ça y est mes chers lecteurs, nous allons pouvoir un peu rire en ce mois de janvier aussi dévastateur soit-il. La Cave de Borat va enfin pouvoir partir sur une once d'espoir et d'humour après les drames de la semaine dernière (rien que d'en parler j'en ai mal au coeur...). J'ai toujours aimé la série South Park tout du moins de loin. Je n'avais jamais suivi de saison, uniquement des épisodes par ci, par là au fil des années (et notamment depuis que je suis adolescent) et je vous avais d'ailleurs parlé des deux premiers épisodes de la série phare de Comedy Central. Critique qui honnêtement aurait pu arriver dans la Cave de Borat si elle avait existé avant, tellement les anecdotes étaient croustillantes (d'ailleurs la VHS marche toujours et je la bichonne!). Puis vint le film que j'ai découvert en streaming, arrivant très difficilement à le trouver en commerce (curieux quand on pense que la série fut diffusée sur Game one, NRJ 12 et MTV et que les coffrets sont édités par TF1!) et ne bénéficiant pas de BR par chez nous (peut être aux USA allez savoir...). Un vrai bonheur de pignolade où tout y passé: les réacs, les cons, les Baldwin, les ricains, les canadiens, la violence, la guerre, Saddam, Satan, Satan baisé par Saddam, Kenny (comme toujours!), la mère de Kyle, Terrence et Phillip, Jimbo...

Rarement un film d'animation pour adultes a autant touché au but dans sa critique sociale, montrant à quel point Trey Parker et Matt Stone ont réussi le coup de faire un film virulant sans épargner personne. Puis vinrent la compilation de Terrence et Phillip qui m'a fait hurler de rire sur le Tube (mais si celui commençant par you) et un ami m'a montré quelques épisodes (facilement trouvable sur le net) dont le fameux viol d'Indiana Jones par George Lucas et Steven Spielberg (quel traumatisme... on s'en relève difficilement). Et il en est venu à la saison 18 de South Park et là votre cher Borat s'est fendu la gueule comme jamais et encore plus en découvrant toute la saison (ce qui n'était jamais arrivé pour le rappeler à nouveau). Car pour le coup, Stone et Parker ont fait dans la saison-feuilletonante. Tout n'est évidemment pas assemblé, mais il y a toujours un petit truc qui est lié à un épisode précédent, même futile. Une innovation plutôt amusante (à l'image des Simpson, South Park a toujours fait dans des épisodes individuels, même si quelques piques vers le passé peuvent apparaître sans que le téléspectateur soit frustré), d'autant que les deux larrons ont le mérite d'avoir trouvé la bonne pirouette scénaristique pour faire durer le plaisir.

Cartman king of throne!

Même si tous les épisodes ne prennent pas en compte cet arc narratif loufoque, il est néanmoins au centre d'un très grand nombre d'épisodes, dont certains (dont le final) entièrement consacré à ce sujet. (attention spoilers pour garder du mystère si vous voulez le découvrir par vous-même) Vous pensiez que Lorde était une chanteuse néo-zélandaise de dix-neuf ans? Hé bien les scénaristes ont trouvé bien plus amusant. Tout d'abord un vulgaire arrière-plan le temps du second épisode où la chanteuse apparaissait étrangement avec une voix d'homme et une moustache. Invraisemblable dans une fête donnée à South Park de voir une telle star dans la ville, qui plus est aussi proche. Mais dès l'épisode The Cissy, les scénaristes ont décidé de frapper encore plus fort, en prenant en compte la remarque d'un journaliste du Spin évoquant que la caricature était ridicule. Ainsi nous découvrons contre vents et marées l'identité de Lorde. Il s'agit de Randy Walsh le père de Stan, ce dernier expliquant de manière terriblement logique comment il a fait pour devenir une chanteuse (il est inspiré sur les trônes féminins, s'enregistre et change le tout via un modificateur de son!). Mais mieux encore, les scénaristes ont réussi à rendre le personnage encore plus attachant qu'il ne l'était déjà, en interrogeant sur la transexualité de manière sobre sans prendre le principe comme une vanne.

Iggy Azalea avec le popotin qui déborde...

Alors certes il faut voir Randy faisant le con avec une perruque, la moustache bien apparente et en robe chantant "I am Lorde ya ya ya!". On peut aussi rigoler en le voyant mener une double identité jusqu'à son boulot, allant jusqu'à provoquer la polémique au sujet des toilettes. Mais les scénaristes aborde le sujet de la transexualité avec une certaine sincérité, prenant le contrepied du foutage de gueule parallèle de Cartman (ce dernier ouvrant comme souvent sa grande gueule en se faisant passer pour transexuel et ainsi avoir des toilettes appropriés!). Randy devient Lorde pour le public et curieusement cela ne paraît pas grossier et même irrespectueux. Surtout, Lorde apparaît comme un personnage largement moins provocant qu'une Nicky Minaj (montrée mais sans jamais réellement taper dessus) et surtout Iggy Azalea (représentée par un énorme popotin et relativement vulgaire). Pour rappel pour les non-initiés, il s'agit de deux chanteuses plus connues pour montrer leur anatomie que leurs réels talents de chanteuse... Le pauvre Randy ira même jusqu'à faire comme s'il avait un clitoris pour être aussi ridicule que ses consoeurs sur scène dans une séquence aussi jubilatoire que réaliste (Miley Cyrus a fait pareil durant sa tournée). En soi, Lorde apparaît complètement pure quitte à faire ce genre de sortie qui ne lui correspondent pas.

