JOYEUX NOËL!

L'astéroïde ne s'est finalement pas écrasé sur la Terre il y a 65 millions d'années. Un jeune diplodocus fermier finit par se perdre et essaye tant bien que mal de revenir chez lui...

The good dinosaur (2)

Les studios Pixar auraient dû revenir en mai 2014, il a fallu attendre cette année pour qu'ils fassent leur retour triomphal. La cause ? The Good Dinosaur a changé de réalisateur (Peter Sohn a remplacé Bob Peterson, évincé en course) et semblait partir dans toutes les directions sans que cela fonctionne. John Lithgow avait témoigné durant la production que le script avait été remanié quasi-entièrement, au point de devoir tout redoublé et il fut finalement remplacé par Jeffrey Wright. Judy Greer, Bill Hader, Neil Patrick Harris et Lucas Neff seront dans le même cas. Arlo devait initialement être plus âgé et Peterson aurait eu des difficultés à terminer l'histoire. Spot devait être montré comme une sorte d'insecte pour Arlo, mais visuellement cela n'avait pas l'air de fonctionner. Il était aussi question d'une communauté qui mettait de côté Arlo. Ce n'est pas la première fois que Pixar connaît ce type de crise (Ratatouille et Brave ont connu le même sort), mais ce n'était pas dans ce type de circonstances. En 2014, Pixar est raillé depuis quelques années à cause de productions moins intéressantes selon les médias. Les films marchent, mais plaisent un peu moins. Les problèmes de The Good Dinosaur ont entraîné le licenciement de bons nombres d'employés, sans compter la filliale canadienne qui a fermé. 

Le Voyage d'Arlo : Photo

Le film n'a pas très bien fonctionné au box-office (plus de 332 millions de dollars de recettes, soit le score le plus bas de Pixar) et n'a pas non plus été bien accueilli. Pourtant, Le voyage d'Arlo en a à revendre. Après l'excellent Inside Out (Pete Docter, 2015), Pixar confirme une chose : leurs films nous avaient manqués. Avec ce nouveau cru, il s'agit de découvrir ce qui aurait pu arriver si la Terre n'avait pas été touché par l'astéroïde ayant causé la mort des dinosaures. Un parti-pris couillu à l'image du postulat du précédent film des studios. L'ouverture est assez claire, montrant l'astéroïde passer en plein ciel sous le regard des dinosaures. Une manière cocasse d'aborder ce changement total que peut engendrer un tel événement dans notre chronologie. On ne nous précise pas par la suite le nombre d'années s'étant écoulées entre l'ouverture et l'éclosion des oeufs du couple de diplodocus, rendant The Good Dinosaur totalement intemporel. Le film devient rapidement une utopie pour savoir ce qui se serait passé si l'espèce conquérante suivante n'avait pas existé (l'Homme). L'espèce omniprésente est le dinosaure et il parle. Pas d'anthropomorphisme, juste l'évolution qui veut cela. On nous présente principalement le point de vue d'une famille, le voyage d'Arlo permettant de voir ensuite d'autres autochtones.

Le Voyage d'Arlo : Photo

Pas d'immeuble, ni de voiture, ni d'appareil électronique, seulement une famille d'agriculteurs élevant des sortes de poules. Les parents gèrent une ferme qu'ils entretiennent par l'élevage et l'agriculture, les enfants feront de même en temps voulu. Dans cette évocation de la société, on apercevra par la suite des éleveurs de bétails, sous la forme de... tyrannosaurus Rex ! Des dinosaures inoffensifs contrastant avec l'image de féroces prédateurs que l'on connaît. L'occasion d'un passage lorgnant fortement avec le western, ce genre mettant en scène les fameux cowboys (les éleveurs de bétail pour les deux du fond). Un digne moment d'aventure et l'occasion d'entendre une nouvelle fois l'ami Richard Darbois et sa grosse voix bien reconnaissable. En revanche, les ptérodactyles comme les célèbres raptors sont montrés comme de véritables charognards, jamais à l'affût d'un bon festin. Alors que le Dinosaure a réussi à instaurer une certaine forme de hiérarchie comme des notions de travail, ce n'est toujours pas le cas de certaines espèces restées à l'état de tueur sanguinaire. De même, le seul tricératops observé peut rappeler les gourous de l'ère hippie, ses cornes devenant le lieu d'une collection improbable d'animaux en tous genres. Pour ce qui est de l'Homme, il n'est qu'au début de son existence et Arlo y voit surtout ce que l'on pourrait appeler un "animal de compagnie". 

Le Voyage d'Arlo : Photo

L'Homme est devenu ce que le chien ou le chat est pour lui de nos jours. Ce n'est pas une déchéance, juste un retour des choses compte tenu du contexte développé par le film. Pas étonnant non plus que le Dinosaure parle avant l'Homme, étant donné qu'il a évolué bien avant lui. Il n'en reste pas moins que Spot (un nom que l'on donne généralement aux chiens) est un fidèle compagnon et un véritable chasseur. L'une des natures de l'Homme est déjà en place et elle ne demande qu'à émerger. Il est le seul ami d'Arlo, ce qui conduit à une magnifique amitié, plus qu'un rapport maître-animal. (Attention spoilers) Outre la description de la société des dinosaures qui s'avère particulièrement riche, The Good Dinosaur dévoile habillement les questions de la peur et du deuil en rapport au personnage principal. Arlo est le petit dernier, celui qui a la lourde tâche de passer après les grands frère et soeur. Ils sont un peu brutes et farceurs, tout le contraire de lui qui cherche à trouver sa place. Il est paralysé par la peur et cette dernière va s'intensifier par la mort de son père. Son voyage imprévisible lui permettra de se connaître, mais aussi de vaincre sa peur. La peur initial d'Arlo était de partir du domaine familial, vient ensuite la peur de l'inconnu. La grande leçon qu'il apprendra sera le courage. Protéger les siens est une chose, se battre pour eux en est une autre.

Le Voyage d'Arlo : Photo

La question du deuil est au centre même de la peur du personnage. Arlo vit la mort de son père comme le spectateur. Avec la manière douce qu'a le studio depuis sa création (voir l'ouverture de Là haut), la mort de ce personnage est traîtée avec justesse, non montrée frontalement comme c'est le cas dans Le Roi Lion (Minkoff, Allers, 1994). Peter Sohn utilise le fondu au noir afin d'opérer une pause après le choc, avant d'évoquer la tragédie par un plan symbolique : une planche de bois entrée dans le sol montrant que les Dinosaures enterrent aussi leurs morts. Le parallèle est évident, mais le premier film auquel on peut rapprocher The Good Dinosaur est The land before time de Don Bluth (1988). Une référence évidente car la question du deuil est évoquée de la même manière (mort violente avec l'enfant la voyant en direct) et comme Petit Pied, Arlo va devenir adulte bien malgré lui et trop rapidement. Pas étonnant que les deux films se rapprochent autant, bien aidé par une vision similaire : c'est en vivant le deuil que le personnage découvre sa vraie nature à travers l'amitié et le courage. (fin des spoilers) Même si le film manque parfois de punch (quelques baisses de rythme à noter ici et là), son animation est une claque certaine. Comme l'annonçait Inside Out, Pixar sait désormais pleinement jouer sur le mélange de cartoon (le design des personnages) et de photoréalisme (le reste). Le réalisateur joue même pleinement de ses décors monumentaux par des plans larges du plus bel effet. Une contemplation qui a de quoi plaire.

Le Voyage d'Arlo : Photo

Un voyage initiatique de toute beauté, qui a au moins le mérite de confirmer le retour fracassant de Pixar.