Menahem Golan nous a quitté cet été alors qu'il était revenu à Cannes avec son cousin Yoran Globus pour la présentation du documentaire à son effigie The Go-go boys. Votre cher Borat avait même fait un dossier pour l'occasion revenant sur grands nombres de projets de la Cannon et la 21th Century Corporations, certains relevant du grand foutage de gueule voire sentant la magouille. Ce que l'on sait moins c'est qu'un autre documentaire nommé Electric Boogaloo (d'après un titre de film de la Cannon tellement mauvais qu'il est devenu un gimmick pour évoquer une "sequelle jugée outrancière et/ou de confection douteuse" dixit Mad Movies) se confectionnait en parallèle mais non-officiel. Et pour cause, The Go-go boys peut être vu comme une autoproduction du duo de la Cannon, cherchant à tout prix à regagner une certaine gloire. Ce documentaire est sorti en salles, pas Electric Boogaloo qui sort direct to DVD (tout du moins disponible avec le Mad Movies de ce mois, qui ont concocté un énorme dossier sur la Cannon pour l'occasion, donc à conseiller) et sera projeté à Gerardmer dans quelques jours. Si l'on y regarde de près Electric Boogaloo est certainement le plus intéressant, car propose de montrer un regard totalement indépendant par rapport à l'autre documentaire et impose une vision beaucoup moins élogieuse de la Cannon.

Electric Boogaloo : Affiche

Des scénaristes, collaborateurs, réalisateurs (notamment Tobe Hooper qui délivrera trois films ou Albert Pyun artisan notable de la Cannon) ou acteurs (bon on n'a pas Chuck, ni Stallone, ni Jean Claude, mais il y a Richard Chamberlain et Bo Derek!) témoignent au cours de ce film, faisant en soi eux même la narration du documentaire. Electric Boogaloo se joue donc uniquement sur les images et les témoignages, permettant en soi une narration fluide sans foutue voix-off qui parasiterait les interview. Le documentaire commence par évoquer le statut des deux cousins avant l'acquisition de la Cannon, surtout connu à l'époque pour faire dans le film érotique ou la peloche gentiment horrifique. Je ne reviendrais pas sur des films déjà évoqués dans le dossier (que ce soit les Alan Quatermain, les films de Hopper, Voyage au centre de la Terre ou encore Les maîtres de l'univers), mais certaines anecdotes les concernant sont pour le moins amusantes. Comme ce bon vieux Dolph Lundgren disant que lorsque Stallone est passé sur le plateau des Maîtres de l'univers, il a demandé à Golan s'il avait réellement besoin de dialogue (et paf), tout en étant gêné d'avoir un acoutrement pareil. Tout comme Richard Chamberlain évoquant que Sharon Stone était "très spéciale" sur le tournage des Alan Quatermain, quand d'autres sont beaucoup moins gentils!

Electric Boogaloo : Photo Menahem Golan, Yoram Globus

On notera également l'anecdote racontant que le premier Portés disparus était tellement mauvais selon ses instigateurs que sa suite sera tournée dans la foulée et passera pour le premier! Le premier film tourné sera donc sa séquelle! Pareil pour Sahara, grosse production avec Brooke Shield où cette dernière était vue déjà avec un Oscar par l'ami Golan! La Cannon est assez critiquée au cours du film notamment à cause de leurs techniques de financement. Et pour cause, Golan et Globus avaient la grande folie des grandeurs, annonçant parfois plus d'une cinquantaine de projets alors que deux ou trois verront le jour! Un contexte totalement aberrant où l'on retrouve des tonnes de films possibles avec Chuck Norris ou Charles Bronson (notamment The Golem où il aurait dû "affronter" une créature issue de la culture juive le fameux personnage éponyme!). Evidemment beaucoup de bruits pour rien mais il faut bien dire que Golan avait ce chic de savoir faire sa promotion au téléphone, toujours à la recherche d'éventuels banquiers. Tout trop vite au point d'accumuler les couilles par ci par là à l'image de chaînes de cinémas à travers le monde qui fermeront avec fracas, emmenant encore plus la Cannon vers une faillite inévitable. On peut aussi voir dans ce documentaire à quel point il savait capitaliser sur les modes. La phase ninja est à elle seule une véritable rigolade avec le fameux Enter the ninja (dont je vous avais déjà parlé) où Franco Nero joue un ninja... tout en étant doublé par un cascadeur une fois masqué! 

