Une fois consacré aux Oscars, voici venir les années 2000 de la filmographie de Steven Spielberg (Attention spoilers).

  • AI (2001) : L'héritage de Kubrick

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Stanley Kubrick et Steven Spielberg se connaissaient bien avant AI. Le premier avait volontairement arrêté son projet "The Aryan Papers" avant la sortie de La liste de Schindler (1993) afin d'éviter deux films sur l'Holocauste réalisés en peu de temps. En sachant qu'ils avaient auparavant collaboré avec le concepteur d'effets-spéciaux Douglas Trumbull, l'un sur 2001 l'odyssée de l'Espace (1968), l'autre sur Rencontres du troisième type (1977). Ils étaient faits pour s'entendre. Kubrick songe à adapter la nouvelle Les supertoys durent tout l'été (1969) en compagnie de son auteur Brian Aldiss, mais le réalisateur laisse vite tomber le projet pour se consacrer à Barry Lyndon (1975), puis Shining (1980). La nouvelle met en scène David, un enfant-robot qui ne sait pas qu'il en est un. Il "se fait trahir" par sa mère qui le renvoie à l'usine après avoir découvert qu'elle était autorisée à procréer. Dans les 80's, il décide de s'y mettre avec Spielberg à la production. Petit à petit, les deux acolytes s'envoient fax sur fax, coups de téléphone par milliers pour nourrir le récit. La source principale devient au fur et à mesure Les aventures de Pinocchio (Carlo Collodi, 1881).

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Stanley Kubrick filmant Nicole Kidman sur le tournage d'Eyes wide shut (1999).

Kubrick prévoit un animatronique, puis songe à une version en CGI, mais Spielberg n'est pas convaincu. "De manière assez intéressante, Stanley voulait créer David de toutes pièces, en se servant de son propre neveu comme exemple. Il a pris plusieurs photos et a développé un David robotique, qui était un véritable désastre. Quand il a vu Jurassic Park en 1993, il a été très impressionné par les dinosaures que nous avions recrées, mais il a également rapidement abandonné l'idée de créer un David en numérique, car il est évident que le personnage n'aurait jamais vraiment interagi de façon convaincante avec les humains qui l'entouraient. Il est donc arrivé à la conclusion, longtemps avant moi, qu'il fallait un acteur pour interpréter David." La production commence réellement en 1994 alors même que Spielby ressort d'une production lourde, en l'occurence La liste de Schindler. Joseph Mazzello est initialement choisi pour le rôle principal. Petit à petit, Kubrick comprend que Spielberg serait meilleur à la réalisation du projet, mais le principal intéressé ne veut pas prétextant qu'il s'agit du bébé de Kubrick.

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Ce dernier finira par réaliser Eyes Wide Shut et alors qu'il était en plein montage du film, Kubrick nous quitte le 7 mars 1999. Sa veuve Christiane Kubrick et son frère Jan Harlan demandent alors à Spielby de reprendre définitivement le projet, afin de ne pas réitérer des années de recherches inutiles (on se souvient du projet "Napoléon" mis hors course par le flop commercial de Waterloo de Serge Bondartchouk). A l'époque, Spielberg est très intéressé à l'idée d'adapter le roman Harry Potter à l'école des sorciers (JK Rowling, 1997). Il a envisagé l'option d'en faire un film d'animation ou alors d'incorporer divers éléments des livres déjà existants (seulement trois étaient publiés en 1999). Son départ sera définitif quand JK Rowling lui a mis son droit de véto au sujet de Haley Joel Osment. Spielby le voulait pour jouer Harry Potter, mais l'écrivaine avait stipulé que la plupart du casting devait être anglais, y compris les enfants (Osment est américain). Au final, Harry Potter à l'école des sorciers se fera avec Chris Columbus aux commandes, scénariste de plusieurs productions Amblin dont Gremlins (Joe Dante, 1984). Ce n'est pas le seul collaborateur de Spielby à officier sur le film puisque la musique est signée John Williams. 

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Harry Potter à l'école des sorciers, un film que Steven Spielberg a failli réaliser (affiche réalisée par Drew Struzan).

Spielby retourne donc sur AI avec Haley Joel Osment dans le rôle de David, Mazzello étant désormais trop vieux pour le rôle. Spielberg n'avait pas développé de scénario depuis Les Goonies (Richard Donner, 1985) et AI fut l'occasion de renouveller l'expérience. "J'ai rédigé moi-même le scénario pour pouvoir nourrir l'intrigue générale de mon style d'écriture. (...) [Stanley Kubrick] a posé sur papier, avec un dessinateur, près de 850 illustrations conceptuelles pour détailler le monde qu'il souhaitait décrire. Tous les passages les plus iconiques du film sont basés sur ses idées. Il a également laissé derrière lui des boîtes entières de notes de production manuscrites (...) Ces informations ont été précieuses, car elles m'ont permis de comprendre le look et le feeling du long-métrage tels que les souhaitait Stanley. Je voulais raconter mon histoire, mais je voulais également m'immerger dans son univers. (...) Sur ce projet, Stanley est comparable à un écrivain qui, au lieu de l'avoir écrit, aurait visualisé un roman que je me suis ensuite chargé d'adapter."  

