Un avocat impliqué dans du trafic de drogue va vite comprendre qu'il s'est fourré dans un engrenage mortel...

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Avec Ridley Scott, on ne sait jamais où il va se fourrer. Après le ratage plus ou moins évident que fut la soi-disante prequelle d'Alien, le voici en train de collaborer avec l'auteur de No country for old men et La route, Cormac McCarthy. Rajoutez à cela un casting alignant Michael Fassbender, Javier Bardem, Cameron Diaz, Brad Pitt, Penelope Cruz, Natalie Dormer, Rosie Perez, John Leguizamo, Edgar Ramirez, Bruno Ganz, Goran Visnjic et Toby Kebbell. Le tournage fut d'ailleurs interrompu en raison de la mort de Tony Scott, ce qui s'avère tout ce qu'il y a de plus légitime, avant de reprendre normalement. Depuis sa sortie, The counselor (nommé bêtement Cartel en France, rendant alors banal un titre original pourtant édifiant) suscite la polémique, les critiques se voulant assez assassines dans l'ensemble ou plus modérement mitigées et il n'est pas aidé non plus par un échec cuisant au box-office et ce malgré ses 25 millions de $ de budget tout mouillé (ce qui s'avère franchement modeste même pour un film de Ridley Scott). Peut être que le Restricted est la cause de ce désistement ou le sujet trop adulte par rapport aux précédents films de Scott. Reste que cela fait au moins quatre échecs au box-office de suite pour l'ami Ridley (Prometheus n'a pas aussi bien marché que prévu, Robin Hood encore moins, Mensonges d'Etat est oublié à juste raison).

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The counsulor commence de manière inattendu, sous la couette et de manière très cochonne. Ce qui ne correspond pas du tout avec le titre français, vu que le fameux counsulor est tout simplement le rôle de Fassbender, le conseiller en l'occurence l'avocat. Mais là n'est pas la faute de l'ami Scott mais des traducteurs français franchement à côté de la plaque. Commencer par montrer l'Avocat pour ensuite mettre le titre paraissait donc logique. Puis dans la suite de cette première heure très souvent confuse, on suit Fassbender en avocat peu scrupuleux et croyant être propre sur lui. Il navigue pourtant de magouille en magouille, traficotant avec un trafiquant de drogue afin de mener la grande vie. Certes ces séquences permettent d'en apprendre un peu plus sur le point de vue du personnage et ce qui amènera progressivement sa chute vertigineuse; mais rien n'avance, certaines séquences sont très longues (je pense à celle chez le bijoutier qui est tellement lente qu'elle casse complètement le rythme du film et pourtant on est au début!) et on ne sait pas vraiment où veut en venir l'ami Ridley. La première partie réside donc quasiment que sur du bavardage pas toujours très subtil mais souvent jubilatoire.

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On pense bien évidemment au passage de la voiture avec Cameron Diaz aussi inattendu que délirant! Le genre de séquence débridée dont on ne s'attendait pas vraiment de la part de Scott, d'autant que la sexualité est rarement un thème qui fascine son cinéma (on retiendra la scène d'amour de Thelma et Louise ou la relation entre Harrison Ford et Sean Young dans Blade Runner). Rien qu'avec cette séquence, il réussi à donner un mélange de stupéfaction et de jouissivité improbable qui se reflète sur la tronche d'un Javier Bardem qui se demande ce qui lui arrive! Mais une fois les cartes dévoilées et l'élément déclencheur en action, le film gagne d'intérêt et se déroule sans accroc. Cette seconde partie est donc bien meilleure que la première et permet de relever le niveau de cette production. Si jusqu'à maintenant la sexualité avait une grande place, à partir de maintenant il s'agit de la violence gore. Décapitations, tueries, cadavres, fusillades seront ainsi au rendez-vous avec une violence graphique qui n'avait pas été aussi virulente chez Scott depuis la barbare Chute du faucon noir.

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L'avocat et ses associés (joués par Bardem et Pitt) croyaient en une affaire foireuse mais ils vont être pris à leur propre jeu dans un engrenage vicieux, où l'on retrouve à la fois des fossoyeurs et des membres du cartel pour le moins revenchard. Scott livre donc une parfaite descente aux enfers, où les personnages vont se brûler à cause du profit. Fassbender veut devenir ce qu'il n'est pas (un riche en l'occurence), Bardem compte ouvrir un club avec l'argent de la drogue et Pitt compte bien s'enrichir tout court. Chacun y perdra avec plus ou moins de brutalité. La chute du plus capitaliste est par ailleurs une des scènes les plus frappantes du film, totalement gore et qui ne laissera aucune échappatoire au coco en question. Fassbender, Bardem et Pitt sont brillants comme souvent et surtout le troisième confirmant qu'il est souvent meilleur quand il incarne une raclure (ce qui s'est déjà prouvé avec Kalifornia et Fight Club). Cruz fait le job mais comme toujours à Hollywood, elle est très sous-employée. Clairement, ses rôles à Hollywood n'auront jamais la saveur de ses productions espagnoles et c'est bien dommage. Mais la surprise vient surtout de Cameron Diaz, parfaite en manipulatrice vicieuse et sans scrupule prête à tout pour s'asseoir sur le billet vert. Autant dire que cela fait depuis le Scorsese qu'on ne l'avait pas vu aussi brillante.

Un cru de Ridley Scott qui peinait à démarer mais se rattrape largement sur la longueur. Un bon polar avec descente aux enfers mémorable.