A l'occasion des sorties successives de The Post et Ready Player One sur ces trois mois premiers mois de 2018, il était temps de retaper un peu le dossier sur Steven Spielberg. Il s'agit dans ce dossier d'évoquer les travaux du réalisateur et producteur que ce soit au cinéma ou à la télévision. Dans un premier temps, votre cher Borat reviendra durant cinq articles sur son travail de réalisateur, avant de d'évoquer Amblin, Dreamworks et les séries télévisées qu'il a produit. Commençons donc avec les débuts entre 1959 et 1979. (attention spoilers)

  • Les débuts (1959-1974)

Né en 1946, c'est en 1959 que Steven Spielberg commence à réaliser des films en Super 8 (cette caméra si chère aux apprentis réalisateurs). Cela passe par le western (genre qu'il ne touchera jamais une fois qu'il sera un réalisateur confirmé) ou le film de guerre, mais c'est surtout la science-fiction qui prédomine. Des films qu'il fera restaurer des décennies plus tard par JJ Abrams, suite à leur collaboration sur Super 8 (2011). En 1964, il signe un film de 2h15 Firelight avec 500 dollars en poche. Une histoire où des scientifiques enquêtent sur de mystérieuses disparitions survenues peu après l'apparition de faisceaux lumineux. On peut y voir les préludes de Rencontres du troisième type (1977), mais aussi de La guerre des mondes (2005) par son final sur fond de zoo humain dirigé par des aliens. Spielberg ira jusqu'à le faire projeter pour la modique somme de un dollar la place, ce qui lui donnera un bénéfice de 600 billets. Le roi de l'entertainment était né. C'est la même année que ses parents divorcent et qu'il débarque dans la Cité des anges. 

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Steven Spielberg en plein tournage de Firelight.

En 1968, le réalisateur en herbe commence à tourner Amblin' (voir ci-dessus), titre qu'il donnera par la suite à sa mythique société de production. Avec 20 000 dollars, Spielby se met en route pour un road movie de 26 minutes où un couple traverse une partie de l'Amérique sans s'échanger une seule fois la parole. Plusieurs fois récompensé, le film permet à Spielberg de rencontrer les pontes d'Universal. Un studio qu'il avait déjà eu l'occasion de visiter lorsqu'il était plus jeune et qui restera le studio avec lequel il a le plus collaboré avec la Warner. Sous contrat, Spielby va devoir se faire la main à la télévision et sa première expérience ne sera pas favorable. Il réalise en premier un épisode de Night Gallery (1970-73), série anthologique créée par Rod Serling, le créateur de La quatrième dimension et aussi une de ses idoles. Mais les ennuis commencent assez vite lorsque Bette Davis refuse d'être dirigée par un jeunot. Joan Crawford prend sa place et bien qu'elle ne soit pas toujours en forme (elle était en fin de vie), elle laisse faire le jeune réalisateur. Malheureusement encore, le producteur William Sackheim fait son propre montage, refusant les idées de Spielberg. Il fera encore un épisode pour une série médicale avant que le blanc arrive.

Il rencontre durant cette année un certain John Williams. Le début d'une amitié et collaboration de longue date. Il se fait alors la main sur plusieurs épisodes de séries une nouvelle fois, quand ce ne sont pas des téléfilms oubliés. Dans le tas, il s'occupera du pilote de la série Columbo (1968-2003). La même année, le sésame arrive. En 1971, il adapte la nouvelle Duel en compagnie de son auteur Richard Matheson. Après des années de galère, le cinéaste entrevoit enfin le bout du tunnel. L'auteur s'était inspiré d'un de ses périples routiers où un camionneur avait failli écraser sa voiture avant de partir le jour où JFK est mort. Tourné en treize jours pour plus de 300 000 dollars, le téléfilm est diffusé sur ABC et gagne tellement en popularité qu'il est diffusé en version rallongée de seize minutes au cinéma. Cette histoire de conducteur (Dennis Weaver) devenant progressivement fou à force d'être harcelé par un camion remportera même le Grand Prix du Festival d'Avoriaz en 1973. Avec Duel, Spielberg explore la psyché d'un héros qui n'en est pas vraiment un. C'est un monsieur-tout-le-monde sans grand intérêt qui se métamorphose progressivement en bête traquée. D'autant que pendant un temps, le héros ne fait que rouler dans une routine parfaite entre bouchons et émissions de radio.

