Les pressions sont de plus en plus intenses dans le Transperceneige, au point que la population des wagons inférieurs comptent bien se révolter...

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Le projet d'adapter Le transperceneige ne date pas d'hier, puisque dès sa publication Robert Hossein avait rencontré Jacques Lob et Jean-Marc Rochette. Mais Lob ne considéraitt pas Hossein comme "le réalisateur idéal" et "n'avait ni les fonds ni la techniques" *. Quelques années plus tard, Lob rencontre Benjamin Legrand (ironiquement le futur auteur des deux tomes suivants!) pour qu'il s'occupe du scénario d'une possible adaptation en préparation. L'auteur en parlait encore dans le Mad Movies du mois dernier: "J'accepte, j'appelle un ami musicien qui était aussi scénariste, on contacte le producteur qui nous fait des contrats en bonne et due forme, ils prennent une option sur les droits chez Casterman (...), on se met à bosser pendant des semaines et des semaines en compagnie du réalisateur... Et voilà que ce dernier se fâche avec le producteur pour des raisons bassement matérielle. Et le producteur dit au réalisateur 'puisque c'est comme ça, je ne produis plus Le transperceneige.'" Lors de la publication du tome 2 en 1999, l'auteur entrera en relation avec un réalisateur voulant faire de la BD un film en stop-motion, mais cela ne se fera pas faute de droits. C'est en 2005 que cela change quand Bong Joon Ho, alors auréollé par le succès de Memories of murder, tombe sur une version coréenne pirate de la BD (la BD vient seulement de sortir là-bas à point nommé pour la sortie du film). 

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Il se met alors en tête de l'adapter, mais il faut beaucoup de financements. Entre-temps, le réalisateur enchaîne The Host (il ne sera d'ailleurs pas de la suite qui devrait sortir l'année prochaine en Corée du Sud) et Mother lui permettant d'acquérir une réputation qui dépasse le simple thriller culte. Surtout que le réalisateur veut un casting international mais financé dans ses contrées et non par Hollywood. 40 millions de $ plus tard (soit le plus gros budget pour un film sud-coréen), produit par un des meilleurs réalisateurs de Corée du Sud (en l'occurence, Park Chan Wook à qui l'on doit ni plus ni moins que Old Boy pour ceux qui ne le saurait toujours) tourné à Prague, carton au box-office coréen, charcuté par Harvey "le profiteur au cigare" Weinstein (vraisemblablement ce film de 2h n'est pas assez rythmé pour lui et certaines populations ricaines...)... voilà enfin cette adaptation du Transperceneige. Autant dire que le film de Joon-ho n'est pas vraiment une adaptation (de toutes manières adapter deux histoires était tout simplement impossible), mais plutôt une autre histoire en rapport avec le Transperceneige, où certaines choses sont gardés (on pense à certains lieux comme le salon des végétaux ou le tiroir pour les prisonniers) et où le point de départ ressemble étrangement à la première version du tome 1 (voir la critique de la BD). 

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On peut donc voir cette adaptation comme une sorte de tome 4 ou tout du moins un condensé des idées de Lob et Legrand à la sauce Bong Joon Ho. Reste que le film reste dans la continuité contestataire des différents tomes, même s'il s'éloigne particulièrement du contexte politique (particulièrement présent dans les tomes 2 et 3). Même si on suit le point de vue des contestataires (donc les pauvres), une grande partie des horreurs ne sont qu'évoquées à l'image des propos de Proloff et Puig Vallès dans la BD. Ce qui renforce l'horreur de la situation et la profonde tristesse des propos. En quelques lignes, on nous présente l'Homme comme une cruauté à part entière, incapable de s'entraider et prête à tout pour survivre quitte à s'entretuer. Néanmoins, la violence frontale est bel et bien montrées et le réalisateur ne s'en prive pas. La séquence d'affrontements entre les insurgés et les unités spéciales est sacrément percutante que ce soit de jour comme dans le noir. Les passages dans le noir donnent d'ailleurs lieu à de beaux moments de found footage puisque pour plusieurs plans, on prend le point de vue de ces forces spéciales. Et pour le coup, preuve en est que le found footage fonctionne à merveille et je ne comprends pas comment on peut atteindre un tel niveau de nullité dans ce format.

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Preuve en est, Le transperceneige est le troisième film du mois d'octobre (avec Neuf mois ferme de Dupontel et Gravity de Cuaron) à filmer des plans à la found footage alors que ce n'est pas leur genre. Un comble! On remarquera également que le réalisateur a un superbe casting, il n'hésite pas à le liquider au fur et à mesure et ce malgré leur importance ou non. Chris Evans s'en sort une nouvelle fois très bien, preuve du virage complet qu'il a commencé à réaliser avec Scott Pilgrim. Il se révèle charismatique en meneur et s'impose comme le digne héritier de Proloff, le héros du premier tome, plus que de Puig Vallès (notamment d'un point de vue politique, où Vallès prenait beaucoup de place). Mais l'acteur ou plutôt l'actrice qui prend tout sur son passage c'est bel et bien Tilda Swinton. Elle est parfaite en intendante cynique et croyant avoir la supériorité même assaillie. Le type de grande gueule que l'on adore détester. D'autant qu'elle a un maquillage parfait.  Pas besoin néanmoins d'en faire des tonnes comme dans Hunger Games en mettant des habits ridicules et maquillages improbables aux riches. Il n'y en a pas besoin, même si on voit qu'ils sont très bien habillés. La trouvaille du traducteur pour Song Kang Ho est une franche idée, même si pour accentuer le montage, le cinéaste finit par laisser les sous-titres comme pour un effet de boomerang et histoire de ne pas faire répéter deux fois la même chose.

Une adaptation qui reprend des idées et garde le ton révoltant de la BD, tout en prenant sa propre voie. 

* Propos de Jean-Marc Rochette recueillis dans Première n° 440.