Après une première cuvée pas piquée des hannetons (il y en a pourtant des sympathiques à Hossegor, de vrais amours, si vous avez le temps, prenez une photo avec eux, ils ne demandent que de l'amour -NDB), revoilà l'ami Godzilla dans les eaux de la Toho. Après avoir évoqué l'époque où il vivait en Amérique (James Brown, tout ça, tout ça... -NDB) et quelques aventures japonaises prises dans le continuum espace- temps, il est temps d'aller dans le vif du sujet (attention spoilers). En mars dernier, votre cher Borat a acquéri le BR de Godzilla qui comme principal bonus (en plus de bandes-annonces de certains opus qui donnent sérieusement envie à votre interlocuteur favori et un beau livret) a le second opus de la saga Le retour de Godzilla. Une occasion en or servie sur un plateau d'argent par HK Vidéo. Un peu de contextualisation s'impose. Ishirô Honda a combattu durant la Seconde Guerre Mondiale et se lit rapidement d'amitié avec Akira Kurosawa pour lequel il fut souvent assistant par la suite (y compris sur Ran et Rêves où il réalisera par ailleurs une séquence). Avec à son actif plusieurs films (notamment des films où il opte pour des triangles amoureux tragiques), le réalisateur japonais voit une occasion en or.

Godzilla (affiche 54)

Face à une administration américaine ne s'intéressant plus aux contenus des films japonais (n'oublions pas que suite à la capitulation, les USA ont eu la main mise sur le pays du soleil levant), il saisit l'occasion d'aborder les bombes atomiques s'étant abattus sur Hiroshima et Nagazaki lors de l'été 1945. Honda aurait très bien pu opter pour un film de guerre abordant directement les faits, au risque de remuer le couteau dans la plaie. Mais il choisit une voie beaucoup plus pertinente en jouant sur la métaphore. Il ne sera pas question des bombardements mêmes mais de leurs résultats. Suite au déchaînement atomique, un lézard datant du jurassique s'est réveillé et a évolué considérablement. Ce lézard c'est bien évidemment Godzilla. Immense succès au Japon qui fera largement fructifié la Toho qui y verra un filon en or (l'air de rien, remakes us inclus, on parle d'une trentaine de films), avant de sortir tronqué (cela se voit d'autant plus si vous le voyez en VF, le nombre de passages sous-titrés et notamment dans des moments forts sont totalement ahurissants) et surtout avec une version américaine avec des reshoots avec l'acteur Raymond Burr jouant un reporter américain dépêché sur place. Un montage qui heureusement n'est pas sur le BR ("On ne déconne pas avec l'original" Neve Campbell, Scream 4 -NDB) même s'il aurait été très amusant d'observer à quel point les Américains ont longtemps opté pour ce genre de remontage foireux (demandez à Roger Corman, les remontages de film d'Europe de l'Est il connait!).

Pour celui qui connaît Godzi par les films américains ou quelques opus bien nanars, la claque risque d'être assez sévère. Godzilla a beau avoir un cascadeur sous un costume, il n'y a rien de ridicule encore. On peut même dire que comparé à beaucoup des opus qui suivront, les effets-spéciaux sont encore de très bonnes qualités et passent très bien en HD. Le costume de Godzilla tient très bien la route, d'autant qu'Ishirô Honda a la bonne idée de filmer le kaïju au ralenti, permettant de montrer toute la puissance de la bête et la violence des coups qu'il porte. Evidemment les décors sont des maquettes et on le voit évidemment (surtout les tours électriques que dézingue Godzi avec son "éclair foudroyant"), mais au vue de l'époque cela reste largement grandiose d'un point de vue visuel. Surtout que Godzilla est une créature grandiose. Jugez plutôt: un kaïju tenant du dinosaure avec des cornes ressortant de son dos et bipède au contraire de King Kong (tout du moins dans sa vision initiale), lui donnant une force de frappe destructrice. Mais surtout plus qu'un film de kaïju eiga, Godzilla premier du nom est avant tout un pur film catastrophe. Godzilla apparaît non seulement comme un symbole de la bombe H mais aussi comme une plaie ouverte à nouveau pour le Japon.

