Avant de s'attaquer à Star Wars la semaine prochaine, la Cave de Borat tenait à revenir en profondeur sur la filmographie grandiloquente de son géniteur. On caricature très souvent George Lucas à la Guerre des étoiles et à un archélologue amateur de chapeau et de fouet, mais ce serait oublier ses deux premières réalisations, tout comme des films où il a été impliqué. Sur ce point, l'ami George a été plus prolifique en tant que producteur et scénariste, engendrant parfois des productions dont il se serait bien passé (notamment des épisodes de sagas qui n'existent pas). La Cave de Borat va donc revenir sur une carrière bien remplie et il ne sera pas question de revenir sur les sabres-laser, ni d'aventures aux quatre coins du monde (si ça vous intéresse c'est ici: Le triomphe de Steven). Etes-vous prêts ? On y va ! (attention spoilers) Après avoir étudié à Los Angeles (il fait partie de la génération des premiers étudiants en cinéma, comme la plupart des représentants du Nouvel Hollywood) et avoir réalisé quelques courts-métrages, il reçoit en 1968 une bourse pouvant lui permettre d'effectuer un stage à la Warner. Faute d'avoir pu le passer au département d'animation qui vient de fermer, il se retrouve sur le tournage de La vallée du bonheur (1968) où il rencontre son réalisateur Francis Ford Coppola. 

George Lucas

 Portrait de George Lucas réalisé par Drew Struzan.

L'ancien protégé de Roger Corman se lie d'amitié avec Lucas, au point d'envisager de fonder un studio ensemble (avec Walter Murch et Caleb Deschanel) qu'ils appelleront American Zoetrope et dont les quartiers seront à San Francisco. Sur le tournage des Gens de la pluie (Coppola, 1969), Lucas tourne le documentaire Filmmaker (1968) que l'on peut qualifier de making-of et travaille sur le scénario de l'adaptation de son court-métrage Electronic Labyrinth THX 1138 4EB (1967). Le studio doit néanmoins s'associer à la Warner pour pouvoir exister, malgré le désir d'indépendance de ses géniteurs. Tourné en dix semaines pour un budget de 750 000 dollars, THX 1138 est réalisé sans le moindre problème avec le studio et ce n'est qu'après les projections-tests que les problèmes commencent. Quatre minutes sont coupées, entraînant ni plus, ni moins la névrose de Lucas de vouloir tout contrôler, y compris de retravailler continuellement ses films à sa guise sans que les studios ne viennent entraver sa vision. Les prémices de l'édition spéciale de la trilogie originale Star Wars survenue en 1997... Quant à Coppola, il s'avère assez intolérant envers Lucas, essayant de se détâcher de son statut de producteur protecteur ("Je ne sais pas du tout ce que c'est que ce truc" dira t-il après une projection *). 

THX 1138 : Photo Maggie McOmie, Robert Duvall

L'amour, péché de la société moderne instaurée dans THX 1138.

Le film est un échec commercial à sa sortie en 1971, la Warner laisse tomber American Zoetrope et le film ne se fera une réputation que bien plus tard. En 2004, alors qu'il est en train de conclure la prélogie Star Wars (1999-2005) et qu'il sort la trilogie originale (1979-83) pour la première fois en DVD, Lucas revient sur son premier long-métrage en ajoutant un grand nombre d'effets-spéciaux, notamment en les insérant dans les plans originaux. Il est d'autant plus dramatique de constater les différences entre le montage initial qui est très épuré et le director's cut (cette appellation n'a jamais été aussi évidente que chez George Lucas) dans la vidéo ci-dessous. Des plans sont modifiés au point de changer subitement de décors et pire encore, on observe des problèmes de raccords évidents. On peut difficilement passer de plans issus de 1971 à des cgi de 2004. Pourtant Lucas ne s'en prive pas, se faisant beaucoup trop plaisir au point que son film ne ressemble plus à grand chose quand on s'éloigne de ses plans originaux. La séquence de la poursuite en devient même improbable avec le rajout d'une micro-scène additionnelle totalement hasardeuse, où des hot-wheels générées par ordinateur sont filmées à une vitesse folle alors que les plans avant comme après sont bien moins rapides. Sans compter le décor qui n'a rien à voir d'un plan à l'autre, passant d'une ville souterraine à un circuit ouvert. 

