Troisième volet des dessous du Marvel Cinematic Universe dans sa Phase 2. (attention spoilers)

  • Iron Man 3 (Shane Black, 2013) : Shane Black is back !

Iron Man 3 : Affiche

Bien avant la sortie d'Avengers (Joss Whedon, 2012), les différents films de la Phase 2 furent annoncés et en dehors des Gardiens de la galaxie (James Gunn, 2014) et d'Ant Man (Peyton Reed, 2015), tous étaient des suites. Preuve en est avec cet Iron Man 3, quatrième film mettant en scène le personnage de Tony Stark (Robert Downey Jr). Le studio sait dorénavant ce qu'il veut, annonçant ses films longtemps en avance, histoire de fidéliser son public au maximum. Un autre argument de poids s'est également présenté depuis la naissance du MCU. En 2009 Disney rachète Marvel, ce qui signifie que le studio s'empare d'un empire comportant des comics, des films, des séries (animées comme live-action), des jeux-vidéo... Une grosse acquisition (4 milliards de dollars tout de même), mais rapidement rentable tant le merchandising, les films et les comics rapportent un maximum. Si le logo Paramount est toujours là pour présenter Avengers et Iron Man 3, le rachat des droits de distribution par Disney est déjà signé depuis 2010. A partir du film suivant (Thor The Dark World d'Alan Taylor, 2013), Marvel sera le seul logo visible dans le film et sur les affiches et Disney le distributeur et éditeur des films. Un deal en béton qui ne fera que confirmer à quel point Marvel est inattaquable. 

Iron Man 3 : Photo

Au point que les studios ayant encore des droits sur ses personnages commencent à avoir un peu peur. C'est pour cela que Sony a produit très rapidement The Amazing Spider-man (Marc Webb, 2012) après avoir laissé tomber le quatrième film envisagé par Sam Raimi. Le studio a renouvellé l'expérience récemment, mais le deal est différent (voir La toile colle de moins en moins). La Fox a fait exactement la même chose avec Fantastic Four (Josh Trank, 2015) et a récemment suggéré qu'un nouveau reboot pouvait avoir lieu. Le studio reste pourtant tranquille avec les droits des X Men, franchise qui n'a jamais été aussi florissante qu'actuellement (voir Cuvée sous le signe du X #2). Les droits du Punisher, de Daredevil, du Ghost Rider et même de Blade sont revenus à Marvel et les trois premiers ont depuis eu leurs séries ou sont apparus dans une d'entre elles (le Rider est devenu un personnage récurrent d'Agents of Shield). Iron Man 3 ne fera que confirmer la réussite financière de Marvel Studios avec juste un peu moins qu'Avengers au box-office (1,2 milliards de dollars de recettes contre 1,5). Sur ce troisième opus des aventures de Tony Stark, Marvel tout comme Robert Downey Jr ont amené Shane Black à la réalisation. 

Iron Man 3 : Photo

L'arme fatale 5 ?

Pour Black c'est l'occasion de retrouver une grosse production de studio, seize ans après le flop commercial d'Au revoir, à jamais (Renny Harlin, 1997) qui avait foutu en l'air sa carrière durant un temps. Après des années de ruine au point de louer sa maison pour le tournage de la série X Files (*), il était revenu sur le devant de la scène avec sa première réalisation Kiss kiss bang bang (2005). Un film où l'on retrouvait un certain Robert Downey Jr alors en pleine remise en forme. Il n'y a donc rien d'étonnant à ce que l'acteur fasse appel à l'un de ceux qui lui a fait remonter la pente. Iron Man 3 est un des rares cas dans le MCU où l'on peut dire que c'est un "film d'auteur", dans la mesure où même si il y a eu des directives précises (comme le non-alcoolisme de Stark), Shane Black a fait un film qui lui ressemble. Les amateurs de ses films (ses réalisations et surtout ses scénarios de films) reconnaîtront tout de suite sa patte. Le film se présente à partir de sa seconde partie comme un pur buddy movie avec en plus un duo mixte (Downey Jr et Don Cheadle remplacent Mel Gibson et Danny Glover). Avant cela, Stark est aidé par un enfant (Ty Simpkins) comme ce fut le cas autrefois dans The Last Boy Scout (Tony Scott, 1991) ou Last action hero (John McTiernan, 1993). La scène où les hélicoptères dégomment la villa Stark renvoie directement à une scène phare de L'arme fatale 2 (Richard Donner, 1989).

