Scott Lang voit une occasion de se racheter avec l'offre d'Hank Pym: prendre un costume afin d'éviter les plans de son ancien disciple...

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On ne va pas revenir sur le départ d'Edgar Wright de la production d'Ant Man, cela a déjà été fait dans ces colonnes (voir La Marvelverse gagne en épaisseur). Il n'en reste pas moins que cette affaire de divergences entre un réalisateur et la Marvvel n'est pas la première. Avant cela, Jon Favreau, Alan Taylor et même récemment Joss Whedon ont pointé du doigt certaines difficultés de plus en plus alarmantes. Cela interroge sur les intentions de la Marvel et son mode de fonctionnement, entraînant des problèmes de plus en plus nombreux dès lors que vous n'entrez pas dans le moule. Avec Peyton Reed évidemment c'est plus facile. Kevin Feige le connaît depuis l'échec de son Fantastic Four et Reed n'a jamais brillé par ses talents jusqu'à présent. Certains citeront Bye bye love quand même (une époque où Renée Zellweger ressemblait à quelque chose); mais ce serait oublier le teen-movie poussif American Girls (ah Kirsten Dunst...) ou le très bof Yes man (où Jim finissait bourré au Red Bull, donnant lieu à un magnifique placement de produit). C'est sûr ce choix est moins ambitieux que le réalisateur de Scott Pilgrim. Au final, Peyton Reed s'en sort assez bien et heureusement pour la Marvel et lui. Il faut dire que Reed a des atouts et notamment le duo principal engagé par Wright (et oui les idées de génie ça fuse chez l'english).

Ant-Man : Photo

Paul Rudd est automatiquement sympathique et c'est pour cela qu'il passe crème en cambrioleur au grand coeur. Il incarne un héros qui ne l'est pas pour son profit mais pour sa fille. S'il accepte le job de cambrioleur pour Hank Pym, c'est parce qu'il a besoin d'argent pour subvenir aux besoins de sa fille (il est divorcé) et lui faire honneur (il n'est pas bon d'avoir un père cambrioleur). Le personnage est montré comme plein de volonté et perd ses boulots à cause de son passé de criminel. La société accepte difficilement la rédemption d'anciens malfrats, quitte à les faire tomber dans leurs vieux démons (demandez au pauvre Carlito, il attend toujours d'aller aux Bahamas...). Paul Rudd donne à Scott Lang un tempérament sympathique et pince sans rire (Scott croyant être en forme à cause de la prison, mais se prend des déculottés fantastiques avec Hope!) qui permettent tout de suite de s'identifier au personnage. Sans compter que l'amigo est plutôt saillant dans son costume qui est fidèle aux comics. Autre gros atout du casting en la présence de Michael Douglas dans la peau d'Hank Pym, le premier Ant Man. Le fait d'opposer deux visions d'Ant Man dans un même film est une bonne idée, permettant un passage de flambeau.

Ant-Man : Photo Paul Rudd

Ce qui permet tout de même de montrer un Hank Pym à la personnalité acariâtre (Michael Douglas parfait comme à son habitude quand il est énervé ou cynique) et en action au cours de quelques plans où son passé de vengeur ancré dans la Guerre Froide est quelque peu tourné en ridicule. Une manière de montrer un concept de héros auquel le public ne croit pas forcément et agissant donc dans l'ombre. Si Hank Pym est un héros dans l'ombre du Shield (d'où une introduction avec Peggy Carter) de l'ancienne Guerre Froide, Scott Lang est un bon samaritain involontaire et en quête de rédemption. Et si Pym ne veut pas que sa fille agisse quitte à lui déplaire, c'est pour lui éviter le même sort que sa femme (mère). Une vision romantique et attendrissante qui apparaît dans une séquence au traitement trop tire-larme et arrivant comme un cheveu sur la soupe. Dommage pour le coup, Reed manquant clairement de tact. Si les deux Ant Man s'en sortent bien ce n'est pas forcément le cas de tout le monde. Michael Pena et ses potes ont beau être sympathiques, les gags à répétition finissent souvent par devenir lassants. Evangeline Lilly fait la moue et ne semble pas toujours à l'aise (vu comment s'est débrouillé Wright avec Mary Elizabeth Winstead et Rosamund Pike, cela aurait été mieux). (attention légers spoilers) On sent surtout que le personnage est là pour introduire la Guêpe.

Ant-Man : Photo Michael Douglas, Paul Rudd

Pas besoin d'une séquence post-générique pour faire comprendre cela, on s'y attendait dès l'annonce de l'actrice et qui plus est dans le rôle de la fille d'Hank Pym. Pas besoin non plus d'une séquence pour montrer qu'elle est un possible love interest pour un Scott Lang divorcé et pas prêt à reconquérir son ex-femme. Marvel en revanche n'a pas l'air de trop savoir s'y prendre, le spectateur ne sachant pas quand la Guêpe fera son apparition dans son costume de super-héroïne. Ce ne sera pas le cas dans Captain America: Civil War, peut être dans Avengers: Infinity War... (fin des spoilers) Quant à Corey Stoll, autant il était bon dans House of cards, autant il joue ici de la caricature du méchant. Il est méchant car il est trop ambitieux et que son mentor ne l'a pas remarqué ou beaucoup trop. Un traitement pauvre valant juste pour la baston entre le père protègeant son enfant et un méchant dont on ne comprend pas bien les intentions. Le moment de se dire qu'en dehors de quelques exceptions (Loki au bout d'un moment, Red Skull dans Captain America et surtout Wilson Fisk dans la série Daredevil), les méchants du Marvel Cinematic Universe peinent sérieusement à s'imposer dans l'inconscient du public regardant ses films. Reed s'en sort dans le divertissement pop corn, permettant au film de se savourer les trois quarts du temps comme une oeuvre originale entre dix aventures des Avengers.

