Après être revenue sur les films sortis durant la décennie 2000, la Cave de Borat termine ses cuvées consacrées à la saga X Men avec la décennie 2010.

  • X Men First Class (2011) : Un nouvel espoir

First Class

Après deux films ayant mis en péril la franchise (tout du moins artistiquement), la Fox ne sait pas vraiment quoi faire de ses mutants. D'autant plus que les Fantastic Four n'intéressent déjà plus grand monde (le reboot de 2015 ne fera qu'accentuer cela) et que les droits de Daredevil sont sur le point de revenir à Marvel. Contre toute attente, Bryan Singer finit par revenir au bercail. On dit tout d'abord qu'il doit réaliser X Men Origins Magneto que chapeaute le scénariste (et parfois réalisateur) David S Goyer depuis plusieurs années. Il choisit finalement de s'intéresser au run First Class (Jeff Parker, Roger Cruz 2006-2007). "D'autres films sur les origines devaient être tournés, comme celui sur Magneto, mais je me suis dit que son histoire n'était pas suffisante pour justifier un long-métrage. Nous avons donc incorporé dans notre script certaines idées du scénario d'origine, comme le désir de vengeance du personnage suite à la mort de ses parents durant l'Holocauste. C'était plus intéressant d'un point de vue dramatique." *. Singer prévoyait déjà à l'époque une trilogie sous forme de préquelles en cas de succès. Pourtant, le réalisateur des deux premiers X Men finit par partir sur Jack le chasseur de géants qu'il doit réaliser pour la Warner, la Fox décidant de fixer la date de sortie à juin 2011. Il reste toutefois au poste de producteur et choisit Matthew Vaughn, le réalisateur qui devait initialement lui succéder sur X Men: L'affrontement final (Brett Ratner, 2006). Le réalisateur a gagné en réputation, bien aidé par Kick Ass (2010) ou même Stardust (2007).

X-Men: Le Commencement : photo James McAvoy, Jennifer Lawrence, Matthew Vaughn, Michael Fassbender, Rose Byrne

De plus, cela permet au réalisateur de tourner principalement en Angleterre, lui évitant de rester trop loin de sa famille et d'être dans les délais (le film rentre très vite en production pour pouvoir sortir le film dans les temps). Si Jamie Moss (Rise of the Planet of the apes) et le duo Ashley Miller / Zack Stentz (Thor) s'occupent des premières versions, c'est finalement Jane Goldman qui signe le scénario définitif avec Vaughn. Même si la direction de la Fox a changé, la production ne se déroule pas sans accroc, le problème des délais trop courts imposant des mesures drastiques et des dommages collatéraux. Parmi eux, le chef-opérateur Ben Seresin renvoyé au début du tournage et remplacé par John Mathieson. Vraisemblablement des problèmes avec Vaughn. Mathieson ne doit pas moins en rester au style déjà imposé par Seresin. Mais comme on dit : jamais deux sans trois. "Je suis arrivé en octobre. J'ai tourné jusqu'à Noël, et je devais revenir ensuite, mais cela ne s'est pas fait. Il y a eu sept chef-op sur ce film (...) il m'arrivait de donner mon opinion et de partager mes idées (...) mais je passais surtout mon temps à rattraper mon retard, d'autant que le scénario était régulièrement retouché. De mon point de vue, le film se faisait vraiment au jour le jour. (...) A la fin, l'équipe ressemblait à une gigantesque armée, et le plateau à un énorme champ de bataille." (*). Le casting est entièrement renouvelé vu qu'il s'agit d'une préquelle, en dehors de Hugh Jackman reprenant le rôle de Wolverine le temps d'un caméo ("allez vous faire enculer.").

X-Men: Le Commencement : photo January Jones, Matthew Vaughn

Emma Frost plus fidèle à son modèle initial.

L'emploi du temps de Benjamin Walker l'empêche de jouer Beast, il sera remplacé par Nicholas Hoult qui est également le Jack du film de Singer. Suite à un désaccord, Alice Eve laisse sa place à January Jones dans le rôle d'Emma Frost. Sur ce dernier élément, il confirme à quel point Singer a fait le ménage dès First Class sur des aspects qui ont été instauré en son absence. Emma Frost change non seulement d'interprète, mais aussi d'époque (exit l'adolescente-pré-adulte de Wolverine, c'est une mutante d'une trentaine d'années) et de contexte. Emma Frost correspond davantage au personnage du comic-book en faisant partie du Club des Damnés, ce club où la lingerie est reine pour cacher quelques manigances. Sur ce même point, comment ne pas citer Charles Xavier (James McAvoy) infirme à la fin du film, alors qu'il est montré sur ses deux jambes dans The last stand et Wolverine (Gavin Hood, 2009), qui se situe dans les 70's-80's ? N'oublions pas non plus Moira MacTaggert, docteur dans L'affrontement final sous les traits d'Olivia Williams devenant agent de la CIA en 1962 incarnée par Rose Byrne. Des changements multiples qui se confirmeront dans Days of future past (Singer, 2014) et Apocalypse (idem, 2016). La faute aussi à un canon pas toujours cohérent et à des problèmes au sein de la production. Il n'en reste pas moins que faire oublier définitivement Wolverine au sein de la timeline n'est un drame pour personne.

X-Men: Le Commencement : photo James McAvoy, Matthew Vaughn, Michael Fassbender

"Tuer ne t'apportera pas la paix. -La paix n'a jamais été une option."