On peut même parler d'anachronisme pur et simple, voire de massacre même du film original, d'autant que les copies originales sont désormais introuvables sur le marché vidéo. Comme à son habitude, l'ami George a retiré les précédents montages (en 1977, il était déjà revenu dessus) du marché pour n'utiliser que le director's cut. D'autant plus triste que s'il y a bien un film dont Lucas n'avait pas besoin de retoucher, c'est bien THX 1138. Le visuel est le principal atout du film, jouant sur un blanc qui hypnotise l'oeil. Les murs sont blancs, les costumes des habitants aussi, seule la ville finit par sortir de cette couleur, tout comme les policiers avec un masque gris et un uniforme noir. Un univers particulièrement froid où même les autres décors paraissent obscures (un banal tunnel comme un escalier sous-terrain forment des décors additionnels). Même si Lucas a toujours avoué lui-même qu'il n'était pas bon scénariste (tout du moins seul), l'histoire de THX 1138 est une dystopie de qualité avec des bases pour le moins solides. La société dans laquelle vit THX repose sur la religion et l'absence de sexualité. La religion agit par des enregistrements tournant en boucle sans aucune interaction avec les pratiquants. Une certaine vision du confessional.

THX 1138 : Photo

La vitesse et les voitures déjà au centre du cinéma de George Lucas.

Quant à la sexualité, elle est purement réprimée synonyme de mort ou de prison. Ce serait évidemment trop simple si THX (Robert Duvall) n'y était pas confronté par sa colocataire (Maggie McOmie). D'autant que la population est manipulée par diverses drogues afin de pouvoir être mieux contrôlée. Plus de drogue, les excès peuvent reprendre. THX 1138 passe donc vite de film d'anticipation à un véritable thriller, où le personnage fuit sans cesse une destinée vouée à la destruction et à la mort. Le final est encore aujourd'hui assez énigmatique, l'issue de THX restant indéterminée. On ne sait pas ce qu'il y a au dessus des sous-terrains et cela peut être mortel pour l'Homme, à l'image de La jetée (Chris Marker, 1962). THX part vers un avenir incertain sur le soleil couchant, comme un certain archéologue des années plus tard. Après la débâcle THX 1138, George Lucas part d'American Zoetrope et même si Coppola est toujours à la production, American Graffiti (1973) est le premier film estampillé Lucasfilm. Quand il décrit son second film, Lucas se veut direct : "Je me suis dit 'vous voulez de la chaleur et de l'humanité ? Hé bien je vais vous en donner, de la chaleur et de l'humanité. (...) Je me suis rendu compte, après avoir fait THX 1138que ces problèmes étaient si réels que la plupart d'entre nous devaient y faire face au quotidien. Aussi étions-nous dans un état de frustration permanent. Cela ne faisait que nous rendre encore plus déprimés. C'est pourquoi j'ai fait un film pour montrer qu'il est possible de se débarasser de certaines frustrations, du sentiment que tout paraît futile" *.

American Graffiti : Photo

United Artists rejette la première version du scénario, il finit par être affiné par le duo Willard Huyck / Gloria Katz pour être pris chez Universal. Une nouvelle fois, Lucas doit faire face à l'absence de final cut et malgré une projection-test enthousiaste, l'exécutif Ned Tanen ne veut pas le diffuser dans l'immédiat. Coppola finit même par le menacer d'aller voir ailleurs. La grève des scénaristes prend de court Lucas et Coppola (ils sont membres de la Writers Guild of America) et ne travaillant pas, Universal en profite pour couper quatre minutes du film. Si American Graffiti est un succès commercial important (au point de lancer la série Happy Days mettant également en vedette Ron Howard), Lucas veut quitter le système des studios en s'autofinançant. D'où l'émergence de Lucasfilm. American Graffiti est un film très nostalgique, où Lucas aborde son enfance notamment quand il faisait des courses de voitures (il a même eu un accident dont il s'en est sorti indemme). L'action se passe au début des 60's, se focalisant sur une seule nuit et avec quatre portraits. Des amis qui vont vivre une nuit de folie comme disait le duo Début de soirée. Des têtes connues qui ne sont autres que Richard Dreyfuss (qui ne cherchait pas encore des noises aux requins), Ron Howard, Paul Le Mat et Charles Martin Smith (incorruptible dans l'âme), auxquels on peut rajouter un certain menuisier nommé Harrison Ford. 