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A la sortie du film, pas mal de détracteurs ont fustigé Spielby, lui reprochant d'avoir dénigrer la vision de Kubrick notamment par son final. Pourtant, le réalisateur est formel : son aîné avait clairement défini le projet ainsi ("le projet rédigé par Stanley se poursuivait bien deux millénaires plus tard dans le futur, exactement comme dans ma propre version"). AI ne fait pas de vague à sa sortie, ne parvenant pas à dépasser son budget dans son pays d'origine (100 millions de dollars de budget, 78 millions récoltés sur le sol US), mais est sauvé par ses bons résultats à l'international (157 millions de dollars). Il ne s'agit peut-être pas de son film le plus populaire, mais depuis quelques années, on remarque que le film est un peu plus cité comme s'il était constamment réévalué à la hausse une fois l'aspect "dernier projet de Kubrick" passé. AI est clairement l'un des films de science-fiction les plus importants des 2000's. Spielberg réalise des films de science-fiction depuis son plus jeune âge, son premier film Firelight (1964) en est la preuve. Sauf que jusqu'à présent, il avait toujours un pied dans le présent ou dans le passé. Dans Rencontres du troisième type et ET (1982), les extraterrestres se présentaient dans un univers tenant du quotidien, d'aujourd'hui.

Dans Jurassic Park et sa suite Le monde perdu (1993-97), le réalisateur ressuscitait des créatures mortes il y a 65 millions d'années. Avec AI et par la suite Minority Report (2002) et Ready Player One (2018), il débarque dans le futur. Le concept du film est évoqué dès le teaser réalisé à la manière d'une publicité Apple : David a onze ans, pèse 27 kg, mesure environ 1m37, a des cheveux bruns, son amour est réel mais il n'est pas humain. C'est un robot conçu pour aimer tel un enfant. Au même titre que Gigolo Joe (Jude Law) est conçu comme un robot-prostitué. Pourquoi des robots ? L'introduction nous dit que les calottes glaciaires ont fondu et qu'il y a eu une montée des eaux. Ce qui sera dévoilé par la suite quand David et Gigolo Joe trouveront les bureaux du créateur (William Hurt), son Gepetto (il a façonné David à l'image de son fils décédé) dans un Manhattan noyé. Comme dans la nouvelle initiale, il est interdit de procréer à cause de la surpopulation, mais il n'y a pas d'autorisation de l'Etat comme alternative ici. David prend place dans une famille où l'enfant est dans le coma (Jake Thomas), avant qu'il ne se réveille et se comporte mal avec le robot car il voit en lui un rival.

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Un aspect que l'on relèvera par la suite à travers des adultes, à l'image de cet homme qui fait dézinguer des robots dans une arène (Brendan Gleeson) ou ce mari jaloux tuant sa femme (une cliente de Gigolo) et fait accuser le robot-prostitué (Enrico Colantoni). L'autre raison de l'arrivée des robots est qu'ils sont finalement voués à prendre la place des Hommes. Pas par une rebellion ou quoi que ce soit d'autres, mais parce que l'Homme est mortel, pas le Robot. Quand l'Homme s'éteindra, le Robot restera. Il n'a pas besoin de se nourrir, ni de boire. Beaucoup ont pensé que la dernière partie du récit mettait en scène des extraterrestres en raison de leur aspect physique finalement pas si éloigné de celui des petits hommes gris. Pourtant, il s'agit bien de robots plus évolués, capables de communiquer entre eux et de se transmettre des informations par images (procédé qui ressemble beaucoup aux visions des précogs de Minority Report), voire jusqu'à recréer une situation ou à réutiliser de l'ADN. La menace n'était donc pas le Robot comme le pensait certains humains, mais la nature elle-même.

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Outre la théorie autour de l'évolution, il y a bien évidemment la quête d'amour de David. A partir du moment où Monica Swinton (Frances O'Connor) a dit les mots permettant de débloquer le robot, David l'a vu comme si c'était sa mère. Dès lors, il va tout faire pour lui plaire, quitte à devenir un rival pour l'enfant-véritable. Son seul but est d'être aimé de sa mère, d'être son David. Un peu comme l'a fait Denis Villeneuve dans Blade Runner 2049 (2017) avec les personnages de K (Ryan Gosling) et Joi (Ana de Armas), David a une vision sans nuance de sa mère, il ne voit que l'idée qu'il se fait d'elle. Il ne comprend pas qu'elle l'a abandonné (même si elle fait un compromis en ne le renvoyant pas à l'usine) et pense que comme Pinocchio, il peut devenir un véritable petit garçon grâce à la Fée Bleue et ainsi être vraiment aimé de sa mère. Comme il pense être l'unique David. La chute n'en sera que plus vertigineuse et tragique entre fantasme réalisé et dégénérescence spectaculaire. Spielby signe l'un des films si ce n'est le film le plus complexe au sujet de l'intelligence artificielle et celui qui va peut-être le plus loin dans sa réflexion. Il réussit à émouvoir par les yeux d'un robot qui ne recherche que l'amour d'une mère et qui ne le trouve que partiellement.