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Le héros traumatisé par un événement (en l'occurrence ici le mini black out de Stark à la fin d'Avengers) qui revient en force alors qu'il est plus bas que terre est un élément que l'on peut retrouver dans The nice guys (2016). Même dans ses scènes d'action, le film se révèle assez inventif avec son lot de Machs utilisés dans le grand final. Bien que le film a des aspects fantastiques avec ses bonhommes qui explosent sur commande, Iron Man 3 se révèle plus terre à terre, moins dans une sensation de vouloir en mettre plein la vue. Le fait de mettre Stark hors de son armure durant les trois quarts du film va dans ce sens ("Ce n'est pas l'armure qui fait le héros, mais l'homme qui est à l'intérieur"). Le film n'évite pas certains défauts dont il aurait pu se passer. Tout d'abord, investisseurs chinois oblige, le film a droit à une séquence totalement publicitaire dans son montage chinois. Heureusement expurgé dans le montage connu, cet aspect n'est pas sans poser des questions sur ce qu'Hollywood est prêt à faire pour faire des investissements avec les chinois et toucher leur public. Quitte à faire dans le placement de produits le plus racoleur possible (Transformers Age of extinction ne fera pas mieux à ce niveau-là et cette fois ce sera dans un seul montage). De même, le Mandarin n'est pas asiatique et encore mieux, il est montré sous deux visions bien différentes de celle des comics.

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Ben Kingsley se retrouve dans le rôle du pantin buveur de bières et amateur de jolies femmes. Guy Pearce est le véritable ennemi, un scientifique plein aux as introduit sous du Eiffel 65 pour l'an 2000 (on ne remerciera pas forcément Black de nous avoir rappeler I'm blue). Le personnage de Rebecca Hall est particulièrement ingrat, malgré son utilité dans le récit. Quant à Pepper Potts (Gwyneth Paltrow), elle sort un peu du lot dans le final à travers un twist plutôt bien amené. Iron Man 3 a aussi le mérite de clôturer l'arc narratif de Tony Stark et l'idée d'un "Iron Man 4" souvent évoqué n'en est que plus ridicule. D'autant plus que le personnage apparaît toujours dans le MCU avec une certaine place.

  • Thor The Dark World (Alan Taylor, 2013) : Un petit bond en avant

Thor : Le Monde des ténèbres : Affiche

Thor (Kenneth Branagh, 2011) n'était pas convaincant (on peut même dire que c'est un des plus mauvais films du MCU), en revanche le personnage de Loki (Tom Hiddleston) plaît et Thor (Chris Hemsworth) a gagné en intérêt dans Avengers (2012). Comme il fait partie des personnages ayant eu leur film dans la Phase 1, il était donc logique de le voir revenir durant la seconde avec un nouveau film individuel. Pourtant bien apprécié par la production, Kenneth Branagh ne rempile pas, préférant tourner The Ryan Initiative (2014). Patty Jenkins (Monsters) est appelée par Natalie Portman (qui joue Jane Forster), mais rapidement la réalisatrice doit faire face à des divergences scénaristiques avec la Marvel et les scénaristes. Elle quitte le navire et si elle n'avait pas signé un contrat sur plusieurs films, Portman aurait fait de même en soutien avec Jenkins. En pleine promotion de Wonder Woman (2017), la réalisatrice a précisé sa vision : "Je voulais que Jane soit coincée sur Terre et que Thor soit ailleurs. Thor aurait été interdit de venir la sauver parce que la Terre n’avait pas d’importance. Et puis en venant la sauver, ils découvrent que Malekith cachait la dark energy sur la Terre parce qu’il savait que Odin ne s’intéressait pas à la Terre. (...) Donc je voulais en faire un grand film basé sur l’idée de Roméo et Juliette…une guerre entre les dieux et terriens et Thor finit par sauver la Terre." (**).

Thor : Le Monde des ténèbres : Photo Chris Hemsworth, Natalie Portman

Une vision pas si différente du résultat final, si ce n'est que Thor peut aller sur Terre quand il veut et que Jane est finalement enlevée au cours du film. Romantisme accentuée jusqu'à la seconde scène post-générique dont l'utilité comme la conception (Portman n'étant pas disponible pour ce "reshoot de dernière minute", elle fut remplacée par la femme d'Hemsworth l'actrice Elsa Pataky) laissent à désirer. Puis ce fut au tour de l'acteur devant jouer Malekith, Mads Mikkelsen, de claquer la porte puisqu'il devait tourner la série Hannibal (2013-2015). Il fut remplacé par Chistopher Eccleston. L'acteur danois aura quand même sa place dans le MCU en jouant le méchant de Doctor Strange (Scott Derrickson, 2016). Les ennuis continueront lorsque des rumeurs évoquent des désaccords drastiques entre le réalisateur Alan Taylor (Terminator Genisys) et la Marvel. Si les rumeurs furent démenties, l'ambiance durant la production semble avoir été catastrophique jusqu'à la musique du film. Carter Burwell (compositeur sur un grand nombre de films des frères Coen) est remercié, Kevin Feige préférant Bryan Tyler déjà compositeur sur Iron Man 3. Autant prendre les habitués après tout, quitte à avoir une musique hyper formatée et déjà entendue à droite et à gauche. 

