Parce qu'au fil des ans, il faut évoluer. Que le temps manque parfois pour approfondir les avis, au même titre qu'il passe à une vitesse folle comme les divers visionnages. Que la réflexion n'empêche pas le court, que le métrage n'a pas forcément besoin de longueur pour être décortiqué, analysé, régurgité, pensé. Mesdames et messieurs, votre seigneur Borat a décidé d'ouvrir une nouvelle rubrique. Une rubrique plus fast, peut être furious, mais permettant aussi de parler de films vus dans l'année qui n'ont pas été abordé en quatre paragraphes minimum (je synthétise les amis, parfois ça dure bien plus longtemps -NDB). Après la cave, Borat est fier de vous présenter son Antichambre! Plusieurs films, publication irrégulière (ne vous attendez pas à un billet toutes les semaines), un café, l'addition. Au programme de cette première séance (après les cuvées, les séances): trois films sortis cette année dans nos salles! Allons y, alonso! (attention spoilers)


Moonwalkers : Affiche

On ne le dit jamais assez, mais en France il y a un cinéma de genre. Encore faut-il lui donner l'argent nécessaire pour qu'il se développe et des écrans par la même occasion. Quitte à parfois passer par des coproductions en Europe et à tourner le film en anglais avec des acteurs internationaux. C'est le cas de Moonwalkers d'Antoine Bardou Jacquet (2015), se baladant de festival en festival avant d'atteindre les salles
obscures pour quelques jours. En effet entre le nombre de copies et le public qui se fait rare faute de promotion digne de ce nom, les films s'effacent et quittent l'affiche. Alors faisons honneur à cette comédie bien particulière, prenant place durant la conquête spatiale.

Un vétéran de la Guerre du Vietnam (Ron Perlman) est envoyé pour chercher Stanley Kubrick, le but étant de tourner un alunissage si celui d'Apollo 11 ne porte pas ses fruits. Sauf qu'il tombe sur des imposteurs (Rupert Grint et Robert Sheehan), devant ainsi faire avec les moyens du bord. Une légende urbaine souvent évoquée, notamment à cause du rendu bluffant de 2001 l'odyssée de l'espace (1968), et ici tourné à la dérision le plus possible. Moonwalkers n'est pas sans rappeler le swinging london saignant de Kingsman (Matthew Vaughn, 2015), notamment dans ce qu'il a de plus décomplexé (le sexe et la violence graphique). Le film prend même de sévères airs psychédéliques, jouant de son époque très peace and love jusqu'à un superbe générique rappelant ce bon vieux Yellow Submarine (George Dunning, 1968). Antoine Bardou Jacquet s'amuse de son postulat de départ, faisant de son film un joyeux bordel avec de la comédie (les aventures de notre agent et ses acolytes sont assez jubilatoires), le film de gangsters, l'espionnage et le faux film historique.

Au final, on s'y retrouve du temps qu'on prend goût au délire sous acide. D'ailleurs en parlant d'acide, la séquence sous drogue n'est pas sans rappeler Inherent Vice (Paul Thomas Anderson, 2014), tout comme Erika Sainte a tendance à manger des glaces bien particulièrement comme Josh Brolin dans le film suscité (en plus sexy pour sûr).

On ne lui donne pas souvent sa chance, mais Ron Perlman a l'étoffe d'un premier rôle. Il le prouve encore ici avec cet ancien soldat hanté par les fantômes du Vietnam et véritable bulldozer qu'il ne vaut mieux pas provoquer. La scène avec le gang est une belle démonstration, le montrant calme avant le déferlement délirant de violence. La surprise vient peut être plus de Rupert Grint, un peu disparu des radars depuis la fin d'Harry Potter, au contraire de ses camarades Daniel et Emma. Le célèbre Ron Weasley change de registre avec ce rôle attachant de petite frappe essayant de s'en sortir toujours de manière maladroite. Perlman et lui forment un duo de qualité, entre le petit lascars et son garde du corps d'un jour. Seule réelle ombre au tableau: Eric Lampaert, comédien franco-anglais pour le moins agaçant que ce soit dans son jeu ou sa gestuelle.


Saint Amour : AfficheRestons en France chers lecteurs, puisqu'après l'acide il est grand temps d'évoquer un peu les vignes de France. Qui mieux que le vigneron le plus connu du Cinéma Français pour jouer un des rôles principaux de Saint Amour? On avait pourtant prévenu votre cher Borat: "Saint Amour il n'y a que des vieux torchés qui vont le voir!", "on a l'impression qu'ils ont fait la tournée des vins avant de venir!". Il ne vous cache pas que la clientèle présente durant la séance était un peu particulière, peut être même que le vin a trop tourné entre certains spectateurs. Néanmoins, mon camarade et moi étions tout ce qu'il y a de plus sobre pour savourer le millésime 2016 de Gustave Kervern et Benoît Delépine en plein Printemps du cinéma, car 4 euros pour une gorgée c'est toujours cela de pris.

