Avec certaines séries il faut parfois être particulièrement courageux et s'accrocher. C'est ce que requiert Agents of Shield durant sa première saison. Ainsi votre cher Borat a attendu la voie du téléchargement pour se prendre enfin au goût de cette série, notamment à cause d'une diffusion sur le carreau de W9 (deux épisodes par semaine pour une saison de 22 épisodes mouaif, avant d'attendre un an pour voir une autre saison...). Mais pour cela revenons au tout début. Agents of Shield fut crée peu après Avengers par Joss Whedon. Le but étant de présenter une équipe du Shield, cette agence gouvernementale s'occupant des super-héros ou personnes aux pouvoirs exceptionnels, dirigée par l'agent Coulson (Clark Gregg). Problème: l'agent Coulson est un peu mort depuis Avengers. Les scénaristes se mettent alors à trouver une raison improbable pour le faire revenir. L'occasion aussi pour Clark Gregg de prendre du galon et d'avoir l'opportunité d'étoffer un personnage qui apparaissait limite comme un macguffin vivant jusqu'à présent ("Tiens, voilà Coulson, ça veut dire qu'il y a un problème!"). De plus, ce n'est pas la première fois qu'un personnage ressuscite dans le cv de Joss Whedon (remember Buffy). Cet aspect aussi improbable qu'inutile à expliquer prend quand même une bonne partie de la saison à lui tout seul, d'autant que les explications tiennent quand même du timbre-poste.

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Pas besoin de beaucoup de flashbacks pour comprendre le fin mot de l'histoire, ni même pourquoi cela a été fait. Une simple discussion aurait été bien plus crédible que de faire patauger le téléspectateur durant une bonne dizaine d'épisodes. Ce que l'on regrette aussi est la présentation des personnages durant les trois quarts de la première saison. On a l'agent Ward (Brett Dalton) le dur à cuir qui a de l'expérience; l'agent May (Ming Na) qu'on appelle "la Cavalerie" car dans un premier temps on nous la présente comme une véritable femme d'action; Skye (Chloe Bennet) hackeuse s'étant introduite dans le Shield avant d'en faire partie; et les scientifiques Fitz et Simmons (Iain de Caestecker et Elizabeth Henstridge) scientifiques casse-bonbons qui semblent se demander ce qu'il se passe alors qu'ils sont dans un monde où on vend des figurines à l'effigie des Avengers! Dans un monde où des aliens et des dieux nordiques vous attaquent et où un homme est resté soixante ans dans le coma et se réveillant comme si de rien n'était, il n'y a clairement plus rien de surprenant voire aberrant. Cela devient totalement normal. Sans compter le traitement du personnage de Deathlok (J August Richards, l'inimitable Charles Gunn de la série Angel) passant d'un gentil père de famille aux pouvoirs foireux dans le pilote à une machine de guerre dès lors qu'il est kidnappé par Centipede.

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Le personnage devient une sorte de Robocop un peu ridicule sur les bords et dont le rôle n'est pas très bien défini. Les quinze premiers épisodes pataugent complètement dans la semoule, sans réel fil conducteur, traînassant sur de petits détails pour toujours plonger le téléspectateur dans le néant et continuant inlassablement de l'y entraîner par des intrigues sans queue ni tête, des romances à la noix et pire que tout, des personnages que l'on n'arrive pas à aimer. Ils sont tellement ancrés dans un stéréotype que cela en devient agaçant. Sans compter des ennemis finalement très peu intéressants. On notera aussi des guests pas toujours bien gérés, voire anecdotiques à l'image de Lady Sif (Jaimie Alexander) second rôle de second rôle dans les Thor ou Colbie Smulders qui venait passé un petit coucou entre deux tournages de la dernière saison d'How I met your mother. Reste que l'apparition de Samuel L Jackson s'engueulant à propos de l'avion bousillé à plusieurs millions de $ est assez jouissive mais trop courte. Mais quand on atteint le seizième épisode, on assiste probablement au miracle du Saint Esprit! Il aura fallu seize épisodes pour que les scénaristes trouvent enfin un angle d'attaque suffisant pour conclure la saison en beauté, alors que jusqu'à présent on avait peine à croire qu'il se passerait quelque chose dans la saison.

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(attention spoilers) A partir du seizième épisode, les scénaristes brouillent les pistes: May passe pour une taupe avant que l'on découvre que non (elle surveillait juste Coulson pour le fameux Nick Fury); on pense que Bill Paxton est simplement venu faire le guest de service mais finalement il devient un méchant jubilatoire fortement inspiré du marine fort en gueule qu'il campait dans Aliens de Big Jim (et dont le prolongement se trouvait dans Edge of tomorrow de Doug Liman); Ward trouve un véritable
relan d'intérêt en devenant un infiltré machiavélique et sentimental (un élément qui prendra de plus en plus de sens au fil des épisodes); et les différents personnages deviennent soudainement intéressants! Il a quand même fallu seize épisodes pour que tous puissent avoir un semblant de substance. Même les pénibles Fitz et Simmons deviennent intéressants, se retrouvant face à un dilemme émouvant et qui aura des répercussions dans la seconde saison. La saison tombant en plein dans les événements de Captain America: The Winter Soldier (chute du Shield par l'Hydra, ce groupuscule issu de Red Skull), la série arrête les conneries super-héroïques qui la mettaient dans un embarras scénaristique certain pour de l'espionnage pur. 