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David contre Goliath.

Le camion fera office de réveil permanent. Spielby ne donne pas de visage au camionneur (tout comme Matheson n'avait pas vu le visage du camionneur dans l'anecdote citée précédemment), au point de croire que le camion agit peut être de lui-même et ainsi instaurer d'autant plus de surnaturel dans l'intrigue. La différence avec un film comme Une virée en enfer (John Dahl, 2001) où le camionneur s'exprimait par la radio avec la voix de Ted Levine. Un scénario signé d'un certain JJ Abrams se revendiquant déjà de Spielberg au début des 2000's. Vers la fin du film, on se pose même la question si le fou n'est pas le conducteur ou le semi-remorque, tant Weaver devient de plus en plus paranoïaque jusqu'à un final explosif. Le téléfilm se termine sur lui seul, sans véhicule, perdu et certainement desespéré par les événements qui ont eu lieu. Un peu comme le policier d'I saw the devil (Kim Jee Woon, 2010) constatant le mal qu'il a commis et lâche enfin prise dans le désespoir. Avec Duel, Spielberg peut désormais essayer d'aller vers le cinéma avec un bel atout dans sa manche. C'est ainsi qu'il réalise par la suite Sugarland Express (1974), où il se voit proposer 3 millions de dollars par Universal.

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Jon Voight décline le rôle principal, contrairement à William Artherton que certains connaissent par ses rôles dans les Ghostbusters (Ivan Reitman, 1984-1989) et les deux premiers Die Hard (McTiernan, Harlin, 1988-90). Goldie Hawn saute en revanche tout de suite sur l'occasion. Malheureusement le film est coupé de plusieurs scènes par la Universal trouvant le sujet trop sombre. Par la même occasion, la major ne fera quasiment aucune publicité pour le film, privilégiant L'arnaque (George Roy Hill, 1973), entraînant l'échec commercial du film. Néanmoins, Spielby peut se réconforter avec le prix du scénario au Festival de Cannes et d'une première collaboration avec son compositeur fétiche. Sugarland express narre la cavale d'un couple pour retrouver leur enfant repris par les services sociaux. Ce qui aurait pu n'être qu'un drame familial qui dérape devient progressivement une satire des médias. Au point de faire de Sugarland express une sorte de Tueurs nés (Oliver Stone, 1994) avant l'heure, la violence extrême en moins. La satire n'est pas forcément habile, ni même géniale, mais il y a un côté amusant digne des USA. Une tendance à faire du criminel une célébrité, glorifié par la télévision et par les téléspectateurs (certains offrent même au couple un cochon).

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Alors que ce ne sont que des petites frappes qui veulent retrouver leur enfant. S'ils n'avaient pas pris en otage un policier (Michael Sacks), il n'y aurait pas eu cette cavale motorisée. Le couple est d'ailleurs assez cocasse, puisque le mari ne semble absolument pas tenir la culotte dans le mariage, se faisant plusieurs fois remettre à sa place par sa femme et c'est elle qui prend l'initiative qu'il s'évade. Le duo est d'autant plus attachant que même dans leurs mauvaises actions il n'y a jamais de violence. C'est plutôt le policier en chef (Ben Johnson) qui devient le véritable méchant, entraînant par la même occasion une déferlante de violence. Spielberg dit que "c'est le seul film dont je dois honnêtement avouer que si je devais le refaire, je le tournerais d'une manière totalement différente". Soit il serait plus radical, soit peut être plus maîtrisé, il n'en reste pas moins un premier film de cinéma de qualité. 

  • Les dents de la mer (1975) : Bruce le casse-pied

Jaws 

Affiche réalisée par Francesco Francavilla.

