Affiche de 'Le Labyrinthe de Pan'

genre: fantastique, drame (interdit aux - 12 ans)
Année: 2006
durée: 1h50

l'histoire: Carmen, récemment remariée, s'installe avec sa fille, Ofélia, chez son nouvel époux, Vidal, capitaine de l'armée franquiste. Alors que la fillette se fait difficilement à sa nouvelle vie, elle découvre près de la maison familiale un mystérieux labyrinthe.

la critique d'Alice In Oliver:

L'univers des contes n'est pas aussi merveilleux qu'il en a l'air. Pour s'en rendre compte, il s'agit d'analyser les vieux contes racontés dans les livres depuis plusieurs siècles. Que ce soit le Petit Chaperon Rouge, Hansel et Gretel ou encore Le Petit Poucet (pour citer les plus connus), tous ces contes abordent des thématiques assez violentes, entre autre l'abandon et le cannibalisme.
Guillermo Del Toro l'a bien compris et signe donc un conte personnel, terriblement dur, qui n'a pas grand chose à voir avec les productions Disney gnan-gnantes et formatées pour plaire aux très jeunes gosses.

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Le Labyrinthe de Pan est un drame fantastique éprouvant. Ici, c'est le public adulte qui est visé. Dans le Labyrinthe de Pan, les fées sont dévorées et les animaux mythologiques n'ont pas grand chose de sympathiques.
Encore une fois, on est à des années lumières de la vision édulcolorée des productions Disney.

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Avec Le Labyrinthe de Pan, Guillermo Del Toro nous plonge dans l'ambiance de la Guerre d'Espagne, au moment du Franquisme.
Attention, SPOILERS ! Vidal est un nouvel apprenti-Füher (ou plutôt apprenti Franco), qui s'est mis en tête d'éliminer la Résistance.
Il accueille chez lui sa nouvelle épouse, qui est enceinte, et sa fille, Ofelia. Cette dernière est une passionnée de contes de fées.

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Le début du film nous présente alors une petite fille qui vit dans un monde imaginaire. Par conséquent, Ofelia est contactée par un faune, qui lui annonce qu'elle est la princesse d'un monde féérique perdu.
Alors que la guerre fait rage autour d’elle, elle doit se soumettre à trois épreuves pour prouver effectivement sa descendance royale.

A travers ces différents éléments, Guillermo Del Toro oppose le monde féérique d'Ofelia au monde des adultes.
Il s'agit d'un film sur la monstruosité humaine. Toutefois, Del Toro atténue cette opposition en décrivant des personnages féériques qui n'ont pas grand chose d'amicaux. Par exemple, Ofelia devra s'infiltrer dans la tannière d'une créature cannibale. Mais le monstre n'est pas forcément celui que l'on croit.

Le véritable monstre, c'est le franquisme, symbolisé ici par le personnage de Vidal (l'excellent Sergi Lopez), qui n'hésite pas à torturer et à massacrer des résistants dans les pires souffrances.
Guillermo Del Toro signe alors un film fantastique baroque sur la nature humaine et opacifie son message par de nombreux symboles.
Visuellement très beau, Le Labyrinthe de Pan entraînera son héroïne principale dans un monde fantasmatique, Ofelia cherchant coûte que coûte à fuir une réalité barbare et insupportable. Le Labyrinthe de Pan est aussi un film sur l'innocence perdue. Ofelia n'aura de cesse d'échapper à la réalité par le biais du rêve.
Mais encore une fois, Guillermo Del Toro décrit une fuite fantasmatique crédible. Un très beau film qui mériterait sans doute d'être davantage décortiqué.

La critique de Borat

Guillermo Del Toro est un réalisateur pour le moins étonnant: il sort un premier film fauché (Cronos) avant d'enchaîner sur un film plus bancal mais remonté par la production (Mimic). Après cela, il revient avec un film encore plus indépendant multi-primé (L'échine du diable) pour ensuite se frotter à une vraie grosse production (Blade 2). Entre deux Hellboy, le voici en train de signer son chef d'oeuvre. Un metteur en scène qui ne cesse de jouer au yoyo entre projets personnels et grosses productions tout en gardant une âme (il n'y a qu'à voir Les légions d'or maudites). Le labyrinthe de Pan fut présenté en 2006 à Cannes dans une indifférence faisant mal au ventre (idem aux Oscars où il ne sera récompensé que pour des prix techniques) mais triomphera aux Goyas (encore heureux surtout que ce sont les récompenses des films hispaniques) et sera couronné du Bafta du meilleur film étranger. Néanmoins, cette oeuvre a permis d'imposer définitivement Del Toro aux yeux de tous, permettant à beaucoup de voir autre qu'un adapteur de comics.