American Graffiti : Photo Cindy Williams, Paul Le Mat, Ron Howard

Chacun symbolise un aspect typique du teen-movie alors en émergence à Hollywood (même si La fureur de vivre de Nicholas Ray a déjà dix-huit ans quand sort le film de Tonton George). Dreyfuss et Howard vont partir à l'université et vivent (normalement) leur dernière nuit dans leur ville natal. Le Mat est le jeune loubard amateur de banane et de blouson noir. Smith joue le jeune timide laissé pour compte. Certains découvriront l'amour comme Dreyfuss et Smith ; Howard devra choisir entre l'université et sa fiancée (Cindy Williams que Coppola embauchera pour Conversation secrète) ; et Le Mat aura droit à un bien drôle de compagnon de route (Mackenzie Philips). American Graffiti est un pur film nostalgique où l'amour règne en maître, où même les loubards et chauffards sont des jeunes au grand coeur (preuve en est le blouson noir avec qui Dreyfuss reste un moment), où les voitures sont autant des moyens d'aguicher les filles que de faire la course. Ce n'est plus un objet mais un véritable personnage, à l'image de la voiture de La Mat ou celle d'Howard devenant aussi bien un lieu de rupture qu'un lieu de coup de foudre. Une époque où le rock émerge, la bande-originale étant entièrement composée de morceaux connus de Chuck Berry, des Beach Boys (décrié par La Mat au cours du film, détestant "le surf californien"), de Buddy Holly, ainsi que des standards qui serviront à beaucoup d'artistes chantant en français.

American Graffiti : Photo Harrison Ford

"Hey Chico tu veux bien faire la course ?!"

Le final se veut sans équivoque : Dreyfuss part vers d'autres contrées pourtant les cartons ne sont en rien positifs, voire même très noirs. Comme pour nous dire que le bon vieux temps prôné par Billy Joel était vraiment derrière nous. Bien que la suite (Bill L Norton, 1979) produite par Lucas fera perdurer les personnages, leurs issues parfois fatales seront conservées. Une manière bien sinistre d'évoquer une jeunesse qui s'apprête à perdre un de ses présidents les plus populaires et l'inévitable Guerre du Vietnam qui arrive à grand pas. Après avoir construit le Skywalker Ranch et créé ILM par la même occasion (Hollywood peut encore dire merci à Lucas d'avoir lancé un des plus grands pôles d'effets-spéciaux des USA) suite au succès de Star Wars (1977), le réalisateur commence à déléguer. Les seuls films qu'il réalise par la suite seront ceux composant la prélogie Star Wars, Lucas s'imposant dorénavant comme producteur et parfois scénariste sur des projets qui lui tiennent plus à coeur. C'est ainsi que Coppola et lui se retrouve à participer à la distribution internationale de Kagemusha (Akira Kurosawa, 1980). Suite à un accord avec la Toho qui ne parvenait pas à terminer le film financièrement, la Fox s'est associé aux deux réalisateurs pour le faire terminer et obtenir les droits internationaux.

