Une étudiante devient super-intelligente après la libération d'une drogue dans son organisme. Elle est alors traquée par ceux qui lui ont mis le sachet dans le corps..

Lucy : Affiche

Votre cher Borat vous entend déjà venir bande de chenapants: "Hahahaha Borat a été voir le dernier Luc Besson au cinéma!" et bien sachez que ce n'est pas bibi qui a choisi le film cette fois, mais certains de mes camarades. On ne peut pas dire que le choix en dernière séance était grandiose mais le plus potable était peut être Délivrez nous du mal (Scott Derrickson) face à Hercule (Brett Ratner), Expendables 3 (Patrick Hugues), Nos pires voisins (Nicholas Stoller) et donc Lucy (nous avons volontairement expulsé Nos étoiles contraires). Mais bon, ce qui est fait est fait et Lucy d'être le premier film de Besson vu au cinéma par votre interlocuteur depuis Adèle Blanc Sec (2010). Autant dire que l'on n'est pas prêt d'oublier le fameux plus gros succès français de l'année (pas en France puisque c'est Qu'est-ce qu'on a fait au bon dieu et ses 12 millions de spectateurs, mais ailleurs oui). Ses bandes-annonces n'étaient déjà pas rassurantes, mais alors le film lui-même dépasse l'entendement. On est clairement entre le nanar désopilant de par sa bêtise et le navet pompeux qui va chercher chez le voisin (une habitude chez Luc, certains diront un "hommage" comme QT). Ce n'est même pas étonnant. On est sans cesse entre la consternation et l'hilarité, voire les deux en même temps.

 

(Attention spoilers) Ainsi, comme on le sentait venir gros comme une montagne (suffit de réfléchir un peu au nom de l'héroïne pour savoir qu'il n'a pas été choisi au hasard), Besson montre la fameuse Lucy, première humaine ou tout du moins australopithèque connue en train de boire de l'eau. Certains verront certainement un pompage envers une scène phare de The tree of life (Terrence Malick, 2011) qui fut produit par... Besson! Au moins on reste en famille. Puis on passe sur Scarlett Johansson pendant que Morgan Freeman fait un discours sur l'intelligence et notamment notre capacité à utiliser notre cerveau. Alors que Besson veut intellectualiser son cinéma bourrin n'est pas un mal, un peu de réflexion entre deux tirs de roquettes ne pose pas de problème. Mais quand il se met à faire du pur Ed Wood, on se pose quelques questions sur ce à quoi il tourne (il a par exemple écrit Taken dans un vignoble comme il l'évoque dans le dernier numéro de Popcorn). Ainsi, le discours de Freeman comme les actions de Scarlett sont sans cesse entrecoupés d'archives animalières, histoire probablement de faire des transitions entre l'instinct animal et ce que dit ou arrive aux deux personnages. On se croirait revenir au temps où le réalisateur maudit de Plan 9 from outer space s'éclatait à coller des archives que des potes de studios lui refourguaient car personne n'en voulait.

Lucy : Photo Scarlett Johansson

Le début est donc très porté sur Ed Wood (et légèrement sur Malick, mais l'inspiration viendra plus tard), puis on passe à du pur Besson. Scènes à CGI quelques peu foireuses (le passage dans l'avion où ils ne se sont pas foulés pour bousiller le visage de Johansson), du bourrinage et science-fiction à faire bailler le premier fan des X Men avec des séquences de télékinésie franchement délirantes (ça flotte dans l'air mais on rigole surtout de l'effet) ou une rapidité à toute épreuve pour surfer sur le web. Scènes qui ne servent franchement à rien, à part pour montrer que c'est cool et signer un bel anachronisme (une super-intelligence ne permet pas d'éviter les problèmes de réseau). Au sujet de la réalisation, on peut dire que Besson s'en sort bien. Malgré des effets-spéciaux souvent à la ramasse (et pourtant Le cinquième élément était loin d'être dégueulasse), on peut dire que ce n'est pas moche à regarder et Lucy a le mérite de ne pas être long (1h30 pas plus). Le problème étant bien évidemment son script improbable et franchement risible auquel se rajoute les clichés bessoniens purs. Ainsi si l'on se fit à la vidéo de Mozinor on a: "une pute (ou tout du moins une héroïne un peu considérée comme telle par les méchants et écarte les jambes pour attirer la libido d'un mâle bien con) qui défonce la gueule à des yamakasis (des asiatiques, probablement des sud-coréens vu que le méchant est incarné par Choi Min Sik) et qui roule très vite en Peugeot".

Lucy : Photo Morgan Freeman, Scarlett Johansson 
Pour le dernier point, on peut remarquer quelques faux-raccords car à force de faire un peu n'importe quoi, Tonton Besson fait valdinguer des voitures alors que celle de Lucy n'est pas du tout dans la même direction. Pas de bol pour lui, cela se voit énormément. A cela rajoutez une police peu réactive quand il le faut. Le pire étant bien évidemment que Besson veut faire dans la réflexion mais ne peut le faire sans tomber dans le bourrin. Lucy ressemble parfois à une sequelle de Commando (vous allez comprendre assez rapidement). Vu que Lucy est capable de contrôler les éléments, elle devient donc indestructible ou tout du moins la drogue est sufisamment puissante dans son organisme pour atteindre des sommets. Voilà encore un élément que Tonton Besson aurait dû oublier: prendre une drogue comme vecteur de super-pouvoirs. Peter Parker a eu une morsure d'araignée, Matt Murdock une brûlure mortelle, Hal Jordan un anneau extraterrestre, Lucy a la drogue. Classe. Donc voici venir Scarlett indestructible à l'image de l'intouchable Schwarzy qui mitraille les méchants (changez les mexicains par des sud-coréens), sans jamais être inquiétée par les balles. Un des cocos ira même jusqu'à faire sauter une porte au bazooka, alors que l'on est dans un bâtiment scientifique avec peut être des substances explosives! Il ne faut pas chercher à comprendre!

Mais là où le film atteint peut être des sommets nanar c'est dans son final totalement nazebroque. Besson revient à The Tree of life avec Lucy qui revient jusqu'au big bang rien de moins pour en faire une sorte de déesse. Tout cela jusqu'à reprendre la fresque de Michel-Ange à la chapelle Sixtine où Dieu touche le doigt de l'Homme. Pareil ici, avec les deux Lucy à savoir celle du film et l'australopithèque. Mais le film touche aussi à Contact (Robert Zemeckis, 1997), puisque Lucy fait des sauts physiques via une sorte de circuit où elle voyage de la Normandie à New York, puis vers le cosmos et enfin en tant que déesse. Alors si on n'est pas forcément dans l'extraterrestre, le principe est quasiment le même, tout en restant parfaitement normal pour les autres. Sans compter la vision assez naturaliste de Malick se transformant en Scarlett découvrant le paysage. Pas de quoi convaincre grand monde. (fin des spoilers) Pour ce qui est de l'interprétation c'est vraiment mauvais. Entre Scarlett qui passe de la victime éplaurée à une femme rigide, moralisatrice (elle n'a rien d'attachante et pourtant Besson a souvent réussi à rendre sympathiques certains personnages féminins) et tuant sans vergogne (elle tue un patient sous prétexte que sa tumeur était incurable, ouais...). Morgan Freeman n'a plus besoin de prouver à personne qu'il prend le cachet sans regarder le scénario (on a vu cela récemment avec Transcendance). Enfin, Choi Min Sik cabotine en mafieux à deux balles.

Un gros navet qui navigue entre blockbuster débile et réflexion à la ramasse, pas aidé par des acteurs mauvais comme cochons.