First Class apparaît comme la renaissance de la franchise, celle que l'on attendait depuis 2003 et à laquelle on ne croyait plus. Le film réinstalle un univers et des personnages connus, tout en leur donnant une définition que l'on n'avait pas vu autrefois. Charles est un conférencier réputé, mais aussi un grand fêtard (une de ses premières apparitions le montre en train de descendre quelques litres de bière) et amateur de jolies femmes. Vaughn nous présente alors un fait inattendu: Mystique (Jennifer Lawrence) devient ici la meilleure amie de Charles et ils se connaissent depuis l'enfance. Jusqu'à présent, on connaissait surtout la belle bleue comme un personnage malicieux et faisant partie des mutants radicaux, mais souvent dépourvue de réelle personnalité. Vaughn met en valeur le personnage comme jamais auparavant, en montrant un aspect intime intéressant et qui permet au personnage de se renouveller, de ne pas rester le personnage bleu sexy qui se métamorphose. On connaissait Erik Lehnsherr (Michael Fassbender) comme un être rongé par l'Holocauste (la scène d'ouverture reprise plan par plan), mais nous ne connaissions pas l'entre deux. Ce film dévoile une face d'autant plus sombre et vengeresse, atteignant des sommets macabres et ce malgré le PG-13 (le superbe montage alterné sur l'action de la pièce). S'il entre dans les X Men, c'est aussi pour pouvoir se rapprocher de Sebastian Shaw (Kevin Bacon), un mutant pouvant reprendre toute forme d'énergie et impliqué dans la mort de ses parents.

Missile

Ce qui est paradoxal car malgré cet événement, Lehnsherr a le même point de vue que Shaw. Frankenstein et sa créature en quelques sortes. Vaughn a la bonne idée d'alterner entre les points de vue de Charles et d'Erik, montrant deux hommes ayant grandi dans des milieux différents et s'étant toujours débrouiller tout seul (Charles évoque le peu d'attention que lui porte sa mère, Erik perd ses parents durant l'Holocauste). Ils étaient faits pour se rencontrer, mais leurs raisonnements sont différents. C'est là qu'entre en jeu Raven: elle a grandi avec Charles, mais ce dernier ne la voit que comme une petite fille ou soeur; Erik la voit comme une femme et l'aime comme elle est. Le rejet qu'il fait de sa transformation humaine est un aspect qui avait déjà été montrer dans The Last Stand, quand Erik la laisse dans le fourgon une fois redevenue humaine. Il y a donc une certaine cohérence sur cet aspect. Raven s'affirme en tant que femme fière de sa mutation en rejoignant Erik dans son combat radical, tout en partant l'esprit tranquille avec l'approbation de son ami de toujours. Charles et Erik sont deux êtres qui ont appris à s'aimer et qui se brouillent sur un événement tragique dû à leurs divergences. Vaughn revient au discours de Singer dans le premier film (en plus de la scène des échecs): Charles et Erik forment les deux faces d'une même pièce, le problème est que l'un est trop bon, l'autre trop mauvais et qu'ils sont en soi irrécupérables. A cela se glisse des personnages peut être moins forts que ce trio, mais ayant un certain charme. 

X-Men: Le Commencement : photo Matthew Vaughn, Michael Fassbender

Même si tous n'ont pas des descriptions fantastiques (on pense à Riptide et Azazel), ils sont actifs et suffisamment bien représentés à l'écran pour ne pas passer inaperçu. Beast gagne en intérêt également sous les traits de Hoult, malgré un maquillage laissant parfois à désirer à l'image de certains CGI. Dévoilé dans The last stand comme un politicien un brin chatouilleux avec Logan, il apparaît ici comme un personnage complexé par sa nature, essayant de la cacher jusqu'à commettre l'irréparable. Le mythe de Docteur Jekyll et Mr Hyde personnifié en une mutation définitive. En prenant pour cadre une époque historique bien précise (ce qui était parfois flou dans la franchise jusqu'à présent), Vaughn joue avec la Guerre Froide et plus particulièrement sur la crise des missiles en 1962. Les Mutants deviennent aussi bien les instigateurs de l'événement (Shaw et sa bande) que des menaces potentielles pour les Hommes. Ces mêmes hommes qui ne savent pas comment juger les Mutants, si ce n'est comme des bêtes de foire que l'on regarde devant une vitre. Leurs rares défenseurs passent pour des fous, voire sont rejetés (le sexisme ambiant autour de MacTaggert). Une ambiance tendue parfaitement représentée, tout en y ajoutant un peu de Swinging London à l'image de ce que fera Vaughn sur Kingsman (2015). Un parfait mélange symbolisé par Shaw campé par un Kevin Bacon en grande forme, méchant machiavélique mais toujours classe et amateur de bonnes punchlines. First Class est à la fois la renaissance de la saga X Men, mais aussi un retour aux sources salutaire et nécessaire.

  • The Wolverine (2013): Un gaijin au pays des samouraïs

The Wolverine

Avant même la sortie d'X Men Origins Wolverine, la productrice Lauren Shuler Donner cherchait déjà à lui donner une suite, si possible au Japon comme le suggère une des scènes post-génériques (celle supprimée de la version DVD au profit de celle avec Deadpool). Christopher McQuarrie, scénariste d'Usual Suspects (Singer, 1996) et déjà intervenu sur X Men (idem, 2000), est chargé d'écrire le scénario basé sur le run de Chris Claremont et Frank Miller (1982) imposé par Hugh Jackman (également coproducteur). Darren Aronofsky se retrouve à la réalisation, mais un conflit au sujet de la distance avec sa famille le contraint à partir. A cela se rajoute le drame de Fukushima en 2011 et voilà l'équipe contrainte de trouver de nouveaux décors (en Australie notamment). Beaucoup de réalisateurs feront la queue pour prendre la place du réalisateur de Black Swan: Antoine Fuqua (L'élite de Brooklyn), Gavin O'Connor (Warrior), Justin Lin (Fast and furious 3 à 6), José Padilha (Tropa de Elite), Mark Romanek (One Hour Photo), Duncan Jones (Moon), Doug Liman (qui a failli réaliser le spin-off sur Gambit) et Gary Shore (Dracula Untold). C'est finalement James Mangold qui emporte le morceau, avec des réécritures de Mark Bomback (Unstoppable) qu'il supervise. La question d'un film Restricted fut évoquée mais n'a finalement pas eu d'appel... tout du moins en salles. Pour trouver la version longue ou plutôt une version non-censurée (soyons honnête), votre cher Borat a galéré un petit peu.

Wolverine : le combat de l'immortel : photo

Deux gaijins face à une longue dynastie. 

