Années 50. Un robot de plusieurs mètres s'écrase dans un coin paumé des Etats-Unis. Un petit garçon va se lier d'amitié avec ce "géant de fer"...

Le géant de fer (2)

Quand Brad Bird se lance dans son premier film, il a déjà une longue expérience . Protégé de Milt Kahl (un des neuf sages de la maison Disney), animateur chez Disney durant les 80's après son diplôme de la CalArts (école d'animation crée par Walt Disney en 1961), il effectue un de ses premiers gros travaux en signant le seul épisode animé de l'anthologie Histoires fantastiques (1985-87) Le chien de l'épisode aura droit à une saison de 10 épisodes sous le nom de Family Dog (1993) toujours sous l'oeil de Steven Spielberg et l'ajout de Tim Burton, camarade de Bird durant ses jeunes années. Il scénarise aussi le sympathique Batteries not included (Matthew Robbins, 1987) pour le compte d'Amblin encore une fois. Son plus gros travail restera son statut de consultant et réalisateur pour la série Les Simpson entre 1990 et 1998, notamment sur deux épisodes mettant en scène Krusty le clown (le premier étant le braquage commis par Tahiti Bob, l'autre ses retrouvailles avec son père). Il fut également consultant et animateur sur Les Razmoket (1991-2004), The critic (certains se souviennent de cette série en partie à cause de l'épisode des Simpson avec les courts-métrages) ou King of the hill (1997-2010). Une expérience dans un grand studio, des relations fortes entre le cinéma et la télévision, Brad Bird ne pouvait finir que par tutoyer la réalisation d'un long-métrage au bout d'un moment. Son coéquipier Mike Judge l'a fait avec le cinéma live action (Office Space, 1999) et son camarade Burton encore avant, Bird le fera par l'animation.

THE IRON GIANT

Le réalisateur lance la production du Géant de fer (1999) alors que la partie animation de Warner Bros commence à sentir le roucis. N'ayant jamais réussi à s'imposer, se contentant de la télévision comme principal support de création (notamment Les animaniacs), Warner Bros Animation ne sait pas comment évoluer au cinéma. Space jam (Joe Pytka, 1996) est le seul qui a réussi à fonctionner au box-office, fort d'un mélange entre live-action et animation et d'un pitch aussi délirant qu'improbable (une star du basket ball face à une icône de l'animation). Excalibur l'épée magique (Frederik Du Chau, 1998) est sorti dans un quasi-anonymat avec des dépassements de budget, des années de gestation chaotiques et un réalisateur parti en cours de route. Ses dépassements ont entraîné bien des galères à Bird, puisqu'à ce stade Warner ne voulait plus donné autant d'argent, entraînant des coupes subventionelles. A cela se rajoute aussi la débâcle du Roi et moi (Richard Rich, 1999), autre remake du film avec Yul Brunner entrant en concurrence avec le film live d'Andy Tennant. Le premier sorti n'a pas été le premier servi. Budgeté à 70 millions de dollars, Le géant de fer se plantera à l'été 1999, ne parvenant jamais à atteindre ne serait-ce que son budget. Toutefois, le film réussit à se faire très rapidement une aura critique, d'autant que Brad Bird est aujourd'hui un réalisateur accompli aussi bien dans l'animation que dans le live-action

WAR GIANT

Edité sans aucun effort par la Warner dans nos contrées, le film bénéficiera en février prochain d'une édition BR digne de ce nom, après une ressortie pour le moins douteuse en décembre. Pour cause, la version signature contenant au moins deux séquences supplémentaires n'a jamais été diffusé en France et ce malgré les affiches publiées. Depuis le 4 décembre, Le géant de fer est donc diffusé dans les salles françaises dans sa version de 1999 sous l'ordre du studio. Une belle supercherie qui n'a pas empêché votre cher Borat de le voir enfin dans des conditions dignes de ce nom et de voir à quel point, ce Géant de fer est un des plus beaux bijoux animés des 90's. Si le film a parfois un peu perdu dans l'expressivité de certains personnages, le film n'a finalement que très peu vieilli et on reconnaît tout de suite le style cartoonesque de Bird. Voir The Iron Giant après ses films suivants, c'est aussi remarquer des personnages aux figures récurrentes: l'agent Kent Mansley est quasiment une caricature de Brad Bird à l'image de Syndrome dans Les Indestructibles (2004) et le marin ressemble à Skinner le chef de Ratatouille (2007). On retrouve aussi la mère protectrice à l'image d'Helen Parr dans le film de super-héros et le fils un brin casse-cou. On peut aussi trouver un goût pour la robotique que le réalisateur continuera à exploiter par deux fois. 

the iron giant gif

L'intelligence artificielle est encore plus poussée à travers Athena dans Tomorrowland (2015) et faire d'un robot une arme destructrice en cas de légitime défense a été abordé aussi dans Les Indestructibles. Mais là où Le géant de fer marque définitivement la filmographie de Bird dès son premier film c'est son sens du retro, s'inspirer du cinéma d'autrefois pour faire des films profondément inventifs dans leur mise en scène. Pimenter le film de super-héros en revenant à James Bond; donner un air carte postale à Paris; ou encore faire du retro-futurisme: tout le style bati par Bird commence avec ce film. Joe Dante et Brad Bird ne sont pas de la même génération et pourtant Le géant de fer et Matinee (1993) se répondent. Les deux films naviguent dans un contexte sous haute tension, où la moindre étincelle peut provoquer une Troisième Guerre Mondiale. La Guerre Froide est montrée dans les deux films à travers les yeux des citoyens, mais aussi en exposant l'armée. Ce qui peut donner des moments de panique où l'imbécilité de l'Homme en vient à provoquer des catastrophes humanitaires (l'Homme est un loup pour l'Homme). Le cas du Géant de fer est peut être plus particulier, puisque la traque du robot par Mansley finit par le rendre dingue, l'agent n'hésitant pas à menacer et à séquestrer l'enfant pour avoir des informations ou à mettre sa vie en péril pour exterminer l'objet qu'il traque.

Un personnage de raclure jusqu'au boutiste, montrant que le film ne s'adressait peut être pas au jeune public, mais plus vers un public adolescent ou adulte. La peur de la bombe nucléaire se fait ressentir jusque dans les dernières minutes, profondément émouvantes où l'on en vient à avoir des sentiments pour un robot. Le robot est finalement l'être le plus sensible du film, personnage mécanique se découvrant une âme à mesure qu'il entre en contact avec des humains. Bird s'empare de l'héritage d'ET (Spielberg, 1982) pour montrer cette humanisation instauré à travers un enfant en quête d'ami. Tout comme Elliot en son temps, Hoghart le trouvera à travers ce robot qui ne demande que de la féraille. Leur communication se fera à travers des expressions, des réactions ou même la pop culture (il n'est pas étonnant qu'Hoghart fasse du robot un équivalent de Superman). Il symbolise également à lui seul la peur de l'étranger, qui se dit également alien. Le fait que le géant de fer vient de l'Espace n'est finalement pas anodin. Comme Dante, Bird amène aussi le cinéma d'exploitation comme passion de son jeune personnage, seul refuge pour éviter un quotidien morne et rempli d'adultes paniqués par Spoutnik. D'ailleurs, dans les deux cas les films sont plutôt amusants, reprenant bien la manière de montrer la violence et le côté cocasse de ces films (on pense beaucoup à Roger Corman).

Un sublime coup d'essai pour Brad Bird, merveilleusement rétro et retranscrivant une époque cauchemardesque avec justesse.


Article initialement publié le 3 mai 2013.