Electric Boogaloo : Photo

Dès le volet suivant, Shô Kosugi qui incarnait le méchant devient ici le gentil dans Ultime violence! Le troisième volet Ninja III pousse la pignolade encore plus loin en mélangeant les films d'arts-martiaux et L'exorciste! Et pour cause, une professeur d'aérobic se retrouve possédée par un ninja après avoir touché un sabre et fait équipe avec Kosugi. Du grand nawak qui aura fait rire bons nombres de spectateurs avides de ce genre de peloches qui a fait le succès des vidéoclubs. Le plus amusant reste l'intérêt de Golan et Globus pour les danses! Ainsi voici venir Break Street 84 (titre français de Breakin'!), film sur la break dance où de vrais danseurs se retrouvent face à Lucinda Dickey (qui se faisait dézinguer par les autres danseurs sur le tournage) que l'on retrouvait la même année dans Ninja III. Comment passer du coq à l'âne. Le tout ne s'est pas arrêté puisque les deux moguls ont enchaîné avec une suite, le fameux Electric Boogaloo, qui au contraire de son aîné s'est planté comme jamais. Une fois séparés (Golan s'étant sévèrement engueulé avec son cousin et les deux ont fini par produire des films chacun de leurs côtés), les deux cousins ont trouvé un nouveau moyen de se faire du pognon sur une mode: la lambada!

 

Même séparés, ils ont les mêmes idées!

Les deux faisant chambre à part tourne chacun un film et le plus drôle dans l'histoire étant que non seulement ils sont sortis le même jour (un intervenant raconte que l'un arrivait, l'autre juste après pour deux avant-premières se déroulant en même temps!), mais se sont également plantés en beauté. Par ailleurs, dans le film produit par Golan The forbidden dance on retrouve une certaine Linda Harring encore bien loin de l'univers de David Lynch. Autre curiosité de ce type, le duo avait produit une comédie-musicale sur la Genèse intitulée The Apple. Encore un flop. Le documentaire s'intéresse également à la partie érotique de la Cannon. Tout d'abord avec L'amant de Lady Chaterley où le duo faisait revenir le réalisateur d'Emmanuelle Just Jaeckin avec sa vedette phare Sylvia Krystel (qui s'en prend plein la tronche de la part des différents intervenants, la plupart évoquant un jeu d'actrice à chier des bulles!). Même chose pour Bolero où Bo Derek débarque totalement nue sur un cheval et où cette dernière témoigne que Golan a voulu des scènes de nue supplémentaires alors qu'elle les jugeait déjà bien chaudes! 

bolero-1984-01-g

 Bo Derek fantasme des 80's...

Et puis il y a les associations avec des auteurs. Franco Zeffirelli y trouvera la meilleure collaboration avec un studio sur Othello quand Jean-Luc Godard a fait encore des siennes sur le fameux King Lear (Molly Ringwald revient d'ailleurs sur le tournage où elle jouait une sorte de Jeanne d'Arc et surtout quand elle a demandé à Godard qu'est-ce qu'elle devait faire, ce dernier a comme souvent été évasif voire méprisant). Sans compter Barfly où Barbet Schroeder avait menacé à Golan de se couper un doigt s'il refusait de continuer à financer le film. Ce qui a plu à Golan! Au final ce documentaire s'avère aussi fun que les films qu'il dévoile. Il réussi à revenir efficacement sur les années Cannon tout en restant lucide sur leur travail. Un très bon documentaire en soi et revenant sans censure sur un empire culte du cinéma bis en général.


Electric Boogaloo : Bande Annonce VOST... par Filmsactu