Saint Valentin, 14 février. Toujours la même date fatidique pour votre cher Borat. A la fois un coup bas pour son monumental célibat, mais aussi une fierté, car c'est le troisième anniversaire de la Cave de Borat. Rubrique hebdomadaire faisant les joies de ses chers lecteurs et de son rédacteur, jamais avare en sujets toujours plus improbables et gargantuesques. Comme chaque année, l'anniversaire tombe au moment de la Saint Valentin, alors votre cher Borat se démène pour trouver un sujet évocateur. Après vous avoir fait manger de la romcom deux fois, il faut bien se renouveler. Au départ, j'étais parti sur les slows mais le sujet était bien trop vague. J'ai même pensé à Marvin Gaye, mais il aurait fallu coucher les enfants, papa et maman ayant cours de gym (toutes allusions sexuelles ne seraient que le fruit de votre imagination débridée). Puis vint l'idée de génie: et si je prenais des chansons sentant bon les fleurs du jasmin et se trouvant dans des films? Des chansons qui en général sont connues de tous et qui iraient bien avec ce jour si particulier pour les amoureux. Non vous n'aurez pas droit à My heart will go on (Céline Dion, 1997), vous n'y survivrez pas (ce ne fut déjà pas le cas de Leonardo Dicaprio). Ne comptez pas non plus sur moi pour vous balancer La boum ou Unchained melody qui feront encore longtemps les best-of des ost de films.

Slow time

Certains standards reviendront, mais il faut bien se faire plaisir et puis vous êtes là pour passer un bon moment, non? Alors prêt pour un petit jukebox musical? Vraiment? Allez hop!

  • L'instant "j'ai oublié le titre du film, mais pas celui de la chanson"

Un cas de figure rare mais qui est arrivé plus d'une fois au cours des années 80. Qui se souvient de Soleil de nuit, film de danse réalisé par Taylor Hackford (1985) ? De Contre toute attente du même réalisateur, avec Jeff Bridges et James Woods se battant pour une même femme (1984) ? Ou encore de La fille en rouge, remake de Gene Wilder d'Un éléphant ça trompe énormément (1984)? A priori personne à part les fans irréductibles. Pourtant vous les connaissez tous les trois pour leurs chansons phares, certaines ont même été récompensé aux Oscars. Il s'agit dans l'ordre de Say you say me de Lionel Richie, d'Against all odds de Phil Collins et de I just called to say I love you de Stevie Wonder! Trois titres qui deviendront des standards de leurs interprètes
respectifs (Against all odds est même un des plus gros succès de la carrière solo du chanteur-batteur de Genesis), entre le slow et la pop pure. En revanche les films resteront encore longtemps dans l'anonymat, faute de diffusions à la télé ou d'intérêt du public.

  • L'instant "Joue la comme Bruckeimer"

La formule de Jerry Bruckeimer, autrefois associé à feu Don Simpson, consiste à prendre une formule et essayer d'en tirer quelque chose. Un peu comme Luc Besson depuis mais en plus explosif. Un acteur-star, un sujet et hop on fait un film. Pas besoin d'un grand réalisateur aux commandes, mais d'un faiseur qui en a à revendre. C'est comme cela que des films comme Le flic de Beverly Hills (Martin Brest, 1984) ont pu voir le jour. Il est assez amusant que cela se reflète aussi dans la musique des films et notamment en ce qui concerne les chansons utilisées. Outre les tubes pop par excellence, il y a aussi les chansons d'amour, car dans le monde burné de ce nabab d'Hollywood on a parfois besoin d'un peu de tendresse. Entre des scènes de danses un peu olé olé (certains diront pas du tout), Giorgio Moroder demande à Irene Cara de faire une chanson pour Flashdance (Adrian Lyne, 1983). Rien à voir avec le dansant Maniac, mais une belle petite chanson reflètant assez bien l'héroïne incarnée par Jennifer Beals, ne dansant pas beaucoup d'ailleurs au cours du film. Pour compenser le déluge patriotico-testostéroné de Top Gun (Tony Scott, 1986), le groupe Berlin réalise Take my breath away, bon petit slow sur lequel Tom Cruise et Kelly McGillis font l'amour en mode ombre chinoise.