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On cite beaucoup se prestation dans Sixième sens (M Night Shyamalan, 1999), au point d'oublier que le meilleur rôle d'Haley Joel Osment fut celui d'un robot. Le jeune acteur est particulièrement troublant, ne jouant pas l'humain mais la machine se prenant pour un humain avec innocence. C'est là toute la différence par exemple avec le T-800 de la franchise Terminator (1984-) : lui sait qu'il est une machine et va en jouer en conséquence comme en se laissant tirer dessus. David en comparaison en aurait peur et Osment le retranscrit bien à l'écran. AI est un film qui n'a honnêtement pas pris une ride, sachant rester novateur dans ses effets-spéciaux que ce soit par les robots défigurés ou terriblement lisses et sa vision du futur glaçante et sans échappatoire. On peut même dire que le futur qu'il développe est plus que proche à y regarder de plus près. On se demande parfois comment Stanley Kubrick s'y serait pris. Puis on oublie en regardant le premier coup d'éclat de Spielberg en ce début de XXIème siècle.

  • Tom Cruise en pleine science-fiction (2002-2005)

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Steve Harris, Steven Spielberg et Tom Cruise sur le tournage de Minority Report.

Minority Report marque la première collaboration entre Steven Spielberg et Tom Cruise. A l'origine, l'adaptation de la nouvelle de Philip K Dick (1956) devait être réalisée par Paul Verhoeven dans les 90's, puis Jan de Bont (chef-opérateur de Verhoeven justement et par la suite réalisateur de Speed et... Speed 2) s'est dit intéressé pour le mettre en scène. En effet, la nouvelle devait servir de moteur à la séquelle de Total Recall (1990) également adapté de K Dick. Des mutants de Mars avaient acquis le don de prédire des crimes à venir suite aux radiations engendrées par le climax du précédent film et ils étaient exploités par une société. On se doute que Doug Quaid (Arnold Schwarzenegger) devait finalement les protéger ou était concerné par un futur crime comme John Anderton dans la nouvelle. Schwarzy se révèle peu convaincu par "Total Recall 2" et le projet est tombé à l'eau peu après la chute de Carolco au milieu des 90's. Le projet est repris par Gary Goldman, Ronald Shusett (déjà scénaristes sur cette éventuelle séquelle) et Jon Cohen, tout en enlevant les allusions à Total Recall dans le script.

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Tom Cruise s'intéresse au projet lors de la production d'Eyes Wide Shut et envisage une collaboration avec Steven Spielberg. Scott Frank (scénariste d'Hors d'atteinte) passe encore sur le scénario. Le tournage est prévu après celui de Mission Impossible 2 (2000), mais des retards surviennent sur le film de John Woo et Spielby se lance définitivement dans AI. Ce n'est que partie remise puisqu'une fois Vanilla Sky (Cameron Crowe, 2001) bouclé, Spielby et Cruise se lancent dans Minority Report, pas sans avoir perdu Matt Damon, Yorick van Wageningen, Meryl Streep, Ian McKellen, Cate Blanchett et Jenna Elfman entretemps. En cause, les retards ou même des problèmes de visa en ce qui concerne Van Wageningen. Les rôles seront finalement attribués à Colin Farrell, Lois Smith, Max Von Sydow et Samantha Morton, ce qui est tout aussi prestigieux. Le réalisateur se veut également précis compte tenu des innovations technologiques possibles en 2054, époque où se déroule le film. "Nous avons invité les plus grands penseurs de la science, de la technologie, des transports et de l'environnement pour imaginer ce que le futur proche allait nous apporter. (...) Nous les avons tous réunis pendant trois jours dans la même chambre d'hôtel pour qu'ils puissent échanger des idées, et la plupart des concepts présentés dans le film émanent de leurs suggestions sur le futur qui nous attend dans une cinquantaine d'années."

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Si AI était très crédible dans sa conception du futur, il n'en restait pas moins une fable basée sur PinocchioMinority Report se réfère davantage à un futur proche et donc potentiellement réaliste. Les personnages utilisent des écrans tactiles, ce qui en 2002 était totalement novateur (le premier Ipod Touch date de 2007). De même pour les publicités animées qui existent désormais même si ce n'est pas la norme. On peut également voir des types amateurs de réalité virtuelle. Les jetpacks utilisés par la police Précrime sont tout à fait possibles, tout comme leur équipement fortement inspiré des tenues des unités d'élite. Quant aux véhicules ou aux armes, il se peut qu'ils ressemblent à cela un jour. Anderton (Cruise) voit des diapositives en trois dimensions, mais également des publicités qui lui sont dédiés (un peu comme le font certains sites désormais en se focalisant sur ce que vous consultez). Ces éléments rendent Minority Report particulièrement crédible dans son traitement, mais pas seulement. Le 11 septembre 2001, les USA sont secoués par la chute du World Trade Center. Dès lors, il faut trouver des coupables et vite.