Ant-Man : Photo

S'il ne réussi pas totalement ce pari (on y reviendra), le film est quasi intégralement un film de casse où le volé cherche un voleur et où le voleur se voit offrir un coup en or. Tout le film tend à préparer le casse avec un essai (on va chercher un élément dans une base) et enfin le casse lui-même. Pour prendre un exemple Paul Rudd est Matt Damon ; Evangeline Lilly, Brad Pitt; Michael Douglas, George Clooney; Michael Pena, Ti et David Dastmalchian les bras cassés campés par Casey Affleck, Scott Caan et Eddie Jemison; et Corey Stoll, Andy Garcia dans Ocean's eleven! On ne peut pas faire plus clair. Ant Man cite également et inévitablement L'homme qui rétrécit de Richard Matheson et Chérie, j'ai rétréci les gosses de Joe Johnston. (attention spoilers) Le premier par le fait que Lang vit l'infiniment petit mais aussi qu'il n'est qu'un vulgaire atome dans l'univers comme le montre la séquence dans l'espace-temps. Ce qui ne sera pas sans rappeler Interstellar de Christopher Nolan, dont la gestation a également duré plusieurs années. Sans compter que la théorie des cordes depuis bien longtemps. (fin des spoilers) Le second se trouve par le fait que l'entraînement de Scott se passe principalement dans le jardin et lui permettant d'apprivoiser les diverses espèces de fourmis pouvant l'aider et le défendre comme les enfants avec la fourmi dans la production Disney.

Ant-Man : Photo Evangeline Lilly

Ce qui donne des séquences amusantes, l'un des gimmicks comiques étant Scott s'agrandissant comme par automatisme, à l'image d'une taute sortant de son trou! Idem avec le fait que Scott donne des noms à certaines (sa monture s'appelle Antoinette). De plus, les scènes minuscules sont assez réussies visuellement même si reposent quasiment sur des cgi. Malheureusement, le problème d'Ant Man vient encore et toujours de Marvel. On va donc revenir à Edgar Wright. Quand il travaillait dessus au tout début il n'était pas question de Marvel Cinematic Universe, le projet évoluait certes à Marvel mais il n'y avvait pas d'Avengers encore annoncé. Il était surtout question d'Iron Man de Jon Favreau et L'incroyable Hulk de Louis Letterier. Sauf que le projet a duré à cause des projets sur la longueur de la Marvel et la direction artistique a également changé. Ant Man étant tout sauf un space-opera, il reste dans l'univers des Avengers et le projet original d'avoir des obligations comme des allusions ou des personnages du MCU à insérer dans le récit. Ce sont notamment ces raisons qui ont poussé Wright à partir. Le fait d'associer Ant Man aux Avengers n'est pas une mauvaise idée, mais à condition que cela ne gangrène pas le film ou que l'ajout ne soit pas inutile.

Ant-Man : Photo

Nick Fury à la fin de Captain America de Joe Johnston, totalement logique vu que c'est le directeur du Shield qui a récupéré Steve Rogers. C'est déjà moins le cas de Hawkeye faisant le vulgaire guest dans Thor de Kenneth Branagh. (attention spoilers) L'agent Peggy Carter pourrait ne pas être là dans l'introduction en 1989 que cela serait strictement la même. Faucon donne lieu à une apparition rigolote mais finalement inutile et fait sortir le spectateur du récit. Certes, l'élément recherché est utile mais le faire au qg du Shield avec Faucon paraît gratuit. Dommage de réduire Faucon à un vulgaire guest de passage. Egalement gratuite, une allusion à Spider-man sentant autant le reshoot (rappelons que l'annonce n'est arrivée qu'en février et le film était déjà tourné) que le clin d'oeil douteux. L'Hydra arrive également comme un cheveu sur la soupe, qui plus est sous une forme que l'on pourrait qualifier d'anachronique. L'Hydra présentée jusqu'à maintenant est plus ou moins éradiquée dans Age of Ultron et n'a pas forcément à voir avec celle présentée à la fin de la saison 2 d'Agents of Shield. On se serait bien passé de cet anachronisme. Autre détail douteux déjà entendu dans Agents of Shield: alors que les personnages vivent dans un monde avec un homme sorti d'un coma de soixante ans comme si c'était hier, un autre qui devient vert quand il s'énerve et régulièrement sous la menace de divers mondes extérieurs; comment peut-on encore parler de sorcellerie avec un mec changeant de taille avec son costume. Sérieusement les gars surtout quand on montre des figurines des Avengers dans AoS. Il y a une certaine normalité à ça qui paraît aberrant avec ce genre de réplique. A force de vouloir tout rassembler, on finit par se mordre la queue. (fin des spoilers)

Ant Man (photo)

Ant Man se sauve la mise d'un development hell catastrophique, mais souffre d'un manque d'indépendance made in Marvel que n'avait pas Les Gardiens de la galaxie.