Le retour d'un drame encore bien présent et qui est revenu sur le tapis avec l'explosion de Fukushima (le reboot de Godzilla aussi bien américain que japonais arrive à point nommé). Encore aujourd'hui Godzilla résonne comme un uppercut, montrant les dégâts fracassants qu'a causé la bombe H. Un monstre et surtout un traumatisme revenant sans cesse à la charge. Le cauchemar est devenu réalité sous la forme d'un lézard géant. D'autant qu'Honda prend largement le point de vue des humains: des civils apeurés par ce qu'ils voient et des scientifiques impuissants face à une calamité qu'ils ne peuvent éradiquer. Le seul qui pourra le faire est un scientifique reclu depuis des années et se sacrifiant avec sa formule pour que plus personne ne puisse refaire la même erreur. Il règne un véritable pessimisme au cours de ce premier opus qui se retrouve également dans le second opus. Réalisé par Motoyoshi Oda (assistant d'Honda) l'année suivante, Le retour de Godzilla joue aussi parfaitement dans ce pessimisme ambiant. Un peu à la manière d'Honda sur ses premiers films, Oda opte pour un triangle amoureux entre deux amis aviateurs et leur "amie" standardiste dans tout ce qu'il y a de plus tragique. L'amour n'aura finalement pas lieu, broyé entre la mort et les catastrophes. Mais surtout Oda confronte encore une fois l'Homme à ses erreurs par une petite sous-intrigue légère mais cruciale au cours du film.

Le Retour de Godzilla : Affiche

On apprend rapidement que Godzilla va revenir mais aussi qu'un autre kaïju est issu des radiations rapidement nommé Anguirus et pouvant se mettre en boule. Les autorités demandent alors à ce que la population évacuent (ce qui donne lieu à de merveilleuses séquences de panique et notamment dans un dîner dansant typique de ce que l'on pouvait voir aux USA à cette époque), mais la police a la bonne idée de transférer des prisonniers pile poil à ce moment et ce qui devait être une ville sans lumière devient un chaos où une explosion donne lieu ni plus, ni moins à un signal pour les deux kaïjus. Si les deux kaïjus s'affrontent dans la ville d'Osaka c'est à cause de la cupidité de l'Homme. Les prisonniers voulaient s'évader mais dans leur fuite (et leurs morts par la même occasion), ils ont déclenché l'apocalypse. Dès lors la ville d'Osaka est une ruine en flamme, symbole de la destruction générée par l'Homme. Pour ce qui est des cascades, elles sont filmées différemment puisqu'il n'y a pas de ralentis. Les combats semblent comme accélérés (ce qui rend le tout franchement jubilatoires et fun) et l'ami Godzi de se faire plaisir avec Anguirus qui est un adversaire digne de ce nom. Il n'y a donc pas un mais deux méchants dans ce film puisque les deux monstres ont beau se mettre sur la tronche, ils détruisent la ville dans les deux cas.

L'épilogue est un petit peu décevant, surtout avec ces blocs transparents que vous trouverez dans toutes les foires-fouille du monde pour pas grand chose et même scénaristiquement c'est bien pauvre en comparaison du final du premier film. D'autant que le montage aligne les plans d'avions tirant sur les montagnes déclenchant sans cesse des chutes de pierres. Au point que la superposition devient parfois poussive. La saga ne reprend pourtant pas avant 1962 en revenant sous la coupe d'Ishirô Honda tout d'abord avec un crossover improbable avec King Kong (ça ne s'invente pas), puis avec Mothra contre Godzilla en 1964. On ne peut pas dire que le film soit particulièrement aidé par sa version française. Alors peut être bien que les dialogues étaient aussi ridicules en japonais, mais il se trouve que la VF de Mothra contre Godzilla déshonore complètement le film. Il faut voir ce promotteur immobilier véreux qui accumule les clichés avec les lunettes de soleil, la petite moustache des familles et le bon gros cigare dans la bouche dans un beau costume! En revanche le traitement du personnage est assez intéressant car à travers lui, on voit toutes les dérives du commercial plein aux as et imbu de sa personne.

On peut même parler de John Hammond avant l'heure ("A l'entreprise du bonheur, nous n'avons qu'un seul objectif, une seule idée: vous donnez du bonheur!"), puisque l'oeuf géant présent sur la baie de Yokohama devient soudain l'objet d'un achat par ce promoteur qui n'hésite pas à faire payer pour voir l'oeuf, avant d'en faire un parc d'attraction. Le personnage véreux par excellence qui est secondé par un supérieur encore plus proche de ses sous que lui! Mieux, alors que tout part en cacahuète, Honda montre deux personnages en train de s'entretuer pour un coffre-fort plein d'argent, alors même que la ville est en train de se faire ravager par Godzilla. Pendant que les noms d'oiseaux pleuvent (et là la vf de se faire plaisir avec des "salaud", "salopard", "escroc", "sale petite canaille", "ordure", "canaille" ; on se croit presque devant l'ancêtre d'Hitman le cobra de Godfrey Ho!), l'argent est au centre de tout et Godzilla apparaît dès lors comme un châtiment en détruisant l'immeuble. Peu importe votre richesse, face à une catastrophe, vous serez comme tout le monde: un minuscule pion dans un échiquier attendant son heure avant de se faire dammer.