Kagemusha, l'ombre du guerrier : Affiche

Un bon retour des choses quand on sait que Star Wars est grandement inspiré de La forteresse cachée (Kurosawa, 1958). Une fresque ambitieuse et remarquable, au scénario malin jouant sur le poids des responsabilités. Le voleur (Tatsuya Nakadai) est pris à son propre jeu entre l'honneur d'incarner un grand chef de clan et le poids de ce rôle. Comme à son habitude, la direction artistique est colossale, allant de batailles superbement filmées à un cauchemar où le fantôme du maître pourchasse le voleur dans un univers coloré. Une des Palmes d'or inattaquables selon votre interlocuteur. On l'oublie souvent mais L'Empire contre-attaque (Irwin Kershner, 1980) avait un avant-programme dans certains cinémas européens et australiens. Longtemps considéré comme perdu et jamais exploité après sa sortie en salle, Black Angel a fini par refaire son apparition il y a quelques années sur la toile suite à la découverte des négatifs chez Universal en 2011. Financé par Lucas, le court-métrage est réalisé par Roger Christian, directeur artistique de La Guerre des étoiles et dont le principal fait d'arme sera le redoutable Battlefield Earth (2000) ! Le court-métrage se révèle très contemplatif usant de travellings, zooms et ralentis afin de présenter les décors naturels dans les moindres détails.

Si le réalisateur signe de beaux plans dans l'ensemble (bien aidé par la majesté des décors), il n'en reste pas moins que le court-métrage est terriblement basique, reposant sur une toile de fond vite expédiée. Le héros est un ancien croisé (zooms sur ses attirails le temps de quelques secondes) et doit affronter un ange noir (citant le Death Dealer de Frank Frazetta) guidé par un ange féminin et un ermite. Si l'atmosphère de conte est crédible, on peine à s'intéresser face à des enjeux aussi pauvres. L'idée d'une version longue par le réalisateur n'est pas forcément une bonne idée. Beaucoup ont reproché le rachat de Lucasfilm par Disney en octobre 2012, pourtant les relations entre George Lucas et le studio aux grandes oreilles existaient depuis longtemps. Le réalisateur faisait même du chantage à la Fox en proposant également Star Wars aux studios Disney. Un Star Tours et une attraction Indiana Jones plus tard, il n'y a donc rien d'étonnant à ce contrat signant la fin d'une ère. Ce serait oublier le film-attraction en 3D Captain EO (1986). Les pontes de Disney de l'époque Michael Eisner et Jeffrey Katzemberg se mettent dans l'idée de créer une attraction avec Michael Jackson. Si George Lucas est approché pour la réaliser, il ne fera que la produire demandant à Francis Ford Coppola de la faire. 

Captain eo

Endetté jusqu'au cou suite au tournage spectaculaire d'Apocalypse now (1979) et à l'échec commercial de Coup de coeur (1982), il accepte sans sourcilier, cherchant le plus de commandes possibles pour s'en sortir financièrement. Rusty Lemorande, futur réalisateur du naufrage Voyage au centre de la Terre (1989), s'occupe du scénario ; Jackson et Angelica Huston sont face à face, HR Giger s'occupe du character design de cette dernière ; Jackson compose deux titres et James Horner s'occupe du thème principal. Le premier montage ne fonctionne pas, tout comme la 3D et le budget grimpe entre 17 et 30 millions de dollars. Eisner dira qu"Il y avait plus de 150 effets-spéciaux, soit plus par minute que George Lucas n'en avait utilisé dans Star Wars !" (**).L'attraction débute en 1986 et s'est arrêté en avril dernier par chez nous, après un revival suite à la mort du King of Pop en 2009. Alors qu'en est-il de ce fameux projet brassant autant de talents autour ? Hé bien pas grand chose. A l'heure où la 3D faisait une courte réapparition, Captain EO n'en utilise finalement que très peu à l'oeil nu et si c'est le cas, cela donne des effets gadgets peu reluisants (un personnage balance un liquide vers le spectateur, whaow !). On nous présente différents personnages improbables, majoritairement des marionnettes et animatroniques, composés d'un chat avec des ailes de papillon (!), deux robots nous rappelant le duo C3P0 / R2D2, un éléphant et des oiseaux siamois!

