Tout d'abord, je tiens à vous souhaiter encore une bonne année mes chers lecteurs (on a un mois pour le faire, après vous ne serez plus pris au sérieux!) à base de sabres-laser, vengeurs masqués, homme-fourmis, émotions, missions-impossibles, robots venus du futur quand ils ne se découvrent pas une humanité, routes furieuses, mommy-porn, maisons hantées, dinosaures, d'agents double-zéro et évidemment du débarquement de Marty McFly (on y reviendra au cours de l'année ne vous inquiétez pas!). Je m'excuse aussi de faire autant dans le mortuaire en ce moment, mais la Cave de Borat aborde tout et n'importe quoi et quitte à rendre hommage aux défunts, autant passer par là. Car la Cave de Borat reste un réservoir sans filtre, le genre où on entasse les souvenirs, les cd, les DVD, les jeux, les livres, d'autres choses pas très catholiques... Enfin bref des choses et vous le remarquez depuis bientôt deux ans (et oui en février... deux ans que je vous soule avec mes conneries). Joe Cocker nous a quitté la semaine dernière, laissant derrière lui une flopée de grands moments musicaux pour notre plus grand plaisir. Sans lui certains moments n'auraient jamais été fun. Preuve en est Jean-Luc Reichmann était bien content d'avoir un morceau de Joe pour sa question co, sa question ine, sa question coquine d'Attention à la marche. Indéniablement tout le monde connaît You can leave you hat on ou l'a entendu au moins une fois. 

Le premier me disant que non sera surement un menteur, cette chanson étant plus d'une fois rediffusée sur les radios (voire encore plus dorénavant, car comme on le sait, quand il y a décès, on ressort les disques, preuve en est avec Michael Jackson diffusé même sur des chaînes n'ayant rien à voir comme RTL 2!) voire archi connue à cause de l'utilisation dans l'émission (valant son lot de bêtisier inévitable) ou même le fameux film auquel elle servait de chanson. Car inévitablement même ceux qui n'ont jamais vu Neuf semaines et demie d'Adrian Lyne (comme votre cher Borat aussi étonnant soit-il), connaissent la fameuse scène du striptease qu'illustre la chanson. Tout le long du film, Mickey Rourke (qui avait encore une belle gueule, certains diront du talent) joue à touche pipi avec Kim Basinger (déjà connue pour avoir jouer une james-bond girl non-officielle dans le sympathique Jamais plus jamais mais qui explosera avec ce film). Mais c'est le moment de grâce où Basinger devient une femme gourmande et croquante, le fantasme libéré de l'ami Mickey (non je ne parle pas d'une souris) et paf le striptease. La chanson de Cocker casse la baraque au point qu'il n'y a aucun autre son, on n'entend que la musique. Même les paroles de Mickey sont muettes comme son rire.

Ainsi Kim se déshabille sous la musique de l'ami Joe, faisant péter les trompettes comme pas possible (mettez ces moments de trompettes dans une salle silencieuse, vous en entendrez les conséquences!) et la voix si particulière de Cocker explose littéralement pour le meilleur. En sachant qu'en 1997, la chanson fut réutilisée pour le grand jeu de The full monty mais par Tom Jones. Bien moins charmant c'est sûr. Mais avant 1986, Joe Cocker avait cassé la baraque mais cette fois en personne. En 1969, il est un des participants du festival de Woodstock aux côtés de Jimi Hendrix, Joan Baez, Santana, Janis Joplin, Jefferson Airplane ou Creedence. Le festival événement fera l'objet d'un documentaire signé Michael Wadleigh et sortant l'année suivante récoltant par la même occasion l'Oscar du meilleur documentaire. Le réalisateur capte certes un grand nombre des numéros musicaux, mais il développe aussi sur les (très longs) préparatifs d'un show gargantuesque et surtout sur le témoignage de spectateurs tout ce qu'il y a de plus simples et humbles. Une vision de plaisir entre personnes pas seulement musical mais aussi universel. Pas de violence à l'horizon et même une tendance à l'écologie (alors qu'aux USA). Mais beaucoup se souviendront encore longtemps du show de Joe Cocker, à la limite de la trance et notamment sa reprise de With a little help from my friends. Une reprise qui deviendra aussi populaire que la chanson phare des Beatles.