Thor : Le Monde des ténèbres : Photo Chris Hemsworth, Tom Hiddleston

A cela rajoutez les fameux reshoots (habitude régulière du studio) et vous obtiendrez une production chaotique qui se reflète jusque dans le montage du film. Ainsi les reshoots se ressentent notamment dans les passages terriens, puisque beaucoup de scènes semblent rajoutées et s'avèrent particulièrement inutiles. On pense notamment aux scènes avec Chris O'Dowd qui ne servent absolument à rien, pas même une quelconque amourette avec Jane dont on peine à croire l'existence. Sans compter la plupart des scènes de Kat Dennings du propre aveu de l'actrice: "Bon, je ne sais pas quel sera le montage final, mais oui, j'ai tourné plus de scènes. (...) Et on va faire quelques reshoots, donc je devrais en effet être plus visible" (**)Vu la pauvreté du personnage, sorte de mauvais gimmick comique (ce qui était déjà le cas dans le premier film), on se demande où était l'intérêt des reshoots. Le personnage ne sert à absolument rien et se voit même affublé d'un compagnon (Jonathan Howard) qui réussit à être encore plus inintéressant qu'elle. Mieux, le montage montre deux fois une même scène, à savoir Stellan Skarsgard courant nu en Islande avant d'être arrêté par les autorités. 

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La première fois directement à travers l'extrait d'un journal, la seconde montrant Dennings et Howard en train de regarder la télévision. Le tout dans un laps de temps d'environ un quart d'heure-vingt minutes. Cherchez l'erreur. The Dark World est un peu plus amusant que le premier film, jouant beaucoup plus sur l'aspect fantasy totalement absent du film de Branagh. Les batailles sont également plus soignées, Taylor ne venant pas de la série Game of thrones (2011-) pour rien et décime même Asgard le temps d'une séquence. On peut toutefois reproché que ces scènes sont trop courtes et manquent un peu d'ampleur. De plus, c'est l'occasion de voir un peu plus la relation entre Thor et Loki, deux demi-frères incapables de s'entendre. On ne retiendra en revanche pas du tout le méchant. C'est tout de même bien peu pour sauver le film. S'il est un poil supérieur à son aîné, il n'en reste pas moins un navet oubliable. 

  • Captain America The Winter Soldier (les frères Russo, 2014) : Le Captain en pleine crise politique

 

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Affiche réalisée par Paul Shipper.

Projet pas forcément parmi les plus envoûtants de la Phase 2, Captain America The Winter Soldier est devenu un de ses meilleurs films. Pourtant le choix des frères Russo n'apparaissait pas forcément de bonne augure. Là aussi ce ne sont pas des réalisateurs de grosses productions et ils étaient avant tout connus pour des comédies et des épisodes de séries télévisées (Community notamment). Mettre Captain America (Chris Evans) dans un contexte post-Avengers pouvait interroger. Les Russo ont choisi de jouer sur l'intime en confrontant le Captain à son ami Bucky devenu le Soldat de l'hiver (Sebastian Stan) sous Hydra. Ce dernier est amnésique et a été "reprogrammé" par les restes de l'agence du IIIème Reich comme une machine à tuer. S'il n'est pas le point central du film, Bucky n'en reste pas moins important puisqu'il est un antagoniste que Steve Rogers ne voudra pas tuer. L'arc narratif n'en est pourtant pas à sa conclusion, puisqu'il sera au centre du film suivant des Russo Captain America : Civil War (2016) avec nettement moins d'intérêt. The Winter Soldier s'impose avant tout comme un film d'espionnage où le Captain, Black Widow (Scarlett Johansson) et Nick Fury (Samuel L Jackson) sont seuls contre tous dans une agence du Shield gangrénée par l'Hydra. 

Captain America, le soldat de l'hiver : Photo Sebastian Stan

Les trois compagnons d'infortune ne sont plus des agents du Shield, mais des renégats essayant de survivre parmi les agents-doubles souvent là depuis des décennies. C'est le cas du personnage de Robert Redford, acteur d'un des meilleurs films d'espionnage qui soit (Les trois jours du Condor de Sydney Pollack, 1975). Le film véhicule tout un lot de théories du complot qui se marie bien avec les pensées du Captain, jugeant le monde dans lequel il évolue comme très sécuritaire et ironiquement trop porté sur la surveillance. Il est d'autant plus cocasse que le porte-étendard de l'Amérique durant la Seconde Guerre Mondiale soit plus du côté des revendications d'un Edward Snowden (l'affaire a explosé juste avant le tournage du film) que du gouvernement américain. Un aspect politique qui se confirmera un petit peu dans Civil War, sans l'impact véhiculé par le run dont il reprend le titre. Comme pour confirmer que Captain America n'est plus un personnage de propagande bas du front, mais plutôt un héros qui entre en contradiction avec ceux qui l'emploient, qui en plus sont corrompus jusqu'à l'os (pas étonnant que le symbole de l'Hydra soit une pieuvre). Pas forcément l'image de base que l'on se fait du personnage.

