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La semaine dernière est sorti un film attendu de beaucoup de cinéphiles. Jodorowsky's Dune (Frank Pavich, 2013) sort enfin en France, après des problèmes avec la veuve de Moebius au cours des deux dernières années. Un documentaire qui revient sur un projet maudit dès sa création et qui ne dépassera jamais le stade de la pré-production. Un cas à part? Non et ce même à l'époque. Chaque année, des projets sont abandonnés faute de temps, de financements, d'envie des studios... Les raisons sont souvent multiples, certains projets morts réussissent même à avoir plus d'aura que des films que leurs initiateurs ont fini par réaliser. Ils ne verront jamais le jour, mais fascinent certains spectateurs ou cinéphiles de par la proposition qu'on leur a fait à une époque ou un traitement souvent excitant. C'est ainsi que la Cave de Borat va revenir sur quelques projets qui n'ont jamais vu le jour, en se basant principalement sur le livre Les plus grands films que vous ne verrez jamais de Simon Braund. Les autres sources seront précisées en temps voulu. Prêt? Allons-y!

  • Spider-man de James Cameron : Le projet super-héroïque le plus ambitieux depuis Howard the Duck !

Transformation

Spidey version Big Jim, un sujet qui colle.

L'Homme Araignée a bien failli débarquer au cinéma avant 2002. Tout d'abord chez la Cannon avec Albert Pyun (Captain America), mais surtout avec James Cameron au cours des années 1990. Le réalisateur de Terminator se lance assez rapidement dans l'entreprise en s'y attelant dès 1990, après avoir été un temps intéressé par les X Men. Il fait acheter les droits pour Carolco, qui le lui rend bien depuis le succès fracassant de Terminator 2 (1991). Le film est bien parti pour être lancé après la production de True Lies (1994) et se paye même l'aprobation de Stan Lee. D'autant que la Marvel préfère s'associer à un réalisateur de renom plutôt qu'à des productions de seconde zone, à l'heure où elle avait bien besoin de se renflouer les caisses (la maison d'édition est criblée de dettes). Le réalisateur a même un casting potentiel: Leonardo Dicaprio en rôle titre, Nikki Cox en Mary Jane, Michael Biehn et Lance Henriksen en Electro et Sandman et Maggie Smith en Tante May. Mais un empêchement de dernière minute va détruire le rêve de Big Jim. La Carolco, en pleine faillite suite à l'échec commercial de L'île aux pirates (Renny Harlin, 1995), lui dévoile que l'ensemble des droits n'est pas en leur possession (un bordel juridique entre Carolco, la MGM, 21th century, Viacom, Columbia, Marvel et Pathé !) et est obligée de déposer le bilan. Big Jim essayera bien de chercher l'appui de la 20th Century Fox, mais le studio ne suivra pas, laissant progressivement les droits aller chez Columbia qui ne demandait que cela.

WTC

Une ouverture spectaculaire.

Le cinéaste se révèlera effondré avant de partir sur un paquebot qui fera de lui le roi du monde. "Les gens de la Fox ont été si frileux qu'ils ont laissé passer une occasion en or. Pour quelques centaines de milliers de dollars en frais d'avocat. Ils auraient pu clarifier la situation juridique et se rendre propriétaire d'une franchise qui leur aurait rapporté des milliards." (*). Au final, la Fox se payera les droits des X Men, franchise générant qualité et profit depuis 2000; des Fantastic Four qui peinent sérieusement à trouver un intérêt; et de Daredevil avant de les redonner à Marvel pour notre plus grand bonheur. Alors qu'en est-il de cette adaptation jamais réalisée? Elle anticipe plusieurs années en avance la trilogie de Sam Raimi (2002-2007), avec un ton plus radical, à l'image de ce que son réalisateur a fait depuis le début de sa carrière. Surement que Big Jim aurait fait un film Restricted jouant sur l'ambiguité sexuelle et un ton plus adulte encore que la trilogie. Le site Spider-man the Scriptment  (http://dantom.altervista.org/spider_ing_script.html) permet de se faire une idée, à travers un traitement assez détaillé et regorgeant de storyboards. Le récit est fait en flashbacks, démarrant sur un long travelling arrière laissant peu à peu apparaître Peter Parker racontant son parcours.

