Un jeune délinquant se retrouve entraîné par un espion très spécial et se retrouve confronté à un industriel prêt à conquérir le monde...

Kingsman : Services secrets : Affiche

Dans le genre surprise totale, Kingsman se pose là. Adapté d'un comic-book signé Mark Millar (aussi bon qu'il n'est grande gueule et partant parfois trop dans le vulgaire comme le confirma Kick Ass 2 dont l'adaptation est honnêtement bien meilleure) et Dave Gibbons (dessinateur incontournable de Watchmen, il n'y en a pas que pour Alan Moore); Kingsman est un film d'espionnage cherchant comme Kick Ass à jouer des codes du genre pour mieux les remettre à sa sauce. Par la même occasion, Millar retrouve Matthew Vaughn qui n'a pas hésité à lourder X Men Days of the future past, permettant à Bryan Singer de signer son grand retour dans la saga et remanier le script initial par la même occasion (pas un mal vraisemblablement). Pourtant malgré le retour du duo, Kingsman n'avait pas grand chose d'intéressant sur le papier. Encore un récit initiatique avec un personnage principal qui devient un héros au fil du film, tout en ayant un mentor digne de ce nom et devant faire face à un méchant cherchant à gouverner le monde (la logique du film d'espionnage classique). Et en soi, les bandes-annonces n'ont pas convaincu votre camarade provocant. Pourtant, suite à de nombreuses critiques élogieuses, je me suis engagé à le voir et finalement le fait d'avoir tenter à l'aveugle fut une très bonne chose (Borat "le The Voice du cinéma"?).

Kingsman : Services secrets : Photo Sofia Boutella

"A ta santé Borat."

Dès les premières minutes, le film montre une certaine couleur pop qui avait si bien convenu à Kick Ass avec le bon gros son de Dire Strait et son Money for nothing, alors que Colin Firth et son esquade sont en train de liquider de l'afghan en hors champ! Et oui, contrairement à un grand nombre de productions hollywoodiennes, Kingsman se permet le Restricted en lieu et place du PG-13. Par un curieux hasard, il a réussi à faire face aux 50 nuances de Grey (également Restricted mais avec beaucoup moins de corones) et grâce aux recettes internationales à dépasser son budget. Peut être pas assez pour dépasser son budget sur le sol ricain, mais suffisant pour dire que le succès est là et en particulier pour une production Restricted. L'air de rien, le mois de février a prouvé par trois fois qu'un film peut fédérer largement avec cette classification, le principal coup d'éclat étant American Sniper de Clint Eastwood. De là à ce que Hollywood passe aux choses sérieuses, il n'y a qu'un pas. Il n'en reste néanmoins que l'ambiance n'est pas la même ici, passez donc votre chemin pour le SM et les tueries de guerre. Ici on est dans les tueries pop où l'on se fend la gueule en voyant les corps qui explosent. On reste dans une hiérarchie à la James Bond (le MI6 est remplacé ici par une sorte de guilde du roi Arthur où chaque membre a un nom renvoyant à un chevalier de la table ronde), mais en y allant franco dans la violence colorée et jouissive.

Kingsman : Services secrets : Photo Colin Firth, Taron Egerton

A l'image de Millar comme il le prouve depuis Wanted (le comic-book hein pas la bouse qui lui sert d''adaptation") ou de Vaughn depuis l'adaptation de Kick Ass. Il suffit de voir certaines scènes du film où on fait péter une salle façon coloré sur le funk de KC & the sunshine band (alors que certains auraient mis une musique hyper dramatique façon Steve Jablonsky pour un Transformers avec le héros navigant entre les morts!) ou on massacre une église remplie d'extrêmistes avec Free Bird de Lynyrd Skynyrd (ce qui m'a rappelé mes bonnes vieilles virées sur GTA San Andreas, ah le bon temps!). Et puis pour continuez dans l'irrévérence, que dire du dernier plan pré-générique de fin (avec du Bryan Ferry s'il vous plaît, provoquant l'hilarité la plus totale), si ce n'est qu'il n'est pas sans rappeler certains passages obligés de l'ami James?! Sans compter la présence de Michael Caine parlant d'elle-même en ce qui concerne l'hommage envers le genre de l'espionnage. Evidemment, il faut un bon méchant ou tout du moins un méchant qui permet au spectateur de se souvenir de lui. Pas de doute que celui de Kingsman risque fort de rester longtemps parmi un des plus cocasses du film d'espionnage.

Kingsman : Services secrets : Photo Colin Firth, Mark Strong, Sophie Cookson, Taron Egerton

Imaginez ce bon vieux Samuel L Jackson en sorte de Steve Jobs afro-américain (déjà là ça donne envie) avec tout le délire que cela amène (pas de "this is a revolution" mais on n'en est jamais bien loin), voulant conquérir inévitablement le monde (qui plus est avec un plan sorti tout droit de la Bible!), ne supportant pas la vue du sang (pas même le sien donnant lieu à un passage désopilant) et avec un détail merveilleux. Pour ceux qui connaissent le jeu de Jackson, l'acteur est réputé pour beaucoup parler. Alors imaginez un peu avec un ravissant cheveu sur la langue. Fous rires inévitables. Sans compter l'homme de main efficace et parfois plus charismatique que son patron. C'est indéniablement le cas de Gazelle incarnée par la danseuse Sofia Boutella, permettant au personnage de faire moult acrobaties spectaculaires avec ses "élans pistoriusiens". Colin Firth semble s'être bien marré à jouer les espions violents mais toujours gentleman, idem pour Mark Strong dans un rôle moins physique mais n'étant pas sans rappeler les grandes heures de Q. Le jeune Taron Egerton s'en sort plutôt pas mal, malgré une tendance inévitable à jouer la racaille de service (à l'image de la scène de la poursuite avec les flics). Pour ce qui est de la bande-originale, outre les chansons susmentionnées, le travail d'Henry Jackman est beaucoup trop classique et n'est pas sans rappeler ce qu'il a déjà fait sur X Men First Class. Au bout d'un moment, la répétition est peut être trop présente. 

 Kingsman : Services secrets : Photo Samuel L. Jackson

Un film d'espionnage fantastiquement bourrin et n'hésitant pas le mauvais goût pour faire rire le spectateur.