Captain America, le soldat de l'hiver : Photo Chris Evans

Dans la logique d'univers partagé, les événements de The Winter Soldier se sont également répercutés dans la première saison de la série Agents of Shield (2013-). Ironiquement, c'est cet arc narratif qui a donné un sérieux coup de fouet à la série, en panne sèche durant près de seize épisodes. Certains personnages évoluent également en bien. Nick Fury a un rôle central dans le film, bien plus que dans Avengers. Comme le confirmait la dernière scène de The First Avenger (Joe Johnston, 2011), Fury comprend Rogers. Tout deux sont des anciens soldats, ils ont échappé à une mort certaine (Rogers à cause de l'hibernation, Fury par la perte de son oeil gauche) et ils ont une vision de la justice finalement assez similaire (même si Fury ne le dit pas trop). Black Widow prend du galon. Longtemps reléguée au second-couteau de pacotille, l'héroïne s'impose comme une camarade essentielle à la lutte de Rogers durant cet opus. Elle n'est plus un faire-valoir, elle est au premier-plan. C'est le premier film qui la met autant en avant, ce sera encore le cas sur Age of Ultron où Whedon lui donnera même une origin story et un peu moins malheureusement sur Civil War. N'ayant pas de pouvoirs, le fait de l'associer à Captain America héros plus terre à terre et qui n'a pas d'armure n'en est que plus logique.

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D'autant que comme elle est à la base une espionne, l'associer à un film d'espionnage est une évidence. Comme d'introduire Falcon aux côtés de Rogers et Natasha Romanoff. Anthony Mackie s'en sort plutôt pas mal et Falcon s'impose déjà comme un peu moins creux qu'un Hawkeye. Certainement car les Russo lui donnent un vrai background (c'est un ancien soldat aussi et il a inventé un concept lui permettant de voler avec des ailes mécaniques). Comme si Marvel évitait de refaire les mêmes conneries que le studio a engendré durant la Phase 1. En tous cas, The Winter Soldier se pose comme un des meilleurs opus du MCU, fort d'une proposition intéressante.

  • Les Gardiens de la galaxie (James Gunn, 2014) : Quand Marvel s'attaque au space-opera

Gardiens de la galaxie (affiche 2)

Affiche réalisée par Paul Shipper.

Encore aujourd'hui, on s'étonne que Marvel a préféré lancer un projet comme Les Gardiens de la galaxie, adapté d'un comic-book pas forcément parmi les plus connus de la maison d'édition, plutôt que des héros plus forts comme le Doc Strange. Un groupe qui fut variable au cours des décennies et le film se base sur l'équipe initiée par Dan Abnett et Andy Lanning en 2008. Ainsi, on retrouve Starlord (Chris Pratt), Gamora (Zoé Saldana), Rocket Raccoon (doublé par Bradley Cooper), Groot (doublé par Vin Diesel pour le peu de lignes qu'il a) et Drax (Dave Bautista). On peut également rajouter au groupe Yondu (Michael Rooker), membre historique des Gardiens dans les comics. C'est probablement à cause du caractère un peu plus confidentiel du groupe que Marvel n'a pas interféré dans le travail de James Gunn. Un scénariste qui a traîné aussi bien dans l'horreur (il a travaillé pour la Trauma de Lloyd Kaufman et a écrit L'armée des morts) que dans le film familial (les Scooby-Doo de Raja Gosnell c'est de lui), avant de passer à la réalisation avec Horribilis (2006) et Super (2010). Des petites productions naviguant dans l'horreur craspec comme le vigilante-movie radical. Les Gardiens de la galaxie dénote avec ces films de par son aspect plus grand public. Il n'en reste pas moins que Gunn a fait ce qu'il voulait faire.

Les Gardiens de la Galaxie : Photo Chris Pratt, Dave Bautista, Zoe Saldana

Le groupe apparaît comme assez hétéroclite avec un terrien élevé dans l'Espace, la fille adoptive de Thanos (Josh Brolin) qui rêve de le tuer pour venger sa famille, une grosse brute un peu simple et avide de vengeance, un raton-laveur génétiquement modifié et un créature arbre qui est le dernier de son espèce. Des personnages qui se forment pour retrouver un gemme d'infinité similaire à ceux des Thor et d'Avengers. Gunn entretient des allusions au MCU, mais reste quand même très libre des événements des différentes phases. Pour la simple et bonne raison que Les Gardiens de la galaxie se situe dans l'Espace et ne fait quasiment aucune allusion à la Terre. Peter Quill est peut être un terrien, mais il n'y vit plus depuis que Yondu l'a kidnappé le jour où sa mère est morte (Laura Haddock). Les autres personnages sont extraterrestres malgré une apparence pas si éloignée des Terriens pour certains. Il n'y a donc aucun lien en rapport à l'univers des Avengers, en dehors de la présence de Thanos futur ennemi d'Infinity War et sa suite (qui seront réalisés par les frères Russo pour les années 2018 et 2019). Le Collectionneur (Benicio del Toro) a été introduit par une scène post-générique de The Dark World, mais c'est bien peu pour rattacher Asgard aux mondes des Gardiens.

