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Genre: drame
année: 1990
durée: 2h25

l'histoire: Evocation de la terrible expérience de Ron Kovic, né un 4 juillet, Marine et engagé volontaire au Vietnam.

La critique d'Alice In Oliver:

Ron Kovic fait partie des figures emblêmatiques de la guerre du Vietnam. Cet homme fait partie de ces nombreux soldats, envoyés sur le front d'une guerre évidemment cruelle, terrible et sordide, qui laissera des cicatrices indélébiles.
Ron Kovic deviendra alors le porte-parole de toute une génération de soldats blessés (physiquement et/ou psychologiquement) au combat.
D'ailleurs, pour l'anecdote, c'est Ron Kovic qui a écrit la préface du roman Johnny s'en va-t-en guerre, de Dalton Trumbo, un brûlot anti-militariste.

Né un 4 juillet : photo Oliver Stone, Tom Cruise

Né un 4 Juillet, réalisé par Oliver Stone en 1990, raconte donc l'expérience horrible de Ron Kovic durant la guerre du Vietnam.
Le film se divise en trois parties distinctes. Dans la première, Ron Kovic (Tom Cruise) est un citoyen convaincu par la propagande américaine, fier de son pays et de sa bannière étoilée.

Tom Cruise dans Né un 4 Juillet

 

Mais ses convictions les plus profondes vont être mises à rude épreuve. Débute alors la seconde partie du film. Ron part sur le front et massacre malgré lui des populations civiles.
Oliver Stone décrit alors une guerre confuse et des soldats plongés dans l'horreur, face à une situation qu'ils ne maîtrisent pas.
D'ailleurs, Ron assassine involontairement un de ses camarades. Il est grièvement blessé au cour du combat et retourne chez lui dans une chaise roulante, handicapé à vie. Ron ne pourra plus jamais marcher.

Pour Ron, c'est le triste retour à la réalité. Ron revient chez lui. C'est la troisième partie du film. C'est un homme profondément blessé et poursuivi par les spectres de la guerre. Pourtant, une fois de retour à la maison, il découvre que le gouvernement cache la vérité à la population.
Ensuite, malgré certains honneurs, les soldats blessés semblent être les grands oubliés de la nation, ces derniers étant condamnés à parader le jour de la fête nationale.

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Pour Ron Kovic, un nouveau combat s'engage, celui de la vérité. Très vite, cet ancien soldat va vouloir crier son désespoir à la télévision, le but étant de dévoiler ce qui se passe sur le front, et de parler au nom de tous les militaires exploités au nom d'une guerre cruelle, barbare et totalement stérile.
Avec ce drame, Tom Cruise trouve l'un de ses meilleurs rôles au cinéma et délivre une grande composition, totalement investi dans son personnage.
Certes, le déroulement de ce film est assez prévisible mais il reste dans la logique de Platoon, une film de guerre déjà réalisé par Oliver Stone.

La critique de Borat

Après deux volets aussi pertinants (Platoon) qu'oubliés (Entre ciel et terre avec pourtant Tommy Lee Jones), Oliver Stone finissait sa trilogie sur la Guerre du Vietnam avec Né un 4 juillet. Soit l'adaptation de l'autobiographie de Ron Kovic, soldat au Vietnam amputé des deux jambes et militant pacifiste pour les oubliés de cette sinistre guerre. Pour l'incarner, Charlie Sheen sera évoqué mais ce sera finalement Tom Cruise qui obtiendra le rôle. Ce dernier était déjà une star accumulant aussi bien le bon (Rain man, Risky Business) que le mauvais (Top Gun, Cocktail). Pour ce film, l'acteur aura même droit à sa première (sur trois) nomination aux Oscars, mis sur la touche par Daniel Day Lewis pour My left foot. Autour de lui, on peut voir Kyra Sedgwick (la fameuse Brenda de la série The Closer), Willem Dafoe, Raymond J Barry, Frank Whaley et Tom Berenger. Par ailleurs, le film sera couronné des Oscars des meilleurs réalisateur et monteur. Ce film, plus que les deux autres, se révèle comme un véritable réquisitoire contre le Vietnam, probablement parce qu'il opte pour le cas précis d'un soldat.