Electro

Il a alors 17 ans, est conscient de son statut de looser (Mary Jane vient le voir uniquement par intérêt) et Cameron évoque la mort de ses parents comme un drame qu'il aurait voulu empêcher. Une thématique qui n'apparaîtra jamais chez Raimi (ses vrais parents sont Ben et May) et devait servir initialement de piste narrative pour le reboot de Marc Webb (2012-2014), avant que l'entreprise tombe dans la pure garde de droits. Il s'agit aussi d'un jeune homme n'ayant pas conscience du courage qu'il a en lui. Il se fait piquer par l'araignée radioactive lors d'un séminaire et Big Jim s'est fait plaisir pour la transformation progressive de son héros. Le personnage est pris de visions sordides avant de se retrouver le lendemain sous un pont. Rebelote quand il se retrouve avec une énorme toile gluante sous ses draps au réveil. La transformation de Peter est organique et Cameron joue sur un traitement qui n'est pas sans rappeler La mouche (David Cronenberg, 1986). Là où Raimi transformait le temps d'une nuit son héros en un vrai homme physique, Cameron le faisait progressivement et de manière bien plus crade. De même, une de ses premières virées nocturnes consiste à aller voir Mary Jane, alors qu'elle est en train de se déshabiller (Peter Parker, un merveilleux stalker). Il la protègera un jour où Flash la frappera, avant que les tourtereaux ne fassent des galipettes sur le Pont de Brooklyn ! Pas sûr de voir cela dans un PG-13... Spider-man est dans un premier temps un phénomène de foire, une star de la télévision.

Mary Jane

Peter Parker, un stalker avec des toiles d'araignée dans les poches.

C'est à travers cet objet que l'on découvre Carlton Strand, réinvention d'Electro par Cameron auquel un flashback dévoilera sa transformation christique. Une petite frappe ayant été électrocutée au point de véhiculer de l'électricité. L'occasion de décimer quelques malfrats et de s'imposer dans la finance grâce aux données informatiques dans lesquelles il s'infiltre. Strand est un homme aussi riche que Donald Trump et a comme homme de main l'Homme Sable. On est bien loin du personnage nazebroque du dernier film de Marc Webb et encore une idée qui sera reprise par Raimi. Si l'on se fit aux différents storyboards visibles, le personnage aurait peut être été moins volumineux que dans Spider-man 3, mais le défi reste de taille en 1994. Spidey devient rapidement un héros, confronté aux maux de la société et à des méchants cherchant à le dézinguer. Il devra se confronter à la mort de Ben dans des conditions reprises à l'identique dans le film de Raimi (toujours le voleur que laisse Spidey partir et qui tue Ben en lui volant sa voiture). Le premier affrontement arrivera lorsque Peter refuse de dévoiler son identité à Strand. Ce dernier trouve en Jonah Jameson le meilleur moyen de rendre Spidey impopulaire. La raison de la haine de Jameson envers l'araignée n'en devient que plus logique. Strand va plus loin en vendant des costumes à l'effigie de l'araignée pour utiliser son image.

Ben

"Un grand pouvoir implique de grandes responsabilités."

Le pauvre Peter apprend également qu'il ne peut pas toujours sauver tout le monde, preuve en est ce gamin se jettant malheureusement par dessus un toit, voulant se sauver d'un feu. Peter manque également de garder l'argent d'un braquage pour les besoins de Tante May. Il préfèra le jeter par la fenêtre. Une scène de fuite montre Spidey essayer de survivre entre les hélicoptères et les immeubles. Des scènes qui anticipent huit ans avant les spider-cams de Sam Raimi. Pas de doute qu'un gars comme Big Jim, capable de se lancer dans des projets aussi ambitieux visuellement (Terminator 2 un des plus grands défis d'ILM), était l'homme évident pour un sujet aussi complexe que Spider-man. Même si cela n'aurait pas été parfait, cela aurait pu donner quelque chose de suffisamment convaincant et anticiper la vague de films de super-héros survenue dès 2000. Spidey se retrouve ensuite confronté à Strand ayant kidnappé MJ sur le World Trade Center et il manque de la tuer avant que Spidey ne disjoncte. Strand meurt dans sa chute vertigineuse après avoir réduit en charpie l'Homme Sable et Peter finit par révéler à MJ qu'il est Spider-man avant de s'envoler dans les derniers instants. Un élément que reprendra quasiment tel quel Sam Raimi dans son film en 2002...