 

En soi, l'image de la chanteuse n'est même pas bafouée et devient un personnage terriblement attachant. Parker et Stone ont réussi leur coup. Sans compter la chanson Push (soit "pousser", amis poètes alors que le reste de la chanson est plutôt soft) plutôt efficace avec Sia aux vocalises (artiste que j'apprécie de plus en plus). A cela, les scénaristes ont également rajouté une sous-intrigue supplémentaire avec le producteur de Lorde faisant absolument tout et n'importe quoi et voulant conquérir le monde avec des hologrammes d'artistes et si possible morts! Tant qu'à faire, prendre Cartman en commentateur dont la fenêtre peut se trouver partout (et ça seul l'animation peut le faire avec autant de singularité). Ainsi Michael Jackson se trouve dans un monde d'ignorants quand 2Pac apparaîtrait presque comme une sorte de Terminator holographique! Tout est bon pour faire du business. Les scénaristes dézinguent les maisons de disques avides de buzz, si possible par des shows gargantuesques qui ne sont pas sans rappeler certains dérives des 90's, mais si c'était les boys bands. Sans compter cette incursion mémorable de Bill Cosby se tapant ni plus, ni moins Taylor Swift au coin du feu! (fin des spoilers) Evidemment, la saison 18 ne s'impose pas que sur cette intrigue sur la longueur. L'épisode Go fund yourself se paye le principe de Kickstarter, ces moyens de financer un film, un disque ou une série. Ici il s'agit d'une start-up que se crée la petite bande. Sauf que le nom revient aussi à une équipe de football américain.

Cartman chef de start-up.

Les scénaristes tapent non seulement sur le mode de financement complètement bateau (nos amis montent cela pour... ne rien faire et cela marche!), mais surtout montre la bêtise de certaines personnes: ils trouvent le projet amusant ou autre, ils payent, pas grave si cela n'a aucun sens. Sans compter le passage du match de football qui est juste monstrueusement cynique. Dans un certain sens, Freemium Isn't free le rejoint. Stan se retrouve addict à un jeu en apparence gratuit mais accumulant les crédits au fil que le joueur devient addict. L'occasion de revoir Terrence et Phillip (pas d'envolée pétomanes malheureusement) coincés par les autorités canadiennes prenant leur identité pour ce jeu totalement naze, mais terriblement addictif. Utilisation de propriété intellectuelle (!), addictions et même un final surprise rappelant les grandes heures du film. Handicar ne met pas en scène nos personnages préférés mais s'attardent sur des jeunes handicapés cherchant à se faire de l'argent pour l'été. Sauf deux qui vont tout faire pour éviter cela, malgré le succès fulgurant du Handicar. S'en suit une course des Fous du volant totalement improbable où se croisent les deux ahuris, Timmy le roi du Handicar, Santana et Diabolo, un taxi et... Matthew McConaughey! 

"Terrence je crois que j'ai chié dans mon froc! -M'en parle pas Philip, j'ai déjà le slip qui fuit!"

L'acteur se voit taclé à cause de ses pubs pour les voitures Lincoln avec le costume et l'accent significatif! Déjà que l'ami Jim Carrey s'en était donné à ravir lors de son passage au Saturday Night Live, là Parker et Stone s'en donnent à coeur joie, reprenant toutes les mimiques de l'acteur. Les auteurs reprennent l'actualité également avec l'épisode Gluten Free Ebola et pour cause le gluten devient la nouvelle épidémie du moment. Mais évidemment, le duo n'y est pas allé de mains mortes, car le gluten dans chaque nourriture fait voler... le pénis et évidemment fait mourir la personne! Un épisode qui revient à des sources un peu vulgos mais clairement délirantes et jubilatoires. Une sorte de parodie du film catastrophe par excellence. The magic bush revient sur les polémiques autour des drônes, où celui de Butters a donné lieu à un scandale pour le moins loufoque. Là encore on touche parfois au vulgos; c'est clairement un régal avec ces adultes essayant tant bien que mal de ne pas parler d'un point particulier, alors qu'ils foncent tous têtes baissées dans le sujet. Quant à Cock Magic, il s'avère l'épisode le plus violent de la saison car le personnage de Randy atteint des sommets de folie furieuse.

Matthew McConaughey en plein voyage interstellaire... depuis sa voiture.

Dans le genre tour de magie qui tourne très mal, on est bien servi et puis ce concours de cartes magic... avec des poulets! On touche à la fois au gag en dessous de la ceinture (c'est le cas de le dire) et à l'absurde (vous voulez voir un match de volley avec une équipe de filles et un seul poulet en face?!). Sans compter l'épisode Grounded Vindaloop, sorte de mélange fascinant entre Matrix et Inception qui, en plus de nous dévoiler les vrais enfants derrière South Park (!), se permet de dézinguer les services téléphoniques. Mais si, ceux même qui vous répondent alors qu'ils ne sont pas dans le même pays que vous, voire même se répondent eux-mêmes! En résulte, une dix-huitième saison qui atteint des sommets, que ce soit par un arc narratif pour le moins fantastique (confirmant que sur bien des points, South Park a dépassé Les Simpson désormais en roues libres) et des thématiques traitées soit avec une subtilité rare ou dans le délire jubilatoire. Allez à la semaine prochaine!