Godzilla est encore une fois le méchant, apparaissant d'ailleurs de manière incongrue en sortant de la terre en plein milieu du parc en construction. Comme un symbole qu'il ne fallait pas le faire. Mothra n'est pas un ennemi ici mais bel et bien l'aide des humains face à un Godzi vorace et particulièrement en forme. Un papillon géant préservant son oeuf et par la même occasion les humains de la catastrophe Godzilla. C'est peut être la première fois qu'Honda montre dans la saga un kaïju protecteur et pourtant issu des radiations. Est-ce du fait qu'il s'agit d'un papillon? Peut être bien mais Mothra n'apparaît ici pas comme un ennemi et il est utilisé comme tel. Idem pour ses petits qui feront de même à l'aide d'incantations (les petites créatures étant affublées d'une voix nasillarde pour le moins insupportable), ce qui vaut quand même quelques passages hilarants (le petit mordant la queue de Godzilla et ce dernier de bouger la queue sans cesse pour se l'enlever!). Mothra contre Godzilla apparaît comme un opus charnière, où Honda critique une société désincarnée ayant des paillettes dans les yeux sans même regarder ce qu'elle démolit. Une vision assez violente et encore loin de certains opus qui suivront à l'image de Final Wars qui cloture cette cuvée.

Sorti pile poil pour le cinquantième anniversaire de Godzilla, Final Wars est réalisé par Ryuhei Kitamura connu par la suite pour son adaptation de Midnight Meat Train de Clive Barker (2008). Le film fait la part belle aux divers monstres de la série et l'on retrouve aussi bien Mothra que King Caesar ou encore Anguirus. Le fils de Godzilla est également de la partie (toujours aussi ridicule par ailleurs) tout comme un bien drôle d'invité surprise, puisque le Godzilla du film de Roland Emmerich apparaît aussi (de manière assez laide d'ailleurs, à croire que les cocos se sont encore moins foulés que sur le film de 1998) et se prend une branlée monumentale par notre Godzi d'amour en faisant les frais de l'opéra de Sydney! Une séquence d'affrontement délirante comme on en trouve beaucoup durant le film pour notre plus grand plaisir. C'est sûr une fois que l'ami Godzi est là, c'est la fête au village! Immeubles défoncés, décors en ruine, forêts déboisées, monuments détruits... Pas de doute, l'ami Kitamura se fait plaisir dans toutes les scènes de kaïju eiga. Le problème étant que Godzi n'apparaît qu'au bout d'une heure dans un film qui en compte deux et que Kitamura joue beaucoup trop sur l'intrigue sur les humains qui n'est guère intéressante.

Godzilla: Final Wars : Affiche Ryûhei Kitamura

Le monde est au coeur du récit et on a droit à des clichés typiques comme le flic américain qui essaye de coffrer un afro-américain (ce qui vaudra une séquence gag avec les chapeaux qui volent avec petit mickeymousing!) avant de voir débarquer un kaïju! Une météorite va s'abattre sur la Terre et des aliens débarquent. Sauf que sous leurs airs bienveillants, les aliens veulent surtout anéantir la Terre en se servant des terriens comme bétail et surtout alimentent les destructions puisqu'ils lancent les kaïjus sur la planète. Impuissante face à ces assauts multiples, une unité d'élite affronte les aliens et libère Godzilla. L'intrigue aurait pu être intéressante si ce n'était pas en général très mal joué. Preuve en est Masahiro Matsuoka semblant sortir d'un magazine de mode ou le méchant incarné par Masatô Ibu qui en fait des caisses jusqu'à singer à sa manière le Jack Nicholson des grands jours. D'autant que l'intrigue fait accumuler les longueurs et notamment dans une scène de poursuite à moto qui anticipe celle totalement animée de Final Fantasy VII: Advent Children de Tetsuya Nomura et Takeshi Nozue (2005) et fait autant dans le ridicule que celle de Mission Impossible 2 de John Woo (2000).

Godzilla: Final Wars : Photo Ryûhei Kitamura

Le seul personnage qui à la limite sort du lot est incarné par l'ancien catcheur Don Frye (qui un an après jouait dans le génial Miami Vice de Michael Mann). Personnage qui en impose et se bat copieusement mais bien. Toute la différence des différentes bastons qui peinent à convaincre à force de chorégraphies où ça craque sans cesse mais se relève tout le temps et surtout interminables. C'est aussi pour cela que le film dure 2h: à force de tirer en longueur, le film ne peut que durer trop longtemps. Reste le fun de la situation mais trop long pour le coup et parfois trop de cgi peu ragoûtants. Allez à la semaine prochaine!