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Minority Report est un film parfait pour aborder ce genre de thématiques, car le but de Précrime est d'éviter des crimes à venir grâce à trois personnes ayant des visions. Et si le drame du 11 septembre avait pu être évité ? Et si le fils d'Anderton avait pu être sauvé ? L'enjeu du film est là, dans ce "et si". Toutefois, ce "et si" n'est pas fiable car il s'agit d'une prémonition et non d'une réalité. D'où le rapport minoritaire en titre qui évoque une possible faille du système. Alors qu'il est en train d'être définitivement mis en place dans le pays, il serait bien bête que le système soit déficient. Si Anderton tue l'homme qu'il est censé tuer, Précrime aura perdu. S'il ne le tue pas, le meurtre reste possible mais pas dans la même situation et il reste potentiellement coupable d'un futur crime. L'autre aspect intéressant est que Précrime possède les fichiers de toutes les personnes vivant dans le pays, c'est aussi pour cela que le système arrive aussi rapidement à reconnaître les potentiels criminels. Les citoyens seraient donc prêts à être fichés (tout comme à être scannés dans n'importe quel lieu public) par le gouvernement dans le seul but d'éviter des problèmes de sécurité nationale.

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On n'est pas si éloigné d'un régime fasciste qui s'ignore, avec une population qui laisse faire en étant endoctrinée par des campagnes de publicités. Une société où n'importe qui peut être scruté en toute intimité, à l'image de ce passage des araignées mécaniques avec un plan-séquence en vue du dessus dévoilant un certain voyeurisme que Brian de Palma n'aurait pas renié. Autant dire que cela fait plutôt peur et c'est un peu ce que dénonçait Edward Snowden il y a quelques années. Ce qui permet à Minority Report d'être parfaitement cohérent en 2002 comme en 2018. A cela rajoutez une photo de Janusz Kaminski particulièrement bleutée rendant ce monde d'autant plus aseptisé qu'il ne l'est déjà. On reproche parfois à Tom Cruise de jouer un peu toujours la même chose, d'être le fort en gueule ou alors le héros d'action. Si son rôle dans Minority Report se rapproche davantage du second type, les nuances sont plutôt intéressantes. Il apparaît comme un homme traumatisé par la disparition de son fils (il n'a jamais été retrouvé et il a disparu suite à un moment d'inattention de son père) et se focalisant sur son travail pour ne pas avoir à se droguer la nuit. C'est un héros avec des failles et il en sera tout autant dans la seconde collaboration entre Spielby et Cruise.

Minority Report a eu droit à une sorte de séquelle en 2015, une série qui faisait suite au film et mettait en scène un precog qui aidait la police. La série n'a duré que dix épisodes suite à de mauvaises audiences. Après deux films plus légers (Arrête-moi si tu peux et Le terminal), Spielby renoue avec Cruise pour l'adaptation de La Guerre des mondes (HG Wells, 1898). Il ne s'agit pas de la première adaptation, que ce soit à la radio (l'adaptation d'Orson Welles déclencha un sommet de panique chez les américains), au cinéma (le film de Byron Haskin) ou en littérature (Alan Moore l'adapte à sa manière dans le second volume de La Ligue des gentlemen extraordinaires). La Guerre des mondes (2005) est l'occasion pour Spielby de retrouver à nouveau David Koepp quelques années après les deux premiers Jurassic Park. Si le réalisateur songe d'abord à réaliser Munich (2005), Cruise insiste pour pouvoir tourner La Guerre des mondes en premier avant de se lancer dans Mission Impossible 3 (JJ Abrams, 2006) qui a quelques problèmes de démarrage. Le réalisateur et l'acteur se sont bien entendus sur le tournage, mais la promotion fut une catastrophe.

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En cause, le fait que Cruise parlait continuellement de scientologie ou du couple qu'il formait avec Katie Holmes à l'époque (remember le célèbre passage du canapé chez Oprah Winfrey). Spielby s'est désormais juré de ne plus travailler avec lui, la présence de Cruise dans le documentaire de Susan Lacy (Spielberg, 2017) n'en est que plus cocasse au vue de leur relation. Dommage car le réalisateur lui avait donné là aussi un rôle savoureux bien éloigné de son image générale. Ray Ferrier (Cruise) n'est pas un héros et s'il en était un, il ne serait pas à la hauteur de la tâche. Il est bon de penser à une sorte de Maverick qui serait devenu père et par la même occasion un véritable raté. La description qui est faites de lui dans la première demi-heure est merveilleusement sarcastique : c'est un beauf par excellence qui ne connaît rien de ses enfants (Justin Chatwin et Dakota Fanning qui ne sont pas toujours à la hauteur), fait semblant de s'y intéresser et leur présence apparaît plus comme une corvée qu'autre chose. Si bien que quand les extraterrestres arrivent, son seul but est de les ramener en vie à son ex-femme (Miranda Otto), pas forcément de les garder avec lui ("Je veux maman. -J'aimerai bien aussi."). 

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Tom Cruise et Steven Spielberg quand ça se passait bien.