Une chanson quasiment pas utilisée dans le film (au contraire d'Highway to the danger zone de Kenny Loggins), mais qui est indissociable du film. Enfin pour finir, un peu de Michael Bay. Quoi? Le réalisateur le plus over-the-top d'Hollywood? Celui que Megan Fox a insulté de Hitler? Hé bien oui dans Armageddon (1998), Aerosmith faisait péter la sono lacrymale avec I don't wanna miss a thing. Car avant de sauver le monde, Ben Affleck doit dire un petit au-revoir à Liv Tyler et rien de mieux qu'une petite chanson d'amour en fond sonore. D'autant plus en jouant sur l'aspect paternel avec Steve Tyler prenant le pas sur Bruce Willis en jouant les papas se sacrifiant dans le clip. Je vous vois avec la larmichette à l'oeil!

  • L'instant Hugh Grant

Il fallait bien passer par là. Le Mr Love British par excellence a lui aussi eu droit à son lot de chansons entourant ses histoires d'amour souvent compliquées au cinéma. Preuve en est dès Quatre mariages et un enterrement (Mike Newell, 1994), où il passe de cérémonie en cérémonie à chercher l'amour auprès d'Andie McDowell. Cela tombe bien car le groupe Wet Wet Wet voit l'amour partout. Un véritable déluge pop qui ne fait qu'ouvrir la boîte de Pandore. L'air de rien, la chanson et Hugh Grant cela fait deux, d'autant plus quand il joue le membre d'un boys band dans Le come back (Marc Lawrence, 2007) dans un décalque hilarant de Wham! ou chante Killing me softly dans Pour un garçon (Paul Weitz, 2002). Dans Notting Hill (Roger Michell, 1999) c'est plutôt le festival. Lorsque Julia Roberts et Hugh Grant vivent leur petit moment gentillet dans un parc abandonné, c'est l'occasion de sortir l'ancien boys-bander Ronan Keating (les filles adoraient beaucoup à l'époque visiblement, elles l'ont vite oublié depuis). When you say nothing at all, littéralement "quand tu ne dis rien", rythme donc les aventures nocturnes du duo (ce n'est pas sale), car c'est toujours beau de voir un sourire sur un visage. Quand il se retrouve en plein moment de solitude (qui plus est en passant les saisons), rien de mieux que Ain't no sunshine de Bill Withers pour une ballade un peu déprimante.

Comme souvent, il s'agit du moment où le héros subit le mal de l'être perdu en marchant dans la rue. Enfin le moment de la délivrance, de l'amour fulgurant, monumental, c'est bien évidemment She de Charles Aznavour ou plutôt sa reprise par Elvis Costello. Un hymne pour votre copine, votre épouse, la femme de votre vie, votre ou vos ex... On ne s'en lasse pas, à moins de faire une overdose de Notting Hill ou plus généralement de Hugh Grant. Dans ce cas là, cette partie de cette cuvée est irrécupérable, insupportable...

  • L'instant Kevin Costner

Autre monument de séduction dans les années 90 et avant de tomber en disgrâce pour avoir fait le facteur (on lui avait dit de ne pas sonner deux fois), Kevin Costner a lui aussi inspiré quelques chansons au cinéma. Avant d'évoquer une chanson fatidique (vous êtes obligés), souvenons-nous de l'année 1991. L'ami Kevin est au sommet de sa popularité. Après avoir vogué dans des routes sans retour tout en étant incorruptible, Costner est en plus de cela oscarisé pour avoir danser avec les loups. Il devient alors Robin des bois, le prince des voleurs chanté par le troubadour canadien Bryan Adams. Les spectatrices ont doublement adoré entre le film de Kevin Reynolds et le clip, avec à la fois Kevin tirant des flèches et Bryan faisant de la guitare dans la forêt. Puis évidemment Kevin sur une musique, on pense inévitablement à Bodyguard (Mick Jackson, 1992). Une époque où Whitney Houston était encore parmi nous et chantait terriblement bien afin de nous faire passer la pilule dans un générique de fin riche en vocalises. Pourtant rien d'original puisque c'est une reprise d'une chanson à laquelle l'ami Kevin invite à danser la belle Whitney. Une belle petite reprise qui vaut bien un petit slow mesdames. Non? Bon, cela ne m'empêchera pas de vous aimer encore et toujours.

