froid et cachant bien son jeu. Elle est à l'image de son patron, profiteuse et terriblement personnelle. Il n'y a que elle qui compte. Cela se voit par sa partie privée où règne le luxe. Quant à notre héroïne, c'est probablement le personnage le plus sympathique avec ceux des pilotes. Une jeune femme auquel la plupart des malheurs arrivent mais dont la tenacité en fait une survivante de premier ordre. Si elle n'est pas Ellen Ripley (difficile de passer après un personnage aussi charismatique), elle reste une survivante face à un adversaire en apparence plus puissant. Scott n'hésite à y aller dans les moments de pure angoisse avec la rencontre avec les sortes de vipères (ce qui donnera un des plans graphiques les plus percutants de la saga) ou un accouchement pour le moins sauvage. Cela faisait longtemps que l'on avait pas vu une césarienne aussi troublante et surtout par ce qu'il en sort. Surtout que le réalisateur peut s'aider de la partition tantôt williamsienne (le début étonne aux premiers abords avec ces grands essorts de cuivre) tantôt troublante de Marc Streitenfeld, compositeur du réalisateur depuis plusieurs années. Le casting est très bon dans l'ensemble avec une préférence pour Fassbender, captivant en robot fan de Lawrence d'Arabie. Si Ridley Scott fait un aussi beau retour de Blade Runner qu'avec celui de la saga Alien, vivement!

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Une préquelle captivante et avec des réponses aussi percutantes que fascinantes.


La révision de Borat

Avouez que cela faisait longtemps que je n'avais pas fait une petite révision. Je l'avais déjà fait avec Miami Vice de Michael Mann, là on va faire plutôt le contraire en passant du positif au négatif avec Prometheus. Encore une fois la preuve que plusieurs mois ou années permettent de changer d'avis, aussi radicaux soient-ils. Imaginez un peu: Ridley Scott qui revient à la science-fiction qui plus est dans un univers qu'il a initié, un beau casting et un budget permettant toutes les excentricités. Prometheus partait la gueule grande ouverte pour plaire au public, et en particuliers les fans de la saga Alien ulcérés par les affronts du spin-off Alien VS Predator. Il fallait bien quelque chose pour faire renaître le xénomorphe de ses cendres. Au lieu d'une séquelle à la Resurrection, voici donc une préquelle ou tout du moins des événements se passant avant Alien. Malheureusement, l'oeil neuf (et joli au vue de son plutôt beau 47 Ronin) de Carl Erik Rinsh (gendre de Ridley et réalisateur initialement sur le projet) aurait probablement été plus intéressant que celui de l'ami Ridley qui semble beaucoup radter en compagnie de Damon Lindelof. Ce dernier n'est pas connu pour aller au plus simple. Les fans de Lost (ou plutôt ceux du début) le savent bel et bien: Lindelof aime se compliquer la vie et part parfois dans des directions hasardeuses.

Mais contrairement à ce qui a été dit à l'époque, il n'est pas seul et un premier jet avait été proposé par Jon Spailht. Alors oui on pourra toujours dire que c'est accusé l'un pour ne pas montrer sa faute, mais force est de constater que Lindelof n'est pas le seul maître du naufrage scénaristique. Prometheus devait initialement être un dyptique, la Fox a freiné les ambitions de Scott en revenant à un seul film. Deux ans après son semi-succès (le film n'a clairement pas emballé le box-office), la Fox a annoncé vouloir produire une sequelle pour 2016, tout en faisant produire un comic-book initialement pour faire rager un peu tout le monde. Soit alimenter le buzz sur une séquelle que plus personne n'attend (ou alors si peu) et qui aurait mieux fait d'être produite en même temps pour ne pas faire annonce inintéressante. Dans ce sens, Prometheus peut se voir clairement comme un certain gâchis: celui d'avoir voulu trop faire en peu de temps au point d'accumuler beaucoup d'éléments sans jamais y répondre. Ou allons-y franco, se prendre pour 2001 alors qu'on est moins bon qu'un Outland. Pas que le film n'a pas d'ambition mais rien que par son final et le manque clair de détails attendus sur la saga, on est en plein foutage de gueule. Nous n'avons aucune réponse ou quasiment pas sur le vaisseau sur la planète où attéri le Nostromo dans Alien, ni ce que foutait le Space Jokey dedans (même si on comprend sa signification), mais par contre merci pour la fin ouverte annonçant une séquelle. Heureusement que la Fox a lancé la production, parce que sinon voilà l'une des fins les plus ratées du cinéma.

Qu'arrivent-ils aux survivants? Dit comme cela et après avoir vu le film, on se demande quand même si Ridley n'avait pas sorti la vanne de trop. Lui qui avait fait sortir à Demi Moore le subtil "Suce moi la bite!" nous refait le coup avec une fin lamentable qui sans séquelle annoncée aurait bien du mal à passer (quoique d'ici qu'elle arrive). Le pire est peut être que certaines scènes additionnelles sont meilleures que celles dans le montage du film! Par exemple, le fait que le couple Noomi Rapace-Logan Marshall-Green s'engueule (dans la scène additionnelle) au lieu de s'amouracher (dans le montage du film) paraît déjà infiniment plus crédible, annonçant littéralement la gueule de bois à venir de l'homme. Pareil pour d'autres éléments renforçant la présence sympathique d'Idris Elaba certainement un des personnages les moins froids d'un film en étant bourrés à craquer. On en regrette presque la nature dure de Ripley. La palme à celui de Charlize Theron, froide comme un iceberg, qui accumule un beau lot de connerie (notamment dans le final). D'ailleurs, la présence de Guy Pearce arrive tellement tardivement que l'on se demande son utilité, si ce n'est de renforcer que l'Homme cherche toujours à s'emparer du don des dieux. Finalement on gardera surtout la beauté des plans (dire le contraire serait dégueulasse) et l'interprétation de Michael Fassbender en robot, digne héritier du perfide Ian Holm.

Comme je le disais Prometheus n'a pas des thèmes inintéressants (je renvoie à l'article initial même c'est une révision que vous lisais), mais il n'apparaît jamais comme une préquelle d'Alien, encore moins comme un film sur l'existence et où les éléments renvoyants à Alien sont du pur fan-service (la palme au xénomorphe en séquence post-générique), ce qui n'est en rien positif. Dans la science-fiction, on attendra davantage le réalisateur de Blade Runner sur l'ambitieux The Martian, déjà bien plus excitant qu'une préquelle 2.0 d'Alien ou une suite des aventures de Rick Deckard.