Deux enquêteurs de Louisiane se retrouvent sur une affaire qui les hantera durant presque vingt ans...

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A l'heure où les séries deviennent plus ambitieuses que les films sortant d'Hollywood (il n'y a qu'à comparer Game of thrones avec Transformers 4 je pense que le combat est gagné d'avance pour le premier), peu peuvent se dire réellement culte dès la première saison. En sachant que pour certaines cela se dégrade assez rapidement dès la seconde comme l'a prouvé moult fois Lost. La dernière série de cet acabit est True Detective, série policière anthologique sur une saison (une saison = une histoire) comme American Horror Story. Entièrement scénarisée par Nic Pizzolatto (alors juste connu pour quelques nouvelles et un apport sur le remake de The Killing); entièrement réalisée par Cary Fukunaga (réalisateur du remarqué Sin Nombre et de l'adaptation de Jane Eyre avec Mia Wasikowska); et avec comme têtes d'affiche l'oscarisé Matthew McConaughey (son triomphe en mars dernier est survenu juste après le carton d'audience du dernier épisode) et Woody Harrelson, rejoint par des têtes connues comme Michelle Monaghan, Elizabeth Reeser, Kevin Dunn, Alexandra Daddario (qui a vraiment bien grandie depuis Percy Jackson!) ou Paul Ben-Victor (mais si le premier mec que liquide Ben Affleck dans son costume riquiqui de Daredevil)... True Detective est devenu le dernier hit d'HBO, déjà bien contente d'avoir un lot de séries prestigieuses (au hasard Boardwalk Empire, Rome ou Les Soprano). 

Photo Matthew McConaughey, Woody Harrelson

L'histoire? Deux enquêteurs qui pensent avoir trouver un coupable dans une affaire sordide et se rendent compte de leur erreur bien des années plus tard. Une histoire de serial killer ne nécessitant a priori pas huit épisodes quand un épisode d'Esprits criminels torcherait l'affaire au bout de 45 minutes avec coupable bouclé ou liquidé. Ce n'est pourtant pas le cas, puisqu'en huit épisodes, les personnages de Nic Pizzolatto ont plus évolué que l'équipe de CBS en bientôt dix saisons. L'intrigue elle aussi se révèle infinimment plus complexe de par les relations entre les personnages. Durant au moins quatre épisodes, Pizzolatto croque ses deux personnages principaux, deux flics aussi différents qu'ils ne lâchent pas l'affaire sur laquelle ils sont et surtout s'avèrent aussi impulsifs pour ce qui est de finir cette enquête. McConaughey incarne un divorcé meurtri depuis la mort de sa fille et partant parfois dans des directions psychiques très poussés (rapidement son collègue lui dit d'arrêter ces conneries, ce qu'il ne fait pas). Harrelson est plus bourrin et volage, alors qu'il est en menage avec femme et enfants prétextant vulgairement la mort d'un parent et se noyant dans l'alcool.

Photo Matthew McConaughey

En quatre épisodes, Pizzolatto parvient à présenter un duo atypique et ce d'une certaine manière. En effet, toute l'enquête (tout du moins au départ) est un immense flashback riche en ellipses (on passe littéralement de 1995 à 2002, puis de 2002 à 2012) et racontée en 2012 par les protagonistes interrogés séparemment par des agents alors qu'ils ne sont plus en service. En les filmant sur différentes périodes, on voit l'évolution du duo que ce soit moralement ou physiquement: la découvert, la rupture et la réconciliation; le trouble de McConaughey sans compter sa gueule amaigrie (on sent qu'il ressortait du Dallas Buyers Club) et limite hyppie et la rancune d'Harrelson, perdant ses cheveux au fil des années. Quant à l'intrigue, un peu comme l'affaire Zodiac, elle évolue au fil des années. On pense avoir trouver le tueur, il n'en est finalement rien. Le crime? Montré dès le premier épisode et rappelant les méfaits du docteur Lecter dans la récente série (un corps de femme coupé par des bois de cerf) quand la réelle batisse du tueur n'est pas sans rappeler celle de Buffalo Bill dans le final du Silence des agneaux. Jusqu'au final de l'épisode 7, le public n'a pas de visuel du tueur permettant un affrontement final d'autant plus crédible. Un peu comme John Do qui n'apparaissait réellement que dans la dernière demi-heure de Seven.

Photo Matthew McConaughey

Pizzolatto a parfaitement compris le cadre d'une série et particulièrement d'une saison, composant en huit épisodes un condensé d'émotion et de suspense que des saisons de vingt épisodes (en gros celles provenant des networks) parviennent moyennement à faire adhérer sur la longueur. Mais surtout, cette série a une facture technique de haute volée. Si Breaking Bad ou Twin Peaks ont mis la barre très haut dans ce domaine, True Detective ne déroge pas à la règle. Pour preuve, on aura rarement vu un plan-séquence aussi maîtrisé à la télévision que celui clôturant l'épisode 4. La caméra suit McConaughey en infiltration avec une tension de tous les instants (va-il tous devoir les tuer ou rester neutre face aux exactions de ses camarades bandits? Va-t-il survivre à une attaque de blancs dans un quartier afro-américain? Qui plus est avec de la coke dans le coin...) et une lisibilité rare de tous les instants avec plans larges, travelling ou plans rapprochés. On se satisfera aussi du grand final dans la tanière du tueur, d'une rare violence (et ce même sur le câble) et notamment cette ouverture permettant un trip certain à McConaughey. L'interprétation est tout bonnement superbe et à la hauteur des attentes. McConaughey, bien qu'un peu fatigué du tournage du film de Jean-Marc Vallée, signe une performance une nouvelle fois admirable quand Harrelson montre qu'il peut aussi jouer des gros durs à poigne comme il l'a montré récemment chez Scott Cooper ou Rampart. La surprise vient néanmoins de Monaghan qui n'a jamais aussi bien joué et ce même dans Gone Baby Gone de Ben Affleck. Soulignons également la qualité du générique tout en symbole et incrustation.

Une première saison d'anthologie soulignée par une écriture soignée, une réalisation léchée et un casting au poil.