Sandman

  • Superman lives de Tim Burton: un fiasco de plus pour DC Comics

The death of Superman lives

Affiche du documentaire de Jon Schnepp.

Au début des années 90, Superman n'est déjà plus, supplanté par le Cape Crusader de Gotham. Les droits ne sont plus aux Salkind, mais à la Cannon même si c'est toujours Warner Bros qui distribue. La Warner finit par reprendre les droits et confie le projet à Jon Peters. Ce dernier est déjà coutumier de DC Comics puisqu'il a produit les Batman de Tim Burton (1989, 1992), ce dernier n'ayant jamais caché que leur relation fut particulièrement houleuse. Peters veut faire un film grand public et au potentiel marketing fort, mais a dans son collimateur La mort de Superman (Dan Jurgens, 1992-1993), soit le parfait contre-exemple de film commercial. Certes le choix est évident car Superman n'est pas réapparu au cinéma depuis 1987, mais choisir sa mort comme retour risque soit de provoquer un raz de marée autour d'un personnage aussi iconique (comme ce fut le cas lors de sa version papier), soit un dégoût certain. Jonathan Lemkin (la série 21 Jump Street) se lance dans une première version du script, puis Gregory Poirier et enfin Kevin Smith. Ce dernier s'est fait une place dans le cinéma indépendant américain par un univers propre, fait de glandeurs, comics et amours. Puis évidemment Smith est un fan de comics et ira même plus loin en scénarisant quelques aventures de ses héros préférés (Daredevil en est la plus belle preuve).

Araignée

Concept-art de l'affrontement entre Superman et l'araignée.

Smith raconte que le producteur avait différentes directives, certaines relevant du grand n'importe quoi: un nouveau costume, Superman ne vole pas (!), un assistant robot gay (!!) et une araignée géante. Le script finira par être livré en 1997 sous le titre Superman lives. Selon cette version, Lex Luthor s'allie à Brainiac pour tuer le soleil et empêcher Superman d'utiliser ses pouvoirs (il les tient en partie des radiations et de la lumière du soleil). Le robot créé par Jor-el intitulé Eradicator est alors activé pour protéger Superman. L'extraterrestre envoie alors Doomsday pour tuer Superman, ce qui finit par arriver... avant d'être ressuscité par l'Eradicator! Brainiac débarque à Metropolis quand l'Eradicator détruit le satellite bloquant le Soleil, Superman retrouve ses pouvoirs et doit faire face à une araignée mécanique pour sauver Lois Lane de Brainiac. Tout est bien qui finit bien: Lois est sauvée, Brainiac éliminé, Lex Luthor envoyé derrière les barreaux. A ce stade, Superman lives ne sent déjà pas très bon, risquant d'être trop long, voire de rater complètement le retour du super-héros. Preuve en est ce robot ridicule et improbable. Mais le projet continue d'avancer et Tim Burton est engagé en tant que réalisateur. Choix étrange quand on sait le destin du cinéaste sur la franchise Batman, où la Warner lui a montré la porte après Batman returns (1992) pour faire des films plus grand-public avec Joel Schumacher (1995-97). Est-ce que Warner reconnaissait ses erreurs? Peut être, mais dans tous les cas, Superman n'est pas Batman.

Superman lives concept 2 

Concept-art.

Même si l'on parle du Burton des grands jours, ses Batman étaient gothiques, jouaient sur un aspect parfois cartoonesque et sexué et valorisaient les freaks. Avant Man of steel (Zack Snyder, 2013), Superman n'a jamais été qualifié de freak et était encore moins considéré ainsi. Néanmoins, les différents costumes démontrent que la vision aurait été sombre et l'affrontement entre Doomsday et Superman aurait dû faire couler le sang. Déjà à cette époque, il est question de ne pas faire apparaître le slip du personnage ou un peu moins. Burton évoque tout de même des craintes, n'étant pas le premier à s'attaquer à Superman au cinéma au contraire de Batman. Le réalisateur fait engager Wesley Strick (Wolf de Mike Nichols), puis Dan Gilroy (Nightcrawler) afin de refaire le script à sa manière. Nicolas Cage doit incarner le kryptonien ce qui n'a rien d'étonnant: un nom d'artiste venant de Luke Cage, il est un fan de comics indéniable et il a nommé son fils Kal-el. Dans tous les cas, Burton et Cage sont couverts puisque la Warner les payera, film abouti ou pas. Le réalisateur se réjouit du choix de Cage: "On m'a dit que Nicolas Cage était de la partie, et que j'avais toute lattitude pour faire ma version de Superman. Je me suis dit: 'Parfait, d'autant plus que j'adore Nic Cage.' Je l'ai donc rencontré, et nous sommes convenus qu'on se concentrerait d'abord sur l'idée que Superman est un extraterrestre, un marginal, et ensuite sur les sensations qu'on éprouve à être Superman. Mon problème avec Superman est simple: comme personnage de comics il est parfait, mais, comme personnage de cinéma, on ne s'interroge jamais sur le fait que ce type se déplace en costume bleu avec une ceinture jaune curieuse" (**).