Les Gardiens de la Galaxie : Photo Chris Pratt, Zoe Saldana

A la différence de la plupart des films du MCU qui s'obligent à faire du teasing pour le film suivant, Les Gardiens de la galaxie n'en fait rien et se présente comme un film stand alone, sans besoin d'avoir vu les films réalisés précédemment dans l'univers partagé. Un film qui tient plus du cinéma que d'un aspect sériel qui peut vite devenir agaçant. Gunn en vient même à faire une scène post-générique avec Howard the duck (doublé par Seth Green), comme pour montrer qu'il se fout des conventions des autres films. Il fera la même chose avec le second opus (2017) avec toutefois une petite allusion pour la suite du MCU, même si cela s'avère particulièrement discret. Ce qui fait des deux opus des films plus agréables à regarder pour le néophyte, d'autant plus pour ceux qui veulent seulement voir un space opera made in Marvel. Sur ce point, il s'agit probablement du premier film du MCU où la direction artistique est absolument impeccable. Pas d'effets-spéciaux un peu cheaps, des cgi assez réalistes et beaux à regarder. Autant dire qu'en dix films, il était temps de se réveiller et de mettre l'argent un peu plus à l'écran et moins dans les cachets des acteurs. Le casting est d'ailleurs de qualité, allant de guests prestigieux comme Glenn Close aux acteurs stars qui forment un groupe particulièrement fort. 

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A ta santé Howard !

Même s'il sort un peu plus du lot que d'autres méchants précédents, Ronan (Lee Pace) n'a pas forcément la force attendue et on se rabattra davantage vers Nebula (Karen Gillan), personnage un peu plus complexe. A cela se rajoute un soundtrack particulièrement efficace et raccord aux sentiments du possesseur du walk-man, puisque la compilation vient de la mère de Peter. Ce qui renforce l'intérêt pour les chansons qui sont souvent utilisées au bon moment. Tout comme Joe Johnston, James Gunn cite pas mal de fois Les aventuriers de l'arche perdue (Steven Spielberg, 1981), notamment par l'utilisation d'un MacGuffin (le gemme du pouvoir). "(Ce film) a une place très importante dans ma vie, et nous avons beaucoup analysé sa séquence d'ouverture au moment de tourner la nôtre. Mais ironiquement, la première ébauche du script signée Nicole Perlman rendait déjà hommage à Indiana JonesLes Gardiens de la galaxie a été pensé dès le départ comme un divertissement dans la droite lignée des films que Spielberg et Lucas nous ont donné à la fin des 70's et au début des 80's" (3). Une influence notable qui se ressent dans le ton assez décontracté du métrage. Marvel ayant atteint un tel statut de popularité, Les Gardiens de la galaxie fut un succès retentissant (plus de 773 millions de dollars de recettes), d'autant plus que ses recettes ont été supérieur à celles de The Dark World et The Winter Soldier.

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Les Gardiens sont devenus les nouvelles coqueluches du studio et il n'y a rien d'étonnant à les retrouver dans une suite dans la Phase 3, encore moins dans le grand rassemblement Infinity War

  • Avengers Age of Ultron (Joss Whedon, 2015) : Avant les heures sombres...

Avengers 2 (affiche géante Comic Con)

Bannière réalisée pour la Comic Con de 2014.

Après avoir abordé des contrées bien plus originales avec Les gardiens de la galaxie, le MCU revient aux fondamentaux avec un film somme avec les Avengers. Joss Whedon a eu de grosses difficultés sur ce film, lui-même s'avouant épuisé. C'est pour cela qu'il s'est retiré de l'équipe créative de l'univers partagé pour aller ironiquement chez la concurrence DC (il a dirigé les reshoots de Justice League et doit réaliser "Batgirl"). Le principal problème sur Age of Ultron fut bien évidemment son trop plein de personnages à gérer. "Le film était vraiment un challenge pour moi, être certain que tous les personnages aient une véritable intrigue et ne pas réaliser, à un moment, oh, il faut aussi s’occuper de lui. Je voulais vraiment qu’ils fassent tous partie de l’histoire, qu’ils soient tous égaux. Être sûr qu’aucun n’est délaissé et qu’ils aient tous de quoi travailler." (4). Cela s'en ressent dans le traitement d'un grand nombre de personnages comme des scènes d'action elle-même. Le plan que l'on peut voir ci-dessous confirme à lui seul une moins bonne gestion des héros dans un même espace, en plus d'être un plan tout sauf beau. Captain America se retrouve ironiquement dans un statut de héros interventionniste alors que c'est assez contradictoire avec les événements de The Winter Soldier.