né un 4 juillet

Le film se déroule en trois parties: l'avant, le pendant et l'après Vietnam. La dernière étant la plus longue et intéressante. Ron Kovic était tout ce qu'il y a de plus américain convaincu: fervent patriote qui plus est né le jour de la fête nationale, voulant combattre le vietcong dans l'US Army, s'entraînant dur pour cela. Avant même qu'il ne parte au Vietnam, on le croirait déjà parti! Il laisse ainsi l'amour de sa vie et sa famille pour faire son "devoir de citoyen". Sauf que dès ses premiers instants, Ron est totalement dépaysé. La situation n'est pas aussi facile qu'il n'était prévu et il voit que l'"Homme Blanc" (expression venant de cette bonne vieille découverte de l'Amérique, ce dont on n'est pas loin ici) a du sang sur les mains. Il le verra notamment par le massacre de population et surtout lui-même tuant accidentellement un collègue alors qu'il est pétrie de peur. Une séquence qui aura une résonnance bien plus tard et laissant une sorte de fantôme indélébile à Kovic. C'est un événement tragique qu'il n'a jamais pu digérer. Et puis dans un assaut particulièrement meurtrier où il tire tel un Rambo en puissance, il perd dans un premier temps la sensibilité de ses jambes avant de devoir les faire amputer suite à un accident.

Pour Kovic, c'est le début d'une descente aux enfers. En revenant en Amérique, il découvre une population contestant de plus en plus le Vietnam, phénomène qu'il ne comprend pas en tant que pur patriote. Une situation s'installant jusque dans sa famille avec un de ses frères. Kovic ne comprendra ça qu'en croisant d'autres camarades et en faisant un voyage initiatique au Nouveau Mexique. Un passage pas forcément intéressant (ça sent le remplissage) mais permettant à Dafoe de faire un beau numéro d'ancien combattant ouvrant enfin les yeux à Kovic. Ce dernier comprend maintenant que peu d'informations ont filtré sur la guerre et que les anciens combattants (on pense à ce bon vieux Rambo encore une fois) ne servent qu'à défilé lors du 4 juillet. Comme lui à l'époque. A partir de ce moment, Kovic est devenu un vrai phénomène de contestation. A partir de ce moment, Stone signe un des plus beaux brûlots de cette sinistre guerre, déculloté impériale pour l'Oncle Sam. Etant lui-même un soldat ayant combattu au Vietnam, Stone sait très bien où il va et cherche à taper sur les administrations ricaines toutes plus lâches les unes les autres et délaissant des tonnes de combattants, condamnés à rester dans un anonymat dégueulasse alors qu'ils ont combattu pour leur pays.

En sachant que nous sommes en plein flower power et la police ne se montrera pas tendre, handicapé ou pas. Le réalisateur le montre lors de la révoltante scène du meeting, peut être même plus violente que les scènes du Vietnam tant les images dénoncent un pouvoir de la force totalement incroyable. Cruise ne s'est pas engagé pour rien: il savait très bien que ce genre de rôle au début d'une carrière prometteuse pouvait l'aider à monter en grade. On ne sera donc pas étonné de savoir qu'il fut nommé aux Oscars. Pourtant ce serait vraiment dégueulasse de ne voir son interprétation que par intérêt. Cruise trouve son premier véritable rôle marquant pour tous cinéphiles (même s'il était excellent dans Rain Man, on retiendra toujours Dustin Hoffman) et son investissement presque totale. On croit réellement en son interprétation d'homme patriotique révisant ses positions avec le temps. Il crève littéralement l'écran, au point de faire oublier les autres. Le film s'arrête peut être un peu tôt (attention spoilers: il se finit sur un discours de Kovic dans les années 70) mais en même temps on est déjà pas loin des trois heures. La musique de John Williams se révèle pertinante même si le compositeur attitré de Steven Spielberg fera mieux sur Il faut sauver le soldat Ryan neuf ans plus tard.

Un des films les plus violents sur l'après-Vietnam soutenu par un Tom Cruise réellement investi.

PS: En regardant Né un 4 juillet (comme Rambo), on ne peut ne pas penser à Born in the USA de Bruce Springsteen. Un véritable cassage de poire au niveau du texte et qui sera malheureusement repris bêtement par le patriotique Ronald Reagan. Un moment incontournable de musique à écouter absolument.