La Fox a multiplié les éditions, au point de ne plus s'y retrouver. Il y a donc le DVD sans (aucune édition DVD ne l'ont), le BR
simple sans, le coffret BR ou DVD avec les deux spin-off sans, le coffret intégrale DVD ou BR sans, un combo BR 3D / 2D sans, un steelbook avec combo 3D / 2D avec et enfin un digibook BR avec (celui que j'ai). Heureusement que pour Days of future past, le Rogue Cut aura une édition plus facilement trouvable et sans avoir besoin de la chercher partout. Au final, cette version aurait dû
sortir en salles, d'autant que certains plans étaient déjà présents dans les bandes-annonces. On pense à l'explosion dans le village et à l'agression en pleine nuit de yakuzas sur Logan. Pour la première, la scène est plus violente (Yuko broie tout un lot d'hommes de main avec une machine !) et plus rallongée par le passage de l'explosion totalement absent du montage salle. La scène devient plus fun, plus fluide et moins expédiée. La seconde s'arrêtait à l'évanouissement de Logan après avoir vu Jean Grey (Famke Jannsen) et il se réveillait ensuite chez le vétérinaire. C'est tout un passage supplémentaire qui se dévoile, avec Logan balancé d'un toit et attaqué au tazer. Il sera sauvé dans les deux cas par Mariko (Tao Okamoto), même si cela apparaît plus pertinent dans cette version. Comme souvent ces plans voire scènes furent évincés car le film était déjà trop long ou trop graphique. Certains plans ont donc des effusions de sang supplémentaires, invisibles en salles à cause du PG-13 et correspondant davantage au ton et à la personnalité de Logan.

Wolverine : le combat de l'immortel : Photo Hugh Jackman

Pour apprécier pleinement The Wolverine c'est cette version qu'il faut privilégier et particulièrement si vous ne l'avez jamais vu. Une frustration qui n'arrivera pas sur Logan (Mangold, 2017), puisqu'il a eu droit au classement Restricted. On voit que le succès de Deadpool (Tim Miller, 2016) a aidé dans la décision de la Fox. Mangold aurait pu revenir à une préquelle se déroulant après la purge de Gavin Hood et pourtant il prend le pari risqué de faire suite à L'affrontement final. Il prend néanmoins suffisamment de distance (sept ans entre les deux films) pour que cela soit crédible. Quand le film commence réellement (après le flashback spectaculaire et le rêve), Logan est un homme errant, parti de l'Institut Xavier et encore traumatisé par la mort de Jean Grey. Les différentes scènes de rêves (voire visions comme le montre la scène du toit) le confirment avec une certaine brutalité (comme dans X Men, ce type de rêve le réveille brusquement avec les griffes dehors). Il s'en veut de l'avoir tuer car c'était celle qu'il aimait par dessus tout. Une part romantique que l'on a rarement vu du personnage, même si Singer et Ratner avaient insisté sur le fait qu'il aimait la télépathe jusqu'à en pleurer. Le fait de trouver quelqu'un d'autre et cette fois-ci bien moins destructrice (Mariko donc) lui permet de faire définitivement le deuil et d'en finir avec l'histoire de Jean. Le chemin de croix continue puisque dans cet opus Logan a le corps parasité par Viper (Svetlana Khodtchenkova), l'empêchant de se régénérer correctement et subissant bien plus les coups.

The Wolverine

Un plan que vous ne verrez que dans la version extended.

Logan devient proche d'un homme, subissant les coups qu'il prend avec de beaux effets de flou montrant ses réactions à la douleur. Les scènes d'action n'en deviennent que plus intéressantes, permettant de voir jusqu'où peut aller Logan. L'occasion également d'entendre enfin la signification du terme Wolverine (glouton) au bout du sixième film de la franchise. Le réalisateur continue en misant sur un duo de gaijins, terme japonais évoquant les étrangers de manière péjorative. Un aspect qui n'est pas sans rappeler Black Rain (Ridley Scott, 1989), où l'Américain (Michael Douglas) et le Japonais (feu Ken Takakura) faisaient équipe seuls contre tous. Le principe est le même ici avec Logan et Yuko (Rila Fukushima). D'un côté, l'Occidental immortel (certains évoqueront ronin, samouraï sans maître) qui vient voir un ancien ami, de l'autre une jeune femme traîtée comme un jouet par celui qu'elle pourrait considérer comme son père (Hiroyuki Sanada). Deux êtres rejetés et formant un duo fusionnel dans une famille rongée par toutes sortes de pouvoir (le grand-père par celui de l'immortalité, le père par celui de l'argent) et dont le seul point positif reste une femme loin d'être fragile (Tao Okamoto). Un univers pas forcément connu du personnage incarné par Hugh Jackman, découvrant comme le spectateur un monde où les coups bas sont de rigueur (la haine du père pour sa propre fille et Yuko atteint des sommets incroyables dès le retour au domaine Yashida).

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Si l'on excepte un final partant un peu trop dans les CGI (mais permettant en soi une renouveau pour le personnage), The Wolverine montre le personnage comme rarement et dans un contexte plus intimiste. Un contraste qui a peut être désarçonné les spectateurs à sa sortie en salles.

  • X Men Days of Future Past (2014) : Renaissance d'un univers

Affiche DOFP (2)

Matthew Vaughn reste à la barre de cette suite (initialement) de First Class. Il veut mettre en scène l'assassinat de JFK du point de vue des mutants, tout en abordant la Guerre du Vietnam et les droits civiques. Il semble que ce soit l'avancement du projet vers le voyage dans le temps qui l'a fait quitter la pré-production pour réaliser Kingsman. Bryan Singer reprend les rênes, bien content de revenir définitivement sur la saga qu'il a initié. Il garde néanmoins les points abordés par Vaughn, notamment en faisant du président suscité un mutant dont Erik Lehnsherr n'a pas pu dévier la balle meurtrière. Idem pour le Vietnam où Raven fait rapatrier des mutants (dont Havok toujours incarné par Lucas Till) à la barbe de William Stryker (Josh Helman). Simon Kinberg songeait également à intégrer Juggernaut (personnage qu'il avait lui-même introduit dans The Last Stand), Nightcrawler, Jubilee et Psylocke, ces trois derniers finiront par être des protagonistes d'Apocalypse. Singer part davantage dans une adaptation libre de Days of Future Past (même si c'était le titre de production du film sous Vaughn), run de Chris Claremont et John Byrne (1981) où Kitty Pride partait en 1980 pour que Mystique ne tue pas le sénateur Kelly et engendre la mort de mutants par les Sentinelles. Sur ce point, le réalisateur modifie un point central puisque ce n'est plus Kitty, mais Wolverine qui part dans le passé. Pride n'en reste pas moins le vecteur lui permettant de voyager jusqu'en 1973 (là aussi période modifiée et à peu près raccord avec celle envisagée par Vaughn).