Pour son casting, on retrouve quelques têtes connues comme Sergi Lopez (le fameux Harry qui vous veut du bien), Doug Jones (l'acteur costumé fétiche de Del Toro), Maribel Verdu, Ariadna Gil ainsi que la jeune Ivana Baquero. Avec ce film, Del Toro cherche à donner un réel conte pour adultes (ou tout du moins à un public plus âgé que les enfants), tout en lui donnant une consonnance historique (ça ne fera de mal à personne un peu de culture). Le réalisateur nous entraîne dans un univers sombre qui n'est pas sans rappeler quelques contes soi-disant pour enfants tels que Alice au pays des merveilles ou Le petit chaperon rouge. Ofelia est une adolescente emmenée avec sa mère chez le père de son futur petit-frère, un général franquiste de la pire espèce et qui dézingue le premier opposant venu. Il symbolise à lui seul l'oppression subite par les Espagnols sous la dictature de Franco et surtout la période de répressions dans les années 30-40. Une sinistre période et qui comme souvent avec les dictatures, donne lieu à une résistance.

Avec ces éléments, Del Toro donne lieu à un contexte réaliste et cruel contrastant avec les aventures d'Ofelia. La jeune fille n'a plus de père et sa mère reste sa dernière figure maternelle. Malheureusement les choses changeront avec l'arrivée du petit. Arrive alors une nouvelle figure pour elle, Mercedes, femme infiltrée chez le général en vue d'aider la résistance dont le leader est son frère. C'est elle qui aidera Ofelia dans sa détresse. Ofelia ne voit rien de bienveillant chez le général même s'il essaye (rarement) d'être sympathique avec l'adolescente. Il ne s'attache même pas à sa compagne, vulgaire coup d'un soir dont il se serait bien passer de sa grossesse. Seul son héritier l'interesse, intérêt que partage le faune Pan qui vient à la rencontre d'Ofelia. Elle se voit proposer différentes épreuves: aider un arbre à renaître en tuant plus ou moins un énorme crapeau; ne pas succomber à la tentation avec un être dont les yeux se mettent dans ses mains (la créature la plus réussie et angoissante du film et une des plus impressionnantes du bestiaire fantastique de ces dernières années) et surtout garder sa mère en vie avec une plante buveuse de lait.

Une instruction qui la fera redevenir le princesse qu'elle avait cessé d'être après la mort de son père. Comme dans la version très glauque de Blanche Neige avec Sigourney Weaver (on se passera de parler des films récents merci!), Del Toro n'hésite jamais dans la noirceur. Déjà par la cruauté sans égal du général (le réalisateur n'oublie pas de le montrer en pleine séance de torture ou de tueries avec le sang qui coule), mais aussi dans l'univers sombre d'Ofelia. Quasiment jamais de lumière, brimades, perte de repères, incompréhension, épreuves... Le quotidien de l'adolescente est tout ce qu'il y a de plus morose et cela ne risque pas de changer dans le final d'une profonde tristesse. Elle s'avère également assez ambiguë. (attention spoilers) En effet, la jeune fille finit par retrouver son statut dans le royaume au détriment de sa vie mortelle. On peut donc parler de véritable Paradis que ce soit par la lumière imposante, le retour des parents morts autrefois mais surtout la présence même d'Ofelia. Un tableau élogieux qui contraste fortement avec l'aspect glauque et tortureux du film.

Il faut donc attendre la toute fin du métrage pour voir enfin une lueur d'espoir dans ses personnages. Et pas forcément de la plus belle des manières pour eux. (fin des spoilers) Del Toro peut également compter sur son actrice principale inspirée et attachante. Dommage que depuis ce film, la jeune actrice n'a pas plus tourner surtout que son dernier film notable est Instinct de survie, film sorti en DTV chez nous avec Kevin Costner. Mais le gros du casting est bien évidemment Sergi Lopez. Il donne une interprétation pour le moins bestiale et totalement imprévisible. On ne sait jamais quelle saloperie son personnage va oser faire. Clairement ceux qui n'ont toujours vu qu'un espagnol délocalisé risque d'être assez étonné par sa prestation. Le labyrinthe de Pan est donc un conte qui ne prend jamais son spectateur pour un imbécile et dont certains feraient mieux d'en prendre de la graine. N'est-ce pas Catherine Hardwicke (dont son Chaperon rouge est une sacrée bouserie!) et Rupert Sanders (Blanche Neige et le chasseur dont la production fut plus torride qu'on ne le pensait!)? Et puis au niveau des créatures c'est sublime et encore une fois la plus marquante reste la créature avec les yeux dans les mains.

Un conte vicieux et d'une grande beauté. Le chef d'oeuvre de Guillermo Del Toro.