Comme le disait savamment Benoît Poelvoorde durant la promotion, Saint Amour n'est pas un film sur l'alcool ou l'alcoolisme, mais sur la tristesse. Dans ce film elle apparaît sous un aspect souvent mélancolique et touche à tous les personnages. Le mari (Gérard Depardieu) qui appelle sa femme morte pour entendre sa voix (jusqu'à remplir la corbeille); le fils (Poelvoorde) noyant son désespoir sentimental dans l'alcool; un chauffeur (Vincent Lacoste) se cachant derrière des mensonges; ou encore une femme (Céline Sallette) horriblement seule et ne demandant qu'un peu d'amour. Dès lors, le road trip alcoolisé n'en devient que plus attendrissant, d'autant que les réalisateurs sont bien aidés par des acteurs en forme.

L'ami Gérard est tout de suite attendrissant, changeant de ses rôles récents un peu vulgaires ou des cash machine évidentes (les Astérix notamment). Il s'agit peut être même d'une de ses meilleures prestations récentes, tout en légereté et simplicité. Le Gérard simple qu'on aime bien et qui nous avait sévèrement manqué sur un projet comme Marseille. Cela faisait aussi un petit moment que l'ami Poelvoorde n'était pas sorti des sentiers battus. Pas que son rôle dans Le grand soir (Kervern, Delépine, 2012) ne valait pas le coup, mais il paraît beaucoup plus posé, moins excessif ici, jouant justement sur la mélancolie abordée plus haut. Vincent Lacoste découvrir l'âge adulte, changeant de ses rôles de gamins immatures (même si c'est toujours un peu le cas). Quant à Céline Sallette, elle apparaît un peu tard, mais sa prestation se remarque suffisamment pour ne pas passer inapperçu. Au passage, on s'amusera du passage de Michel Houellebecq dans une parodie de Borat (Larry Charles, 2006) absolument délirante.

La réalisation se révèle simple comme souvent chez le duo grolandais, mais en soi ce n'est pas un problème. Cela renforce le naturel certain du métrage et à l'image de ses personnages. Le tout sur la musique charmante de Sébastien Tellier (pour les deux du fond, le chanteur aux longs cheveux et lunettes de soleil candidat à l'Eurovision en 2008). Comme quoi, le Cinéma Français n'offre pas que des Camping 3 (hé oui, vous allez le subir le mois prochain) mais aussi des films plus simples et efficaces.


Le livre de la jungle (3)

Terminons cette première séance par une dernière séquence et cela tombe bien puisque nous allons en effet parler d'Eddy Mitchell. Ce dernier est le doubleur du Roi Louie dans Le Livre de la jungle, remake live du film d'animation de Wolfgang Reitherman (1967). Les studios Disney s'amusent à passer leur catalogue animé à la moulinette live depuis plusieurs années, au point d'accumuler les projets à venir comme en attestent les très avancés Peter et Elliott le dragon de David Lowery (le 17 août au cinéma) et La belle et la bête de Bill Condon (prévu pour le printemps 2017). Au point parfois de se demander jusque quand vont-ils massacrer leurs classiques. 

On pouvait avoir peur compte tenu de l'aura du film original, tout comme du recueil de Rudyard Kipling (1894) dont ils sont les adaptations. Surtout que le metteur en scène n'est autre que Jon Favreau, réalisateur pas loin du statut de tâcheron (l'homme qui a montré Iron Man pissant dans son armure, toute une histoire à faire pâlir Sophie Davant). Pourtant, le film s'éloigne suffisamment du Disney pour ne pas le citer énormément. Si le schéma narratif est quasiment identique (Mowgli élevé par des loups et la panthère Bagheera s'enfuit, rencontre l'ours Baloo, se sauve du Roi Louie et affronte le tigre Shere Khan), le traitement se révèle assez différent pour susciter l'attention. Les chansons Il en faut peu pour être heureux et Etre un homme comme vous apparaissent même de trop, compte tenu du traitement tout sauf rigolard et ne pouvant n'être qu'une manière de montrer que c'est bien Disney aux commandes. Un constat qui devrait être d'autant plus radical sur le film de Condon, annoncé comme un musical. 

Le traitement est plutôt intéressant, permettant une vision souvent plus sombre que le film de 67, qui restait globalement comique. Cela est confirmé par le massacre sec du meneur des loups (Giancarlo Esposito) ou les attaques sauvages de Khan. Ceux qui attendaient un film plus léger risquent fort d'être décontenancés. Il permet également de s'attacher à des personnages intéressants comme la mère louve (Lupita Nyong'o) absents du film original. Un personnage montrant la filiation entre Mowgli (Neel Sethi) et les loups et son seul rapport maternel.

Votre cher Borat n'a pas eu l'occasion de voir le film en VO (qui regroupe tout de même Bill Murray, Ben Kingsley, Idris Elba, Christopher Walken ou Scarlett Johansson), mais la VF s'en sort plutôt bien. Notamment Cécile de France parfaite en mère louve. La bande-annonce faisait également peur à cause de la fameuse "Vallée dérangeante", théorie où les robots trop ressemblants seraient rejetés avant une certaine acceptation. Ce qui peut être perçu également dans le cinéma d'animation lorsque les personnages sont trop proches du réel. Ce qui aurait pu être un peu trop le cas sur ce film. Au final, le rendu est soigné et on reconnaît difficilement les traits des acteurs choisis pour incarner des animaux parlants. Pareil pour les décors superbes alors que tout a été tourné sur fond vert. Au final, Jon Favreau a peut être signé son meilleur film jusqu'à présent.

Allez à bientôt!