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The Nice Guys

Shane Black est un scénariste dont le travail est aujourd'hui adoubé par les spectateurs, alors qu'à une époque pas si lointaine, ces derniers étaient bien peu à faire le déplacement dans les salles de cinéma. L'exemple le plus évident est certainement Last Action Hero de John McTiernan, flop commercial de l'été 1993 face à Jurassic Park (Steven Spielberg), aujourd'hui film culte. Sa première réalisation Kiss kiss bang bang (2005) avait été bien accueilli mais sans succès commercial. Iron Man 3 (2013) s'en était chargé, permettant à Black de revenir à un cinéma plus personnel avant de s'attaquer à nouveau à une franchise (The Predator, sequelle du film de McT prévue pour 2018). Sous ses atours de film de studio avec deux têtes d'affiche (Ryan Gosling et Russell Crowe), The Nice Guys n'est pourtant qu'un film du milieu produit par un Joel Silver sur le retour, alors que dans les années 90 il aurait certainement été un blockbuster. De même, le film se retrouve propulsé en pleine saison des blockbusters entre Captain AmericaCivil War (les frères Russo) et Warcraft (Duncan Jones). Un pari d'autant plus risqué que le réalisateur-scénariste s'attaque aux années 70 pour son enquête policière, qui n'est d'ailleurs pas sans faire écho à ses précédentes créations. On remarque souvent chez Shane Black une tendance aux tics scénaristiques ou tout du moins, une tendance à revenir à des éléments exploités autrefois pour mieux les réutiliser.

The Nice Guys : Photo Russell Crowe, Ryan Gosling

(attention spoilers) A ce petit jeu commençons par les plus simples: le saut de Ryan Gosling dans une piscine fait écho à celui de Mel Gibson et Joe Pesci dans L'arme fatale 2 (Richard Donner, 1989); la voix-off est utilisée dans ses trois réalisations par le personnage principal (ici deux); et bien sûr on retrouve des acteurs récurrents comme Ty Simpkins (Iron Man 3) pour une ouverture gourmande et croquante. En revanche, d'autres éléments narratifs ont davantage de place dans ces petits trucs, à commencer par l'enquête. Elle n'est pas sans rappeler The last boy-scout (Tony Scott, 1991), qui dézinguait la NFL et ses magouilles autour de paris extra-sportifs. Le conflit ici est une vidéo gênante, critique de la pollution engendrée par les groupes automobiles dans les 70's et faisant peur à ceux-ci à quelques jours d'un salon de l'automobile. Une pollution qui est constamment évoquée au cours du film à la radio et même à travers l'ouverture dévoilant le panneau Hollywood ravagée au fil des années. Un aspect critique servant de toile de fond plutôt bienvenue et tout aussi pertinent que dans le film de Scott. The last boy-scout est aussi cité à travers le personnage de Gosling. Dans le film de Scott, Bruce Willis était devenu une loque après avoir tabassé un homme politique aux moeurs douteuses, en plus d'un penchant pour la bouteille engendrant des problèmes dans son mariage et avec sa fille.

The nice guys

Gosling a le même problème de manière plus tragique: il est devenu alcoolique suite à la mort de sa femme qu'il n'a pu empêcher. En effet, il a un problème d'odorat et il n'a pu sentir que le gaz était ouvert. Un petit détail tourné au départ de manière comique, mais qui finit par faire rire jaune une fois l'élément connu. Un passage qui prend de court le spectateur, mais ayant le mérite de faire sursauter et rendre le personnage de Gosling plus intéressant. Sa fille est quant à elle le meilleur personnage du film, sorte de mix entre Danielle Harris dans The last boy-scout et Austin O'Brien dans Last action hero. D'un côté, elle est sa fille comme Harris et n'hésite pas à remettre en place son père, comme Crowe. De l'autre, elle est un peu comme Danny Manigan, ce garçon en avance sur les autres personnages car il connaît les codes du blockbuster. Le cas Manigan est toutefois plus pertinent car comme lui, Holly March (parfaite Angourie Rice) a toujours le dessus sur les adultes souvent à côté de la plaque ou moralement douteux. Elle s'en sort toute seule face à un tueur prêt à la tuer, prend les devants sur l'enquête et s'avère bien plus adulte que ceux censés l'être à commencer par son père. Un personnage de qualité, s'ajoutant aux rôles d'adolescents débrouillards qu'a écrit Black depuis The Monster Squad (Fred Dekker, 1987). On retrouve bien évidemment les codes du buddy movie véhiculés par Black depuis son premier script, avec un couple mal assorti mais qui s'en sort toujours en s'entraidant. 

The Nice Guys : Photo Angourie Rice, Ryan Gosling

D'un côté, le molosse solitaire un peu froid mais terriblement sympathique. De l'autre, le mec gauche acceptant toutes les enquêtes possibles pour subvenir aux besoins de sa fille et lui. Si Crowe fait plaisir à voir dans un registre musclé (cela faisait trop longtemps que ce n'était pas arrivé), on s'amuse beaucoup à revoir Ryan Gosling dans un registre comique. Le looser par excellence, joué avec une justesse jubilatoire. Gosling passe presque pour un frère caché de Sam Jackson dans Au revoir à jamais (Renny Harlin, 1997), avec toujours cette tendance à se retrouver dans le feu de l'action sans le faire exprès. Le passage du saut dans la piscine en plan large en est bien la preuve: le bonhomme ne sait pas s'il ira dans la piscine ou pas, mais il fonce directement dedans. Comme Mitch dans le final délirant du film d'Harlin. Sa prestation atteint d'ailleurs des sommets dès lors que l'alcool est de rigueur, que ce soit dans une party à faire tomber Hugh Hefner à la renverse ou un rêve bourdonnant! Quoique la scène des toilettes est probablement un des gags les plus hilarants élaborés par le scénariste. Black se révèle également moins poseur dans sa réalisation, surement aidé par l'expérience acquise sur Iron Man 3. La scène de l'ascenseur est un véritable tour de force, jouant d'une situation horrible en jouant sur un côté burlesque délirant. C'est pour ce genre de scènes que The Nice Guys s'impose comme la meilleure réalisation de Shane Black jusqu'à présent. (fin des spoilers)

The Nice Guys : Photo Margaret Qualley

Shane Black signe un film merveilleusement pulp et fun, tout en jouant de ses propres codes.