Michael Jackson finit par arriver de dos, confortant son statut d'icône pop par excellence. Le chanteur se débrouille bien pour ce qui est de danser et de chanter, mais en tant qu'acteur cela s'avère tout de même assez faible. Après une petite introduction, Coppola nous balance en pleine bataille spatiale, ce qui n'est pas sans évoquer directement Star Wars avec la bataille dans l'Etoile Noire (le premier Star Tours aura des cinématiques quasiment similaires). Autre influence, le vaisseau crashé se trouve dans un plan n'étant pas sans évoquer celui d'Alien (Ridley Scott, 1979) présentant le Space Jockey. Si les effets-spéciaux s'avèrent assez corrects dans un premier temps, ils finissent par devenir de plus en plus kitschs. C'est principalement le cas des camarades d'EO devenant subitement des instruments de musique. Les effets-spéciaux sont terriblement datés, semblant être de vulgaires démo-techniques. Idem pour le grand final avec des couleurs vives pétaradantes dont on se serait bien passer. Au niveau de l'intrigue, cela se révèle pauvre avec un héros délivrant un peuple opprimé transformé par le mal. Si jusqu'à maintenant le court se révèle assez cinématographique, Coppola finit par partir dans les travers du clip-vidéo, avec Jackson chantant et dansant. Dès lors, le court se focalise entièrement sur Jackson et ses chorégraphies aux cadrages interchangeables.

CEO

Il est d'autant plus triste que la chanson Another part of me a été réalisé pour les besoins de ce court-métrage. Quant à la partition de James Horner, elle n'est pas sans rappeler celle qu'il a composé pour Aliens (1986). La même année, Jim Henson et Lucas collaborent ensemble sur le film Labyrinthe. L'occasion de mélanger film live-action et les marionnettes chères au créateur du Muppet Show. Brian Froud est aussi de l'aventure (il était déjà présent sur Dark Crystal) et le réalisateur se paye David Bowie en méchant et à la bande-originale et Jennifer Connelly alors en pleine émergence. Il n'en reste pas moins que cette production Lucas est un échec au box-office. A l'heure où la fantasy n'a jamais été aussi nombreuse à Hollywood, ces projets ne rapportent absolument rien. Labyrinthe est concerné tout comme Taram et le chaudron magique (Rich, Berman, 1985), Legend (Scott, 1985) ou Fire and ice (Ralph Bakshi, 1983). Labyrinthe se rattache davantage encore aux contes et légendes. L'héroïne est montrée en train de jouer à la princesse, avant d'évoquer le Roi Arthur avec le nom de son chien (Merlin) et d'une peluche (Lancelot). La belle-mère (encore un aspect fort des contes présents aussi bien dans Blanche Neige que Cendrillon) se revendique même comme une "marâtre de contes de fée" suite à une énième dispute entre la jeune fille et elle.

Labyrinthe : Photo

Tonton George en compagnie de David Bowie et Jim Henson.

L'héroïne doit sauver son frère, engendrant une mise à l'épreuve digne des contes et elle doit affronter un méchant sorcier. Le passage de la pomme évoque inévitablement Blanche Neige, tout comme celui du bal Cendrillon (la danse, mais également la robe). Enfin, on s'amusera d'un bestiaire varié notamment l'équipe de miss Connelly composée d'une sorte de lutin malicieux, d'un géant à cornes, d'un raton-laveur borgne et d'un chien rappelant celle de Dorothy dans Le magicien d'Oz (Lyman Frank Baum, 1900). L'héroïne se retrouvant dans un lieu imaginaire et essaye d'en sortir par tous les moyens renvoie inévitablement à Alice au pays des merveilles (Lewis Carroll, 1865). Si Jim Henson réussit souvent à intéresser par de beaux décors, de belles créatures et un certain sens du divertissement, le film multiplie tout de même un beau lot de fautes de goût. L'abominable puanteur n'est qu'un réservoir à prout, ce qui fera peut être rire les enfants, mais peu les adultes. La scène en pleine forêt avec les créatures rouges laisse sérieusement à désirer. Semblant être fait devant un fond vert, les créatures comme Connelly semblent mal raccordées et l'effet n'en est que plus hideux. 