Un incontournable en soi, repris merveilleusement en image par les caméras de Wadleigh (split-screen facile alignant sur les choristes et surtout un Cocker déchaîné). Sa reprise sera reprise dans un autre film, français pour le coup, Mes meilleurs copains de Jean-Marie Poiré. Flop à l'époque devenu petit à petit un petit film culte au fil de ses diffusions à la télé, le film évoque les retrouvailles d'une bande de potes avec celle qu'ils ont tous aimé à un moment donné. La chanson apparaît alors dans la dernière séquence du film s'alignant avec le générique dans un long plan-séquence commençant à hauteur d'homme pour finir par des mouvements de grue. La chanson qui prend tout son sens dans ce film, symbolisant l'amitié entre les différents personnages aussi bien musicalement que visuellement. Tout y est. En 1993, Joe Cocker est cité de manière magistrale par Brian De Palma dans L'impasse ou Carlito's way. La chanson You are so beautiful est utilisée par deux fois, chacune ayant comme signification la femme de Carlito incarnée par Penelope Ann Miller. La première arrive lors de leurs étreintes synonyme de retrouvailles. Le bandit a quitté sa belle avant d'aller en prison et une fois libéré, il la retrouve comme stripteaseuse dans une boîte. Il finit par lui bousiller la porte et les amants de se retrouver.

La chanson, absolument magnifique et cri du coeur s'il en est de l'ami Joe, va parfaitement avec la séquence. "Tu es trop belle pour moi" disait Joe Cocker, Carlito n'en pense pas moins, lui l'ancien criminel dont les anciens démons finissent par resurgir. La seconde utilisation est beaucoup plus subtile voire symbolique (attention spoilers) On le sait depuis les premières minutes, depuis le générique, Carlito va mourir ce n'est qu'une question de temps. La séquence pré-générique de fin montre donc la tragédie qui amène à la conclusion évidente. Devant lui se profile une publicité pour les îles, une image colorée en orange. Cela pourrait n'être qu'une banale publicité après tout, mais Carlito entrevoit l'avenir de son amante ou tout du moins le rêve qu'il avait fait pour elle. Elle en train de danser et avec probablement l'enfant de leur union avec elle, vivant harmonieusement sur une île tropicale loin du fléau de New York et son crime organisé. La chanson de Joe Cocker apparaît donc comme la dernière chose auxquelle pense Carlito. Une beauté certaine, probablement un des derniers grands tours de force de De Palma en terme d'utilisation musicale, lui qui a tant excellé avec Paul Williams sur Phantom of the Paradise et avec Giorgio Moroder sur Scarface.

(fin des spoilers)

Vers la fin des années 90, Joe Cocker se paye Catherine Deneuve pour le clip de la chanson N'oubliez jamais. Un clip plutôt joli où ils incarnent deux anciens amants se retrouvant dans un Paris à la limite de la carte-postale. En sachant que la chanson sera également citée dans le film de Gérard Jugnot Meilleur espoir féminin, notamment comme générique de fin (mais je ne m'attarderais pas dessus). Rares furent les apparitions sur grand écran de Joe Cocker en dehors de captations de concerts (évident mais soulignons le quand même). En 2007, Julie Taymor revenait sur les chansons des Beatles avec la comédie-musicale Across the universe. Au lieu de banalement appeler Joe Cocker pour reprendre sa reprise phare de With a little help from my friends (reprise ici par Joe Anderson et Jim Sturgess), la réalisatrice lui a plutôt proposé Come together. Le chanteur se retrouve à incarner différents personnages autour d'un jeune afro-américain venant de Detroit peu après les émeutes. Dans un premier temps, il apparaît comme un clochard type hippie (humour Woodstock!) sauvant de peu le jeune homme d'une jeune voiture, mais plus cocasse encore et grimé comme pas possible, se retrouve à incarner un mac avec plein de jolies demoiselles autour de lui dansant superbement bien. Le chanteur fait une reprise merveilleuse, la chanson semblant lui aller comme un gant et semble à l'aise à l'écran.

Je terminerais cet hommage sur une page de Zep. L'auteur de Titeuf (qui a fait des BD bien plus adulte ne l'oublions pas même si Titeuf n'a jamais fait dans le soft) publiait il y a quelques années Happy rock un hommage à ses expériences de concerts ou musicales pour le moins jubilatoire. Parmi les nombreux passages, il y avait bien sûr Joe Cocker. Cela commençait de manière très sexy pour une chute tonitruante. Du pur Zep. RIP man et à la semaine prochaine!

Joe Cocker