Wade Wilson alterne les missions de pacotille jusqu'à ce qu'un cancer  se déclare. Suite à une mauvaise expérience, il cherche désormais à se venger. Surtout qu'ils ont en leur possession sa petite-amie...

Deadpool (2)

Sept ans : c'est ce qu'il a fallu à Ryan Reynolds pour monter le projet Deadpool. Au lieu de lancer le spin-off lié à la saga X Men (les droits du personnage sont rattachés aux mutants, tout comme le Surfer d'argent aux Fantastic Four), la Fox impose la présence de l'acteur dans X Men Origins: Wolverine (Gavin Hood, 2009). Mieux, s'il n'accepte pas, le studio lui fait comprendre qu'il pourra faire une croix sur le rôle. Alors l'acteur s'exécute pour ce qui sera un véritable carnage. En plus d'être une véritable bouse, le film détruit le personnage en lui enlevant toute allusion au quatrième mur et en déformant le personnage jusqu'à plus soif. Un vrai foutage de gueule qui a enterré pendant un temps l'idée de voir cet anti-héros au cinéma. Pendant ce temps, Ryan Reynolds part chez DC Comics pour une aventure sans lendemain (Green Lantern de Martin Campbell, 2011), avant qu'un test en CGI ne filtre sur le net. Si cela n'a jamais été prouvé, il semblerait que ce soit bien l'acteur qui a lancé la vidéo et par chance, elle enthousiasme le public et la Fox. D'autant que, malgré les événéments survenus durant la production de Fantastic Four (Josh Trank, 2015), la Fox a changé de direction. Adieu Tom Rothman, jamais avare pour montrer son mépris pour la franchise X Men. Par la même occasion, cette dernière a retrouvé des couleurs sous l'impulsion de Bryan Singer, Matthew Vaughn et James Mangold depuis 2011.

Deadpool (7)

Pourtant Deadpool de Tim Miller n'est qu'un petit investissement pour le studio: 55 millions de dollars de budget (sans la promotion qui a dû être bien chiffré également). En comparaison, le premier X Men (Singer, 2000) avait coûté 75 millions. A cela rajoutez qu'il s'agit d'un comic-book movie restricted, ce qui n'était pas arrivé chez Marvel depuis Punisher War Zone (Lexi Alexander, 2008). Rien que pour cela, Deadpool apparaît comme un enjeu certain, à l'heure où les studios ont peur de miser sur des films à moyen ou gros budgets avec cette classification. Preuve en est avec Batman V Superman Dawn of justice (Zack Snyder, 2016), qui devra attendre sa sortie vidéo pour avoir droit à une version R. Néanmoins, nous avons vu plus d'une fois que le PG-13 pouvait engendrer des scènes violentes et aborder des thèmes sombres. Voir la saga X Men dans son ensemble. Sauf que Deadpool opère dans un monde gore et violent, justifiant cette classification en plus de l'aspect sexuel et des termes graveleux. Quand bien même le ton est bon enfant (on reste dans un univers fun jouant d'humour), Tim Miller se fait plaisir en massacrant le plus de bonhommes envoyés au casse-pipe. La scène de l'autoroute, entrecoupée de moult flashbacks, en est le plus bel exemple, Deadpool zigouillant le premier ennemi venu dans cette scène spectaculaire. D'autant plus quand on sait que cette scène ne contient quasiment que des éléments numériques. Un véritable tour de force au vue de cette scène purement jouissive et lisible, alignant les moments excentriques dignes de Deadpool. 

Deadpool : Photo Ed Skrein, Gina Carano, Ryan Reynolds

C'est aussi à cela que l'on reconnaît la fidélité certaine au médium initial: cette tendance à arrêter l'action pour dire une vanne. Soit ce qu'il ferait parfaitement dans un comic-book, y compris revenir à un événement antérieur (ce qu'il fait tout le long du film). Sans compter tout l'aspect "quatrième mur brisé", Reynolds s'adressant plus d'une fois au public dans sa narration jusqu'aux scènes post-générique. Mieux, le récit est à l'image du personnage. Ne vous attendez pas à un grand récit super-héroïque, où le héros sauve le monde. Sous ses airs de film d'action débridé avec un peu de fantastique (on a quand même des mutants qui se régénèrent ou ayant des pouvoirs), Deadpool n'est ni plus, ni moins qu'une romcom débridé avec un super-héros! Finalement il utilise son héroïsme non pas pour une grande cause, mais pour son propre besoin, à savoir sa vengeance et sauver sa petite-amie (Morena Baccarin encore loin de ses capacités). Vous me direz, ce n'est pas la première fois qu'un super-héros sauve sa belle (Spider-man passe son temps à le faire), mais jamais cela n'a été l'enjeu principal d'un film de ce type. On ne pouvait pas trouver plus ironique pour évoquer un super-héros pareil. Il faut bien avouer que Deadpool ne serait pas grand chose sans l'implication sans faille de Ryan Reynolds.

Deadpool (3)

Bien plus concerné que sur Green Lantern (pas dur en même temps), l'acteur est Deadpool et on sent qu'il tient le personnage. Sans lui pas de projet et si la réalisation du novice Tim Miller ressemble à beaucoup de blockbuster, le show de Reynolds permet de compenser. Il est d'autant plus agréable de voir le film en VO pour se délecter des vannes de l'acteur, allant de la comparaison entre Gina Carano et Rosie O'Donnell au nom du personnage Negasonic Teenage Warhead (Brianna Hildebrand), en passant par une petite réflexion sur Charles Xavier (James ou Patrick? Telle est la question!). D'autant plus que l'univers dans lequel évolue Deadpool fait oublier le carnage Wolverine (on change les origines, à l'image du nettoyage opéré depuis First Class), tout en semblant se dérouler dans la temporalité de Days of future past (Singer, 2014). En soi, ce n'est pas tant un problème, tant ce film semble hors du temps dans la saga, tout en y restant attaché. On s'amusera de la présence de la jeune héroïne et de Colossus (sous une forme plus BD et retrouvant son accent russe), atouts charmes de plus à une entreprise peut être simple, mais terriblement amusante et changeant de ce que l'on voit d'habitude. Reste les méchants manquant un peu d'intérêt, mais le combat final a néanmoins de bons ressorts (avec une apparition délirante d'un vaisseau vu dans le Marvel Cinematic Universe). Une suite est d'ores et déjà prévue au vue du succès fracassant du film et le buzz autour de la scène post-générique devrait permettre de réaliser un beau petit rêve pour les fans de comics. Notons également le caméo digne de ce nom de l'ami Stan Lee. De quoi vendre du rêve à la Maison des idées.

Deadpool (9)

Une pause récréative dans l'univers des X Men, avec un concept assumé autour d'un héros jouissif au possible.