Une actrice s'apprête à jouer dans une production hollywoodienne. Mais le tournage va vite tomber dans les limbes de la mise en abîme...

Inland Empire : affiche

Faire un synopsis de Inland Empire n'est pas chose facile. Dernier film de David Lynch à ce jour, flop certain à sa sortie confortant le réalisateur de s'éloigner du cinéma (il n'a tourné que des clips depuis ou fait de la musique), Inland Empire s'impose comme l'un des films les plus difficiles à comprendre de la filmographie du réalisateur. A ceux qui disent que Mulholland Drive est incompréhensible, je ne peux que leur dire de se faire Inland Empire à la suite. Pas que le film soit si dur à comprendre (quoique), mais il est tellement complexe qu'il risque d'échapper à un grand nombre de spectateurs et ce même chez ses plus grands fans. Vingt-six ans après Sailor et Lula, Lynch retrouve Laura Dern tout comme Justin Theroux qu'il avait dirigé dans son précédent film et Harry Dean Stanton. Jeremy Irons et Julia Ormond sont également de la partie. En sachant que le film incorpore une mini-série réalisée par Lynch en 2002 nommée Rabbits et mettant en scène des acteurs avec des têtes de lapin (dont le couple de Mulholland drive Naomi Watts et Linda Harring). Des sortes d'intermède dans le reste du film, tout en restant très éloigné du reste du film. A vrai dire ces séquences mettent très mal à l'aise de par la froideur de ces passages en noir et blanc mais surtout parce qu'elles ne racontent finalement pas grand chose. 

Inland Empire : Photo David Lynch, Justin Theroux, Laura Dern

Et surtout on ne comprend pas où veut en venir Lynch: veut-il désarçonner le public? Le mettre mal à l'aise? Les deux? En tous cas, ces séquences très froides confirment à elles seules la teneur bizarroïde du film qui ne cessera de se dévoiler jusqu'au final. Clairement, Inland Empire s'impose très rapidement comme un véritable ofni, un trip long de presque 3h (son film le plus long) et qui vous reste pendant un moment en tête de par sa bizarrerie et le style indéniable de Lynch. On peut aussi trouver que Lynch aurait pu éviter certaines choses comme les parties Rabbits ou même certaines longueurs. Personnellement, je trouve le rendu DV moins intéressant visuellement, la DV rendant mieux par exemple chez Michael Mann où le côté urbain et assez contemporain est plus présent dans la manière de filmer. Le film se pose comme une mise en abîme pue et dure, permettant à Lynch de critiquer une nouvelle fois le milieu hollywoodien. La série Twin Peaks se moquait particulièrement des soap opera en étirant ses intrigues à tire-larigot, Mullholland Drive était plus vicieux encore en montrant comment une actrice était délaissée par le milieu, tout comme ce même milieu apparaissait comme terriblement hostile et imposait sa loi. Une manière comme une autre pour Lynch de se venger de la chaîne ABC qui avait annuler son futur show.

Inland Empire : Photo David Lynch, Justin Theroux

Inland Empire va peut être encore plus loin donc avec sa mise en abîme. (attention spoilers) On suit Laura Dern dans le rôle d'une actrice cherchant à tout prix à avoir un rôle, celui d'une femme battue dans un pays d'Europe de l'Est (je crois que c'est la République Tchèque mais pas sûr). Le réalisateur incarné par Irons finit par lui dire au bout de plusieurs répétitions que le tournage avait commencé bien avant mais les deux acteurs principaux avaient fini assassinés. C'est aussi à partir de là que le film part dans la mise en abyme tout en laissant le spectateur sur le carreau. Il aura de plus en plus de mal à différencier la réalité (Laura actrice) de la fiction (le personnage de Dern), Lynch brouillant sans cesse les pistes pour une expérience à la fois folle (le spectateur en revient à se demander ce qui est vrai et faux, parfois certains éléments finissant par s'entrechoquer) et dérangeante (les séquences Rabbits mais aussi certaines images comme le visage de Dern totalement déformé). D'autant que le personnage de Laura Dern dans le film entretient sans cesse l'ambiguité si elle joue le rôle ou si elle est complètement imprégnée du rôle. (fin des spoilers) Ce qui fait d'Inland Empire un film toujours intéressant à voir et permettant bien plus de réflexions que Mulholland Drive au sujet de son contenu. C'est aussi à cela que l'on reconnaît les grands films: ceux qui peuvent vous emmener loin dans l'imagination du spectateur et vous permettent d'aller vers des dimensions autres qu'un cinéma codifié. C'est aussi pour cela qu'un réalisateur comme Lynch manque cruellement actuellement au cinéma.

Inland Empire : photo David Lynch, Laura Dern

Malgré quelques réserves, force est de constater que le dernier voyage de David Lynch reste une expérience grandiose de cinéma.