assaut

genre: action (interdit aux - 16 ans)
année: 1976
durée: 1h30

l'histoire: Dans un commissariat en voie d'être désaffecté, deux policiers et une femme doivent défendre le poste contre les assauts de truands.

la critique d'Alice In Oliver:

Assaut, réalisé par John Carpenter en 1976, est le deuxième film du cinéaste. Après l'échec de Dark Star dans les salles obscures, les studios continuent de miser sur ce réalisateur qui possède un véritable talent.
Malheureusement, Assaut ne rencontrera pas non plus une grande exploitation au cinéma. Toutefois, le film trouvera son public en Europe et fera l'objet, bien des années plus tard, d'un remake, Assaut sur le Central 13.

Assaut : photo John Carpenter

Pour Assaut, John Carpenter dispose d'un bugdet de 150 000 dollars et d'acteurs inconnus du grand public mais expérimentés.
Véritable fan d'Howard Hawks, et plus particulièrement de Rio Bravo, John Carpenter décide de réaliser une transposition plus moderne.
Le cinéaste reconnaît également avoir été influencé par La Nuit des Morts Vivants de George Romero. Dans Assaut, les gangsters ont une aura mystérieuse, presque maléfique.

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D'ailleurs, les voyous ne sont exploités dans aucune scène de dialogue et agissent uniquement pour commettre des meurtres.
Assaut connaîtra également des problèmes avec la censure. L'air de rien, ce film d'action est particulièrement violent.
Par exemple, les gangsters n'hésitent pas à tuer une fillette sous les yeux impuissants de son père.

C'est une scène choc et Assaut sera interdit aux moins de 16 ans lors de sa sortie. Ce qui limitera également son succès auprès du public.
Pourtant, au même titre que certaines oeuvres de John Carpenter (The Thing, Les Aventures de Jack Burton dans les griffes du Mandarin), Assaut sera reconnu à sa juste valeur avec les années.
Mieux encore, Assaut peut se targuer d'appartenir aux meilleurs films du cinéaste. En tout cas, il se situe probablement dans le top 5 de John Carpenter.

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Déjà, dès son deuxième film, John Carpenter montre ses principales influences et inspirations, à savoir le western urbain et violent.
Porté par des personnages hauts en couleurs, le film reste avant tout un huis clos angoissant et oppressant.
Ce dernier point reste également la marque de fabrique d'un cinéaste de talent, capable de signer de grands films avec un budget dérisoire.

Assaut : photo John Carpenter

Pas étonnant que cette petite production ait influencé tout un tas d'ersatz et/ou de copies souvent sans intérêt.
J'ai cité le remake mais d'autres films lui rendront hommage. C'est par exemple le cas de Nid de Guêpes, réalisé par François Emilio Siri.
Assaut est tout simplement une référence et le meilleur film dans son genre. Bref, à voir absolument et encore (hélas) un cru trop méconnu de John Carpenter.

La critique de Borat

Après un Dark Star comme film d'étude remarqué, John Carpenter se lance dans un vrai film de cinéma selon son propre aveu. Il veut faire sa version de Rio Bravo, ce western mythique où John Wayne se retrouve cerné dans un saloon par des bandits. Celui que l'on surnommera Big John modernise l'intrigue et la place dans un commisariat. Même si Assaut date de 1976, il n'est pas ancré dans l'époque et s'avère universel. Si bien que Jean-François Richet (avant de délivrer le brillant Mesrine) signait un remake en 2004 et plus avant, Florent Emilio Siri signait Nid de guêpe où truands, vigiles et flics devaient se protéger de criminels voulant récupérer un parrain du crime. Preuve que le film de Carpenter et donc celui de Hawks ont encore une influence considérable sur le cinéma actuel. Par ailleurs, il semblerait que le film ait mieux marché en Europe qu'aux States que ce soit vis à vis de la critique et du public. De plus, à cause d'une scène en particulier (on y reviendra), le film a attiré les foudres de la mythique MPAA menaçant de le sortir X. Ironiquement, la scène supprimée sur le montage MPAA sera diffusée intégralement dans le monde et même aux States! Cette scène c'est bien évidemment celle de la petite fille. Pour cela, rappelons un peu le contexte.

Un gang fait rage et lors d'une attaque, des membres se font tuer. Vengeance oblige, ils se mettent à tirer sur tout ce qui bouge, y compris une petite fille qui venait juste prendre une glace. Une séquence forcément polémique compte tenu de la gratuité de l'acte. En effet, la petite n'avait rien fait, elle était juste là au mauvais moment. Le père décide alors de se venger en tuant un des bonhommes avant d'aller se planquer dans le commisariat. Manque de bol, ce n'est pas trop le moment. Le commisariat va déménager, les armes sont au strict minimum et l'électricité va être coupée. Il n'y avait vraiment pas besoin d'une bande de fachos surarmés! A partir de ce moment, le rythme s'accèlère après une première partie contemplative, avec son ambiance western: l'ennemi approche, l'autorité se prépare, un fil déclancheur et paf! Dès lors, le film prend définitivement le point de vue des policiers et uniquement d'eux. Histoire de renforcer le côté claustrophobe de l'entreprise. On sent une opression de tout les instants avec des flics complètement dépassés par une menace qu'ils n'ont pas vu venir. Le sang gicle, les morts pleuvent et les fenêtres quand ce ne sont pas les portes qui éclatent face à un envahisseur trop nombreux.

Au niveau de l'action, Big John s'en donne à coeur joie et on se prend d'affection pour les pauvres policiers. Mieux, les prisonniers, conscients pour leur peau, s'associe avec les policiers. Un duel avec des criminels chargés et des policiers dépassés et en nombre moindre au fur et à mesure face à des tarés psychopathes, voilà l'idée toute simple d'Assaut mais terriblement efficace. Preuve qu'on peut avoir un petit script mais que bien fait et de manière efficace, il peut être admirablement transcender. De plus, une fois à l'extérieur, les méchants apparaissent comme des sortes de fantômes ambulants. On ne voit pas leurs visages, ils sont donc pour le moins quelconques et finalement plus menaçants compte tenu de la menace aveugle qu'ils composent. Même dans le final, on ne voit rien d'eux et apparaissent limite comme des zombies. Fantômes, zombies, morts quoi. De plus, Big John peut compter sur le charisme de ses deux acteurs principaux. Austin Stoker (un des protagonistes clés de La conquête et La bataille de la Planète des singes) campe très bien le flic en chef qui plus est afro-américain. Et disons qu'à l'époque un héros noir c'est pas encore ça, à l'image de La nuit des morts vivants pourtant plus âgé. Pour Darwin Joston, c'est l'occasion d'incarner un taulard charismatique et plus héroïque qu'on ne le pense. En sachant que le film est depuis février dernier disponible facilement que ce soit en BR ou en DVD.

Un huis clos fascinant et où l'ennemi quasi-invisible laisse une marque particulière.