Superman lives concept

Concept-art.

"Avec Nic, on s'est dit par conséquent qu'on devait analyser l'essence de Superman, à savoir son sentiment d'appartenance à une autre planète, son impossibilité à révéler d'où il vient, et l'obligation qu'il a de cacher sa différence. (...) Pour la première fois, tu aurais cru au fait que personne ne puisse reconnaître que Clark Kent est Superman, à sa capacité de changer physiquement son identité -évacuez l'idée simpliste d'ôter sa paire de lunettes pour changer de personnalité. Et cela sans artifices, ni maquillage: Nic est le genre d'acteur qui peut réussir ce genre de choses" (**). Dans le documentaire The death of Superman lives: What happened? (Jon Schnepp, 2015), différents noms sont donnés pour divers rôles: Sandra Bullock en Lois Lane, Chris Rock en Jimmy Olsen, Christopher Walken en Brainiac et déjà Kevin Spacey en Lex Luthor. Mais petit à petit, le développement prend du temps, les millions de dollars dépensés commencent à s'accumuler et le projet s'enfonce dans sa pré-production. Burton se veut amer, jurant qu'il a perdu plusieurs années pour rien: "Depuis le début, Warner Bros traînait la patte. Chaque fois qu'une date de tournage était fixée, peu de temps après, elle était repoussée." (**) Il pointe aussi du doigt le fait que le studio croyait dur comme fer avoir réussi Batman et Robin (1997), avant de recevoir un beau lot de bois verts par la presse et le public. Le studio avait peur de couler à nouveau une franchise de super-héros. A cela se rajoute les tensions avec Jon Peters, Burton se retrouvant à devoir batailler pour imposer ses idées.

Nic_Cage

Il n'est pas beau Nic Cage?! 

"Pour que le film ait eu une chance de se faire, il aurait fallu que Warner Bros se débarasse ou de Jon ou de moi (...) Rendre meilleur un scénario est une chose, mais passer son temps en réunion et pédaler dans le vide en est une autre. (...) avoir travaillé aussi longtemps et avec autant d'ardeur pour que tout tombe à l'eau est dévastateur." (**) Superman lives s'arrête subitement au cours de l'année 1999. Burton part faire son hommage à la Hammer (Sleepy Hollow, 1999). Nicolas Cage finira par incarner Ghost Rider dans deux adaptations entre le navet (le premier) et le gros nanar des familles (le second), avant de devenir l'emblématique Big Daddy de Kick Ass (Matthew Vaughn, 2010). Peters reprend l'idée de l'araignée mécanique pour Wild Wild West (Barry Sonnenfeld, 1999), désastre spectaculaire aussi bien artistique que commercial. Quant à l'ami Sup, il accumulera les projets (dont un signé JJ Abrams) avant de revenir en 2006 sous la direction de Bryan Singer pour un résultat peu convaincant. Superman lives est l'exemple type de la galère dans laquelle Warner et DC se sont retrouvés pour revenir sur le devant de la scène. Batman aura un destin similaire avec un Year One de Darren Aronofsky trop sombre et une suite à Batman et Robin immédiatement annulé (où Cage devait jouer l'Epouvantail). La rencontre des deux titans n'aura pas non plus lieu sous la direction de Wolfgang Petersen. Joel Silver se lance dans la production de Wonder Woman au début des années 2000, accumulant les scénaristes jusqu'à l'arrivée de Joss Whedon. Le projet n'avancera pas plus et il faudra attendre cette année pour voir enfin l'Amazone au cinéma. Quant à Justice League Mortal de George Miller, il mordra la poussière à cause de la grève des scénaristes en 2008.

