Le cinéma populaire français est souvent décrié par la presse au détriment du public, même si depuis quelques années, ce dernier commence sérieusement à en avoir marre de voir un cinéma populaire de plus en plus dégradé par nos belles chaînes de télévision. La mort de Georges Lautner ne fait que de le confirmer, tournant une page d'un cinéma populaire et jamais vulgaire qui plaît encore et a toujours plus. L'occasion est dorénavant de lui rendre hommage en voyant sa filmographie de loin et parfois même de trop près. Le cinéma lui viendra de sa mère actrice avec qui il s'embarque à Paris à sept ans. Il commence réellement dans le cinéma une fois le BAC en poche et commence notamment en décorateur sur La route du bagne, mais son expérience est arrêté par le service militaire où il participe néanmoins à des stages de projectioniste et le service cinématographique de l'armée. Une fois revenu de l'armée, il décroche un poste d'assistant-réalisateur sur Le trésor de Cantenac de Sacha Guitry et sur d'autres films comme Les chiffoniers d'Emmaüs où il rencontre le cascadeur Henri Cogan. Voyant qu'en tant qu'acteur il est trop timide, il décide d'aller vers la réalisation. Il tourne ainsi en un mois La môme aux boutons qui se solde par un échec commercial. Pas grave, il continue avec Marche ou crève un film d'espionnage où l'on retrouve Bertrand Blier.

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Lautner le juge comme son premier film légitime et enchaîne avec Arrêter les tambours en 1961. Son premier gros succès sera Le monocle noir à qui il donnera deux suites. Le réalisateur n'était pas fan du roman auquel il semble avoir rajouter plus de comédie. Le septième juré permet à Lautner de continuer dans un sujet assez grave avec un Bertrand Blier étranglant une femme, faisant ainsi prisonnier l'amant et se retrouvant en juré lors du procès! Mais c'est surtout Les tontons flingueurs qui lanceront sa carrière définitivement. Pourtant sollicité par Bertrand Blier, Gaumont hésite et finit par s'associer à des partenaires européens pour produire le film et Jean Gabin devait incarner le rôle principal mais voulait avoir son équipe technique habituel, ce qui n'a pas été accepté. Lino Ventura le remplacera, accompagné par Bertrand Blier, Francis Blanche, Claude Rich ou encore Jean Lefebvre. Succès commercial (plus de 3 millions de spectateurs), multi-rediffusée en prime-time (ce qui est tout de même rare pour un film en dessous des années 80), mais dézingué par la critique, ce qui prouve une nouvelle fois le fossé immense entre les goûts de la critique et du public (on l'a vu encore récemment avec La vie d'Adèle).

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Les tontons flingueurs est devenu culte à plus d'un titre, animé par les dialogues de Michel Audiard, la bonhomie du casting, les scènes cultes (on parle toujours de la scène de l'alcool tournée tout comme mais n'oublions pas les running-gags avec Blier se prenant les poings de Ventura). S'il y a bien un film qui réussi à imposer Lautner comme un grand, c'est bien ce film mélangeant habilement humour et film de gangsters, où Ventura doit s'occuper de la fille d'un de ses amis et même jusqu'au mariage, entrecoupé d'un réglement de compte dans une maison abandonnée! Il tourne ensuite le discret Des pissenlis par la racine, les fameuses Barbouzes, le film à sketchs Les bons vivants, un grand nombre de films avec Mireille Darc (dont Les seins de glace dont je avais déjà malheureusement parlé lors de la nécrologie de Richard Matheson), Ne nous fachons pas toujours avec Ventura et il y a l'expérience du Pacha. Ce dernier lui permet enfin de diriger Jean Gabin qui lui avait fait faux bond sur Les tontons... Si dans un premier temps, l'acteur n'est pas tout à fait convaincu du talent du réalisateur, il ne sera pas du même avis en voyant les premiers rushs. 

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L'ambiance sera donc bien meilleure durant le reste du tournage, Lautner étant par ailleurs timide et très impressionné par la Bête humaine. D'autant que l'acteur s'est par la même occasion réconcilier avec Michel Audiard avec qui il était en brouille déjà à l'époque des Tontons. Le pacha fait scandale à sa sortie, la commission de censure, étant ulcéré par la violence du film et sa vision de la police, le condamne à un misérable "interdit aux moins de 18 ans" avec coupes significatives. Ce qui autrefois était encore synonyme de film vu (plus de 2 millions de spectateurs tout de même) ce ne serait plus le cas aujourd'hui... La chanson de Serge Gainsbourg Requiem pour un con sera également censurée, ses paroles étant jugées trop vulgaires. Elle fait désormais partie de ses chansons les plus connues, beau pied de nez de la part du Gainsbar. C'est à ce film que l'on doit notamment une des répliques mythiques du cinéma français venant de la verve d'Audiard: "Je pense que quand on mettra les cons sur orbite t'as pas fini de tourner". On serait bien les premiers à dire la même chose aux censeurs... L'année suivante, il se lance dans La route de Salina, film tourné en anglais où il dirige notamment Rita Hayworth et enchaîne avec Laisse aller c'est une valse avec Jean Yanne. 

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Les années 70 lui permettent de tourner notamment avec Alain Delon (même si ce sera très difficile) ou Jean-Pierre Marielle mais ce sera aussi le début de la fin. Ce sera notamment le cas avec Jean-Paul Belmondo dont ses réalisations ne le mettront pas toujours en valeur avec des films qui se ressemblent beaucoup. On pense aux titres interchangeables Flic ou voyou et Le guignolo. La palme reviendra au Professionnel, film au combien réac où l'acteur doit tuer un méchant dictateur noir laissé par sa patrie avant de revenir en France pour dégommer quelques ahuris. Un soi-disant classique que l'on voit désormais au mieux comme un gros nanar, pas aidé par la reprise de la musique de Morricone dans la pub Royal Canin. Ma séquence nanarde préférée du film est probablement ce passage où une flic complètement maso se met à tabasser la copine de Belmondo devant un Robert Hossein jubilant devant un tel spectacle! Le genre de séquence que l'on n'oublie pas. Joyeuses pâques s'avère rigolo mais sent trop l'adaptation théâtrale et voir Sophie Marceau vouloir se taper Bébel alors qu'elle ressort de la Boum c'est un peu glauque!

Continuant dans le populaire pur jus, voilà Lautner faire des films assez nauséabonds type Le cowboy avec Aldo la Classe (avec une affiche montrant Aldo... en cowboy!) ou Room service. Mais là où le bat blesse c'est par La cage aux folles 3. Succédant à Edouard Molinaro, le réalisateur a toutes les cartes en main. Le premier a cassé la baraque, sa suite a bien marché aussi, Michel Serrault et Ugo Tognazzi sont toujours de la partie, le fidèle Michel Audiard est au scénario... Pourtant rien ne marche, le film tourne à vide et surtout il n'est pas drôle. On se demande même si Audiard (qui décèdera quatre mois avant la sortie du film) ne s'est pas fait aidé et a juste touché un gros chèque tant aucun dialogue n'a de réel charme. Durant les années 80, Lautner a tout de même signé un film qui sortait du populaire, à savoir La maison assassinée avec Patrick Bruel revenant vingt ans après dans la maison où sa famille s'est fait dézinguée. Il arrête sa carrière à la fin des années 90 après avoir délivré quelques téléfilms. George Lautner nous quitte à 87 ans, laissant le "cinéma de papa" en facheuse position. Car il faut bien le dire, si on devait refaire Les tontons flingueurs de nos jours sans Lautner, sans ses acteurs mythiques, sans Audiard, on ferait vraiment la gueule.