X-Men: Days of Future Past : Photo James McAvoy, Patrick Stewart

Passé et futur réunis le temps d'une scène.

De même, ce n'est plus Kelly mais Trask (Peter Dinklage), le créateur des Sentinelles, que Mystique tue. Days of Future Past est aussi un véritable problème de logistique, puisque Singer doit jouer avec l'emploi du temps de ses acteurs, le réalisateur jonglant entre les acteurs qu'il a déjà dirigé autrefois (sauf Ellen Page qui était présente dans le film de Ratner), une bonne partie du casting de First Class et de nouveaux arrivants (à l'image de Dinklage ou Omar Sy). Il faut dire que DOFP est à la fois une suite à The Wolverine, mais aussi une séquelle de First Class, tout en finissant par être un renouvellement de la timeline de la saga. Si la version salle était déjà d'un bon niveau, il faut bien dire que le Rogue Cut gagne beaucoup plus en cohérence au niveau de son montage, tout en rajoutant des scènes. Un plan de la première bande-annonce dévoilait Malicia (Anna Paquin) secourue par Lehnsherr (Ian McKellen). Des plans que Singer avait supprimé à contre-coeur lors de la phase finale de montage. Le personnage est de nouveau intégré et de manière logique, tout du moins si on n'évoque pas une incohérence malheureuse. En effet, Malicia avait pris le sérum dans The Last Stand, lui faisant perdre ses pouvoirs. Or, ici elle les a. Sérum défaillant? Peut être mais cela n'est pas précisé, tout comme l'énigme entourant le retour de Charles Xavier (Patrick Stewart) dans le futur qui plus est toujours infirme (voir Cuvée sous le signe du X #1) ou Magneto retrouvant ses pleins pouvoirs. Un manque d'informations dont la saga X Men commence sérieusement à pâtir.

Malicia

Malicia, un rajout dans le second montage pour le moins pertinent.

Un signe aussi que Singer cherche à retirer ce qui ne lui convenait pas dans les opus précédents et ce malgré qu'il reste dans la continuité. Comme montrer un Stryker bien plus jeune que dans Wolverine où il était bien trop âgé sous les traits de Danny Huston. Pour rester dans les incohérences, il est assez improbable que le personnage de Mystique soit capturée suite à l'assassinat de Trask. Tout simplement parce qu'on l'imagine mal s'évader des centres de Stryker et réapparaître au début des années 2000 comme si de rien n'était. Même si Singer reprend le point initial des comics, au cinéma on a un peu de mal à y croire. Pour revenir à Malicia, le rôle paraît essentiel et modifie le montage salle considérablement. Dès son sauvetage, le film change de trajectoire les scènes du futur. Le sauvetage permet même de faire un montage alterné entre Magneto dans le passé, récupérant un casque dans un musée (scène présentée de manière classique dans le premier montage) et celui du futur, sauvant Malicia à l'Institut Xavier (devenu un laboratoire pour disséquer des mutants) et où la mort d'Iceberg (Shawn Ashmore) est modifiée. Dans le montage originel, il mourait suite à l'assaut final des Sentinelles où il sauvait Magneto. Le rajout de Rogue donne un sens plus tragique et beau à la mort de Bobby Drake (il se sacrifie pour sauver son ancienne petit-amie, tout en faisant ses adieux à Kitty Pride avant cela), mais aussi plus de cohérence. En prenant les pouvoirs de Kitty, Malicia peut lui permettre de se reposer et protéger Magneto juste avant une attaque des Sentinelles, ce qui était impossible dans le premier montage. 

X-Men: Days of Future Past : Photo Jennifer Lawrence

De plus, on nous apprend par Malicia pourquoi les Sentinelles peuvent reproduire les pouvoirs des mutants pour les tuer. Ce qui était autrefois complètement évincé du récit pour privilégier la piste Mystique. Le Rogue Cut permet aussi de raviver l'amour qu'a Beast pour Raven dans une scène d'amour bestiale. Une scène pas si anodine, car Hank en viendrait presque à accepter sa nature sauvage. Un rajout permet également à Mystique d'endommager le Cérébro et ainsi de ne pas se faire repérer par Xavier par la suite. Des rajouts qui permettent de voir que Raven n'est pas mauvaise, regrettant par la même occasion de s'être éloignée de Charles pour rester auprès d'Erik. Ce qui marque particulièrement cet opus est le regard totalement pessimiste porté à ses personnages, que ce soit dans le passé ou le futur. L'univers futuriste peut paraître soudain, d'autant que l'univers sur les trois premiers films n'a jamais été clairement défini ("un futur pas si lointain" disait X Men). Si l'on part du principe que The Last Stand se situe en 2006, rajoutez les sept années le séparant de The Wolverine, puis les deux ans qui sépare le film de sa scène post-générique annonçant DOFP. Au final, on tombe sur 2015 et DOFP se déroule en 2023. Il se peut donc que l'avenir radieux laissé par The Last Stand soit perverti subitement, donnant lieu à un nouvel Holocauste. Le réalisateur va même plus loin puisque même les Hommes essayant de sauver les Mutants ou pouvant les engendrer sont exécutés ou cloîtrés dans des camps à faire pâlir les nazis.

Iceberg

Days of Future Past, un film qui ne laisse aucun échappatoire à ses héros.

