Un adolescent se met à faire du théâtre par amour pour une fille...

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Ce qui captive dans L'esquive c'est sa nullité. Quand on est à ce point dans la caricature et que l'on est autant applaudi par un certain public (le même qui récompense ce genre de films), il y a un gros problème. Ovationné à sa sortie, auréollé aux Césars, le film d'Abdelatif Kechiche (déjà lui) est le reflet d'une époque désuette voire pire inexistante. Une hystérie collective où l'on peut croiser Sara Forestier, Osman Ekharraz, Sabrina Ouazani, Carole Franck et Rachid Hami. Au bout d'une minute, vous en avez pour votre argent et je dis ça en toute absence de mauvaise foi (je pourrais pourtant). Entre les "fils de pute", "enculé", "connard" et autres "sur la tête de ma mère" (une des filles va jusqu'à la grand-mère, excusez-la madame elle ne sait pas ce qu'elle dit -NDB), les acteurs se font plaisir d'autant que Kechiche joue beaucoup sur l'improvisation. Mais cela sera vite remplacé par des gueulantes à rendre sourd et quand Kechiche mixe insultes et gueulards, cela donne une sorte de cocktail explosif pour nos oreilles et notre cerveau. Kechiche veut aller au coeur de l'intimité, quitte à faire dans l'expérimental alors que son sujet est pour le moins flou et les dialogues à des gueulantes affligeantes.

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Un cinéma vérité qui finit par arborer tout ce qu'il y a de pire dans un certain cinéma français: essayer de prendre le spectateur de haut en te disant "ça c'est la réalité, bouffe-la en tant que telle". Sauf que quand il n'y a aucun fond et que cela devient lourdingue, le cinéma vérité peut devenir très hors-sujet. N'est pas Ken Loach qui veut. Au niveau visuel, rien de grandiose non plus. Kechiche se veut proche de ses personnages, alignant les gros plans et parfois des plans éloignés dignes du documentaire. Le problème c'est qu'on ne sait pas où veut en venir le réalisateur et particulièrement à la fin. Il filme de loin le personnage d'Ekharraz, comme si un voyeur était dans le coin. Mais en quoi cela donne t-il du réalisme au film? Cela en devient même ridicule tant c'est mal amené. Le mec regarde les autres du dehors et voilà il n'y avait pas besoin de quinze tonnes d'effets. Tu le montre à la limite en train de chialer et c'est bon, là le pauvre jeune regarde bêtement et puis il ne se passe rien. Quant à la fin, elle résume tout le néant du scénario et la preuve que Kechiche ne sait pas où il veut en venir. Même les personnages ne sont pas intéressants, sortes de clichés ambiants mal-dégrossis.

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Le héros est de type maghrébin, donc écoute de la musique arabe à la maison (oh!), l'héroïne est une grande gueule qui s'écrase quand même rapidement et puis il y a la copine et le copain de chacun. Elle a aussi une grande gueule mais face au copain du héros, elle n'en mène pas large. C'est d'ailleurs une des séquences les plus truculantes du film. Limite le bonhomme apparaît comme un futur mari violent qui fait sa loi (à quatorze ans, humour!) et qui la menace en lui balançant des claques! Un pur moment de poésie qui devient une véritable rigolade involontaire. Alors on pourra dire que les acteurs sont naturels, mais ça n'en fait pas une qualité non plus et bien d'autres avant comme après ont mieux joué. Il ne suffit pas de débiter insultes sur insultes en parlant le verlant (car le film n'y va pas de mains mortes, au point que certains passages deviennent incompréhensibles) pour avoir l'air crédible, il faut le reste. Or, ici ce n'est jamais le cas. Je finirais en évoquant la séquence avec les policiers d'une rare jubilation, celle qui m'a valu mon plus gros fou-rire. En effet, le copain prend la voiture de son frère pour que tout le monde s'explique (sauf que le spectateur s'en fout depuis belles lurettes) et évidemment est très loin de connaître le Code de la route. 

Alors on a toute la clique qui se fait réquisitionnée par la police de passage. Sauf que malencontreusement, il a fallu que nos loulous tombent sur les flics les plus fachos du coin! Le genre qui t'insulte alors que tu dois avoir quatorze ans à tout casser (et donc sans défense) et évidemment on sent le cliché à venir. Les réactions des policiers est jubilatoire que ce soit les hommes ou la femme (tous des salauds!), sortes de gros réacs ambulants qui devaient avoir siroter quelques bières pour être aussi arrangés et qui écoutent probablement de la bonne grosse musique populaire. Au bout d'un moment, un des jeunes va se retrouver avec de la poudre. C'est tellement gros comme une maison qu'on le sent venir arriver, genre avec ton voisin "tu vas voir il y en a un qui va avoir de la drogue". Mais après les policiers les arrêtent copieusement et Forestier se fait attaquée par la fliquette pour avoir un bouquin sur elle. Olala mais quelle racaille la miss Forestier! Elle lit des bouquins! Pas bien pour la société pour une fille de lire des bouquins, surtout pour finir policière (ne voyez pas de méchanceté gratuite envers la police, je reste dans la bêtise de la séquence). Une séquence qui n'a pas choqué des masses vraisemblablement, alors qu'elle a tout du portnawak le plus profond et surtout ridicule. On en rigole encore.

Un film qui ne raconte rien (pas même l'adolescence qu'il aborde) et surtout d'un ridicule assourdissant.