Terminator reste une des sagas les plus appréciées de la science-fiction, mais aussi une des plus mutilées. Il n'y a qu'à voir les batailles de studios pour avoir la franchise dans sa timeline suite au désistement d'Orion après le film de James Cameron (plus de sous et le studio a préféré son "successeur" RoboCop au grand plaisir de Big Jim). Le réalisateur d'Aliens avait alors trouvé preneur chez Carolco et le producteur Mario Kassar sur Terminator 2: Le Jugement dernier. Enorme budget (102 millions de $ dont 12 à 15 dans les poches d'Arnold Schwarzenegger!), énorme succès mais Carolco rend l'âme suite au flop malheureux de L'île aux pirates de Renny Harlin. Néanmoins, Kassar garde les droits et doit s'allier à Columbia et tout deux doivent faire face à un dilemme violent: non seulement passer après deux films cultes et ovationné à la fois par les gosses des 80's que des 90's et surtout se passer de Big Jim (et ce malgré qu'il soit impliqué dans un Terminator 3 tout au long des 90's et ce malgré son implication dans des films comme True Lies, Titanic ou son Spider-man avorté). Schwarzy fait la fine bouche dans un premier temps avant de se rétracter face à un beau chèque. Le film marche mais se fait descendre.

Terminator Genisys (affiche)

A tord selon le maître de ses colonnes tant malgré son trop grand nombre d'allusions aux précédents volets (John Connor face au jugement dernier une nouvelle fois, le T-800 pour l'épauler, le TX mélange entre le T-800 pour le côté organique et du T-1000 pour les métamorphoses) et quelques scènes nanardes (Schwarzy en mode cabotinnage et si possible à poil dans une boîte de striptease en plein ladie's night), il nage dans un pessimisme profond plongeant la saga dans des contrées apocalyptiques. Si T2 se terminait sur une note d'espoir, T3 n'en fait pas autant et annonce clairement la guerre tant évoquée depuis le début de la saga. Et puis le film délivrait largement la marchandise pour passer un bon moment. Terminator revient finalement à la télévision avec Sarah Connor Chronicles que l'on peut déjà prendre comme un reboot. La série sympathique mais pas transcendante se passe à la fois après Le Jugement dernier tout en zappant Le soulèvement des machines par un petit voyage dans le temps. Le garde du corps de John n'est plus un molosse mais une femme, sorte d'excuse pour les hormones adolescentes du futur chef de la résistance et on apprend que Kyle Reese a un frère (incarné par Brian Austin Green, ancien habitant de Beverly Hills!). Mais la Fox diffuse la série très mal et même si elle la renouvelle pour une seconde saison, elle la diffuse dans la case noire du vendredi 22h. 

Terminator Genisys (storyboard) (2)

Deux saisons et puis s'en va. Warner reprend les rènes avec Terminator Renaissance partant d'un postulat salvateur, puisque passe enfin à l'ère apocalyptique. Mais rien ne se passe comme prévu: Christian Bale ne marche pas dans la même direction que le réalisateur McG (confirmé encore par des propos récents); il s'engueule avec le directeur de la photographie dans une séquence délirante qui ne sera jamais évoqué dans un bonus (mais fit la joie des youtubeurs) et surtout le film n'est pas bon. Fan service en pagaille (il n'y a qu'à voir l'utilisation affreuse du T-800 pour s'en rendre compte), sous-intrigue dézinguée dès l'ouverture (ou comment vous évoquez la quête identitaire à venir en dévoilant tout ce qui va en découler), Bale mauvais comme cochon et qui aurait mieux fait de mieux jouer que de gueuler comme un imbécile, belle photo, quasiment pas de terminators, pas si apocalyptique que ça... Le film rate le coche complètement et le public ne suit pas du tout. La franchise est une nouvelle fois rachetée, cette fois par les Ellison. D'un côté, Megan dirigeant Annapurna responsable des derniers films de David O'Russell (ce dont on se serait bien passer), de The Master ou Zero Dark Thirty. De l'autre, son frère David dirigeant Skydance et responsable des derniers Star Trek, des derniers Mission Impossible ou GI Joe 2 (on ne se réussit pas à chaque fois). 

Terminator Genisys (storyboard) (1)

Un duo néanmoins gagnant entre l'auteurisant et le blockbusterisé. Justin Lin, réalisateur des Fast and furious de 3 à 6, était dans un premier temps pressenti avant de se désister. C'est finalement Alan Taylor, réalisateur sur la série Game of thrones et le misérable Thor The Dark World, qui se révèle aux commandes de ce cinquième volet que l'on annonce d'ores et déjà comme un reboot. Et pour cause, la timeline chère à la saga "84 il débarque, Kyle Reese donne un enfant à Sarah Connor; 95 il revient positivement et annule le jugement dernier; 2003 Skynet prend le contrôle du monde et John Connor appelle à la résistance; après le jugement dernier, John Connor chef suprême de la resistance envoyant son père dans le passé pour sauver le futur" risque fortement d'en prendre un coup avec Terminator Genisys. On apprend ainsi que ce soit dans le synopsis ou cette première bande-annonce (vous m'excuserez d'avoir pris l'originale et non les versions recoupées) que Sarah Connor (Emilia Clarke dont ce sera le premier grand rôle au cinéma, elle qui est une des stars de la série Game of thrones) a vu ses parents mourir par un terminator durant son enfance et est recueillie par un T-800. Elle est en soi déjà une guerrière lorsque le T-800 incarné par Schwarzy dans le film de James Cameron arrive (d'ailleurs, encore une fois après Renaissance, ils l'ont encore foiré...) et Kyle Reese (Jay Courtney certainement un des acteurs les moins charismatiques du moment déjà présent en bad guy dans Jack Reacher et en fils indigne dans Die Hard 5) par la même occasion.

Terminator Genisys (photo entertainment weekly) (1)

Ce que l'on ne comprend pas en revanche est qu'il est totalement improbable que John Connor envoie son soldat, sans même lui dire qu'un T-800 probablement envoyé par lui (par qui d'autre alors? Skynet?) a sauvé sa mère. Idem pour ce T-100 incarné par Lee Byung Hun qui apparaîtrait non plus en 1995 mais en 1984, donc non plus pour tuer John Connor mais sa mère. Alors je veux bien qu'il faut faire un reboot, mais par ces deux éléments, on voit qu'il y a un petit truc qui cloche. Y compris l'excuse de faire vieillir les tissus des Terminator (pourtant approuvé par Big Jim) pour reprendre Schwarzy qui a passé largement la soixantaine. Néanmoins, le côté reboot permet d'accélérer l'ensemble du processus et peut être de montrer la guerre entre la resistance et Skynet dans une longue introduction comme le suggère le début de la bande-annonce. On voit donc une opération pour le moins explosive avant que John Connor (incarné par Jason Clarke) fasse un discours afin d'introduire Kyle Reese dans la machine à remonter le temps (que l'on voit enfin pour le coup). La partie 84 apparaît donc plus guerrière que dans le film de Cameron où l'on naviguait dans un pur survival avec un mal increvable qui vous traque à tout instant. Ici ce n'est plus vraiment le cas et on serait davantage dans un film de science-fiction à tendance actionners. 

Terminator Genisys (photo)

Un peu dommage mais attendons néanmoins de voir ce reboot plus ou moins assumé de la saga Terminator, en espérant qu'il aura tout d'autres idées et ce sera au minimum divertissant (ce que n'était pas Renaissance). Terminator Genisys sortira le 1er juillet.