Avengers : L'ère d'Ultron : Photo Chris Evans, Chris Hemsworth, Jeremy Renner, Scarlett Johansson

Certes il sauve des gens et les protège, mais il le fait désormais partout dans le monde comme si c'était normal. Un peu comme le raisonnement habituel des Etats Unis dans une situation de crise, aussi bien dans la vie réelle que dans les films. Un aspect plus que gênant qui confirme que Whedon s'est parfois bien raté sur Age of Ultron. Hawkeye (Jeremy Renner) se retrouve avec une situation familiale évoquée en long, en large et en travers. On voit bien que Whedon veut à tout prix donner de la matière à un personnage totalement creux, mais il le fait dans le ventre mou d'un film beaucoup trop long pour ce qu'il raconte. De la même manière, il fait de Scarlet Witch sa protégée. La pauvre Elizabeth Olsen en est réduite à jouer une gamine avec des super-pouvoirs qu'elle utilise de temps en temps. Rien à voir avec la mutante surpuissante de l'univers Marvel. Un aspect qui sera d'autant plus confirmé dans Civil War et qui risque d'être encore le cas dans les deux prochains Avengers. Son frère Quicksilver (Aaron Johnson) est encore moins bien loti puisqu'il est liquidé dans le climax ! La scène aurait pu jouer sur l'émotion, mais le personnage étant à peine introduit, sa mort n'a aucun impact. 

Avengers : L'ère d'Ultron : Photo Jeremy Renner

La réaction de sa jumelle aurait pu être aussi excessive que celle du Phénix (Sophie Turner) dans X Men Apocalypse (Bryan Singer, 2016), il n'en est malheureusement rien. Pour rappel, Marvel peut utiliser les personnages Quicksilver et Scarlett Witch dans le contexte des Avengers, mais ne peut faire mention de leur père Magneto. Ce qui explique pourquoi il n'est pas évoqué dans Age of Ultron et pourquoi la Fox peut utiliser les personnages dans sa franchise X Men sans être inquiétée. Whedon en vient même à donner une relation sentimentale à Bruce Banner (Mark Ruffalo) et Natasha Romanoff. Là encore cela passe, d'autant plus que Black Widow devient une sorte de catalyseur et cela donne un aspect sentimental plutôt intéressant. Whedon confirme que Hulk et Banner en sont venus à être une même entité, loin de l'incontrôle d'autrefois. Quand Hulk part vers l'Espace dans les dernières minutes du film, il le fait en étant parfaitement conscient de ce qu'il fait. Un peu comme Hawkeye, Whedon a écrit une origin story pour Black Widow, mais cela semble forcé et le flashback n'a pas grand intérêt, si ce n'est de montrer une femme dans l'incapacité de procréer et en ayant honte. 

AOU

Le choix serait couillu (pas tous les jours que vous verrez ce type d'information évoqué dans un film de super-héros grand public) si la dites information était réellement intéressante pour comprendre le personnage. Elle arrive aussi au quatrième film mettant en scène le personnage. Autrement dit, c'est le type d'informations qu'il aurait mieux valu balancer dès le départ. Vision (Paul Bettany) n'est pas mieux loti, arrivant très tard dans le film pour une importance assez pauvre. Initialement prévu comme le dernier film de la Phase 2 (c'est finalement Ant Man qui en a eu la tâche), Age of Ultron s'impose comme une conclusion et surtout annonce les événements qui vont suivre dans la Phase 3. Au point parfois de se dire que Civil War aurait peut être été un meilleur Avengers 2 qu'Age of Ultron, quand bien même il aurait été mieux écrit car il définit mieux le chaos de la Phase 3 autour des différentes idéologies. On peut voir que les opinions changent de plus en plus au sein du groupe. Tony Stark veut à tout prix trouver un moyen d'éviter aux Avengers d'intervenir en créant des armées de robots et dans son génie inconscient de lancer la bombe Ultron (doublé par James Spader). Un changement radical puisque dans les comics c'est une invention d'Hank Pym, le premier Ant Man et personnage incarné par Michael Douglas dans le film de Peyton Reed.

