L'Empire est mort mais le Premier Ordre a pris sa place avec la Résistance comme ennemi principal. Les jeunes Rey et Finn se retrouvent en pleine guerre de position intergalactique...

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Trois ans après son annonce, voici enfin arrivé le nouveau Star Wars, premier volet d'une troisième trilogie et cette fois-ci sans George Lucas aux commandes ni de près, ni de loin. Entre les mains de la productrice Kathleen Kennedy (productrice des films de Steven Spielberg comme fait d'arme notable) et des studios Disney, la saga revient avec JJ Abrams aux commandes du premier opus. Le choix d'Abrams n'est pas étonnant étant donné ses faits d'armes sur la franchise Star Trek (morte durant quatre ans avant de revenir en flèche sous sa coupe). Le réalisateur a d'autant plus de responsabilités qu'il doit faire directement suite au Retour du jedi de Richard Marquand (1983) et reprendre une bonne partie du casting initial: Mark Hamill, Carrie Fisher, Harrison Ford, Peter Mayhew, Anthony Daniels et Kenny Baker. Billy Dee Williams manque juste à l'appel (l'équipe a précisé qu'un retour est tout à fait envisageable). Dès les premières secondes, nous sommes en terrain connu: le logo Lucasfilm, la phrase iconique "Il y a longtemps dans une galaxie lointaine, très lointaine" et le texte qui défile sous le thème phare de John Williams (qui signe un score plus intimiste tout en gardant une certaine flamboyance en temps voulu). On garde les traditions, idem pour certaines transitions qui ponctuent le film identiques à celles d'autrefois (trilogie originale comme prélogie). (Attention spoilers) Des traditions il y en a également dans le script, revenant directement à la structure de La Guerre des étoiles de George Lucas (1977) et donc en soi au héros selon Joseph Campbell.

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Néanmoins, au lieu de faire un vulgaire décalque comme Hollywood adore s'y prêter quand elle n'a plus d'imagination, Abrams et le scénariste Lawrence Kasdan s'en servent afin d'en modifier les codes. Pour reprendre la théorie de Campbell: Rey (Daisy Ridley) prend place dans un monde ordinaire (Jakku/Tatooine) avant l'appel et le refus de l'aventure (elle veut sortir de son quotidien mais attend sa famille), rencontre son mentor (le sage Obi Wan est remplacé par Han Solo le contrebandier héros de guerre), puis le passage du seuil (Rey part de Jakku à cause de Finn et BB-8), les alliés et ennemis (Finn et Chewbacca pour l'un, Kylo Ren, le général Hux et Snoke pour l'autre), "l'accès à la caverne" (la base Star Killer), la dernière épreuve (la mort d'un personnage phare et affrontement inévitable) et la récompense (le sabre-laser). Les étapes du retour et de la résurrection sont laissées de côté, mais pas celle du "retour avec l'objet de la quête" (toujours le sabre). De même, les statuts changent à travers divers personnages historiques ou créés pour l'occasion. Solo passe d'allié à mentor, Rey devient Luke, Finn (John Boyega) et Poe Dameron (Oscar Isaac) sont un mix de Han et Luke (le premier en devenant l'allié principal, l'autre le meilleur pilote de la Résistance), BB-8 est le successeur de R2D2, Kylo Ren (Andy Driver) celui de Vador, Snoke (Andy Serkis) Palpatine et Hux (Domhnall Gleeson) Grand Moff Tarkin (Peter Cushing). Certes, on aurait voulu voir un peu plus de nouveautés, mais ce schéma narratif est vieux comme le monde et la réécriture d'Abrams et Kasdan n'en est que plus salvatrice.

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D'autant plus que The Force awakens est le premier volet d'une nouvelle trilogie. Revenir aux sources tout en les utilisant correctement est en soi un gage de qualité non négligeable, d'autant que ce septième opus réussit là où la prélogie peinait sérieusement à le faire: divertir. Ce septième épisode est un véritable régal de divertissement, sachant aligner les moments de bravoure de qualité et revenir au mélange d'aventure et d'humour qui faisait la richesse de la trilogie originale (et ce malgré les moments tragiques). Le film est une véritable aventure initiatique, où les personnages découvrent un monde inconnu quand le spectateur le retrouve avec plaisir. Les scènes d'X-Wings sont fantastiques, étant à la fois lisibles et jouissives (notamment le final rappelant Star Wars et Le retour du jedi avec plaisir), de même que la première séquence ressortant le Faucon Millenium des abysses avec un mélange subtil de suspense et de malice. La réalisation est en soi un pur bonheur, sortant du tout numérique souvent vomitif de Tonton George, utilisant les cgi à bon escient et se permettant de longs plans pour bien montrer l'action (ce travelling latéral montrant Finn courant en plein champ de bataille est un pur moment épique). Les nouveaux personnages sont même un certain bonheur car génèrent plein de possibilités. Depuis la sortie du film, Kylo Ren (Adam Driver) est souvent critiqué notamment à cause d'un possible manque de charisme. Il aurait été peut être plus judicieux que son visage ne soit pas dévoilé aussi tôt et plutôt vers la fin, mais les faits sont les faits. Il n'en reste pas moins que le personnage est amusant dans ses failles. 