Même devant son ex-femme, il apparaît comme un troisième enfant qu'elle continue de dorloter (elle lui reproche des choses de manière affectueuse, alors que lui le prend sur la défensive). Si son fils lui reproche tant de choses, c'est aussi parce qu'il n'a pas envie de devenir comme lui et ça Ray le comprend que trop bien. Robbie lui évoque lors d'une scène de dispute que son père ne leur explique rien. Mais Ray est aussi démuni que ses enfants (comment expliquer l'inexplicable ?) et n'a aucune réponse à leur donner, si ce n'est essayer de raconter ce qu'il a vu. Mais Spielberg ne s'arrête pas là. Dans sa condition de survivant, Ray va devoir se salir les mains dans une civilisation si paumée que les violences n'attendent pas longtemps pour éclater. Que ce soit pour une voiture ou pour ne pas être repéré par l'envahisseur. Si l'apparition de Tim Robbins est peut-être de trop, elle caractérise à quel point Ray est un personnage prêt à tout pour que ses enfants survivent, quitte à tuer. Ce qui donne lieu à une scène glaçante où les hurlements de Robbins sont à peine couverts par la comptine de la fille de Ray.

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Quant au final, il ne laisse aucun échappatoire à Ray. On lui dit merci d'avoir ramener la petite, mais il n'y a pas de happy-end pour lui. Ses anciens beaux-parents (Gene Barry et Ann Robinson, couple-star du film de 1953) le regardent avec dédain et seul son fils vient le voir. Après tout ce qu'il a fait, c'est la seule attention qu'on lui donne, comme pour lui confirmer qu'il est tombé bien bas. Cruise s'avère impeccable et même particulièrement bouleversant (tout est dans les yeux). Le film de Spielby se déroule dans une époque contemporaine et non en 1894, ce qui permet à son réalisateur de montrer des images qui ne sont pas si éloignées des horreurs du XXème siècle. Celui qui a signé deux films avec des extraterrestres pacifistes (Rencontres du troisième type et ET) revient à une invasion d'extraterrestres négatifs 41 ans après Firelight (1964) pour un récit parfois similaire. Dans son premier long-métrage, Spielby dévoilait des extraterrestres kidnappant des êtres-vivants sur Terre pour les amener dans une sorte de zoo. Ici, il reprend quelques idées comme ces capsules où des humains sont capturés pour se faire ensuite pomper le sang et tuer.

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Spielby a suggéré de délaisser les soucoupes volantes pour revenir à l'idée des tripodes présente dans le roman. Se dire que La Guerre des mondes est un blockbuster PG-13 avec autant de morts et de séquences horribles tient presque du miracle. Alors oui, Spielby ne filme pas des gens qui se font exploser de manière gore, mais finissant en cendres. Oui, un meurtre a lieu hors-champ. Oui, des gens finissent noyés dans des voitures. Oui, toute une garnison de l'armée se fait dégommer en moins d'une minute. Et ne parlons même pas de la population qui se fait littéralement pomper le sang par les extraterrestres, avant d'être recraché au sol. Ces images sont bel et bien présentes dans le film ou alors seulement suggérées. Si La Guerre des mondes a eu cette classification c'est certainement parce qu'il n'y a pas de sang, de vulgarités ou de gore directement à l'écran. Pourtant, il fait aussi peur qu'un film d'horreur Restricted. Spielberg avait déjà montré des gens croyant que la cendre qui tombe était de la neige douze ans auparavant : c'était pour La liste de Schindler.

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Ici, il fait pareil lors d'une scène symbolique et Tom Cruise finit même couvert de cendre lors d'un plan-séquence tétanisant, où il arrive à survivre presque par miracle en pleine course-poursuite (des gens devant lui n'ont pas eu le même sort). Il en sera de même de ces scènes de destruction massive en plein New Jersey ou de la chute de l'avion en pleine nuit, suivi de Cruise découvrant la sinistre réalité. Inévitablement, Spielby joue sur une atmosphère post-11/09 et cette scène y fait directement écho, comme les enfants de Ray demanderont à leur père si ce sont des terroristes qui attaquent. Spielby montre également l'impuissance complète des autorités, n'étant aidé que par les bactéries présentes dans nos corps, dans l'air ou autre part. Une résolution qui arrive un peu comme un cheveu sur la soupe (c'est pareil dans le roman), malgré une réplique intéressante de Dakota Fanning. A un moment, son père lui demande si elle veut qu'il lui enlève une écharde de sa main. Elle lui dit que non, que son corps finira par la rejeter d'elle-même. C'est exactement ce qui arrive aux aliens. Leur corps a rejeté les bactéries au point de les tuer. Leur mort fut aussi foudroyante que celles de leurs victimes. Avec ce film, Spielby a probablement signé le blockbuster le plus noir et cruel des 2000's.