  • Halo de Neill Blomkamp: Quand les studios tuent un projet

 

Halo 4 (jaquette)

Jaquette du jeu-vidéo Halo 4 (2012).

Nous sommes en 2005, le jeu-vidéo commence à mieux se porter que le cinéma économiquement, ce qui n'empêche pas ce dernier de venir le piller, que ce soit pour la réalisation de film ou tout simplement des adaptations. En 2005, nous en sommes déjà à un bon paquet de purges, en commençant par Super Mario Bros (Morton, Jankel, 1993). Les défauts sont évidents: ce qui marche en jeu ne l'est pas forcément au cinéma, trop de fan-service, pas assez de fidélité et une tendance à donner les projets à de vulgaires tâcherons (Paul WS Anderson en tête). Pourquoi 2005? C'est en cette année que démarre la production d'Halo, l'adaptation du jeu phare de la XBox. Un FPS de science-fiction où vous incarnez le soldat Master Chief, envoyé pour combattre les Covenants, créatures aliens et fanatiques. Si la série a tutoyé aussi bien le très bon que le mauvais, elle a toujours eu le mérite d'avoir de bonnes phases de FPS et d'être d'une qualité visuelle indéniable. Microsoft décide donc de lancer une adaptation avec Alex Garland (Sunshine, Ex-machina) au scénario. L'accueil n'est pas forcément au beau fixe avec les studios, Microsoft tenant à contrôler le projet. Universal et 20th Century Fox se mettent d'accord sur la production et la distribution: le premier pour les USA, le second pour le monde.

Master chief

Master Chief, un héros d'action fait pour le grand écran.

Microsoft doit se contenter de 10% sur les recettes du film et 5 millions de dollars pour les droits. Peter Jackson est rapidement engagé uniquement en tant que producteur et prend sous son aile Neill Blomkamp. Le réalisateur sud-africain doit réaliser son premier film, avant tout connu pour son court-métrage Alive in Joburg (2006) et diverses publicités. "Mon agent à LA m'a mis en contact avec Mary Parent qui produisait Halo. Elle m'a dit, 'Jackson a vu ton travail et il veut te rencontrer . Il faut que tu ailles en Nouvelle-Zélande pour qu'il voie si tu peux faire l'affaire'. L'idée de faire Halo m'intéressait beaucoup, je trouve cet univers génial et super stimulant. Alors j'ai sauté dans l'avion et je l'ai rencontré avec Fran [Walsh] et tout le monde à Weta. J'ai découvert tout l'univers créatif qu'il a construit là-bas, et je suis resté!" Néanmoins, Microsoft adhère difficilement au travail de Blomkamp et ce malgré l'appui des développeurs des jeux, Bungie. "Trop atypique" dira le réalisateur. Ce qui a planté le projet "Halo" n'est pas tant la vision brute de Blomkamp, mais les ententes entre les studios. D'un côté, Microsoft toujours derrière le dos des exécutifs, de l'autre deux studios hollywoodiens ne savant pas quel budget donner et comment gérer cet argent. Le projet tombe en miette suite à ces problèmes de gestion.

"Je pense que les choses auraient été différentes si Peter avait été à ma place. Le fait qu'il n'était pas directement impliqué a empêché le film de se faire." Si Blomkamp n'a pu réaliser "Halo", Peter Jackson a néanmoins produit son premier long District 9 (2009). De plus, le réalisateur a réutilisé l'anneau spatiale comme postulat d'Elysium (2013). Halo a depuis été adapté en mini-série ou films d'animation, mais de manière confidentielle. Quant au cinéma, rien ne s'est fait depuis l'arrêt du projet d'Universal et Fox. Au sujet des adaptations de jeux-vidéo, une seule semble avoir trouvé l'adhésion des spectateurs: Silent Hill (Christophe Gans, 2006). C'est tout? Oui c'est tout.

