Un agent de renseignement de la CIA se voit pousser des ailes en allant enfin sur le terrain...

Spy : Affiche

Longtemps cantonné aux séries (notamment Freaks and geeks qu'il a crée et co-produit aux côtés de Judd Apatow), Paul Feig s'est affirmé avec le jouissif Bridesmaids (2011), permettant enfin à Kristen Wiig ou Melissa McCarthy d'être révélées au grand public. Toujours en compagnie de Melissa McCarthy, il se lance maintenant dans la comédie d'espionnage après The Heat (2013), qui avait valu les moqueries les plus évidentes suite à une compagne d'affiche photoshopée absolument dégueulasse (McCarthy y apparaissait avec un visage totalement retouchée, au point que la tête ne correspondait plus avec le corps!). Reste qu'encore une fois, le film avait été un beau succès et la Fox de proposer à Feig le sobrement baptisé Spy. Le film a un beau casting pour lui: McCarthy, Jude Law, Jason Statham, Rose Byrne, Bobby Cannavale et Allison Janney. A l'heure où Paul Feig vient de terminer le tournage du reboot de Ghostbusters (ne cherchez plus à voir une vraie suite, aucun des acteurs originaux ne reprendra son rôle même dans leurs caméos), ce nouveau film arrive après une année riche en films d'espionnage: Kingsman de Matthew Vaughn, Mission Impossible: Rogue Nation de Christopher McQuarrie, The Man from ONCLE de Guy Ritchie et bientôt Spectre de Sam Mendes et Bridge of spies de Steven Spielberg.

Spy : Photo Melissa McCarthy

Différentes visions (certaines sont ancrées dans la Guerre Froide, d'autres dans le monde moderne) qui montrent un soudain regain d'intérêt pour les espions. Spy n'en reste pas moins une forme de déception certaine, en comparaison de Kingsman et du cinquième opus des aventures d'Ethan Hunt. Comparé à ces deux camarades, Spy n'est déjà pas dans une optique d'espionnage pur ou même d'hommage, on serait davantage dans la grosse parodie qui tâche. L'espionnage sert en grande partie de prétexte à faire un film se déroulant en Europe. La CIA nous est montrée comme un lieu grouillant de rats (littéralement, ne cherchez pas le subtil) et où McCarthy incarne une opératrice servant d'aide à Jude Law, faisant lui les missions de terrain dans son beau smoking. Rien de bien nouveau sous le soleil: la série 24 faisait pareil avec les personnages de Jack Bauer et Chloe O'brien au cours des neufs saisons de la série. Le lien est assez identique, McCarthy étant amoureuse de son alter-ego physique a contrario du principal intéressé. Law fait le pastiche de Bond par excellence, machine à tuer qui arrive comme il part, en laissant bien les traces de pneu sur le gazon. Parodier Bond n'a rien de très nouveau, Kingsman l'a mieux fait d'ailleurs rien qu'en montrant l'habituellement fringuant et gentillet Colin Firth massacrer toute une église de fanatiques racistes et homophobes en costume-cravate!

Spy : Photo Melissa McCarthy, Rose Byrne

Le plus ironique est d'ailleurs de savoir que les deux films sortent du même studio, mais les deux n'ont évidemment que peu à voir ensemble et notamment dans l'esprit (ricain pour l'un, british pour l'autre). La CIA présentée n'a rien de réellement glamour, envoyant son agent le moins sexy en lui faisant porter des postiches et tenues toutes plus ridicules les unes que les autres, en espérant pouvoir l'infiltrer plus facilement. Le message inévitable de la femme trouvant un moyen de s'affirmer en allant sur le terrain est gros comme une montagne, reste à voir où va aller le traitement. Autant dire que Feig n'a pas grand chose à raconter et accumule les séquences balourdes, censées mettre en difficulté son héroïne. Une collègue (Miranda Hart) apparaissant comme si de rien n'était, un agent apparaissant dans le champ pour garder sa place, une méchante de façade (Rose Byrne qui semble se demander ce qu'elle fait là) pour en instaurer des autres... Tout s'embrique de manière aléatoire afin de former un minimum d'intrigue. Manque de bol, on a bien du mal à s'amuser devant Spy, au mieux un petit ricanement des familles, au pire un vulgaire sourire de temps en temps. Même s'il n'est pas forcément désagréable, le film laisse un goût d'inachevé, de déjà vu et de pas forcément très drôle. On regarde les actions se passer sans retrouver une véritable étincelle.

Spy : Photo Jason Statham

Melissa McCarthy se démène comme elle peut en improvisant (beaucoup trop), son rôle est trop bancal et ses répliques beaucoup trop lourdes. Paul Feig ne fait pas du tout dans la finesse, ce qui peut souvent lui jouer des tours au cours du film. Comme dit plus haut, le film peine très souvent à faire rire et ce n'est pas la manière de Feig qui va aider. Le réalisateur étire beaucoup trop ses scènes à gags, au point que les vannes les plus lourdes finissent par en devenir pénibles. Si une vanne n'est déjà pas bonne ni drôle, l'étirer la rendra encore plus mauvaise qu'elle ne l'était au départ. Autant dire que ce genre de cas est très fréquent dans Spy, notamment le passage devant l'hôtel où plus cela semble gros, plus ça passe. Idem lors d'un dernier retournement de situation aussi improbable que grotesque, ou comment en rajouter une couche là où c'est inutile. Mais là où Spy réussit quand même à sortir du lot, c'est dans l'utilisation de Jason Statham. Au fil des années, l'acteur a multiplié les rôles de gros durs, en couple mais souvent macho, castagneur au possible et pas forcément de première finesse. Avec Spy, l'acteur peut s'amuser comme un petit fou avec son image, Action Jones complètement débile et pas très finaux, semblant savoir s'infiltrer mais bloquant la mission même... Il signe d'ailleurs les rares fous-rires du film. Comme on dit, il était temps.

Spy : Photo Jason Statham, Melissa McCarthy

Très lourd et pas forcément drôle, Spy s'oubliera assez vite au contraire d'un Kingsman qui va certainement se bonnifier avec le temps.