  • L'instant "tonton bourré"

Le romantisme c'est tout ou rien, il suffit de boire un peu trop et l'on divague automatiquement. Ce qui ne vous empêche pas de chanter de belles chansons d'amour, car c'est aussi ça le romantisme. Rester humble, boire un coup, se croire bon chanteur et chanter vos sentiments à celle que vous aimez. Elle sera surement embarassée (doublé d'une sacrée humiliation en public, c'est selon), mais cela ne coûte rien d'essayer. A condition de ne pas être un connard ne tenant pas l'alcool et devenant bête et con. Voici donc un bel exemple avec nos amis Hellboy et Abe Sapiens chantant I can't smile without you de Barry Manilow.

  • L'instant "think different"

L'air de rien, nos chers robots ont aussi des sentiments bien à eux. A force d'explorer l'intelligence artificielle, le cinéma a fini par donner lieu à de belles pépites et même parfois à quelques romances. Preuve en est avec Wall-e (Andrew Stanton, 2008), en grande partie l'histoire d'amour entre un robot nettoyeur et un robot de pointe. Alors que Eve est en veille, Wall-e la protège, l'occasion d'un petit montage délirant où John Paul Young chante son titre phare. Comme il le dit si bien, l'amour est dans l'air, il ne demande qu'à être pris!

  • L'instant Patrick

Patrick Swayze bénéficie depuis quelques temps d'une certaine réhabilitation de la part de votre cher Borat. Oubliés moments où il faisait de la poterie avec Demi, avant que cette dernière ne finisse dans une boîte de striptease. Oubliés ces moments où il dansait tout en étant le toyboy d'un camp de vacances. Non, désormais pour votre cher Borat, Patrick c'est bien plus que ça. C'est le mec qui défonce des gueules en faisant du tai chi dans Roadhouse (Rowdy Herrington, 1989). C'est aussi le voleur amateur de surf de l'impitoyable et unique Point Break (Kathryn Bigelow, 1991). Et si en plus il chantait plutôt bien, on peut définitivement le réhabiliter sur She's like the wind, chanson présente sur l'ost du pénible Dirty Dancing (Emile Ardolino, 1987). L'occasion d'oublier le temps de la vie et dire à votre copine qu'elle est comme le vent. En espérant ne pas sentir une vilaine baffe.

  • L'instant rupture

Dans une cuvée qui arrivera un jour ou l'autre, nous parlerons de l'ami Kevin Smith et de son univers aussi improbable que ludique. Parmi les six films, il y a le méchamment méconnu Chasing Amy connu chez nous sous le titre Méprise multiple (!), sorti en 1997. Au cours du film (attention petit spoiler) Ben Affleck (qui arbore un bouc qu'il ne refera plus jamais à l'écran et Dieu merci) et Joey Lauren Adams s'engueulent sévèrement sur un parking, amenant à une rupture. Alors que dans n'importe quel film (je renvoie à Notting Hill cité plus haut), on nous refourgue une scène avec le héros ou l'héroïne qui déambule dans la rue, attendant que le temps passe; Kevin Smith se veut bien plus direct. Une chanson, Ben Affleck, le canapé. La chanson Stay de Coal fait le reste et autant dire que "l'instant rupture" est bien déprimant. Comme les trois quarts des ruptures. (fin des spoilers)

  •  L'instant "mariage heureux, mariage chantant"

Histoire de finir en beauté cette cuvée sous forme de jukebox pétri de bons sentiments, prenons le final du premier film de Judd Apatow. (Attention spoilers, bah oui c'est la fin tout de même) Après une nuit de folie où l'ami Steve Carell a tutoyé le petit Jesus, il se met alors à chanter Aquarius, la mythique chanson du musical Hair (1967). L'occasion d'un final débridé où la plupart du casting chante et danse autour de cette chanson qui fait entrer le soleil comme dirait Julien Clerc. Comme quoi, le monde de Judd Apatow n'est pas fait que de "fuck" et de sexe. Il peut être aussi un vrai exutoire pop. (fin des spoilers) Sur ces notes chevelues, à la semaine prochaine!