La légende veut qu'en attendant devant le bureau d'Universal, Steven Spielberg a découvert le script de Jaws signé par Peter Benchley. Adapté du best-seller éponyme du même auteur (1974), ce script (ensuite retouché par Carl Gottlieb) titille l'intérêt de Spielby avant qu'il ne se mette à lire le livre d'une traite. Il parvient à avoir une enveloppe de 2,5 millions de dollars de budget du studio. Le projet se met vite en route et le réalisateur se forge un casting assez solide composé d'acteurs plus ou moins connus (Roy 'French Connection' Scheider, Robert 'L'arnaque' Shaw, Richard 'American Graffiti' Dreyfuss en tête), ainsi que des autochtones de la ville Edgartown (dont la plupart se réunissent désormais à des conventions anniversaires du film). Mais le tournage s'étalera sur 155 jours. Un chiffre explosif qui est dû à plusieurs raisons. Dans un premier temps, les modèles de requins étaient fortement défaillants, entraînant des plantades techniques en pagaille, des retards et évidemment des coûts supplémentaires. Ainsi, le film va finalement accumuler les millions de dollars en plus (7 millions officiellement), au point de devenir un danger progressif pour Universal. Des retards qui horripilent également les comédiens, notamment Roy Scheider parodiant même la situation dans des archives de tournage, type "on va tourner? Non le requin ne marche pas!". 

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Steven en charmante compagnie.

Mais le requin mécanique est primordial pour plusieurs séquences particulières notamment le climax. Le cinéaste, comme les équipes de Joe Alves, devront meubler pour ne pas montrer ce requin mécanique trop longtemps, au point qu'il apparaît plus par le biais de plans subjectifs. Une gageure de suggestion évitant bien des problèmes techniques et permettant à John Williams de signer un des thèmes les plus angoissants de l'histoire du cinéma (récompensé aux Oscars avec raison). Spielby a bien failli se faire virer si les producteurs Richard D Zanuck et David Brown n'avaient pas été là, tant le film a été horrible à produire et est devenu une grosse production pour l'époque. L'écriture du scénario a eu également quelques difficultés et certains passages clés sont apparus au fur et à mesure. On parle bien évidemment de la scène sur l'USS Indianapolis, narrant la célèbre tragédie des survivants de ce croiseur détruit par des torpilles japonaises avant de subir un calvaire face à des requins. Scénarisé en grande partie par Howard Sackler, ce dernier signe un pavé de plusieurs pages. Arrive alors le soldat John Milius (scénariste notable dans les 70's avant de réaliser Conan le barbare) pour faire de cette scène une véritable anthologie reposant sur Quint (Robert Shaw).

Pas besoin de montrer les faits, tout est dans le dialogue. A partir de là, le spectateur peut s'imaginer les pires horreurs. C'est aussi à partir de ce film qu'il laissera son équipe faire la dernière journée de tournage sans lui, un rituel qu'il effectue encore de nos jours. A l'heure où un blockbuster qui attire les mauvais retours en coulisses peut avoir un avenir fatal (voir ce qui est arrivé à Waterworld, autre production Universal), Jaws n'aura jamais vraiment ce problème. Dans un premier temps, le film peut bénéficier de l'aura du roman (dont les ventes explosent depuis l'annonce d'un film) et d'une bande-annonce misant sur la musique de Williams. Le film sera distribué dans plusieurs villes bien précises au début de l'été 1975 pour que les spectateurs de l'Etat viennent en masse. Une technique commerciale au possible, mais qui sera payante puisque toutes les salles furent bourrées à craquer durant un grand nombre de mois. Il devient pour beaucoup le premier blockbuster ("le film qui marche beaucoup") avec plus de 100 millions de dollars de recettes sur le seul sol américain. Néanmoins, Spielby aura droit à une première déception aux Oscars. Son film a beau en recevoir trois et être nommé pour le "meilleur film" (ce sera finalement Vol au dessus d'un nid de coucou de Milos Forman), ce n'est pas le cas dans la catégorie "meilleur réalisateur"

