Max promet à la jolie Roxanne qu'il sera au concert de Powerline. Mais son mensonge prend des dimensions disproportionnées quand son père Dingo décide de l'emmener en vacances...

Les années 90 marquent un retour fracassant de la part des studios Disney. Alignant les projets animés qui se plantent au box-office au cours des 80's (cas évident: Basil détective privé se faisant dépassé copieusement par An american tail signé de l'ancien animateur de Disney Don Bluth), le studio reprend du poil de la bête grâce à une succession de films de La petite sirène (Clements, Musker, 1989) au Roi Lion (Allers, Minkoff, 1994). Ce qu'on oublie souvent est que Disney produisait en même temps des films bien moins prestigieux en apparence comme Dingo et Max (Kevin Lima, 1995). A l'image du Trésor de la lampe perdue (1990), A Goofy Movie est la suite non pas d'un film comme Bernard et Bianca au pays des kangourous (1991), mais d'une série télévisée. Néanmoins, des éléments sont ici gommés comme la femme et la fille de Pat Hibulaire et contrairement au film de La bande à Picsou, le film n'est pas réalisé par un sous-studio comme Disney MovieToons (qui s'occupera par la suite d'une flopée de suites de films) puisqu'une bonne partie du film a été réalisé dans les studios de Montreuil. Sortant entre le triomphe du Roi Lion et Pocahontas (Gabriel, Goldberg, 1995) considérés comme des classiques purs et durs, Dingo et Max passe relativement inaperçu. Il n'a pas eu un succès fracassant (malgré la présence de l'excellent court-métrage Mickey perd la tête) et si le film se fait quand même une réputation c'est par la VHS.

Pourtant, Dingo et Max se révèlera finalement comme un des derniers Disney majeurs et au contenu bien moins anecdotique qu'on ne le croit. A Goofy Movie s'impose comme un pur teen movie, de la même trempe que ceux qui ont explosé durant les 80's et qui continuaient à pulluler au cours des 90's dans le style de John Hughes. Le réalisateur Kevin Lima ne prend pas à la légère les codes du teen-movie avec l'adolescent au centre de tout et des chansons pop à l'appui (crées pour l'occasion). La première scène est évidente et annonce tout le dilemme du film: le jeune Max est face à la jolie Roxanne qu'il convoite, le tout dans un décor ressemblant fort au Paradis, d'autant que les deux personnages sont en tenues blanches (on ne peut pas faire plus évident). Le rêve devient alors cauchemar (ciel qui s'assombrit, éclair) lorsque Max devient son père Dingo. Le message est clair: Max est un adolescent cherchant à s'enlever de l'influence d'un père peut être trop présent pour lui et ne voyant pas qu'il a grandi. Dingo est pourtant un père normal, s'inquiétant pour son fils, peut être même trop. C'est sur ce duo atypique qu' A Goofy Movie fonctionne. Si l'on retrouve bien évidemment Pat et son fils PJ, ils ne sont que des seconds-rôles au cours du film, le noyau central restant Dingo et Max dans un road trip aussi déjanté que révélateur.

Max

Les deux parents se sont égarés depuis plusieurs années et ce road trip leur permettra de se retrouver et de se comprendre. Le scénario peut paraître simple, mais les thématiques ne le sont pas tellement. C'est tout le point commun avec les récits de John Hughes. Tout part d'une idée simple: des élèves en heures de colle, une journée d'école buissonnière, une révision de Frankenstein par ordinateur... Là c'est un voyage initiatique. Les destinations ne seront pas toujours au beau fixe, le passage dans le parc d'attraction en est la preuve. Dingo aime car c'est là où il allait quand son père l'emmenait en vacances. Mais les temps ont changé. Max est un enfant des années 80-90 et vit avec son temps en écoutant la dernière pop star Powerline (savant mélange de Michael Jackson pour la danse et de Prince pour la trogne d'amour). Ce sont deux visions différentes et le passage du parc le confirme: le regard que Max porte à Dingo est péjoratif et le fils décide de fuir quand un garnement lui balance "tel père, tel fils". Le jeune garçon refuse d'admettre sa filiation avec son père et l'un des éléments le confirmant est son dégoût autour de son rire. Ce détail sera contrebalancé quand la jeune Roxanne lui dira que ce rire l'a séduit.

Dingo et Max : Photo

Derrière ce trait détestable pour l'un, quelqu'un d'autre peut y voir une qualité. De même, Max comprend que son père ne lui veut que du bien et ne cherche pas à en faire ce qu'il veut (ce qui est le contraire de Pat qui voit en PJ un larbin, le rénumérant même pour ses travaux). Voir un personnage aussi jovial que Dingo devenir triste signe également un des, si ce n'est le moment fort du film. La scène est d'autant plus frappante grâce à la musique de Carter Burwell: le père est déçu par son fils et la première chose qui lui vient c'est la tristesse plus que la colère. La musique traduit cela parfaitement et c'est là où Dingo et Max réussit son coup. Derrière ses atours de suite de série tv, Dingo et Max s'impose comme un film qui s'adresse à tous et suscite des émotions là où on ne s'y attend pas. Souvent considéré comme mineur, voire inoffensif, A Goofy Movie s'impose vraiment comme un grand cru, de ceux que l'on aime enfant et qui par on ne sait quel miracle vous parle d'autant plus au fil des années. Ce film en fait partie et la relation entre Dingo et Max est l'une des preuves indéniables de sa qualité. D'autant que l'animation n'a absolument rien de déshonorante et reste dans l'ambiance visuelle de La bande à Dingo, tout en étant un peu plus ambitieuse d'un point de vue visuel (que ce soit dans la mise en scène ou des décors divers et variés).

A Goofy Movie est un vrai film de cinéma, pas un vulgaire direct to video comme on en voyait déjà à l'époque chez Disney (on citera volontiers les suites d'Aladdin). Le teen-movie se tient également dans la romance entre Max et Roxanne. Max est le cas typique du jeune adolescent qui ne voit pas les choses et essaye de générer une attention auprès de la fille qu'il aime, quitte à ce que cela prenne des proportions spectaculaires. Tout d'abord par un show improvisé (où le rêve de bons nombres d'adolescents de se fendre la poire du proviseur devient réalité), puis par un mensonge trop gros finissant par bouffer le gentil menteur. (attention spoilers) Si bien que le final n'en devient que plus jubilatoire. Jouant pleinement sur l'aspect concert (la mise en scène ressemble beaucoup aux shows monumentaux de Michael Jackson et la chanson Eye 2 eye joue parfaitement sur le concept pop), l'intérêt se porte sur deux points: la progression de Max et Dingo dans la salle de concert et Roxanne les regardant à la télévision sans savoir encore la supercherie. La plus belle preuve d'amour que pouvait lui faire Max: concrétiser ce qu'il lui a dit, à savoir être sur scène avec Powerline. C'est avant tout le coup de foudre de deux timides ne parvenant pas à aller l'un vers l'autre. De la pure romance de teen-movie comme on les aime. (fin des spoilers)

Les studios Disney accouche d'un teen-movie par excellence, sachant parfaitement traîter ses personnages et outrepassant son concept d'adaptation de série télévisée.