Le réalisateur multiplie également les exécutations brutales, rendant même émouvantes les morts de personnages installés juste pour ce film. Certains sont incinérés, d'autres éventrés, Colossus (Daniel Cudmore) est à la fois tué par un coup mortel au crâne et par un écartelement en plan large, Iceberg est au départ décapité avant que son crâne ne soit éclaté...  Singer repousse très souvent les limites du PG-13 pour dépeindre cet univers post-apocalyptique et sans pitié. Il ne l'est pas moins avec les personnages de 1973. Charles apparaît comme un homme blessé et repproche à Erik son abandon, tout comme ce dernier regrette que son ancien ami ne l'a pas soutenu dans sa cause. Deux personnages irréconciliables jusqu'à un final où le mutant magnétique met en danger son propre peuple à force d'actes trop radicaux. Singer aborde également le thème de la drogue avec ce sérum permettant à Xavier de retrouver ses jambes, mais l'empêchant d'exercer ses pouvoirs de télépathe. Il faudra bien une scène entre le Charles de 73 et le Xavier de 2023 pour que le personnage se reprenne définitivement. Par ailleurs, le sérum permet curieusement à Beast d'être le personnage à la contextualisation la plus crédible sur toute la franchise. Ainsi, en 1963 Hank McCoy devient Beast. Dans les 70's, il trouve un sérum permettant de réguler la bestialité et son teint bleu, ce qui rend crédible son passage télévisé dans X2 où il est blanc comme un cachet.

Happy end

Les morts ne sont jamais enterrés tant qu'il y a de l'espoir.

Enfin dans The Last stand, il accepte pleinement sa condition bleue sous les traits de Kelsey Grammer. Dans une saga où la cohérence est parfois toute relative, on aurait presque envie d'applaudir. On doit une des scènes les plus impressionnantes de ces dernières années au nouvel arrivant Quicksilver (Evan Peters). Singer ne se fait d'ailleurs pas prier pour en faire le fils de Lehnsherr le temps d'une private joke bien sentie. La scène permet de voir toutes les capacités du personnage dans un temps ralenti où il peut s'exécuter. Un vrai bijou qui sera réitéré dans Apocalypse. Et Logan dans tout cela? Le choix de le prendre comme corps propice au voyage dans le temps est logique, puisqu'il existait déjà à cette époque. Cela permet même une superbe séquence de paradoxe temporel, puisque Logan devient perturbé en 1973 quand il est face à Stryker. Toutefois, on remarquera une petite erreur avec le retour de l'adamantium. Un geste de Mariko? Peut être mais jamais signalé. Logan apparaît également comme un être meurtri, le seul qui pourra entretenir la mémoire d'un monde qui n'existera plus. Il a vu trop d'amis mourir et le voir débousolé quand il revoit ses amis finalement vivants dans la nouvelle timeline rend la scène émouvante. L'univers X Men tel que nous le connaissions est définitivement changé, partant vers d'autres horizons. Un recommencement.

  • Deadpool (2016) : Le trip qui a mis longtemps à devenir réalité

Deadpool (photo promo Burt Reynolds)

"Je vous avais bien dit que je viendrais faire un petit tour dans la Cave de Borat. Un peu trop de comics, Borat. Enfin pas assez des miens. Arrête de t'exciter sur Batou, les chauves-souris ça mort trop!"

On évoque souvent des réalisateurs accrochés à des projets durant plusieurs années, quitte à ce qu'il ne se concrétise jamais. Dans le cas présent, il s'agit d'un acteur. Quand Ryan Reynolds signe avec la Fox pour incarner Deadpool, le personnage sarcastique créé par Rob Liefeld et Fabian Nicieza, le studio lui impose de jouer dans X Men Origins : Wolverine sinon il pourra faire une croix sur le personnage. Marvel avait déjà essayé de concrétiser une adaptation avec Artisan, puis New Line avant que les droits ne finissent chez Fox. Le verdict est sans appel: le film de Gavin Hood massacre complètement le personnage, reçoit des critiques négatives en pagaille (plus que pour The last stand) et la Fox met finalement en stand by l'éventualité d'un spin-off sur Deadpool. Pourtant Reynolds y croit encore et ce même s'il part faire Green Lantern (Martin Campbell, 2011) pour Warner / DC. Le film se plante et l'acteur revient immédiatement au mutant, attendant le feu vert de la Fox. A l'époque on parle notamment de Robert Rodriguez à la réalisation. Une vidéo-test datant de 2012 (!) et montrant le personnage dans une course-poursuite finit par tomber sur la toile "involontairement". La rumeur veut que ce soit l'acteur lui-même qui l'a fait filtré. Il n'en reste pas moins que quelques temps plus tard, la Fox donne enfin le feu vert avec l'animateur Tim Miller à la réalisation.

Deadpool

Le script se voit révisé avec des personnages enlevés comme Cannonball, Wyre et Garrison Kane pour des raisons de budget. Cable fut envisagé avant d'être mis de côté pour une éventuelle séquelle. Un budget qui s'estime à 55 millions de dollars, ce qui en fait l'enveloppe la moins chère donnée à un film de la franchise X Men. Pas étonnant que le film se soit rentabilisé à la vitesse de l'éclair. Daniel Cudmore fut approché pour reprendre le rôle de Colossus qu'il tient depuis X2, avant de refuser car sa voix aurait été remplacée. C'est finalement trois acteurs qui joue le mutant métalique: Andre Tricoteux pour la motion capture, Greg LaSalle pour les traits du visage et Stefan Kapicic pour l'interprétation vocale à l'accent russe à couper au couteau. Un détail qui permet de rappeler que Colossus est initialement un personnage de nationalité russe. Le personnage gagne curieusement en personnalité, là où il était jusqu'à présent un second couteau de poigne et dont les répliques devaient se compter sur les doigts d'une main. On y croise un personnage droit dans ses bottes, peut être un peu trop et commençant à peine à se déchaîner dans les dernières minutes. Il est accompagné de la sympathique Negasonic Teenage Warhead (Brianna Hildebrand), mutante assez récente dans la mythologie et dégageant beaucoup d'énergie. 