Labyrinthe

On s'amusera d'autant plus de la faute de goût vestimentaire (voire capillaire) de David Bowie et son merveilleux moule-bite, dont le pantalon en joue énormément. On ne retiendra d'ailleurs pas les chansons du Dieu Bowie malgré un investissement certain et qui se ressent à l'écoute (purement dans sa période 80's). En revanche, le climax dans les escaliers est superbement réalisé comme les réglements de compte dans le village. En 1986, George Lucas se met à la production d'une adaptation d'un personnage Marvel. Spider-man ? Les X Men ? Non, Howard the duck ! Le canard de l'Espace débarquant sur Terre et s'entichant de diverses humaines. Un héros dont même Marvel ne savait plus quoi en faire au début des 80's, après l'avoir fait concourir aux élections présidentielles. Initialement, Tonton George est lucide, voulant produire un film d'animation. En manque de blockbusters estivaux, Universal choisit malheureusement d'en faire un film live-action. Aux commandes du projet, le duo Willard Huyck et Gloria Katz les scénaristes d'American Graffiti et d'Indiana Jones et le temple maudit (Steven Spielberg, 1984), ce qui peut être vu comme un signe de qualité. Budgeté à 30 millions de dollars, le film se casse la figure au box-office, devenant un des flops les plus connus de l'histoire d'Hollywood. 

Howard the duck

Mais aussi un nanar au culte de plus en plus grand au fil des décennies. Pour Tonton George en revanche c'est une véritable douche froide, devant vendre la filiale informatique d'ILM à Steve Jobs alors qu'il est en plein divorce. Pixar est né, George s'en mord encore les doigts. Howard the duck est en soi un film anachronique au vue de sa classification PG. Avec un canard multipliant les allusions sexuelles (je vous passe sur la chevelure phallique, comme sur sa relation zoophile avec la mère de Marty McFly), les sarcasmes du personnage (il râle sans cesse) et son amour de la bibine, on se demande bien comment cela a pu passer à la MPAA. Le film n'a rien de tout public et en soi ne s'adresse même pas aux enfants. Il est donc assez improbable de le voir délivrer un PG et non un PG-13 par exemple, compte tenu du contexte. Dans sa première partie, Howard the duck est même sérieusement délirant entre les bars où ça picole, un héros qui fume et boit tout en tapant des loubards effarouchés, une introduction le montrant feuilleter Playduck (avec la double-page au milieu) tout en dévoilant des photos de divers canettes... Les aventures d'Howard sont purement pour adultes et il aurait mieux valu assumer pleinement que de virer au spectacle familial en plein milieu de film.

howard-the-duck

 

La seconde partie plus portée sur la science-fiction est également bien moins convaincante, à part si vous voulez voir Jeffrey Jones totalement à côté de la plaque et Howard se prenant pour Chuck Berry à la guitare (les vrais savent). Deux ans plus tard, George Lucas reprend l'écriture sur le projet Willow que réalise Ron Howard. Là encore, le succès n'est pas au rendez-vous (tout du moins pas aussi fulgurant que le voulait Tonton George), ce qui n'empêche pas le créateur de Star Wars de continuer l'aventure sous forme de romans en compagnie du scénariste Chris Claremont. En revanche, on se souvient primordialement de Willow comme un progrès exceptionnel dans les effets-spéciaux. Premier film à utiliser le morphing, il permet ainsi de faire changer un personnage de physique à l'oeil nu. Si l'effet est vieillissant et grossier ici, il est la base du T-1000 de Terminator 2 (James Cameron, 1991) par exemple. Il sera ensuite à tord et à travers. Le film a pris un sérieux coup de vieux aussi comme le montre la créature à deux têtes. Lucas ne s'est pas non plus foulé pour ce qui est du scénario reprenant les bases du Seigneur des anneaux (JRR Tolkien, 1954-55). Le village de nains remplace la Comté. Les sorciers ennemis s'affrontent. La créature à deux têtes remplace le troll de la Moria.