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Un snobisme typique d'une Académie qui mettra très longtemps avant de le récompenser par deux fois. Jaws est l'exemple typique du film d'horreur qui préfère jouer sur la psychologie plutôt que la violence graphique (même s'il y en a un peu). A cause du requin défaillant, Spielberg peut jouer avec les angoisses du spectateur avec plus de justesse. La menace est imprévisible et ses démonstrations sont particulièrement sauvages. Que ce soit la première victime traînée à droite et à gauche avant de sombrer dans les abysses ; ou des enfants. Le requin s'en fout, il n'a pas de ligne de conduite. S'il a faim, il trouvera quoi manger et si c'est humain, il ne fera pas de distinction homme-femme. Ce qui en fait un prédateur redoutable et ne faisant aucun cadeau à ses "adversaires". C'est à pleine dent qu'il croquera par exemple Quint. Mais surtout à l'image du tournage pour Steven Spielberg (il ne voudra plus tourner en pleine mer par la suite), Jaws est un film qui pousse constamment à bout ses personnages. En particulier, Brody (Scheider) et Quint. D'un côté, le policier qui a peur de l'eau et se voit obligé d'affronter sa phobie pour combattre le squale. De l'autre, le survivant de l'USS Indianapolis qui voit ici l'occasion de se venger, à l'image du capitaine de Moby Dick (Herman Melville, 1851) avec le cachalot blanc.

Les Dents de la Mer : Photo

La traque devient personnelle pour les deux personnages, au point d'en subir les conséquences physiques et psychologiques (le policier en vient à surmonter sa phobie pour liquider le requin). Quant à l'expert océanologue joué par Dreyfuss, il manquera lui aussi de mourir sous les dents de la mer dans une cage. On a d'ailleurs évité une relation entre ce personnage et la femme du chef Brody (Lorraine Gary) issue du livre et visiblement conservée dans la novélisation du film. A cela se rajoute une petite critique sociale plus subtile et violente que celle de Sugarland Express et qui n'est pas sans rappeler le futur Poltergeist (Tobe Hooper, 1982). En effet, le maire de la ville (Murray Hamilton) pourrait éviter des morts en supprimant l'accès à la plage. Mais dans ce cas, la ville perdrait de l'argent en période estivale. Donc il préfère laisser mourrir des innocents en toute connaissance de cause, sans même prévenir des dangers potentiels. Quand Brody se prend une claque d'une mère éplorée (Lee Fierro), elle se trompe de personne. Brody subit ce que le maire lui impose et l'empêche d'agir pour des raisons commerciales. Il faudra une seconde attaque meurtrière pour que les choses bougent... De la même manière, Joe Dante reprendra le principe avec le personnage de Dick Miller dans Piranha (1978).

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Les Dents de la mer 3 : Affiche 

L'aventure Jaws aurait pu s'arrêter là, mais Universal semble y trouver une franchise potentielle et assez lucrative pour l'été. Spielby décline la proposition du studio et c'est finalement le français Jeannot Szwarc (qui signera par la suite Supergirl) qui s'occupera de Jaws 2 (1978). Au grand dam de Joe Alves qui attendra le troisième opus en 3D (Jaws 3D, 1983). Dans la première suite, Roy Scheider est encore présent et ne reviendra plus en dehors d'un stockshot de Jaws dans le quatrième film (Joseph Sargent, 1987). Les films suivants prendront alors le point de vue des fils Brody (dont l'un sera joué par Dennis Quaid dans Jaws 3D). Lorraine Gary rempilera à la fois pour cet opus et le quatrième tourné à vitesse grand V sous l'impulsion de son mari, Sid Sheinberg. Le second opus est le plus potable des trois suites, restant dans un registre horrifique où Brody en vient à nouveau à dézinguer le municipalité continuant à laisser faire le requin malgré des morts. Le troisième opus joue d'effets-spéciaux désormais datés et d'un concept qui ne tient pas sur la longueur. Quant au quatrième, il s'avère être un belle catastrophe à l'image du retournement de situation impayable survenant à la fin ou de cette accroche savoureuse sur l'affiche : "cette fois-ci, c'est personnel".