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Contrairement à ce qui a été dit depuis sa sortie, Deadpool n'a jamais eu vocation d'être un film subversif. Si briser le quatrième mur pour parler directement au spectateur et montrer la violence d'un héros c'est l'être, alors bons nombres de films le sont. Le seul point qui aurait pu le faire croire est le fait que le film a été évoqué comme inattendu dans le monde des comic book movies du fait de son personnage principal et du traitement Restricted du film. Cela en reste là. Pour ce qui est de la violence, le film se rapproche davantage de la violence qui défoule d'un film de Quentin Tarantino que du ton dramatique et sombre opéré sur la franchise. Si le Restricted est là, c'est avant tout à cause du langage et des zigouillages saignants et graphiques de l'ami Deadpool. Têtes découpées, bonhommes éjectés, écrasés, embrochés, transpercés, tirs en pleine tête... Tim Miller ne lésine pas sur les morts dans cet opus plus que représentatif du personnage qu'il adapte. Certains n'aimeront pas l'humour autocentré et souvent très con du film, il n'en reste pas moins que le film Deadpool fait du Deadpool. Le personnage est aussi bavard, con et violent que dans les comics et on voit que Ryan Reynolds était le seul candidat possible pour l'incarner. Il est véritablement Deadpool et se fait un plaisir notamment dans les vannes meta. L'acteur peut s'amuser sur Green Lantern (une figurine, une réplique "Pas de combinaison verte, ni animé"), sa propre personne ("homme le plus sexy de l'année" selon un magazine) ou Wolverine (une figurine à l'effigie de son... personnage dans ce... film). 

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De même, le personnage se moque même de l'univers dans lequel il interragie. "McAvoy ou Stewart ? On s'y perd dans la chronologie" Voilà ce qui résume le casse-tête d'un grand nombre de fans en général. Voici la version de votre cher Borat: First class > X Men > X2 > The Last Stand > The Wolverine > DOFP > Apocalypse > Deadpool > Logan. Vous ne trouverez certainement pas plus clair. Tim Miller signe au passage des origines bien plus crédibles du personnage. Wade Wilson n'est ni plus, ni moins qu'un ancien des forces spéciales ayant attraper le cancer et parti dans le but de se soigner. Sauf qu'il tombe sur des malfrats qui font faire exploser son potentiel mutant, au point d'hériter d'un corps potentiellement laid. Comme évoqué plus haut, le film est à l'image du personnage. Il n'est pas un héros et son but premier dans le film est de retrouver une gueule d'ange pour revoir sa fiancée (Morena Baccarin). Ce qui fait de Deadpool une romcom super-héroïque qui reprend les trois quarts des sommets du genre jusqu'à la chanson romantique à souhait (Careless Whisper de Wham!, 1984). L'amour, le départ, la traversée du désert et le retour du guerrier! Complètement classique mais amusant à suivre, Deadpool le confirme d'autant plus par un récit reposant globalement sur une course-poursuite entrecoupée de flashbacks, avant un final spectaculaire sur une sorte d'héliporteur du SHIELD à peine voilée.

Deadpool (7)

Au passage, soulignons les effets-spéciaux particulièrement soignés au vue du budget, certains étant même largement supérieurs à ceux d'X Men Apocalypse. En résultes, un trip totalement volontaire qui ne parlera pas à tout le monde, mais qui a le mérite de s'assumer. Par ailleurs il vaut mieux voir le film en VO, la traduction française (même au niveau des sous-titres) passant à côté des trois quarts des répliques du film.

  • X Men Apocalypse (2016) : Rififi chez les mutants

X Men Apocalypse

Days of future past n'était pas encore sorti que Bryan Singer annonçait déjà X Men Apocalypse. Comme tous les opus depuis 2013, chaque nouveau film est annoncé par une scène post-générique dans le film d'avant, à l'image de ce que fait Marvel dans son Cinematic UniverseThe Wolverine annonçait DOFP, ce dernier présentait le futur ennemi encore enfant construisant les pyramides d'Egypte avec les quatre cavaliers de l'apocalypse qui l'observent. L'ouverture nous renvoit quelques décennies plus tard avec un Apocalypse vieillissant (Oscar Isaac) qui cherche un nouveau corps. Le personnage a beau se décrire comme un dieu durant les trois quarts du film, il n'en reste pas moins que comme dans toutes religions ou croyances, tout le monde n'y adhère pas et peut le voir d'un oeil néfaste. C'est le sujet même de Batman V Superman (Zack Snyder, 2016) sorti deux mois plus tôt. C'est ainsi que le personnage se fait enfermer dans son propre tombeau durant plusieurs millénaires avant d'être réveillé par des fanatiques. S'il y a bien une chose qui déçoit dans ce film c'est certainement son méchant. Apocalypse parle énormément mais il ne fait au final pas grand chose. Il tue quelques bonhommes, impose la figure de dieu qu'il est aux yeux des autres personnages, prêche la bonne parole, détruit des lieux, mais n'est jamais impressionnant. Le seul moment où il l'est c'est dans son affrontement mental avec Xavier. 

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Là, le personnage devient une véritable source de cauchemar pour son adversaire, dégommant un Xavier dépassé et terrassé par un adversaire trop fort pour lui. Il lui faudra bien un peu d'aide pour survivre à son assaillant. La vf n'aide pas non plus (votre interlocuteur ne l'a vu que dans la langue de Molière), en faisant des caisses sur la réplique phare du personnage. Ainsi, "Everything they've built will fall! And from the ashes of their world, we'll build a better one!" (soit globalement "tout ce qu'ils ont construit va s'effondrer! Et sur les cendres de leur monde, nous en construirons un meilleur!") devient "tout ce qu'ils ont construit s'effondrera! Et sur les cendres fumantes de leur monde en ruine, on en batiront un meilleur!". Le tout avec une voix complètement modifiée et ridicule. A cela se rajoute un final puant le CGI de piètre qualité, engendrant une surenchère pas loin du kitsch. Jusqu'à présent, en dehors de quelques ratés (Wolverine notamment), la saga a toujours bénéficié d'effets-numériques de qualité ou novateurs. On ne peut pas en dire autant ici où dès les premières minutes, certains CGI foireux se font sentir. Si les CGI ne sont évidemment pas tous mauvais, on a globalement l'impression de voir un film peu joli à regarder. Heureusement le film peut compter sur une scène pour faire oublier ce naufrage graphique parfois flagrant. Encore une fois, Singer repose sur l'amigo Quicksilver au point de penser que le personnage a droit à sa scène gimmick dans chaque film où il apparaît.