  • Biopics entre légèreté et temps sombres (2002-2005)

 Arrête moi si tu peux

Minority Report à peine terminé, Steven Spielberg se voit proposer la réalisation de Big Fish, adaptation du roman de Daniel Wallace (1998). En septembre 1998, Columbia achète les droits sous l'impulsion du scénariste John August et Spielberg se rajoute à la fête en 2000. Le réalisateur essaye même de prendre Jack Nicholson en rôle principal, mais il décide de se consacrer à Arrête-moi si tu peux (2003). Ce sera finalement Tim Burton aux commandes de Big Fish (2003), y voyant une manière d'exorciser la mort de ses parents survenue quelques années auparavant. Avant Spielberg, différents réalisateurs se sont intéressés à la vie de Frank Abagnale Jr, arnaqueur parmi les plus redoutables de l'histoire. Dans un premier temps, la Paramount achète les droits de son autobiographie en 1990, avant que Dreamworks ne les rachète en 1997. Jeff Nathanson (scénariste de Speed 2 et d'une bonne partie des films de Brett Ratner, cela ne s'invente pas) est alors engagé pour scénariser le film. David Fincher s'y intéresse en 2000 avant de partir sur Panic Room (2002). 

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Leonardo Dicaprio et Frank Abagnale Jr.

Puis Gore Verbinski est engagé pour réaliser le film, produit par Spielberg et avec Leonardo Dicaprio en acteur principal, James Gandolfini dans le rôle de l'agent Carl Hanratty, Ed Harris en Frank Abagnale Sr et Chloë Sevigny pour jouer la compagne de Frank Brenda Strong. Verbinski jette l'éponge quand Dicaprio se retrouve indisponible à cause du tournage de Gangs of New York (Martin Scorsese, 2002) et il se lance finalement dans le remake de Ring produit par Dreamworks (2002). Lasse Hallström laisse lui aussi tomber en juillet 2001, vite rejoint par Harris et Sevigny. Spielberg contacte Cameron Crowe et Milos Forman sans succès et finit par prendre définitivement les commandes du film. Gandolfini n'a pu se libérer, laissant place à une seconde collaboration entre Tom Hanks et Spielby. Christopher Walken et Amy Adams (alors en début de carrière) prennent les rôles d'Abagnale Sr et Brenda laissés vacants, rejoints par Martin Sheen, Nathalie Baye ou James Brolin. S'il n'a pas réalisé Big Fish, Spielby a lui aussi mis en scène la relation entre un père et son fils avec Arrête-moi si tu peux

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Dans ses précédents films, Spielby montrait le père comme l'élément problématique en cas de divorce. Richard Dreyfuss faisait peur à sa famille à force d'être obsédé par la montagne dans Rencontres du troisième type. Dans ET, Dee Wallace incarnait une mère devant s'occuper de ses enfants seule, puisque son mari l'a quitté avec son amante. Puis par la suite, il y aura La Guerre des mondes mais on en a assez parlé dans la partie précédente. Cette fois-ci, Spielberg montre plutôt la mère comme démissionnaire. Si Paula Abagnale (Baye) aime son fils, elle va vite l'oublier une fois le divorce prononcé. Tout du moins, c'est ce que dévoile le film. Le père (Walken) apparaît comme très proche de son fils et le bagou exercé par Frank dans ses arnaques semble venir de lui. De la même manière, Abagnale Sr défend son fils face à l'agent Hanratty (Hanks) quand bien même il n'a pas vu son fils depuis un moment ("Si vous aviez des enfants, vous sauriez que je ne donnerai jamais mon fils."). Sa mort est montrée comme une sorte de cataclysme, valant une énième évasion là où il n'aura aucun remord de ne pas être entré dans la nouvelle maison de sa mère et de constater qu'il avait une demi-soeur (Abagnale a en fait trois frères et soeurs).

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Walken trouve probablement le plus beau rôle de sa carrière, à la fois élégant (Walken qui danse c'est toujours un régal) et terriblement touchant en père complice. Quant à Nathalie Baye, elle s'en sort bien même si on la voit bien moins que Walken dans le film (elle a le mauvais rôle en même temps). A nouveau le divorce est au centre d'un film de Spielberg et dans ce film-là, il montre à quel point une séparation peut rendre un enfant malheureux. Plus que les enfants de ET, Frank croit encore que ses parents peuvent se réconcilier, ce qui n'arrivera jamais à son grand malheur. En soi, Spielberg semble avoir trouvé un équivalent dans un de ses personnages, quelqu'un qui lui ressemblait quand le divorce de ses parents est arrivé. Ce qui en fait un film bien plus personnel qu'il n'y paraît. Le film est assez romancé et Abagnale a lui-même considéré son autobiographie comme parfois peu fiable. Un peu comme si l'arnaqueur continuait son activité de faussaire par l'écrit. Toutefois ne boudons pas notre plaisir, puisque Spielberg signe une comédie particulièrement efficace et folle après trois films particulièrement rudes (Il faut sauver le soldat Ryan, AI et Minority Report).

On ne s'ennuie jamais devant Arrête-moi si tu peux, le film étant muni d'un rythme fou entre les arnaques de Frank suffisamment détaillées pour y croire et la traque d'Hanratty qui devient une affaire personnelle. Cela se reflète par le magnifique générique conçu par Kuntzel + Deygas (auquel John Williams apose une musique savoureusement jazzy), montrant Frank changeant de costumes d'un moment à l'autre et Carl essayant de l'attraper sans cesse. Un générique qui n'est pas sans rappeler la réussite de ceux de Saul Bass. Même s'ils se cherchent constamment, les deux hommes semblent avoir une complicité improbable. Si Frank appelle Carl, c'est aussi pour signifier une forme de respect mutuel, qui plus est toujours le même jour (le 25 décembre). Cette complicité a visiblement continué après l'incarcération de Frank et sa contribution au service des fraudes, preuve que ces deux-là étaient faits pour s'entendre malgré la criminalité. Dicaprio et Hanks sont parfaits, le premier par un charisme fou (si la transition de La plage à Gangs of New York fut un peu brutale, ici cela se passe beaucoup mieux), l'autre par une classe indéniable.