  • Gladiator 2 de Ridley Scott: quand l'improbable tutoie le génie

 

Gladiator

Cette cuvée est aussi faites pour dévoiler quelques projets cocasses, qui heureusement ne verront pas le jour. C'est indéniablement le cas de Gladiator 2. Revenons en 2000. Le film de Ridley Scott casse littéralement la baraque au box-office et est salué par la critique. Ridley Scott retrouve l'aura qu'il n'avait plus depuis très longtemps et Russell Crowe accède au statut de superstar. Le peplum est relancé après des décennies de disette. Mais la fin de Gladiator est sans alternative: (attention spoilers) Maximus est mort sous les honneurs après avoir liquider Commode (Joaquin Phoenix). (fin des spoilers) Malgré cela, une suite est écrite par John Logan, Scott la confirme à Empire en 2003, mais sans Russell Crowe. "C'est la génération d'après. L'histoire romaine est terriblement exotique, et les époques sont plus fascinantes les unes que les autres" Lucius Veras, fils de Lucilla (Connie Nielsen) en sera le héros. Alors que l'équipe est en pleine contradiction, Russell Crowe décide de faire écrire le scénario au musicien Nick Cave et scénariste à ses heures (on lui doit The proposition et Lawless de John Hillcoat). Cave ironise sur ce début de collaboration (avec un peu de spoilers): "J'ai reçu un coup de fil: 'Salut mec, c'est Russell.' 'Russell qui?' 'Russell Crowe" Et moi je suis là, je dis à ma femme: 'Putain, c'est Russell Crowe!' Il dit: 'Tu t'intéresse encore à l'écriture de scénarios?' 'Nan, plus maintenant, pas envie.' 'Et si c'est pour écrire Gladiator 2?' 'D'accord. T'es pas mort dans Gladiator 1?' 'Tu te débrouille, mec."

Maximus est dans l'au-delà et les dieux romains l'envoient chercher Héphaïstos, dieu faisant croire en un unique dieu, celui des chrétiens. S'il réussit, Maximus retrouvera sa femme et son fils. Le dieu convainc l'ancien soldat devenu gladiateur que son enfant pourrait être en danger. Ils se retrouvent dans le monde des vivants à Lyon où Lucius massacre les chrétiens. Rome est tout aussi pourrie, nourrie par la haine et les maladies. Pendant ce temps, Lucius liquide un chef chrétien en faisant passer les adeptes du Christ pour responsables des catastrophes naturelles du pays. Maximus sauve son fils (sorti du paradis certainement par le miracle du Saint Esprit) et prend les armes aux côtés des chrétiens persécutés dans une forêt. C'est finalement le fils de Maximus qui tue Lucius et Maximus se retrouve à vivre différentes périodes de l'histoire (les croisades, les guerres mondiales, le Vietnam...). Si certaines choses s'avèrent un minimum intéressantes (notamment ce qui concerne les tueries des Romains sur les chrétiens), Cave semblait partir dans un délire improbable, où Maximus devenait une sorte de demi-dieu assistant à la Mort jusqu'au XXIème siècle. Difficile de croire aussi à cette mythologie où des dieux romains envoient éradiquer un dieu en prônant un seul, confrontant deux religions de manière idéologique, alors que le combat sur Terre tend à détruire une des religions pour en asseoir une autre.

Un gros schmilblick à faire comprendre aux spectateurs, d'autant plus que l'aspect mythologique était absent dans le film original. Le virage de Nick Cave n'aurait certainement pas convaincu et encore moins les fans de Gladiator. Scott dira que Cave "a pris du plaisir à le faire.", mais le projet se plante aussi rapidement qu'il est né. Cave aura bien droit au mot de la fin: "C'était un film absolument anti-guerre. Et Russell [a dit]: 'Nan, mon pote. Nan'... Ridley Scott aurait quand même lâché: 'J'adore ce scénario mais ça ne peut pas marcher'. Puis ils ont envoyé le chèque, fin de l'histoire. ça a pris, genre, deux semaines. Le dites pas à Russell Crowe."