Avengers : L'ère d'Ultron : Photo Aaron Taylor-Johnson, Elizabeth Olsen

L'occasion de montrer Stark avec un énième retour de bâton, constatant qu'il ne faut pas être trop apprenti sorcier sous peine de se brûler les ailes comme Icare. Captain America et Thor ont bien du mal à être d'accord avec ses idéaux et tout cela annonce l'inévitable Civil War. L'idée d'une nouvelle équipe d'Avengers avec Captain America et Black Widow n'est pas non plus anodine. D'ailleurs, Whedon a la bonne idée d'insérer des personnages héroïques ne faisant pour l'instant pas parties des Avengers, afin d'installer une cohésion légitime. War Machine et Falcon sont donc de l'aventure, le premier plus longtemps que le second néanmoins. Thor entrevoit également que le pire risque d'arriver à Asgard, anticipant les événements de Thor Ragnarok (Taika Waititi, 2017). Whedon fait d'ailleurs la même erreur de montage qui a été faites sur The Dark World, à savoir montrer deux fois un même événement au cours du film. Si la scène de baston en Afrique du sud est plutôt divertissante, elle montre aussi à quel point les mecs se foutent des dégâts qu'ils provoquent et des vies qu'ils peuvent prendre. Si Hulk se trouve être manipulé, c'est nettement moins le cas de Stark dans sa grosse armure.

Avengers : L'ère d'Ultron : Photo

Certains plans auraient pu être faits autrement, sans avoir besoin systématiquement de revenir dessus. A l'image de ce plan sonnant faux de Black Widow sortant d'un hélicoptère probablement en cgi. D'autant plus quand on sait que quelques semaines après sortait l'impeccable Mad Max Fury Road (George Miller, 2015). Quant au méchant en titre, il est tellement anecdotique que l'on voit plus son armée de robots combattre les Avengers que lui-même. Si Age of Ultron n'est pas un ratage total, il n'en reste pas moins un film qui gère mal ses personnages, avec un scénario trop bancal et qui ne parvient pas à réitérer la recette d'un premier rassemblement peut être moins ambitieux, mais plus intéressant à suivre.

  • Ant Man (Peyton Reed, 2015) : Un héros qui fourmille

Ant-Man : Photo

Concept-art pour Ant Man.

Ant Man était officialisé depuis au moins 2011. Sachant qu'il le réaliserait, Edgar Wright avait demandé à Marvel de le laisser faire The World's end (2013) avant. C'est ainsi qu'Ant Man est vite devenu un des projets en amont de la Phase 2. La première bonne nouvelle était que le script soit signé de Wright lui-même et Joe Cornish, tout comme James Gunn a écrit Les Gardiens de la galaxie. Le script d'origine tel qu'il a été présenté devait s'amuser avec les différentes identités du super-héros (au nombre de trois dans la mythologie Marvel) avec les personnages de Scott Lang et Hank Pym. Dans les comics, Lang est un électricien volant le costume de Pym pour subvenir aux besoins de sa fille. Lang est incarné par Paul Rudd, figure de l'écurie Judd Apatow ; et Pym par Michael Douglas. Au vue du sujet, de ses acteurs et de son réalisateur, le film devait jouer sur la comédie super-héroïque et le spectacle pop, ce qui n'aurait pas été un mal à condition de bien aborder un personnage aussi particulier. Patrick Wilson, Michael Pena, Corey Stoll (dans le rôle de l'antagoniste Yellow Jacket), Matt Gerald (déjà présent dans le court-métrage Longue vie au roi, mais aussi dans la série Daredevil) et Evangeline Lilly (qui joue la fille d'Hank Pym) sont engagés également.

Concept-art pour Ant Man.

Tout change fin mai 2014 et le coupable est encore une fois Marvel. Selon le Latino Review, le studio a demandé trois mois avant le tournage des réécritures à Wright. Non seulement sur le prétexte de la moralité de l'histoire (rien n'est dit mais on pense immédiatement au côté voleur du héros ; mais aussi à l'humour de Wright qui n'a rien de l'humour pince sans rire souvent véhiculé par Marvel) et aussi d'insérer des héros du studio. Wright et Cornish se mettent au travail, mais de nouveau les pontes du studio trouvent les retouches insuffisantes et des script-doctors sont engagés. C'est une pratique qui a eu lieu sur la plupart des films de la firme et utilisée à Hollywood depuis Mathusalem. En recevant le script, Edgar Wright aurait définitivement claqué la porte pour un film qu'il tenait en main depuis 2006. Soit une éternité dont la Marvel aurait pu tenir rigueur, en évitant des réécritures de dernière minute avant un tournage imminent (il fut finalement décalé d'au moins un mois). La situation est d'autant plus incompréhensible que Kevin Feige, producteur très influent du Marvel Cinematic Universe, soutenait Wright depuis le début de l'entreprise. Il y avait une grosse attente autour d'un film Marvel réalisé par le créateur de la trilogie Cornetto (2004-2013) et de Scott Pilgrim (2010). 

