Suite à un braquage, le tueur à gages Cogan est envoyé par la mafia...

Cogan : Killing Them Softly : affiche

On le dit souvent ces dernières années: les vaincus cannois sont souvent meilleurs que les palmés. C'est le cas de Killing Them Softly d'Andrew Dominik reparti bredouille l'an dernier de la Croisette. Pour ceux qui se souviennent, lors du photocall, l'équipe du Grand soir de Gustave Kervern et Benoit Delepine était là aussi et Kervern avait fini par faire un fuck à Brad Pitt, puisque l'acteur n'avait pas voulu lui serrer la main. Au moins, on s'en est souvenu pour cela! Le film a divisé beaucoup de monde et ne marcha pas des masses, surtout après le flop malheureux de L'assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford (probablement le meilleur western des années 2000).  Le film se voit comblé d'un superbe casting: en plus du compagnon d'Angelina, on trouve Richard Jenkins, James Gandolfini, Scoot McNairy, Ben Mendelsohn et Ray Liotta. Curieusement, le western de Dominik et son polar n'ont pas grand chose en commun et pourtant leurs discours politiques sont assez similaires. Dans un premier temps, là où L'assassinat... était très long (presque 3h), Killing Them Softly se révèle très court (1h34 pas plus).

Cogan : Killing Them Softly : photo Scoot McNairy

Ensuite, là où Dominik prenait des élans malikien dans sa mise en scène, ici rien de tout cela et le film a un certain dynamisme (d'où sa durée peut être) qui transgresse cela. Dans un sens, cela permet au réalisateur de trancher totalement avec ses précédents travaux. Néanmoins, Dominik dézingue un nouveau mythe (après le serial-killer avec Chopper et l'icone de l'ouest avec Jesse James). Il s'agit ni plus, ni moins que du mythe du gangster qui en prend un bon coup dans l'aile. Il n'y a qu'à voir le personnage de Cogan. C'est un tueur imprévisible (voir le sort qu'il réserve à l'un des braqueurs ou à un de ses associés) et qui revendique le fait que l'Amérique est tombé bien bas. L'intrigue se situe volontairement pendant les présidentielles de 2008. Le personnage de Cogan se veut nostalgique à la fois de son pays, mais aussi de sa profession. Pour son pays, il trouve que l'Amérique est tombée bien bas et qu'elle n'arrivera probablement pas à se relever. Pour son métier, il avoue que le métier de tueur à gage a bien changé et que désormais tout le monde veut tuer au corps à corps. Chose qui se caractérise avec le passage à tabac complet de Ray Liotta (encore un mythe de briser, celui d'un Affranchi!). 

Cogan : Killing Them Softly : photo Brad Pitt, James Gandolfini

Le milieu des gangsters s'avère également assez savoureux: Jenkins est un vulgaire avocat s'occupant d'opérations auxquelles il ne participera jamais; Gandolfini est un tueur vieillissant qui s'est perdu dans l'alcool et le sexe facile (il ne parle que de ça!) et Liotta est une petite frappe ayant volé sa propre boutique! Elle est belle l'image du gangster! Les braqueurs ne sont pas mieux, ridicules jusque dans leur préparation: des sortes de bas comme masque et des gants pour faire la vaiselle! Qui plus est l'un est un mec sans le sou et pas très fut, fut et l'autre un pur puant associal qui kidnappe des chiens, en vue de toucher une banale rançon! Mais ces tocards sont peut être les personnages les plus sympathiques du film, les gangsters étant principalement des bonhommes ne pensant qu'à eux ou alors s'avère impartiaux. Pour ce qui est de la réalisation, Dominik use pour ses meurtres de séquences souvent spectaculaires voire sensationelles. La séquence de la voiture est un superbe ralenti, mais on peut aussi citer le braquage magnifique de suspense (Mendelsohn manquant de se faire avoir par Liotta) ou encore la séquence pour le moins violente de l'assassinat du commanditaire. Pour ce qui est du casting, il s'avère irréprochable et notamment l'ami Brad Pitt, parfait en contre-emploi à la fois sympathique et terriblement froid.

Cogan : Killing Them Softly : photo Brad Pitt

Un polar où les codes explosent et où Dominik se fait plaisir dans sa mise en scène.