  • Le point Christophe Gans

Rahan

S'il y a bien un réalisateur qui symbolise à lui seul le development hell, c'est bien notre ancien journaliste du magazine Starfix. A lui seul, on peut compter au moins six projets tombés à l'eau au cours des années 2000. Pour "Rahan", le réalisateur envisage Mark Dacascos en rôle titre et prévoit comme La guerre du feu (Jean-Jacques Annaud, 1981) un film quasi-muet. Plus particulièrement, il devait narrer les aventures d'une chasseuse voulant tuer Rahan, avant d'en tomber amoureuse. "J'ai entendu des choses incroyables sur ce projet, des gens qui disaient 'Pourquoi les personnages ne sont pas blancs? Pourquoi ils sont presque toujours nus?' Vous proposez Rahan et c'est RRRrrrr!!! que le cinéma français produit..." (3) "Bob Morane" est un projet datant des années 80 qui avait fini par pouvoir se faire dans les années 2000 sous le titre "L'aventurier". Le scénario était signé Stéphane Cabel et Roger Avary, se basant sur les six romans où Bob Morane affronte l'Ombre Jaune. "Ce sera extravagant. Le Pacte des loups vous semblera bien terne en comparaison. Nous utiliserons des décors sans fioritures - Londres à Noël en 1959 et la Birmanie durant la décolonisation - mais avec des créatures de la magie noire, tirées de la mythologie taoïste et bouddhiste, qui se mêleront au combat. Ce sera bizarre, comme une version sérieuse des Aventures de Jack Burton de John Carpenter" (4). Vincent Cassel se révèle enthousiaste pour incarner Bob Morane. Michael Rooker, Maggie Cheung, Mark Dacascos et Franco Nero complètent la distribution.

Bob Morane

"Bob Morane contre tout chacal, l'aventurier contre tout guerrier!"

Là où "Rahan" s'est planté à cause de questions banales, "Bob Morane" tire sa révérence par malchance. "Quand l'épidémie du Sras s'est déclarée alors qu'on préparait Bob Morane, qu'on devait tourner en Asie, je n'air rien pu faire pour sauver le film." (3). Continuons avec "Onimushua", adaptation du jeu phare de Capcom. "[Il] a été préparé au Japon quasiment jusqu’au moment de la construction des décors. Il se trouve que le producteur de ce film – Samuel Hadida, qui a fait tous mes films – était aussi le producteur de L'imaginarium du Docteur Parnassus (2009), de Terry Gilliam, au cours duquel est décédé l’acteur Heath Ledger. Au moment de sa mort, les compagnies d’assurance sont tombées sur Hadida et ils ne savaient pas encore si Gilliam arriverait à finir le film. (...) Tout est donc demeuré bloqué un certain temps, y compris les comptes de banque. J’étais en préparation pendant ce temps et lorsque nous avons appris la triste nouvelle, nous savions aussi que c’était cuit pour nous. Le film s’est écroulé sur lui-même et il a fallu sauver le soldat Parnassus alors que nous sommes restés dans la caserne." (5) "Le Cavalier suédois", adaptation du roman de Leo Perutz, doit un temps se faire avec Vincent Cassel et produit par Thomas Langmann, mais ce dernier finit par lui refiler le reboot de Fantomas.

Fantomas

"Ce projet lui tenait à cœur et il a essayé de le monter plusieurs fois avec beaucoup de réalisateurs. Quand je suis arrivé sur le film, il avait déjà dépensé en développement plusieurs millions d’euros. Au départ, il voulait absolument que je fasse quelque chose qui rappelle un peu les adaptations de comic book qu’on connaît actuellement [Gans citait à l'époque Iron Man de Jon Favreau] (...) et très rapidement je me suis rendu compte que le naturel revenait au galop, qu’il avait envie de revenir aux adaptations avec Louis de Funès et que le film de comic book était quelque chose qu’il comprenait beaucoup moins que le côté farceur des films de de Funès des années 60. Comme je lui disais : d’une part, ce n’est pas ce que nous avions écrit et, d’autre part, Louis de Funès est mort et il n’y a et n’aura jamais personne pour le remplacer" (5). Le réalisateur renchérit en disant qu"un film, ça ne se monte pas simplement en débloquant de l’argent. Surtout dans le cas de films un peu hors normes, comme ceux que j’aime faire, il faut qu’une entente claire et profonde unisse tous les partenaires artistiques et financiers." (4) Un projet qui devait réunir Vincent Cassel et Jean Reno et qui est aujourd'hui purement annulé. A celui-là on peut rajouter l'adaptation de Dark Agnès de Robert E Howard, dont il parlait en 2011. Pas de doute que Christophe Gans pourrait mettre en scène les aventures sanglantes d'une héroïne issue de l'auteur de Conan le barbare. Mais encore faut-il lui en donner les moyens. En attendant, il est reparti sur son adaptation de 20 000 lieues sous les mers pour le compte de Pathé. En espérant que cette fois les planètes s'alignent une bonne fois pour toutes.

Agnès de Chastillon

  • Paul Verhoeven: dernières heures à Hollywood...