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Si Arrête moi si tu peux a eu un beau succès (352 millions de dollars de recettes pour 52 millions de budget), Le Terminal (2004) a un peu plus de mal à trouver son public au moins aux USA (juste 17 millions de plus que son budget, qui est de 60 millions). Le film se base sur l'expérience de Mehran Karimi Nasseri dans nos contrées. Longtemps résident en Belgique en tant que demandeur d'asile, cet iranien se fait expulser d'Angleterre, puis par la Belgique après avoir retourner sa carte de réfugié et finit en France où il est condamné. Il se retrouve à l'aéroport de Roissy en 1985, embarque pour un avion vers l'Angleterre en 1988 avant d'être renvoyé car ses papiers n'étaient pas en règle. Il passe à nouveau par la case prison, puis des avocats cherchent à lui faire obtenir un permis de séjour dès 1992. Malheureusement, la France souhaite qu'il présente sa carte de réfugié obtenue en Belgique, mais le pays frontalier veut qu'il s'y rende en personne alors qu'il ne peut sortir du territoire. Il refuse de signer les papiers en 1999 (il disait ne pas être iranien et voulait être nommé Sir Albert comme il avait tendance à le dire aux gens) et finit par quitter le terminal pour une hospitalisation en 2006. 

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Visiblement, il habite dans un refuge à Paris depuis 2008, vivant des droits de son autobiographie publiée en 2004, ainsi que des droits d'adaptation comme là avec Le Terminal (Dreamworks aurait déboursé 250 000 dollars pour adapter son histoire). Philippe Lioret s'était déjà inspiré du parcours atypique de Nasseri avec Tombé du ciel (1993), où le regretté Jean Rochefort était bloqué à Roissy après s'être fait voler ses papiers. Le scénario de Sacha Gervasi (réalisateur d'Hitchcock), Jeff Nathanson et Andrew Niccol (Gattaca) ne reprend quasiment rien des faits, utilisant un personnage fictif venant d'un pays qui l'est tout autant (Viktor Navorski de Krakozie). Le but était avant tout de proposer une histoire s'inspirant des faits, mais pas une retranscription. C'est la différence avec Arrête-moi si tu peux. Spielberg ne pouvant tourner dans un véritable aéroport, il a dû faire construire le décor dans un hangar désaffecté à Los Angeles avec pour modèle l'aéroport de Düsseldorf (on parle de 18 mètres de haut et d'une surface de 30 480 mètres carrés).

Le Terminal : Photo Barry Shabaka Henley, Tom Hanks

L'aéroport n'est jamais montré de l'extérieur, en dehors peut-être de la piste d'atterrissage (valant une subtile représentation de David contre Goliath) ou de "la porte de sortie" à la fin du film. Tout cela pour cloisonner toujours un peu plus le personnage principal dans un univers restreint (un aéroport). Le principe est évidemment de rendre la vie de Viktor (Tom Hanks) aussi banale que celle d'un passager venant dans un aéroport. Pour cela, il y a une banalisation des marques comme Burger King où va manger Viktor ou Boss où il achète un costume. Au fil du film et donc de son séjour, Viktor a ses rendez-vous fétiches. Voir le directeur des douanes régulièrement (Stanley Tucci), ce dernier faisant tout pour qu'il fasse un faux-pas comme sortir de l'aéroport. Le poker quotidien avec des employés au départ réticents à sa présence et qui deviendront ses amis (Diego Luna, Chi McBride et Kumar Pallana). La venue régulière d'une hôtesse de l'air qu'il trouve ravissante (Catherine Zeta-Jones) et qui vit une relation compliquée avec un homme marié (Michael Nouri). Sa venue chez l'agent des douanes tous les jours (Zoé Saldana qui joue une cosplayeuse de Uhura cinq ans avant de l'incarner sous la direction de JJ Abrams, on ne pouvait pas faire plus cocasse).

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Travailler avec des gars du bâtiment pour se faire de l'argent. Viktor a toujours quelque chose à faire et c'est un moyen de mieux communiquer en anglais au fil du temps. L'unité de temps n'est pas forcément évoquée et l'un des rares renseignements vient de l'hôtesse de l'air qui évoque que Viktor est là depuis environ neuf mois. Le Terminal est un film sympathique, plus que ce que votre interlocuteur pensait autrefois (autrement dit un mauvais film). Il s'en dégage une certaine humanité bien caractéristique de Spielby, d'autres diront une certaine mièvrerie. Le Terminal a toutefois quelques défauts à l'image d'une longueur particulièrement forte au vue d'un sujet qui n'en mérite peut-être pas tant (2h01). Il y a également l'accent à coucher dehors au moins en VF pour le personnage de Tom Hanks (un peu plus discret en VO), puis la romance en trop entre Viktor et l'hôtesse qui ne fait que rajouter des longueurs de plus. On préféra quand Spielby s'intéresse un peu plus aux personnages notamment ceux liés à l'immigration, que ce soit Viktor (la crise diplomatique qui le cloue à l'aéroport pourrait survenir de n'importe où, l'Europe de l'Est n'est qu'un exemple) ou le balayeur indien (un homme qui a quitté son pays suite à l'agression d'un policier ripoux). 