Agents of Shield (affiche)

Les têtes tombent, les masques se dévoilent et la série trouve enfin son rythme de croisière. L'ami Sam Jackson viendra même participer au grand final pour le plus grand plaisir des téléspectateurs pour des passages pas piqués des hannetons. Il est très rare qu'une série trouve son rythme alors qu'elle est en fin de première saison, il est encore plus improbable de voir que le niveau perdure dès la seconde saison. Pour la saison 2 diffusée entre septembre 2014 et mai dernier, les scénaristes ont joué parfaitement leur coup en optant pour deux arcs. Il y aura un avant et un après dixième épisode et la saison prendra alors une autre direction. Reprenant pleinement là où The Winter Soldier et la première saison se sont arrêtés (l'Hydra partout y compris dans le Shield), la saison 2 continue dans l'espionnage l'arrivée du couple Barbara Morse/Lance Hunter (Adrianne Palicki et Nick Blood) et de Mack (Henry Simmons). Trois nouveaux personnages qui auront une plus grande importance au fil de la saison. Morse et Mack dans l'éclosion d'un Shield sous-terrain en contradiction avec les équipes de Coulson, Lance se trouvant aux côtés de Coulson dans une guerre des égos au coeur du Shield. Après les nazis au coeur du Shield, maintenant le Shield s'entretue de l'intérieur.

Agents of Shield (affiche) (3)

 

Une manière de montrer les tensions dans une équipe où tout le monde n'est pas du même avis et vont devoir travailler ensemble pour éradiquer une menace plus grande qu'eux. L'Hydra a également toujours une place importante puisque c'est dans la série que l'éradication de ses grands chefs a lieu dans la série et non dans un film même si Age of Ultron y revient (le film de Joss Whedon se trouve entre l'épisode 19 et 20 de cette saison 2). L'Hydra liée de prêt aux Inhumains. Car oui des années avant le film qui leur sera dédié en 2019, Agents of Shield annonce les Inhumains dans sa seconde saison, la faisant entrer pleinement dans le fantastique. Agents of Shield pose alors toute une mythologie autour de Skye qui s'appelle en fait Daisy Johnson. Fille de Mr Hyde (méchant Marvel prenant ici un ton plus romantique et maternelle sous les traits de Kyle MacLachlan) et d'une inhumaine, elle est au centre de tout dans cette saison. Devenu une combattante aguerrie, Daisy devient maintenant une véritable héroïne essayant d'apprendre à contrôler ses pouvoirs auprès d'une communauté d'inhumains.Ces mêmes inhumains (dont chacun a des dons différents dus à leur transformation) qui intéressent le Shield à cause de leurs pouvoirs.

Agents of Shield (affiche) (7)

Mais si Coulson veut s'en servir pour s'en aider (comme le confirme la discussion finale entre Coulson et Daisy, concluant qu'une équipe doit se monter avec elle à sa tête, ce qui devrait être un des points de la prochaine saison) et renvoyant au futur Captain America: Civil War (on parle déjà d'identifier différentes personnes ayant des pouvoirs); le second Shield serait plus à même d'utiliser la force. C'est ce qui amène le final spectaculaire de la saison entre une femme tellement blessée par l'Homme qu'elle en vient à partir en guerre et y amener des innocents avec elle. Elle en vient même à trahir les deux êtres qui pouvaient encore la comprendre à savoir l'homme qu'elle aimait et sa fille. Un personnage auquel Dichen Lachman (encore une ancienne des séries de Whedon, puisqu'elle était au casting de Dollhouse) donne sa grande force. La dimension tragique est très présente aussi dans cette seconde saison, en tous cas bien plus que dans la première. Ward devient plus complexe (malgré une tendance à le sortir systématiquement du placard) et son aspect romantique prend un sens magistral dans les derniers instants de la saison. Le traumatisme sera tel qu'il risque de devenir un ennemi colossal de la bande à Coulson.

Agents of Shield (photo promo)

May se révèle aussi aux yeux des téléspectateurs. Atout bourrin de l'équipe, elle se montre sous un autre jour le temps de l'épisode 17. Les scénaristes sont vraiment revenus magistralement sur le personnage, en la mettant dans une position tragique. Le nom de la "cavalerie" n'avait jamais été justifié, il prend désormais un sens autre que la combattante. Fitz a également droit à un traitement intéressant. Suite à l'accident de la première saison, il a désormais des troubles pour s'exprimer mais aussi de la personnalité. Le premier épisode est très intéressant dans sa mise en scène car il nous fait croire tout du long que Fitz est encore avec Simmons alors qu'elle n'est pas dans le plan. Le personnage réapparaîtra au cours de la saison pour une issue digne des séries de Whedon, au même titre que le malheureux Triplett (BJ Britt) victime collatérale de la transformation de Daisy. Une scène émouvante ayant lieu dans un subtil ralenti. Même si tous les cgi ne sont pas bons, on trouve par ci par là des idées de mises en scène plus intéressante que sur la première saison à l'image de ce plan-séquence (bien moins classe que celui de Daredevil, mais néanmoins à saluer) où Daisy dégomme du malabar. En résulte une seconde saison bien plus réussie car sacrément plus régulière et mieux scénarisé. La série a trouvé son ton et tant mieux. (fin des spoilers)

Agents of Shield a mis beaucoup de temps à se mettre en route, au point de perdre ses téléspectateurs. Dommage car passer seize épisodes calamiteux, la série s'est sortie la tête du trou telle une autruche pour mieux se relever lors d'une seconde saison fabuleuse. A suivre...