Un flic souhaitant venger la mort de son collègue se met en tête de coffrer son tueur, un faux-monnayeur...

to live and die in la

Au début des années 80, William Friedkin revient de deux échecs cuisants. Sorcerer (1977) s'est vautré face à Star Wars (George Lucas), se faisant allumer par la presse à cause de sa production catastrophique, en plus de recevoir un mauvais accueil critique. Cruising (1980) avait quand à lui généré une polémique autour du milieu homosexuel et Al Pacino renie le film en partie à cause de cela. Aujourd'hui ces deux films sont considérés comme de grands films, voire même de chefs d'oeuvre mais durant longtemps c'était loin d'être le cas. Il en est de même pour To live and die in LA aka Police Fédérale Los Angeles (1985) ressortant dans les salles cette semaine. Le film a marché mais pas suffisamment pour rester dans les mémoires, au point d'être longtemps resté dans l'oubli avant ce soudain retour. Il faut dire que l'oeuvre de William Friedkin a eu un regain d'intérêt depuis la sortie de son dernier film (Killer Joe, 2012). Sorcerer est ressorti au cinéma, aujourd'hui ce film, sans compter son autobiographie. To live and die in LA fait partie des deux films qui auraient dû lancer la carrière de William Petersen, bien avant qu'il ne devienne une star de la télévision avec la série CSI (2000-15). Dommage quand on voit le potentiel incroyable qu'il développe dans ce film mais aussi dans Manhunter (Michael Mann, 1986).

Police Fédérale, Los Angeles : Photo Willem Dafoe

Des rôles troubles où il doit souvent passer par les eaux troubles pour en venir à ses fins (voler des bijoux pour être en relation avec le monnayeur, contacter un criminel qu'il a arrêté). Le casting aligne d'autres têtes connues à l'image de Willem Dafoe, Dean Stockwell, John Pankow (certains se souviennent de lui pour son rôle dans la série Dingue de toi) ou John Turturro. Loin de se répéter dans le polar, Friedkin change complètement d'atmosphère avec ce film, ne tombant pas dans la redite de French Connection (1971). Ici il aborde la police fédérale tenant aussi bien de la protection rapprochée dans son ouverture que dans la traque de faux-monayeur. Comme le film précité, To live and die in LA se focalise sur une seule et même affaire, venant à obséder l'enquêteur pour une raison ou une autre. On retrouve même une course-poursuite en plein milieu du film, histoire de brouiller les pistes. Sauf que la hargne du personnage de Petersen et la course-poursuite sont totalement différentes de celle d'Hackman dans French Connection. Dans ce film, ce n'est pas le flic qui traque le criminel, mais le flic qui fuit les criminels. De plus, la poursuite est plus maîtrisée que dans le film de 1971 qui était constamment rythmée par le tempérament explosif d'Hackman et le fait que Friedkin avait dû tourner très rapidement. 

Police Fédérale, Los Angeles : Photo William L. Petersen

Ici, le réalisateur ne semble plus avoir ce problème, signant une poursuite énergique, entrecoupé d'un moment de repis finalement bien trop calme pour être vrai. Un vrai coup de maître, au vue des problèmes logistiques envisagés et des mouvements de caméra les plus fluides possibles. Petersen joue à cet instant l'homme traqué, soit ce qu'il chasse d'habitude, l'entraînant dans une position stressante et dangereuse. Son implication dans l'enquête est trop personnelle et l'enquête devient épuisante pour lui au même titre que le personnage d'Hackman dans French Connection ou celui de Roy Scheider dans Sorcerer. Le personnage de John Pankow n'en ressortira pas indemne non plus, étouffé par une affaire trop grosse pour lui. Là où French Connection se terminait sous une note au minimum positive, on nage dans le pessimisme ambiant dans To live and die in LA avec des policiers dépassés par leur mission. Un ennemi qui traîne dans les filets de la police, ce dernier n'hésitant pas à liquider le premier lui cherchant des noises, y compris lorsque ce dernier est policier. Toutefois, le personnage de Willem Dafoe aussi violent soit-il est un véritable don juan avec sa compagne, n'hésitant pas à lui proposer une soirée lesbienne ! Une dichotomie intéressante surtout que l'on caricature souvent l'acteur à un jeu cabotin voire surexpressif, ce qui n'est pas le cas ici.

429423

Le film sent également bon les années 80 avec une ouverture optant pour l'effet clip. Wang Chung débute le film à travers la chanson reprenant le titre du film, collant parfaitement avec l'atmosphère ensoleillée du film et à l'action. Une chanson mélancolique renvoyant directement au sort néfaste des personnages. Peu ressortiront vivant de ce film et souvent dans d'atroces souffrances (l'élément perturbateur comme le final sont assez bien fournis). De la même manière, le générique balance City of the angels, morceau d'une brutalité fracassante, donnant lieu à un ensemble de plans cut rythmé en fonction du tempo du titre. Dans l'ensemble, la bande-originale du groupe est une véritable réussite, à la fois reflet de son époque (synthétiseur, ambiance très 80's) et en parfaite adéquation avec les thèmes du film et les images. L'écouter dans une salle de cinéma est en soi un pur bonheur Dans sa manière de filmer Los Angeles la nuit, Friedkin anticipe le cinéma de Michael Mann post - Dernier des mohicans. Un monde de la nuit qui grouille entre réglements de compte, filatures, night-clubs et sex. Toutefois l'aspect ensoleillé est assez trompeur, puisque la Mort est toujours dans les parages et Friedkin ne fait aucun cadeau, signant des meurtres dégoulinants, montrés de manière frontale ou pas du tout. Le Nouvel Hollywood et son pessimisme ne sont morts dans les 80's, ils ont juste évolué avec le cinéma de l'époque.

Un polar nerveux et pessimiste shooté magistralement par un Friedkin en grande forme.


Article initialement publié le 25 septembre 2012.