Plus longue, plus d'enjeux, plus d'effets-spéciaux (la séquence a lieu durant une explosion), plus de figurants à gérer. Si possible avec de la bonne musique (Sweet dreams d'Eurythmics, 1983). Un résultat merveilleux où Singer dévoile à nouveau tout le potentiel filmique de ce personnage. Chose que n'a pas réussi à montrer Joss Whedon dans Age of Ultron (2015). Outre Apocalypse, ses cavaliers ne sont pas non plus très mémorables. Du lot, on retiendra certainement Tornade (Alexandra Shipp). Singer est le premier à citer les origines africaines du personnage et voit en Mystique une idole. Ironique quand on sait qu'elle sert un mutant se prenant pour un dieu (il façonne ses cavaliers à son image) et vivant de cette adoration. Le fait que Mystique soit son héroïne annoncera son retournement de veste dans les dernières minutes et une arrivée inévitable chez les X Men. C'est la seule du groupe qui semble avoir une réelle caractérisation. Quant aux autres, ils laissent un sérieux goût amer ou une totale indifférence. Psylocke (Olivia Munn) est un atout sexy plus qu'autre chose et manque sérieusement de personnalité. Même problème chez Archangel (Ben Hardy). D'autant plus frustrant quand on connaît le révisionnisme constant de Singer depuis 2011. Si Archangel a toutefois plus de présence que son homologue dans The Last Stand, on a bien du mal à voir autre chose qu'un personnage fonctionnel.

tornade

Magneto est également une déception flagrante. On en serait resté sur le mutant à la limite du terroriste de 1973, le personnage y aurait davantage gagner. Le personnage haineux aurait été plus maléable pour Apocalypse, car plus révolté, plus violent. Singer et Kinberg lui rajoutent un trauma de plus qui apparaît comme redondant, comme si le personnage ne pouvait exister que par la barbarie engendrée par l'Homme autour de lui. Certainement l'élément de trop, auquel se rajoute un passage à Auschwitz pour le moins douteux. Singer semble mieux se débrouiller dans le traitement de ses précieux X Men. Le réalisateur doit rebâtir une franchise qu'il a lui-même détruite dans DOFP. Ce qui implique de montrer des personnages historiques sous un nouveau visage. Outre Tornade, Cyclope (Tye Sheridan), Jean Grey (Sophie Turner) et Nightcrawler (Kodi Smit McPhee) sont également de retour. Scott n'est pas encore le meneur et n'a pas non plus son fameux lance-laser (il attendra la séquence pré-générique de fin où il arbore le costume des comics 80's). Nightcrawler est un mutant opprimé que Mystique sauve de combats de mutants en cage. Quant à Jean Grey, Singer fait son possible pour montrer le Phénix qu'il voulait dévoiler dans Son troisième opus. Largement mise en avant dans le film, l'héroïne dévoile sa phase sombre à travers des visions destructrices (annonciatrices d'Apocalypse mais pas que) et le final totalement explosif. 

PHENIX

L'héroïne risque fort de dévoiler davantage de son potentiel dans le prochain volet. Au final, on préfèra certainement la partie apprentissage que la partie destructrice. Chose qui aurait dû s'inverser normalement... Au passage citons l'utilité toute relative de Jubilee. Plusieurs apparitions dans la franchise mais aucune d'importance, confirmant le peu de potentiel que voit en elle les différents cinéastes de la franchise. En voulant en faire trop, Singer se plante également sur un autre aspect. Dans la timeline actuelle, nous avions laissé Logan entre les mains de Mystique en 1973. Nous finissons par le retrouver en 1983 en Arme X (Singer reprend le costume qu'il a dans le run de Barry Windsor Smith) chez Stryker évidemment amnésique et avec ses griffes en adamantium. Si cela enlève un problème de justification pour Logan, on a bien du mal à comprendre comment la seule mémoire d'un autre temps a pu se faire berner aussi facilement par le père Stryker une seconde fois. Heureusement, le Xavier de cette temporalité (au courant du drame qu'il a évité) devrait lui raconter tout dans un futur proche. Mais il s'agit d'un élément dont on se serait bien passé même si la scène est particulièrement fun et saignante. X Men Apocalypse n'est peut être pas un mauvais film, mais il laisse un sentiment de déception. L'impression de ne pas avoir vu le grand film qui aurait marquer le renouveau de la franchise. Les jeunes mutants disent en sortant de la séance du Retour du jedi (Richard Marquand, 1983): "Là où on est d'accord c'est que le troisième est toujours le plus nul." On ne croit pas si bien dire.

  • Quel avenir pour la franchise?

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Pour conclure cette cuvée, penchons nous sur les futurs projets de la franchise X Men. Si la Fox accumule les projets depuis désormais plusieurs années, l'avenir de la saga n'est pas aussi tracé qu'il n'y paraît. A la sortie d'X Men Apocalypse, seuls deux films étaient en production: Logan et Deadpool 2. Simon Kinberg dans une optique à peine voilé de sauver les meubles évoquera quelques temps la possibilité d'un crossover entre les X men et les Fantastic Four de Josh Trank. Autant dire que le four total du film en 2015 a sonné le glas de cette hypothèse, d'autant que Michael B Jordan a rejoint le Marvel Cinematic Universe depuis (la malédiction de la Torche ?).Tous les autres ne sont que projets ou arlésiennes qui traînent depuis plusieurs années. L'exemple le plus criant est certainement le cas "Gambit". Annoncé en grande pompe en 2015 (il était même venu avec les autres acteurs de la franchise à la Comic Con), Channing Tatum aurait dû initialement incarner le lanceur de cartes magiques dans Apocalypse. Comme souvent au cours de la franchise, il fut écarté assez rapidement car il n'y avait pas de place pour lui. On annonce en même temps un spin-off d'abord réalisé par Rupert Wyatt (Rise of the Planet of the apes). Alors que l'on parle de plus en plus de Léa Seydoux pour le rôle principal féminin (rumeur qui n'a jamais été confirmée par la principale intéressée), Wyatt part et se justifie: "l'avancement de la date du tournage est entré en conflit avec mon agenda et d'autres projets." (**).