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Au début des années 90, Paul Verhoeven a tout pour lui. Il est un réalisateur hollandais ayant réussi à Hollywood, arrivant souvent à être un merveilleux poil à gratter par sa vision subversive, dégueulasse et sexuée. Sa relation avec Arnold Schwarzenegger est au beau fixe, Total Recall (1990) étant un succès. Ils espèrent même remettre le couvert avec une séquelle inspirée de Minority Report toujours écrit par Philip K Dick (1956). Les mutants de Mars auraient acquis le don de prédire les crimes et délits, don qu'une société compte exploiter. Schwarzy est peu convaincu, le projet tombe à l'eau et la nouvelle finira par être adaptée par Steven Spielberg en 2002. Popaul le violent et Arnie vont tout de même se retrouver sur le projet "Crusade". Un scénario signé Walon Green, scénariste de La horde sauvage (Sam Peckinpah, 1969). Nous sommes en 1095 et le pape Urbain II lance les hostilités des croisades pour libérer Jérusalem des musulmans. Schwarzy doit incarner le voleur Hagen, réussissant à s'échapper par un miracle inventé (imaginez Jack Slater faisant croire que Léo Zeprout est vivant) et se lance dans l'armée aux côtés de l'escroc Ari. Un personnage qui est décrit comme changeant de religions à volonté. Le scénario évoque des scènes de viols, castrations, massacres, Hagen étant même attaché à l'intérieur d'un âne mort devant des hyènes qui ne demandent qu'à en faire leur quatre heures. 

L'ami Schwarzy aurait dû finir le film sur cette punchline bien cradingue: "Inspirez profondément et avec la puanteur de la mort dans le nez, allez dire à Dieu que vous avez restauré Son Royaume!" D'un côté, les croisés pillards et barbares, de l'autre des juifs et musulmans persécutés et victimes. La religion sied bien au Hollandais violent, lui qui travaillera des années sur une vision plus humaine du Christ, avant de finalement poser cela dans un livre (2015). D'autant plus qu'ici il doit dépeindre les dérives du christianisme. Gary Goldman est toutefois engagé pour lisser un peu le scénario. En plus de Schwarzy, Verhoeven se paye Jennifer Connelly, Charlton Heston, John Turturro et Gary Sinise pour un tournage en Espagne. Mais comme le "Spider-man" de Big Jim, "Crusade" est victime de la banqueroute de Carolco. Verhoeven demande trop (entre 125 et 170 millions de dollars), Schwarzy est trop payé... Le studio stoppe la production faute de trouver un accord entre le réalisateur, l'acteur et eux, réduisant à néant l'audace d'une telle entreprise, odyssée sanguinolente et sans merci. Du Restricted pur où Popaul aurait pu aller encore plus loin que le monumental La chair et le sang (1985). Popaul se lancera également dans Dinosaur toujours avec Walon Green, où un mammifère suivait des dinosaures en voie de s'éteindre à cause d'un astéroïde.

Vous pensez au film du même nom produit par Disney en 2000? Cela tombe bien, puisqu' initialement c'est le studio qui devait produire le film, rechignant de payer 40 millions de dollars pour un récit "horrible et émouvant" selon le réalisateur (6). Il faut dire aussi que le Hollandais violent perd de sa superbe fin des années 90, dézingué par la critique et boudé par la public en à peine deux films (les polémiques Showgirls et Starship troopers). Hollow man (2000), qu'il renie, ne fera qu'enfoncer le clou. Popaul essayera bien de revenir, mais Hollywood ne veut plus de lui, au grand dam de ses fans qui attendront six ans pour le revoir en pleine forme avec Black Book.

Allez à la semaine prochaine!


 * Propos issus de Mad Movies numéro 238 (février 2011).

** Propos issus de Tim Burton: Entretiens avec Mark Salisbury.

3 Propos tenus dans: http://www.telerama.fr/cinema/je-suis-un-cineaste-cinephile-qui-veut-faire-des-films-populaires-christophe-gans,108689.php

4 Propos issus de: http://filmmaker.over-blog.com/article-bob-morane-de-christophe-gans-62610518.html

5 Propos tenus dans: http://www.panorama-cinema.com/V2/article.php?categorie=1&id=364

6 Propos issus de Mad Movies numéro 287 (juillet-août 2015).