Willow (BR)

 Jaquette du BR de Willow.

Deux personnages aux moeurs opposées tombent amoureux (Madmartigan et Sorsha remplacent Aragorn et Arwen). Le duo Willow / Meegosh renvoie à Frodon et Sam. Le bébé remplace l'anneau (l'issue est identique). Sauron devient une reine maléfique. On peut continuer encore longtemps à chercher les allusions évidentes au Le Seigneur des anneaux. Malgré cet aspect copieur, le film n'en reste pas moins divertissant, bien aidé par une aventure rythmée et des personnages sympathiques. Ce serait également oublier la sublime ost de James Horner, jouant parfaitement sur l'aventure avec un thème musclé riche en trompettes pétaradantes pour le bonheur de nos oreilles. Elle annonce même certains passages de The land before time (1988), autre production de George Lucas en compagnie de Steven Spielberg et réalisée par Don Bluth. Etant revenu plus d'une fois sur le chef d'oeuvre du créateur de Fievel (encore en octobre dernier avec la Cuvée deuil symphonique), votre cher Borat passera directement à Tucker sorti la même année. Un projet qui tenait à coeur à Francis Ford Coppola depuis 1973 avec initialement Marlon Brando en rôle titre. Pendant un temps, il songeait à en faire une comédie-musicale sous le même modèle que Mishima de Paul Schrader (que Lucas a produit également) et tenait à avoir Gene Kelly comme consultant.

Ce qui aurait donné un film comme Coup de coeur, inenvisageable après le flop retentissant du film. Le projet est finalement relancé grâce à George Lucas qui lui suggère d'y revenir après Captain EO. Si le public ne suit pas, les critiques sont assez élogieuses. A l'image de sa filmographie et particulièrement celle des 80's, Tucker revient avec nostalgie sur un sujet précis. Coup de coeur revenait à l'esprit des musicals d'antan ; Outsiders et Rusty James (1983) montraient les adolescents des 50's ; Cotton Club (1984) mettait en scène des protagonistes au coeur des 30's ; et Peggy Sue s'est mariée (1986) était un voyage dans le temps dans les 50's à l'image de Retour vers le futur (Robert Zemeckis, 1985). Avec Tucker, il s'agit de faire un biopic sur une figure méconnue de l'automobile, celle de Tucker et de sa voiture si merveilleuse que personne n'en a voulu (même cas pour la DeLorean à sa sortie). A l'image du réalisateur, Tucker (brillant Jeff Bridges) s'est brûlé les ailes dans son ambition démesurée sans voir la chute qui l'attendait.

Tucker : L'homme et son rêve : Affiche

Si la décennie 80's de Coppola a désormais plus d'intérêt auprès du public (notamment grâce à des rééditions DVD ou BR nécessaires), il n'en reste pas moins que cette période fut noire pour lui, faites d'échecs à rebondissements et de commandes inévitables. Tucker, le géant de l'automobile que personne ne voulait entendre et se retrouvant à s'écraser devant des adversaires bien plus importants, avec une voiture bien meilleure. Coppola, ce réalisateur si ambitieux qu'il s'est planté suite à des choix de carrière trop gros pour lui. Tucker et Coppola ont créé leur propre entreprise, ces mêmes entreprises qui aujourd'hui apparaissent comme oubliées ou loin de leur aura véritable. Ce qui fait de Tucker un film semi-autobiographique fantastique et si peu connu du grand public. Il n'a même pas encore droit à une édition DVD ou BR, au contraire de ses autres films des 80's. Le mal-aimé. Après plusieurs années passées à étoffer la saga Star Wars, George Lucas revient en 2012 à un projet qu'il essaye de concrétiser depuis 1988. Le but est de faire un film sur un escadron composé de jeunes aviateurs afro-américains durant la Seconde Guerre Mondiale. Anthony Hemingway finit par le réaliser au cours de l'année 2010 en Europe, ce qui n'empêche pas Tonton George de revenir dessus pour effectuer des reshoots, Hemingway n'étant pas disponible. 