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Il se présente comme le descendant de Dark Vador (ce qu'il est), mais est encore loin d'atteindre sa puissance. C'est un personnage impulsif (il ne contrôle pas ses émotions et certains passages apparaissent comme des gimmicks comiques) et il pense être invincible. La scène de l'interrogatoire comme le duel final confirment qu'il ne l'est pas et surtout qu'il n'est qu'au début de ses capacités. C'est la différence avec Vador: quand on le découvrait dans Star Wars (on ne parle donc pas de la prélogie), il était déjà un sith aguerri, Ren n'est encore qu'à ses débuts et il sera donc pire à l'avenir. On pourra reprocher cet aspect "commencement", mais voir un ennemi prétentieux et finalement faible le rendra finalement bien plus négatif dans les épisodes suivants avec la rancune tenace. De même, Rey n'est finalement qu'aux balbutiements de ses pouvoirs, elle ne fait que les découvrir, ce qui rend son duel avec Ren fascinant. Les deux apprentis s'affrontent tout en montrant une certaine supériorité chez un des protagonistes. L'issue est primordiale car des frustrations de l'un donnera lieu à une revanche pour le moins alléchante. Le temps nous le dira. Rey est symptomatique d'une année 2015 unique: on aura rarement vu autant de films hollywoodiens avoir autant de rôles féminins majeurs. Que ce soit Mad Max Fury Road de George Miller, Mission Impossible Rogue Nation de Christopher McQuarrie, Crimson Peak de Guillermo del Toro, Tomorrowland de Brad Bird ou désormais Star Wars VII. Par la même occasion, Rey n'est pas une héroïne badass: elle sait se battre mais évoque aussi une certaine fragilité, compte tenu de son passé encore bien mystérieux. 

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Une héroïne forte que l'on rêvait de voir depuis bien longtemps au cinéma, tout du moins avec un tel degré de sincérité. Finn n'est pas non plus un héros, il le devient grâce à ses actions. Personnage peu confiant et élevé à la guerre, il est avant tout un grand enfant se rebellant contre l'autorité néfaste qui l'a fait naître. Son côté maladroit lui donne un côté attachant immédiat. Poe Dameron n'est pas encore exploité à sa juste valeur (le film mettant principalement l'accent sur Ren, Rey et Finn), mais il y a un fort potentiel, tout comme le Captain Phasma (Gwendoline Christie) bien peu visible à l'écran et Maz Kanata (Lupita N'yongo dans un rôle numérique de toute beauté) apparaît peu mais très bien. En revanche, le général Hux renvoie merveilleusement aux dérives du IIIème Reich, son discours transpirant de haîne devant des stormtroopers conditionnés à la naissance (très bonne idée au passage) étant tout bonnement fascinant. De quoi renvoyer aux meilleurs passages de La revanche des sith de Tonton George (2005). Quant à Snoke, il ne montre pas encore toutes ses possibilités et son rendu visuel n'est pas forcément à la hauteur d'un film réellement beau. Nous verrons à l'avenir si le personnage évoluera en bon ou en pire, d'autant que nous le voyons ici que sous hologramme. N'oublions pas non plus BB-8, mascotte de première et adorable petit robot. Le retour des figures connues fait également plaisir à commencer par Han et Chewie, duo inséparable toujours aussi amusant (le baroudeur baratineur et sa bonne conscience armée!). L'apparition de C3PO vaut également son pesant de cacahuètes, digne d'un personnage aussi agaçant qu'amusant.

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Le postulat décrit dans le résumé défilant est intéressant sur bien des points. Beaucoup critiquent le fait que l'Empire soit de retour sous un autre nom (le Premier Ordre) et que les événements de la trilogie originale n'ont finalement servi à rien. Il n'en reste pas moins que ceci entraîne une certaine désillusion, que le Mal ressurgit toujours sous une autre forme et souvent là où on ne s'y attend pas. En l'occurrence, tout part de Luke et faire de lui un macguffin humain n'est en rien une mauvaise idée. Cela permet justement de redonner de l'importance à ce personnage, après avoir miser sur Han Solo pour être le premier personnage connu que rencontre les nouveaux personnages. Sa recherche entraîne l'aventure, comme à l'époque Leia entraînait Luke à rechercher Obi Wan pour la retrouver. De même, le départ de Luke n'est pas explicité, se résumant à quelques dialogues et surtout plans (excellent flashback raconté à la manière de montagne russe immersive). Pas besoin de beaucoup d'explications pour comprendre et ce n'est parfois pas plus mal dans un cinéma actuel qui prend de plus en plus le spectateur par la main. (Fin des spoilers) Porté par un excellent casting (les anciens avec un Harrison Ford en pleine forme; comme les nouveaux, Ridley et Boyega risquant d'avoir un merveilleux tremplin mérité), The Force Awakens s'apparente à ce que l'on avait espéré en 1999: le retour d'une des sagas les plus passionnantes du cinéma. Un rêve de gosse où l'on a bien fait d'attendre et où l'absence de Tonton George n'a jamais fait autant de bien à la franchise. Rian Johnson (Brick, Looper) a donc la lourde tâche de faire perdurer cette nouvelle trilogie qui s'annonce d'ores et déjà passionnante.

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La force s'est réveillée pour notre plus grand plaisir avec un premier retour beau, passionnant et avec des personnages donnant envie de les suivre à l'avenir.