Ant Man (affiche concept-art)

 Affiche réalisée pour la Comic Con de 2014.

Bien plus que pour un film des frères Russo ou Jon Favreau. D'autant plus depuis la bande démo dont les concept-arts ci-dessus en sont tirés. Le nom du réalisateur le remplaçant n'a pas aidé à faire passer la pilule, puisqu'il s'agit de Peyton Reed avant tout connu pour des comédies oubliables comme Yes Man (2008) ou La rupture (2006). Quelqu'un qui est plus malléable et qui se retrouve à reprendre un projet très tard, en passe de commencer son tournage et qui doit passer encore une fois par des réécritures histoire de ressembler à quelque chose (Adam McKay et Rudd s'en chargeront). Comme si cela ne suffisait pas, pile poil avant la présentation à la Comic-Con de 2014, Patrick Wilson part du projet faute de temps et Gerald et Weisman voient leurs personnages disparaître du script. Après une production aussi chaotique (un cas d'école même), se retrouver avec un film qui tient la route tient du miracle. Le film fonctionne en grande partie par son duo principal. Hank Pym est présenté comme un vieux bougon, dont la disparition de sa femme a rendu seul et a fait arrêté ses aventures (dévoilées le temps de quelques magnétos tournés en ridicule par ses associés pensant à une blague). 

Ant-Man : Photo Michael Douglas, Paul Rudd

Puis Scott Lang, le repris de justice cherchant à retrouver la garde de sa fille et n'y parvenant pas, revenant inlassablement au vol. Ce sont deux personnages naviguant vers la rédemption que nous présente Peyton Reed. Tout deux cherchent à se racheter une conduite auprès de leur seule famille (ironiquement représentée par leurs filles respectives). D'autant que les deux acteurs sont particulièrement bons et semblent s'être entendus comme larrons en foire. On regrette néanmoins qu'Evangeline Lilly ne puisse pas porter plus son rôle, annonçant inévitablement la Guêpe et pour cela, il n'y avait pas forcément besoin d'une séquence post-générique pour y penser. Ant Man and the Wasp que réalise Peyton Reed (qui pourra dire cette fois que c'est SON film) pour 2018 devrait largement réparer cela. Corey Stoll est peu convaincant en Yellow Jacket, en grande partie car l'acteur joue un méchant très méchant dans ce qu'il y a de plus caricatural. Les scènes minuscules fonctionnent vraiment bien, Reed s'attardant suffisamment sur les fourmis, permettant même une certaine affection pour certaines. Des scènes évoquant souvent Chérie, j'ai rétréci les gosses (Joe Johnston, 1989) par l'apprivoisement entre Lang et les fourmis et son affection pour la fourmi Antoinette.

Ant Man (photo)

Yellow Jacket prêt à en découdre.

Quant au passage dans la quatrième dimension, il n'est pas sans évoquer la place de l'Homme dans l'univers comme l'évoquait Richard Matheson dans L'homme qui rétrécit (1956). Le film ose pas mal de choses au niveau visuel et même si l'on se doute que certaines idées ne sont pas tombées des réécritures plus récentes (surtout quand un réalisateur a travaillé plus de six ans sur un même projet), Ant Man réussit à montrer les aventures d'un personnage pouvant varier de taille sans être ridicule. Y compris en faisant un film de casse avec le braqueur (Scott), le cerveau (Hank), le personne qui fait le guêt (Hope Van Dyne) et les amuseurs de galerie (les bons copains de Scott). Toutefois, le film se voit gangrené par des allusions à l'univers partagé dont on se serait bien passé. A l'image de ce passage avec Falcon qui sort du film ou de cette allusion à Spider-man qui n'a rien d'anodine, puisque l'accord entre Marvel et Sony venait d'être officialisé. Tout cela empêche Ant Man d'être un film original comme l'aurait souhaité Edgar Wright et c'est aussi pour cela qu'il serait parti. La Phase 2 se termine donc plus correctement que prévu, laissant place à de nouveaux héros et à un futur éclatement.


Article mis à jour le 28 octobre 2017.

* Propos recueillis dans : http://braindamaged.fr/2017/05/28/thor-2-patty-jenkins-donne-sa-version-du-film-quelle-aurait-du-faire/

** Propos recueillis dans: http://www.premiere.fr/Cinema/News-Cinema/Trois-mois-avant-sa-sortie-Thor-2-a-besoin-de-reshoots-3810799

3 Propos recueillis dans Mad Movies numéro 273 (Avril 2014).

4 Propos recueillis dans: https://www.melty.fr/the-avengers-l-ere-d-ultron-joss-whedon-avec-un-super-heros-de-plus-ma-tete-aurait-explose-exclu-a403640.html

Autre source: http://www.allocine.fr/film/fichefilm-193108/secrets-tournage/