Red Tails : Photo

Red Tails est un échec de plus pour Lucasfilm, l'avant-dernier avant le rachat de Disney. Le film est même encore aujourd'hui inédit en France et ce malgré un doublage francophone disponible sur des sites de téléchargements. Les voies virales sont nécessaires dans certains cas. Il est d'autant plus dommage que le film est tout ce qu'il y a de plus recommandable, voire divertissant. Même si les scènes d'aviation sont entièrement réalisés en cgi, elles n'en restent pas moins de qualité et permettent de belles scènes d'action. De plus, cela permet d'aborder des phases de l'histoire peu évoquées qui plus est de manière intéressante. Lucas se fait même plaisir autour d'un passage en évoquant Buck Rogers, le héros de son enfance. Même si le film ne restera pas forcément dans les mémoires, il n'en reste pas moins énergique, aidé par des personnages particulièrement attachants (notamment celui de David Oyelowo en pilote fougueux et amoureux). Je terminerai cette cuvée sur la dernière production Lucasfilm en date qu'a supervisé Tonton George. Un scénario se basant sur Songe d'une nuit d'été (William Shakespeare, 1600) signé par Lucas lui-même. Strange Magic de Gary Rydstrom, réalisateur du court-métrage Extraterrien (2007) et plus connu pour son travail de sound designer, a bénéficié d'une sortie pour le moins improbable. 

Strange Magic : Photo

Disney n'en voulant pas, sa branche adulte Touchstone l'a repris et voilà que le film commence sa promotion moins de deux mois avant sa sortie en salles. Le film ne pouvait évidemment pas marché et c'est bien la preuve que Disney comme Lucasfilm n'y croyaient pas. Au vue du résultat, cela n'est pas tellement étonnant. Ne sachant pas où se situer entre romcom (l'elfe est amoureux de la fée, la fée amoureuse de quelqu'un qui ne l'aime pas et finit par aimer le soi-disant méchant de l'histoire), conte (des fées, des elfes, des lutins, des goblins parsèment le film) et comédie-musicale ; Strange Magic brasse de tout au point de ne pas ressembler à grand chose. Là où La reine des neiges (Lee, Buck, 2013) jouait énormément avec le storytelling de Broadway, ici tout semble basique au point que le spectateur ne croit pas aux chansons. Pire, on ne parvient jamais à avoir des émotions palpables pour les personnages quand ils chantent. Cela serait sans compter sur des reprises pour le moins foireuses de chansons d'Elvis Presley, Beyoncé, Whitney Houston, Bob Marley ou encore de Kelly Clarkson qui ne suscitent aucun intérêt, si ce n'est faire tenir le spectateur qui peine sérieusement à s'intéresser à cette histoire. Il était d'autant plus triste pour un fan d'Across the universe (2007) de ne pas reconnaître la superbe voix d'Evan Rachel Wood lors de ses passages chantés.

SM

 

De plus, si l'animation s'avère correcte en général, elle accuse le coup sur les visuels des fées qui ne dégagent aucune émotion. Si la seconde partie s'avère nettement meilleure que la première, il est bien sinistre de voir un film aussi aseptisé et peu intéressant venant de l'imagination de George Lucas. De plus, le film n'est pas sans ressembler à Epic (Chris Wedge, 2013) avec la forêt, le méchant quasi-identique d'un point de vue visuel, une héroïne en tenue guerrière... Quant au filtre d'amour pouvant être délivré pour tout le monde, il renvoie à la scène du bar de Willow. Vraiment pas inspiré George... Il était temps de prendre sa retraite, hein ? Allez à la semaine prochaine!

indiana-jones 

"Vous croyez franchement que je n'allais pas passer un petit bonjour ? C'est la fin de la cuvée sur George Lucas, il est temps pour vous d'aller visiter un musée !"


* Propos issus de Cahiers du cinéma, collection Maîtres du cinéma: George Lucas de Karina Longworth (2012).

** Propos issus de http://www.allocine.fr/article/fichearticle_gen_carticle=18640932.html