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La franchise s'arrêtera sur ce flop commercial et critique, à laquelle on peut rajouter un nombre incroyable d'ersatz aussi bien américains qu'italiens (Cruel Jaws de Bruno Mattei, La mort au large d'Enzo G. Castellari...) et une nouvelle tendance à faire de l'animal le grand méchant du cinéma d'horreur. Dans tous les cas, le succès de Jaws a permis à Spielberg de lancer définitivement sa carrière.

  • Réussite et péril (1977-79)

Rencontres du troisième type

Après le succès des Dents de la mer, Steven Spielberg décide de partir vers la science-fiction, genre qu'il avait déjà côtoyé avec Firelight. Dans un premier temps avec Paul Schrader au scénario, le réalisateur trouve qu'un héros militaire n'est pas une bonne chose et décide de reprendre le projet à sa manière. Nous sommes alors à une époque où les ovnis deviennent de vraies légendes urbaines avec photos à l'appui que des "soucoupes volantes" se trouvent dans le ciel. L'ufologie explose, les médias s'emportent, la presse s'emballe et le public se dit qu'il y a peut être une vie ailleurs. Avec Rencontres du troisième type, Spielby trouve l'opportunité de raconter l'histoire d'un citoyen moyen interprété par Richard Dreyfuss découvrant un ovni par hasard. Roy va alors être comme possédé par une vision identique à plusieurs autres personnes : une montagne. Si le film a différents points de vue, Spielberg met davantage en avant Roy. La scène où passe l'ovni est d'une banalité incroyable. Le héros est en voiture, il attend à un passage à niveau et l'ovni arrive en déclenchant un problème électromagnétique. Spielby montre que la science-fiction peut venir du quotidien, que le personnage lambda a peut être plus de chance de tomber sur ce type de phénomène que le scientifique.

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La vision de l'ovni ruine son couple et sa vie de famille. Il en vient même à reproduire la montagne avec de la terre et les jouets de ses enfants. Une obsession qui prendra définitivement sens dans les dernières minutes. En comparaison, la scène de l'enlèvement de l'enfant est particulièrement angoissante. La mère (Melinda Dillon) se retrouve impuissante face à une puissance invisible à l'oeil nu et plus forte qu'elle. Même la lumière orangée n'est pas du tout rassurante, elle a tendance à angoisser d'autant plus. Spielberg véhicule un sens de l'étrange que l'on ne retrouvera probablement jamais dans son cinéma par la suite. Avant sa fameuse conclusion musicale, rien n'est confirmé à propos des divers éléments surnaturels du film. Roy a très bien pu avoir un rêve ou même une vision. Tout comme l'enfant n'a pu être qu'enlever par quelqu'un. A cela se rajoute des avions de la IIème Guerre Mondiale retrouvés comme par miracle. Mais là encore pas de présence extraterrestre potentielle. L'Extraterrestre ne sera réalité que dans les dernières minutes. Le réalisateur a également engagé François Truffaut (qui a tourné ses scènes en français, car il n'était pas à l'aise en anglais) pour incarner un scientifique. Les scientifiques n'arrivent à rien et parviendront à peine à entrer en contact avec les extraterrestres.

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Ils sont impuissants face à une situation extraordinaire qui les dépasse eux aussi. Au final, c'est le son qui servira de langage et d'entente entre l'Homme et l'Extraterrestre, le tout dans une ambiance pacifique. Si Spielberg aura cette tendance à montrer les extraterrestres de manière sympathique (ce qui n'était pas toujours le cas même dans les 70's), il sera moins tendre avec eux dans La guerre des mondes dans des conditions différentes. Pour les effets spéciaux, Spielberg s'offre les services de Douglas Trumbull qui avait confectionné ceux de 2001, l'odyssée de l'Espace (Stanley Kubrick, 1968). Le final avec ses magnifiques illuminations confirme un travail de qualité. On relate trois versions de Rencontres du troisième type, toutes disponibles sur le BR. La première diffusée dès 1977, une autre pour la ressortie de 1980 (montrant notamment l'intérieur du vaisseau vu par Roy) et enfin une dernière en 1998 (où la scène du vaisseau est supprimée et des scènes du premier montage réintégrées). Mais tout le monde s'accorde à dire que la première est souvent la bonne. Anedote amusante : sur un marché, George Lucas a acheté des parts de Rencontres du troisième type et Spielberg des parts de Star Wars (1977). Encore aujourd'hui, les deux larrons gagnent de l'argent chaque année grâce à ces deux films. Steven Spielberg sera nettement moins bien accueilli quand il se lancera dans la comédie.