x force

Doug Liman débarque en novembre 2015 au poste de réalisateur. Suite à des réécritures multiples et un tournage qui n'arrive jamais, le réalisateur de La mémoire dans la peau part lui aussi vers de nouvelles aventures... celles de la Justice League Dark de Warner / DC qui se fera finalement sans lui. A l'heure actuelle, le projet n'a ni réalisateur, ni date de tournage. Des rumeurs évoquaient en décembre dernier l'arrivée de Frank Darabont, mais depuis plus rien. Si ce n'est Simon Kinberg évoquant un projet toujours d'actualité. Il en faudra bien plus pour rassurer. Il en va de même avec "X Factor" en panne sèche depuis plusieurs années aussi. Longtemps dévolu à Jeff Wadlow (le réalisateur de Kick Ass 2 ne doit plus y être attaché aujourd'hui), le projet semblait au point mort jusqu'à l'arrivée de Joe Carnahan au scénario ces derniers temps. On parle d'ailleurs d'une insertion dans un possible "Deadpool 3", d'autant que Cable et Domino seront du second. Longtemps une blague de la séquence post-générique de Deadpool, Cable partenaire récurrent de Wade Wilson dans les comics devrait être le personnage central de la séquelle. Une implication d'autant plus confirmée par Apocalypse, où l'on voyait des membres d'Essex corporation, entreprise gérée par Sinister à l'origine même de... Cable.  Ce sera Josh Brolin qui incarnera le fils de Scott Summers et Jean Grey venu du futur.

L'actrice jouant Domino sera Zazie Beetz. Tim Miller ne rempilera pas à la réalisation, visiblement pour différents artistiques. Le réalisateur sera finalement David Leitch, un des réalisateurs de John Wick (2014). Drew Goddard s'est rajouté au script en compagnie des scénaristes du premier film Rhett Reese et Paul Wernick. Le tournage devrait se déroule depuis juin 2017 pour une sortie en juin prochain. Le projet autour des New Mutants réalisé par Josh Boone (Nos étoiles contraires) se précise et devrait selon son réalisateur être une sorte de film d'horreur. Pour l'instant, l'équipe semble viser un PG-13, ce qui au vue du passif de la franchise n'empêchera pas l'ensemble d'être violent ou radical. Le réalisateur a aussi évoqué les personnages qu'il est censé mettre à l'écran: Cannonball (vole et pulvérise ce qui est sur son passage), Magik (une téléporteuse), Wolfsbane (elle se transforme en louve), Mirage (une télépathe pouvant contrôler diverses énergies), Sunspot (utilise l'énergie solaire) et Warlock (un être mi-machine, mi-alien) (3). Ils seront respectivement joués par Charlie Heaton (Stranger Things), Anya Taylor Joy (Split), Maisie Williams (Game of thrones), Blu Hunt et Henry Zaga (13 reasons why), Warlock n'ayant pas encore d'interprète ou risque d'être évincé contrairement à ce qui a été dit en mai 2016. Alice Braga incarnera quant à elle le docteur Cecilia Reyes, après que Rosario Dawson s'est désistée. Le seul hic qui se pose à l'heure actuelle est que le film est censé sortir pour avril prochain et que rien n'est encore tourné.

NM

En espérant ne pas voir un film fait à la va-vite ou à la post-production trop courte comme ce fut le cas de First Class en son temps. La suite directe d'Apocalypse censée se dérouler dans les 90's s'est également précisée pour une sortie en novembre 2018. Ce ne sera plus Bryan Singer aux commandes, mais le scénariste Simon Kinberg qui signera sa première réalisation. Comme on le sait, Kinberg est capable du bon (Days of future past) comme du pire (The last stand, Apocalypse) en tant que scénariste sur la franchise, ce qui n'est pas forcément positif. Longtemps surnommé "Supernova", le film est devenu depuis Dark Phoenix ce qui ne manquera pas d'éveiller la lueur des fans. Comme on pouvait déjà le voir dans Apocalypse, le personnage de Jean Grey pouvait dégager une puissance assez phénoménale, ce qui entre de mauvaises mains ou hors de contrôle peut être une catastrophe. La plupart des protagonistes d'Apocalypse seront à nouveau présents et il se murmure que Jessica Chastain puisse jouer Lilandra Neramani, une princesse extraterrestre (ce qui concorde avec les déclarations de Singer de partir vers l'Espace). La Fox a annoncé sept films Marvel d'ici 2021 et il se murmure un énième reboot des Fantastic Four. De là à rajouter "Deadpool 3", "Gambit", une possible suite à "New Mutants" et un X Men dans les 2000's il n'y a qu'un pas. La saga X Men semble s'installer progressivement sur le petit écran. 

Affiche

La série Legion diffusée sur la chaîne FX semble globalement avoir convaincu les critiques au printemps dernier. Votre cher Borat n'a encore rien regardé, mais la bande-annonce diffusée à la Comic Con était assez particulière. Autant que le pitch. La série chapeautée par Noah Hawley (la série Fargo) met en scène le fils de Charles Xavier, David Haller ou Legion, jeune homme pensionnaire d'un hôpital psychiatrique (Dan Stevens). En effet, il semble qu'il soit schizophrène et ces différentes personnalités peuvent l'amener à acquérir des pouvoirs comme la télépathie. Une série qui a un visuel pour le moins attirant et un certain grain de folie. Un autre projet de série a fait parler de lui ces derniers mois, The Gifted. Stephen Moyer et Amy Acker incarneront les parents d'enfants mutants traqués par le gouvernement (Natalie Alyn Lind et Percy Hynes-White). Ils finissent par découvrir une société mutante sous-terraine. Jamie Chung reprendra le rôle de Blink, mutante pouvant créer des portails autrefois incarnée par Fan Bingbing dans DOFP. Bryan Singer réalisera le pilote pour cette série qui sera diffusée sur Fox dès octobre. A la semaine prochaine!

 


Article initialement publié le 14 mai 2016. Actualisation le 6 juillet 2017.

* Propos issus de Mad Movies numéro 241 (mai 2011).

** Propos reccueillis dans: https://www.ecranlarge.com/films/news/945366-le-realisateur-rupert-wyatt-quitte-le-film-gambit

3 http://www.allocine.fr/diaporamas/cinema/diaporama-18652514/?page=6