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Si le réalisateur signe un film encore plus léger qu'Arrête-moi si tu peux, il n'en reste pas moins toujours humain. Il ne manquerait plus que la chanson de John Denver, Leaving on a jet plane (qui ironiquement était présente dans la bande-annonce via la reprise de Chantal Kreviazuk), pour enfoncer le clou. A la suite de La Guerre des mondes, Spielberg continue dans la noirceur en s'attaquant à Munich, un film revenant sur la vendetta des agents du Mossad suite à l'attentat commis par Septembre noir aux Jeux Olympiques de Munich en 1972. Le film fait polémique dès son entrée en production. Spielby se retrouve avec un grand nombre de menaces de morts, ce qui ne lui était jamais arrivé. Son équipe et lui ont dû opté pour des gardes du corps et Munich de se tourner dans le plus grand secret dans divers pays. Le film se base sur le livre Vengeance (George Jonas, 1984) revenant sur des événements vécus par l'agent Juval Aviv renommé Avner (le personnage d'Eric Bana dans le film). Le manque d'informations fiables sur cette opération considérée encore comme secrète est à l'origine des polémiques. 

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Une fois montré, il a entraîné des réactions négatives venant de hauts responsables israéliens évoquant que le film met sur un pied d'égalité les agents du Mossad et les terroristes de Septembre Noir, ce qui leur paraît honteux. Le scénariste Tony Kushner (Angels in America) a déclaré avoir volontairement écrit une fiction historique, ce qui nécessite un travail d'adaptation et / ou de romancer les faits connus ou pas. Sur ce principe, l'affaire Lillehammer n'est pas évoquée dans le film (un serveur avait été tué par des agents israëliens alors même qu'il n'avait rien à voir avec des terroristes). Ce qui semble avoir gêné certaines associations ou personnalités est bien évidemment une question de traitement et notamment la vision des actions du Mossad. Spielberg confronte ainsi deux visions : celles des terroristes palestiniens qui se sentent oppressés par Israël qui ne veut pas leur donner de territoires (ce qui passe par le meurtre) et celles des agents israéliens qui répondent à leurs attaques. Durant tout le film, les actions du Mossad n'ont rien de très reluisantes.

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Avner a beau dire qu'il est fier de ses actions au nom des morts tombés de son côté, la mort progressive de ses partenaires et l'éternel souvenir de l'attentat (notamment lors d'une scène de sexe qui tourne à l'exutoire de rage) ne lui feront pas oublier ses actes tout aussi affreux. Soit des explosions, des fusillades et des morts saignantes. La pire du lot étant ce commanditaire finissant hâché menu suite à une explosion particulièrement puissante. De la même manière, le personnage deviendra parano, ayant peur d'être attaqué même aux Etats-Unis où il est réfugié (le passage de la traque d'un possible micro dans sa chambre est savoureuse). Avec Munich, Spielby signe un film particulièrement noir et violent où chaque camp s'enfonce toujours plus loin dans la violence. Septembre Noir attaque, le Mossad répond, les terroristes attaquent à nouveau, le Mossad suit etc. Il n'y a aucun vainqueur à la fin de Munich, seulement des morts de chaque côté et l'impression que rien n'a été réglé. La haine engendre la haine et certainement pas la paix dans ce cas précis (les choses n'ont pas tellement changé depuis). 

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Au point de se demander s'il n'y a pas plus d'espoir dans La liste de Schindler. On note au passage un casting plutôt hétéroclite, avec quand même trois acteurs liés à la franchise James Bond (1962-) : Daniel Craig futur James Bond, Matthieu Amalric son futur "adversaire" (les guillemets sont totalement volontaires) dans Quantum of solace (Marc Forster, 2008), dont le père dans Munich est joué par Michael Lonsdale, qui est lui-même le méchant de Moonraker (Lewis Gilbert, 1979). Cocasse quand on sait que Spielby a toujours voulu tourner un James Bond. Quant à Eric Bana, il trouve peut-être sa meilleure prestation avec un personnage tiraillé entre la raison et ses croyances. Le fait que le film se termine sur une vue de New York avec au loin le World Trade Center n'est pas anodin. Une parfaite conclusion pour une décennie de réalisations très concernées par l'après 11 septembre.


Article initialement publié le 12 novembre 2012.

Sources:

  • Mad Movies Hors Série numéro 18 (décembre 2011)
  • Steven Spielberg: une rétrospective (Richard Schickel, 2012).
  • http://www.allocine.fr/article/fichearticle_gen_carticle=18629842.html