1941

Bien qu'entouré par John Milius, Robert Zemeckis et Bob Gale au scénario, 1941 (1979) se fait dézingué et subira un flop commercial retentissant. Par la même occasion, Universal aura mis bien longtemps à le diffuser en DVD et même en BR (il ne sortira dans ce format que bien après la précédente édition). Si Spielby ne renie pas le film (il dira toutefois que le film ne fonctionne pas vraiment), ce dernier manquera de peu de mettre un terme à sa carrière. Le tournage ne fut d'ailleurs pas de tout repos, alignant les anecdotes cocasses. John Wayne et Charlton Heston refuseront le rôle du général, sous prétexte que l'armée américaine se faisait avoir par les Japonais, ce qui était selon eux "anti-patriotique". Au grand dam de Robert Stack qui se payera une composition mémorable (Dumbo fonctionne toujours sur les grands sentimentaux). A l'image aussi de Toshiro Mifune matant les figurants soldats, voyant qu'ils manquaient de discipline et de vigueur. Par la même occasion, John Belushi avait du mal à débarquer sur le tournage, notamment après des soirées un peu trop arrosées. Spielby devra même user d'un fusil-mitrailleur pour que les comédiens entendent le "cut", suite au brouhaha des armes et des avions. 

1941

Le film mettra plusieurs années à avoir une bonne réputation (qui plus est en version longue), souvent due à des fans plus jeunes du réalisateur. Dès les premières minutes, Spielby et John Williams se font plaisir en reprenant le thème de Jaws pour l'arrivée du sous-marin japonais en Californie, avec la complicité de Susan Backlinie qui incarnait la première victime de Bruce. Une ouverture qui donne le ton d'un film qui va s'enfoncer toujours un peu plus loin dans la pochade de film de guerre. Le nazi est ridiculisé à travers Christopher Lee, surement heureux de sortir des rôles fantastiques qui le lassait à l'époque. L'armée américaine est dégommée en quelques séquences cruciales. Ainsi, l'avion de Belushi sera visé par ses camarades, car tous les avions américains et japonais se ressemblent, comme lui confondra ses collègues aviateurs avec des japonais. Notons aussi la phobie de Treat Williams pour les oeufs, car ils lui rappelent l'ennemi ("LE JAUNE !"). A ce lot de situations délirantes, on peut également rajouter un climax savoureux où Ned Beatty utilise le gros canon présent dans son jardin avec un manque flagrant de dextérité.

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1941 est une comédie satirique qui n'épargne quasiment personne, où les militaires de tout bord s'attaquent sans savoir sur qui ils tirent. Un grand foutoir où l'on peut relever un casting monumental outre ceux déjà cité : Dan Aykroyd, John Candy, Nancy Allen, Mickey Rourke, Michael McKean, Frank McRae et même des caméos des réalisateurs John Landis (Spielberg viendra faire un tour dans Les Blues Brothers pour compenser) et Samuel Fuller. Si encore aujourd'hui 1941 n'a toujours pas une aura phénoménale en France, il n'en reste pas moins un des crus les plus atypiques et inspirés de son réalisateur.


Article initialement publié le 9 novembre 2012.

Sources:

  • Mad Movies Hors Série numéro 18 (décembre 2011). 
  • Steven Spielberg, une rétrospective (Richard Schickel, 2012).